lundi 10 mai 2021

De choses et d’autres - Alors dansez maintenant !

Dans la « guerre » contre le coronavirus, il est des batailles plus médiatiques que d’autres. Des étapes qui marquent les esprits, comme si la victoire, enfin, montrait le bout de son nez. Oui, la vie d’avant est de nouveau possible avec la réouverture des terrasses des restaurants, de nouveaux films au cinéma et, samedi dernier, un concert de 5 000 personnes.

Un spectacle test organisé par le gouvernement. Car aujourd’hui, c’est la ministre de la Culture en personne qui donne ou non l’autorisation au public de danser… Le groupe Indochine a donc été désigné.

Pourtant les véritables guerriers et aventuriers n’étaient pas sur scène mais dans la fosse. Assister à un concert d’Indochine c’est avoir la certitude d’entendre autant de fausses notes dans la bouche du chanteur que de spectateurs dans la salle.

Les 5 000 cobayes, tirés au sort, étaient tous testés avant et après le show. Dans le nez. Dommage que cela ne passe pas par les oreilles. Un petit bouchon provoqué par l’écouvillon aurait permis de supporter l’épreuve plus facilement.

Au début je voulais m’indigner car ce concert était réservé aux moins de 45 ans. Mais finalement, tous les membres de ma génération, ceux qui écoutaient Indochine quand ils avaient 20 ans, ont accepté de bon gré cette expérimentation sanitaire, sans doute plus dangereuse que de se faire vacciner avec une dose d’AstraZeneca.

Et pour le second concert test, Jean Castex milite pour un spectacle de sa chanteuse préférée : Sheila. 


BD - Quand Guy Delisle fabriquait du papier


Canadien installé à Montpellier, Guy Delisle a marqué la bande dessinée avec ses longs récits où il racontait ses voyages aux quatre coins du monde. Des chroniques de Jérusalem ou birmanes dans lesquelles il dessinait une réalité politique passée au crible de sa subjectivité. Lassé des périples au long cours, il a posé ses valises dans le sud de la France mais a continué à raconter son quotidien de « Mauvais père ». Avec ce album, il repart en voyage, mais du côté de son enfance.

Guy, encore étudiant aux Beaux-Arts, pour payer ses études, travaille l'été dans l'usine où son père est dessinateur industriel. Une fabrique de papier, sorte de cathédrale industrielle qui broient depuis plus d'un siècle les troncs d'arbres de la forêt canadienne. Ce récit est une plongée dans le monde ouvrier québécois des années 90.

On apprécie ces portraits d' hommes épuisés par le bruit et la chaleur, mais qui pour rien au monde troqueraient leur boulot pour un autre. Le jeune étudiant, profite de ces 150 pages pour lâcher quelques confidences sur ses rapports avec son père ou comment il a décroché son premier vrai job dans l'animation.

« Chroniques de jeunesse », Delcourt, 15,50 € 

dimanche 9 mai 2021

Poches – Angoisse dans « La Vallée »

Dans ce thriller de Bernard Minier, toute la population d’une vallée des Pyrénées se retrouve coincée à la merci d’un tueur fou. Mais ce n’est pas n’importe qui se charge de l’enquête puisque l’auteur remet en selle son héros fétiche, Martin Servaz. En pleine nuit, le flic reçoit un appel affolé de Marianne. Son amour de jeunesse, mère de Gustav, a disparu depuis 8 ans. Elle lui explique qu’elle a réussi s’échapper, qu’il doit venir l’aider. 

L’intrigue fonctionne à merveille, l’isolement faisant augmenter l’angoisse. Servaz, entre vieux cauchemars et rêve d’une vie plus posée, va devoir batailler pour comprendre la mentalité de ces villageois qui ont beaucoup à cacher. 

➤ « La Vallée », Pocket, 8,40 € (Le nouveau roman de Bernard Minier, « La chasse », vient de sortir chez XO)

Roman jeunesse - Retour sur l’île

Étonnant parcours éditorial que cette « île » écrite par Vincent Villeminot. A la base, l’auteur a décidé de publier son histoire chapitre par chapitre pendant le confinement. Même si le sujet n’a rien de novateur, il parvient à captiver les lecteurs par son suspense millimétré. Coincés sur une île, des adolescents vont devoir apprendre à survivre dans un monde apocalyptique qui ne leur fera pas de cadeau. Le premier jour, quand ils sont arrivés au bateau, la liaison entre l’île et le continent était coupée. Ordre du gouvernement. Par la suite ils ont vu des fumées, au loin, sur la côte. 

Le deuxième jour, ils ont enfin eu des nouvelles, et c’était plus effrayant encore. Prisonniers de leur île, Jo, Louna, Hugo, Blanche et les autres le savent : le danger vient de partout. Même de leur propre communauté.

« L’île » de Vincent Villeminot, PKJ, 18,90 €


Thriller - Du rouge et du noir menaçant

Nouveau héros et nouvelle série policière pour parler des nouvelles menaces de notre société. Koz, auteur préférant rester anonyme, lance dans le grand bain Hugo Kezer, flic peu orthodoxe. Dans « Noir », il est chargé de l’enquête des attentats simultanés contre les transformateurs qui alimentent Paris en électricité. En quelques minutes, la capitale est plongée dans le noir. Un vaste complot dans lequel Kezer se retrouve plus impliqué qu’il ne voudrait. 

L’autre titre, paru en même temps, est « Rouge » comme ces incendies qui dévastent le sud de la France. Qui sont ces incendiaires ? Quels sont leurs buts ? 

Ces romans policiers efficaces et rythmés servent, selon l’auteur, à alerter sur « les nouvelles menaces qui mettent notre monde en péril ». 

« Noir » et « Rouge » de Koz, Fleuve Noir, 15,90 €

De choses et d'autres - Trop d'intelligence artificielle tue l'intelligence artificielle, allo, vous êtes un robot ?

Les robots cachent bien leur jeu. Ils sont partout et finissent même par se suspecter entre eux de malversations. L’histoire m’a été racontée par une amie. Son fils projetant d’acheter une maison, elle décide de l’aider financièrement et fait un transfert de plusieurs milliers d’euros de son compte en banque à celui du futur propriétaire.

Un transfert par ordinateur, en pleine nuit, la maman généreuse est insomniaque. Le lendemain, la banque l’appelle. Comme elle fait la grasse matinée, normal quand on est insomniaque, elle n’entend pas l’appel.

Un conseiller lui laisse un message, elle doit le rappeler pour confirmer que le virement de la nuit est bien d’elle et pas une malversation d’un quelconque usurpateur virtuel de compte bancaire numérique.

Réveillée, elle s’exécute. Et tombe sur une voix masculine presque trop chaleureuse pour être honnête. « Bonjour, je suis votre nouvel assistant téléphonique, quelle est la nature de votre appel ? » Surprise, elle bafouille « ben, vous m’avez demandé de vous rappeler… enfin pas vous, mon conseiller… » Quelques secondes de blanc et la voix synthétique signale qu’elle va faire suivre l’appel.

Paradoxe des nouvelles technologies. Une banque, pour vérifier qu’une de ses clientes n’est pas victime d’une escroquerie en ligne pilotée par une intelligence artificielle, passe elle-même par une autre intelligence artificielle chargée d’apporter la bonne réponse.

Messieurs les robots, si on vous dérange, dites-le, on vous laissera entre vous ! 


Série télé - Maroni, outre-mer fantomatique


Chaud et froid avec les deux saisons de Maroni, ambitieuse série policière à forte tendance fantastique imaginée par Aurélien Molas et Olivier Abbou. La première saison se déroule en Guyane, la seconde à Saint-Pierre et Miquelon. Les deux saisons seront disponibles dès ce jeudi 13 mai, gratuitement, sur Arte.tv alors que les six épisodes de la saison 2, inédite, seront proposés en prime time dès le 20 mai sur la chaîne franco-allemande. 

Maroni est une idée d’Aurélien Molas qui depuis a plusieurs autres créations à son actif dont l’île sur Arte et La Révolution sur Netflix. Avec son réalisateur, Olivier Abbou, il a imaginé la dérive de deux policiers dans la moiteur de la Guyane française. Les quatre épisodes de la saison 1 font parfois penser à True Detective. 


Chloé Bresson (Stéphane Caillard) vient d’être affectée au commissariat de Cayenne. Une mutation sanction pour cette jeune flic qui n’aime pas l’autorité et les procédures. Dès son premier jour elle est chargée de l’enquête d’un double meurtre sur un voilier. Un couple d’Européens, massacrés. Elle doit composer avec Joseph Dialo (Adama Diane), un local encore plus rétif aux ordres directifs. Un duo dépressif et explosif, confronté à une histoire qui dérive lentement vers le fantastique.

Pour la seconde saison, écrite et réalisée par Olivier Abbou, Chloé est de retour chez sa mère, à Saint-Pierre et Miquelon. Elle vit avec le fantôme de Dialo et doit organiser les obsèques de cette mère autoritaire, chef des gendarmes de cette petite communauté glacée au large de Terre-Neuve, retrouvée pendue dans sa maison. L’enquête est plus classique, avec trafic de drogue et vengeance. Mais le volet fantomatique est aussi omniprésent avec les apparitions de la mère mais aussi d’une jeune Indienne violée et tuée quelques années auparavant. 

Si on sentait la chaleur et l’atmosphère étouffante de la saison 1, on frissonne au cours de la saison 2, tournée en plein hiver par des températures sans doute largement en dessous de zéro. Maroni est une très belle réussite, preuve que l’originalité paye quand l’écriture et la distribution sont de qualité.

BD - Oiseaux loufoques


Jean-Luc Garréra, scénariste audois, a sans doute beaucoup rigolé en écrivant cette quarantaine de gags ayant pour sujet les bizarreries des oiseaux.

Une seconde livraison de gags dessinés par Alain Sirvent et qui nous permettent de découvrir pourquoi certains fous ont les pieds bleus (non, ce n’est pas parce qu’ils mangent des Schtroumpfs), quel oiseau se nourrit des larves capturées par les fourmis et quel autre niche près des essaims de guêpes pour éloigner les prédateurs. 

« Les oiseaux en bande dessinée » (tome 2), Bamboo, 10,95 €

samedi 8 mai 2021

BD - La face noire du Sphinx


Ce lundi 10 mai, on célèbre les 40 ans de l’élection de François Mitterrand. Un président de la République de gauche mais loin d’être un novice en politique.

Il a longtemps été au centre du pouvoir durant la IVe République. Cette BD écrite par Patrick Rotman et dessinée par Jeanne Puchol revient sur trois affaires louches qui ont longtemps semé le trouble même parmi les plus farouches partisans de Mitterrand.

Les affaires des fuites, du bazooka et de l’Observatoire n’auront plus de secrets pour vous à la fin de ces 140 pages richement documentées. 

« Mitterrand et ses ombres », Delcourt, 17,95 € 

De choses et d’autres - Un lion dans mon colis

La Metro Goldwyn Meyer vient d’être acheté par Amazon. Une maison de production cinématographique quasi centenaire avalée par la start-up de Jeff Bezos. Pour un peu plus de 8 milliards de dollars : une broutille pour la société de vente par correspondance.

Désormais, le lion qui ouvrait tous les génériques de ces films immortels en rugissant pourrait être offert en mini-peluche dans chaque colis reçu par les acheteurs. La MGM n’est pas le studio le plus productif, mais il a quand même un catalogue de plus de 4 000 films, dont les James Bond ou, les Rocky.

Plus loin dans le temps, on trouve à l’actif de cette maison de production Autant en emporte le vent, Ben-Hur ou 2001, l’odyssée de l’espace.

Le rachat du studio américain par Amazon marque une nouvelle étape dans les grandes manœuvres actuelles dans ce milieu très profitable de l’audiovisuel. Notamment du côté des offres de streaming. C’est la course à l’échalote entre plate-forme pour avoir le mieux-disant culturel et patrimonial.

Il va falloir maintenant trouver des passerelles entre ces deux métiers si différents du divertissement et de la vente par correspondance. Pour les James Bond à venir c’est facile, la saga de l’agent secret anglais est la championne du placement produit. Je sens que les prochains gadgets de l’agent 007 seront livrés par des drones, siglés, comme les paquets, du logo de la maison mère.