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dimanche 9 mai 2021

Série télé - Maroni, outre-mer fantomatique


Chaud et froid avec les deux saisons de Maroni, ambitieuse série policière à forte tendance fantastique imaginée par Aurélien Molas et Olivier Abbou. La première saison se déroule en Guyane, la seconde à Saint-Pierre et Miquelon. Les deux saisons seront disponibles dès ce jeudi 13 mai, gratuitement, sur Arte.tv alors que les six épisodes de la saison 2, inédite, seront proposés en prime time dès le 20 mai sur la chaîne franco-allemande. 

Maroni est une idée d’Aurélien Molas qui depuis a plusieurs autres créations à son actif dont l’île sur Arte et La Révolution sur Netflix. Avec son réalisateur, Olivier Abbou, il a imaginé la dérive de deux policiers dans la moiteur de la Guyane française. Les quatre épisodes de la saison 1 font parfois penser à True Detective


Chloé Bresson (Stéphane Caillard) vient d’être affectée au commissariat de Cayenne. Une mutation sanction pour cette jeune flic qui n’aime pas l’autorité et les procédures. Dès son premier jour elle est chargée de l’enquête d’un double meurtre sur un voilier. Un couple d’Européens, massacrés. Elle doit composer avec Joseph Dialo (Adama Diane), un local encore plus rétif aux ordres directifs. Un duo dépressif et explosif, confronté à une histoire qui dérive lentement vers le fantastique.

Pour la seconde saison, écrite et réalisée par Olivier Abbou, Chloé est de retour chez sa mère, à Saint-Pierre et Miquelon. Elle vit avec le fantôme de Dialo et doit organiser les obsèques de cette mère autoritaire, chef des gendarmes de cette petite communauté glacée au large de Terre-Neuve, retrouvée pendue dans sa maison. L’enquête est plus classique, avec trafic de drogue et vengeance. Mais le volet fantomatique est aussi omniprésent avec les apparitions de la mère mais aussi d’une jeune Indienne violée et tuée quelques années auparavant. 

Si on sentait la chaleur et l’atmosphère étouffante de la saison 1, on frissonne au cours de la saison 2, tournée en plein hiver par des températures sans doute largement en dessous de zéro. Maroni est une très belle réussite, preuve que l’originalité paye quand l’écriture et la distribution sont de qualité.

lundi 2 avril 2012

Thriller - Les maladies de l'Afrique dans "Les fantômes du delta" d'Aurélien Molas

Plongée dans l'Afrique contemporaine, celle des famines, des réfugiés, des politiques corrompus et des humanitaires avec « Les fantômes du delta ».

Une catastrophe écologique et humanitaire est en cours en Afrique. De tous les pays à l'agonie, le Nigeria a pourtant nombre d'atouts. Mais l'exploitation à outrance de ses richesses, naturelles et humaines, condamne ce géant. Ce cauchemar est au centre du second roman d'Aurélien Molas, jeune écrivain français. « Les fantômes du delta » plonge le lecteur dans cette Afrique où vivre est parfois si compliqué que la mort fait figure de délivrance, presque de chance. Remarquablement documenté, ce thriller suit le parcours de Benjamin, médecin français et Megan, infirmière américaine. Après des vies chaotiques dans leurs pays respectifs, ils ont fait le choix de l'humanitaire. Pour Médecins sans frontières, ils tentent de parer au plus pressé face à une catastrophe humanitaire sourde et implacable.

Pollution et misère
Le Nigeria souffre de sa richesse en pétrole. Le delta du Niger est surexploité. Des dizaines de plateformes pour extraire cet or noir pouvant se transformer en cauchemar. Les fuites incessantes ont transformé cette zone humide en véritable bouillon de culture invivable. C'est dans ce delta, là où les pêcheurs ne peuvent plus attraper que des cadavres de poissons, que la rébellion a pris naissance. Le MEND (Mouvement d'émancipation du delta) réclame une meilleure répartition des richesses. Et pour se battre efficacement, il faut des fonds.

Le roman débute par une opération commando dans un hôpital. Alors que Benjamin est en train de faire une inspection des conditions de vie des enfants, des hommes armés investissent les lieux. Ils sont à la recherche d'une petite fille, Naïs, supposée leur rapporter des millions de dollars.

Une fillette que Benjamin avait rencontré quelques minutes plus tôt, dans une chambre à l'écart. « Ses yeux noirs le fixaient avec une intensité peu commune chez une enfant de cet âge ». « Il remarqua la perfusion dans son bras et l'appareil à dialyse rangé dans un coin de la chambre ». Benjamin est intrigué par cette enfant qui a épinglé sur le mur ses dessins. « Quelque chose de malsain suppurait de ces gribouillis, comme si les émotions emprisonnées sous les traits figés de la fillette avaient jailli pêle-mêle sur le papier avec une brusquerie hystérique. » Durant quelques semaines, Benjamin va vivre près de Naïs car il est enlevé avec elle par les révolutionnaires. C'est un des attraits de ce roman, sans temps mort, mais se permettant quand même d'approfondir les profils psychologiques des différents personnages.

Camp de réfugiés
Megan, intervient en cours de roman. Elle a quitté son confort américain pour tenter de donner un sens à son métier d'infirmière. Pour oublier ses plaies aussi. Quand elle débarque dans ce camp de réfugiés, le décor est encore plus abominable qu'elle ne le redoutait. « Le choc fut violent, bien plus intense que ce qu'elle avait imaginé. Et durant les dix premières minutes, Megan se demanda si sa venue en Afrique n'était pas sa plus grande erreur. » Mais la demande et l'attente des populations locales sont tellement grandes que le temps du doute ne dure pas longtemps. Et Megan aussi va croiser la route de Naïs, clé de voute de ce roman. Son secret la transforme en gibier pourchassé par plusieurs équipes de mercenaires prêts à tout pour la « vendre » au plus offrant.

Ce thriller est de la veine de ceux qui vous captive du début à la fin. Une fois ouvert, vous ne pouvez plus quitter ce delta, cette lutte pour la vie. Naïs et ses secrets vous fascinent. Benjamin et Megan, écorchés de la vie vous touchent. Et même les « méchants » aux parcours si complexes sont une raison supplémentaire de dévorer ces 500 pages d'une traite.
« Les fantômes du delta », Aurélien Molas, Albin Michel, 22 euros