lundi 5 avril 2021

De choses et d’autres - Très cher et pas très appétissant

Il n’y a qu’en France qu’on a droit à des polémiques aussi absurdes que ridicules sur les fameux repas clandestins parisiens. Un des organisateurs, pour se dédouaner, fanfaronne en direct pour se féliciter d’avoir organisé avec succès, non pas des soirées ou repas interdits, mais « le plus gros poisson d’avril de ces dix dernières années ».

Une déclaration étonnante, car, généralement, quand on met en place un canular pour le 1er avril, on s’explique dès le lendemain, pas cinq jours plus tard.

De toute manière, je suis entièrement d’accord avec quantité d’internautes qui affirment que le véritable scandale c’est de parler de « chef » à propos du cuisinier qui officie dans ce palais à la décoration aussi vulgaire que les assiettes photographiées sur son compte instagram. Je ne suis pas un spécialiste de la grande cuisine, mais je sais apprécier le joli, saliver d’envie devant des recettes qui semblent délicieuses.

Or, les mets proposés en photo sont tout sauf appétissants. Les sauces ont l’air d’être visqueuses, les ingrédients bas de gamme et souvent brûlés. Les mélanges font plus penser à de la junk-food industrielle décongelée qu’à de la grande cuisine. Le plus incroyable reste les prix affichés.

Des assiettes à plus de 100 euros avec trois feuilles de salades arrosées de vinaigre balsamique à côté d’une lamelle de truffe ou des gnoccis cramés : pour certains ce ne sont pas des dîners clandestins mais « Cauchemar en cuisine » avant l’heure.  

 

dimanche 4 avril 2021

Un livre sur les « 80 visages » de Georges Frêche

Les élections régionales, du temps de Georges Frêche, étaient une formalité pour ce monstre de la vie politique locale. Mort en plein mandat, il a marqué de son empreinte ce Languedoc Roussillon qu’il a tenté, brièvement, de renommer Septimanie.

On retrouve toutes les péripéties autour de ce raté dans un livre très bien documenté, et signé Jacques Molenat, journaliste qui a bien connu celui qu’il désigne comme « Le monarque aux 80 visages ».

De l’universitaire au pied-noir, de l’homme à femmes au franc-maçon, vous saurez tout sur Georges Frêche qui a su faire entendre la voix du Midi dans les salons et plateaux de télévision parisiens.

samedi 3 avril 2021

Polar - L’immoleur de retour en Aveyron

Gévaugnac, village imaginaire de l’Aveyron, est le théâtre d’un crime horrible. Une gamine de 13 ans est retrouvée attachée à un sommier métallique, le corps entièrement brûlée par le brasier allumé dessous. L’émoi dans ce bourg campagnard est d’autant plus fort que cette immolation est la redite d’un précédent meurtre trois années auparavant. Pour résoudre l’affaire, la police criminelle de Toulouse envoie sur place Julie Fraysse. 

Une excellente enquêtrice qui de plus est originaire de Gévaugnac. Julie qui y va avec des chaussures de plomb. Pas étonnant puisqu’elle allait partir en vacances avec ses deux garçons et leur père, son ex-compagnon, pour tenter de donner une seconde chance à leur relation. Elle accepte de tout plaquer contre la promesse du doublement de ses congés. Sur place elle retrouve de vieilles connaissances mais le mystère reste entier. La hiérarchie décide alors de permettre à Novak Marrec, le policier chargé de la première affaire, de reprendre du service. 

Au cœur de la folie

De polar classique, À vif de René Manzor, se transforme en étonnant voyage littéraire au centre de la folie. Novak est interné dans un hôpital psychiatrique depuis deux ans. Persuadé d’avoir trouvé l’Immoleur, il a grièvement blessé ce pyromane. Depuis, le suspect est en prison, Novak enfermé et l’Immoleur toujours en liberté. Entre Julie et Novak, très vite l’entente ne sera pas cordiale. La première rêve de vacances, le second de revanche sur le destin. Elle est à cheval sur les règlements, lui tel un chien fou dans un jeu de quilles. 

L’auteur avec une science consommée du rebondissement, multiplie les fausses pistes et interrogations, donnant encore plus de sel à l’intrigue avec les relations compliquées entre les deux héros. Pourtant, la femme séparée et le flic dément ne peuvent que constater une sorte d’attirance magnétique. « Novak la fixa longuement de ses yeux turquoise. Julie songea à la proximité de cet homme au comportement imprévisible, à la douce odeur de sa peau et aux complications qu’une relation avec lui engendrerait dans sa vie. » Alors, romance policière à l’ombre des bûchers ? Nous n’en dirons rien ici. Au lecteur de découvrir quelles sont réellement les relations entre ces deux flics. 

Tout ce que l’on peut révéler, c’est que René Manzor, en plaçant résolument son récit dans le milieu psychiatrique, a décidé d’utiliser la folie à tous les niveaux. Folie d’un homme obsédé par un traumatisme de l’enfance, folie des hommes qui se persuadent que des démons peuvent posséder des jeunes filles, folie d’un système où l’écho médiatique d’une affaire, surtout sur les réseaux sociaux, peut avoir des répercussions dramatiques sur l’enquête policière. La démence de notre monde est au centre d’un polar qui parfois s’apparente plus au thriller voire au cauchemar éveillé. 

« À vif » de René Manzor, Calmann-Lévy, 20,50 €


De choses et d’autres - La chasse aux vaccins

Le lundi de Pâques, je n’ai pas fait la chasse aux œufs mais la chasse aux vaccins. Comme de plus en plus de personnes annuleraient leur rendez-vous de vaccination par défiance de l’AstraZeneca, je me suis dit que peut-être quelques places se sont libérées dans la région. Deux façons de savoir si des créneaux sont disponibles.

Directement sur Doctolib ou grâce au site CovidTracker.fr qui a mis au point une page judicieusement nommée Vite ma dose de vaccin ! La semaine dernière, j’ai régulièrement rempli les champs requis pour me voir répondre que non, il n’existait aucun créneau dans les prochains jours dans les Pyrénées-Orientales.


J’ai tenté de la jouer à l’envers en cherchant dans l’Aude. Mais là non plus, pas la moindre dose de vaccin en vue. Hier, donc, au lieu de chercher un œuf au chocolat oublié par des enfants dans la pelouse des voisins, j’ai de nouveau harcelé Doctolib et CovidTracker. Peine perdue. S’ils sont des milliers dans le nord de la France à avoir passé leur tour, visiblement dans la région, l’AstraZeneca a toujours bonne presse.

Et puis je me suis mis à douter. Ces sites fonctionnent-ils véritablement ? J’ai donc changé de département. A mon grand désespoir, j’ai constaté qu’il était tout à fait possible de réserver une dose ailleurs. A Toulouse j’aurais même pu m’inscrire pour ce mardi à 14 h. Les Audois de l’ouest du département pourraient tout à fait se faire vacciner dès le 8 avril en se rendant à Laroque-d’Olmes en Ariège. Et avec du Pfizer en plus.

Sur ce, je vais à nouveau tenter de trouver une dose pas trop loin de chez moi. Pour la centième fois, au moins. 

vendredi 2 avril 2021

Roman - "Claire obscure" de Sylvie Mouchon

Premier roman de Sylvie Mouchon, « Claire obscure » a remporté le prix Révélation Littéraire de la Fondation Matmut pour les Arts. Cette romancière qui vit à Paris mais a des attaches dans l’Aude, à Caux-et-Sauzens où vivent ses parents, signe une intrigue qui captivera les lecteurs.  

Depuis la fin de son adolescence, Claire souffre de narcolepsie. Dans le bus, dans la rue, au travail, elle s’endort n’importe où, n’importe quand, au point de ne plus distinguer la réalité du rêve. 

Comment construire sa vie quand les contours du réel sont si flous ? Infirmière en cardiologie dans une clinique parisienne, elle n’a pas le droit à l’erreur. Le jour où un patient décède pendant sa garde, elle est mise à pied et sombre dans la dépression. Face à cette épreuve, ses proches se mobilisent. Son père, un homme bienveillant, sa tante, une excentrique espagnole, et Ali, le joyeux oiseau de nuit du bar voisin, devront faire preuve d’acharnement pour lui prouver que le bonheur est possible. 

Un premier roman, entre rire et larmes, qui parle de notre époque, tiraillée entre activité frénétique et désir d’authentique.

« Claire Obscure », Sylvie Mouchon, Denoël, 18 €


De choses et d’autres - Repas clandestins mais pas trop

Mieux vaut parfois ne plus écouter le bruit de fond de l’actualité. Sinon on prend alors conscience qu’on n’est pas sorti de l’auberge, même si l’expression est mal choisie, puisque d’auberge, il n’y en plus d’ouvertes. Enfin, pas pour tout le monde.

Un reportage de M6 a montré, ce week-end, comment certains, à Paris, s’affranchissaient des interdictions découlant des mesures sanitaires. Dans un appartement luxueux (surtout si on est fan de Johnny Hallyday, son portrait stylisé ornant un des murs), une équipe de cuisiniers proposait dans ce « club privé » un repas, le soir en plein couvre-feu, pour la coquette somme de 160 à 490 €.

Pas de masques, on se fait la bise : normal, selon l’un des organisateurs, « Une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de Covid ».

Autre pratique mise en lumière récemment : la conférence gastronomique. Sur le carton d’invitation, la conférencière qui causait des « Grands hommes et Dieu », débutait son exposé à 12 h 30. Le public, assis autour de tables copieusement garnies, pouvait, dans le même temps, déguster un repas gastronomique. L’inscription à la conférence (pas le repas…) coûtait 120 €.

Le paradoxe, c’est que ces initiatives complètement hors-la-loi sont quasiment publiques. Mais là, les autorités sont moins promptes à sévir. C’est vrai que la moyenne d’âge des distingués gastronomes est beaucoup plus élevée que celle des zigomards qui festoient dans un parc.

Mais rassurez-vous, le plan de vaccination décolle. Il serait temps, car de mauvaises langues ont fait remarqué, hier, que les USA ont vacciné, en trois jours, autant de personnes que la France en trois mois. 


jeudi 1 avril 2021

SF - "Derniers jours d’un monde oublié", les débuts de Chris Vuklisevic

Il y a 20 ans, Folio a lancé sa collection de science-fiction. Pour marquer cet anniversaire, la filiale poche de Gallimard a organisé un concours ouvert aux jeunes écrivains. Le manuscrit de Chris Vuklisevic devient donc le 660e titre Folio SF, un inédit qui plaira aux amateurs de Fantasy. Sur une île perdue au milieu de l’océan, une sorcière et un marchand font la loi. Mais quand arrive un navire au large, tous les équilibres sont remis en cause. Notamment à cause de Erika, une jeune pirate qui voit dans ce rocher austère et aride l’occasion de quitter son monde fait de meurtres et de violence gratuite. 

Une œuvre puissante aux personnages travaillés et forts. On s’attache au destin d’Erika, on aime détester Arthur le marchand et on craint de croiser la route de la Main, la sorcière qui donne la vie mais surtout la retire au gré de ses humeurs.   

« Derniers jours d’un monde oublié », de Chris Vuklisevic, Folio SF, 8,10 €

De choses et d’autres - Cookies funèbres

Ce n’est pas que j’ai le moral dans les chaussettes, mais c’est tout comme. La faute (entre autres) aux cookies qui prolifèrent dans mon ordinateur. Ces petits logiciels espions savent mieux que moi ce qui va m’intéresser dans les prochains jours.

Hier, alors que je parcourais un article sur ce film français qui abandonne les salles obscures pour aller se prostituer sur une plateforme (Madame Claude sur Netflix), je suis attiré par un article sponsorisé proposé juste en fin de papier. La photo montre une urne funéraire placée devant une femme en noir, deux arums en main. Le titre est sans équivoque : « Combien ça coûte d’être incinéré en Perpignan ? »

Si l’on fait abstraction de la faute de français, on comprend vite que ce business est juteux en cette période de pandémie. Parmi les sites qui s’ouvrent en cliquant sur le lien publicitaire, un comparateur de prix des différentes cérémonies d’obsèques.

Alors je tiens à dire, solennellement, aux algorithmes : « On se calme ! ». Certes, comme 98 % des Français, j’accuse un sérieux coup de mou, difficile de faire des projets, de voir plus loin que le lendemain. Mais, pas au point de penser à la mort.

De toute manière, tout ce qui est administratif et en relation avec le budget du ménage, c’est mon épouse qui s’en occupe. Donc, non, je ne veux pas savoir le prix de mon incinération.

Par contre, je clique volontiers sur un autre lien attrape-nigaud : « Parle comme ton Papi : notre top des expressions désuètes ». Même si je risque de ne rien apprendre : mon « moral dans les chaussettes » du début de chronique le prouve à l’évidence. 

mercredi 31 mars 2021

DVD - Rupture et conséquences avec "La voix humaine"

En cette période de disette en bons films, la sortie en DVD et en VOD chez Pathé d’un nouveau Pedro Almodovar ne peut que réjouir les cinéphiles. Mais attention, « La voix humaine », librement inspirée d’une pièce de théâtre de Jean Cocteau, est un court-métrage expérimental (30 minutes) avec une seule actrice : Tilda Swinton. Une femme, triste et malheureuse, parle pour la dernière fois avec l’homme qu’elle aime toujours mais qui vient de la quitter. Une rupture qui n’est pas sans conséquence. Ce texte a près d’un siècle mais semble incroyablement actuel. 

Tilda Swinton est extraordinaire dans les multiples sentiments qui traversent l’esprit de la femme délaissée. Une impression de bizarre et d’étrangeté renforcée par le parti pris du réalisateur de montrer l’envers du décor.

mardi 30 mars 2021

Roman - Jeu de massacre sur l’île sombre

Ecrit en anglais, mais pour une maison d’édition française, L’île sombre est le premier roman de Susanna Crossman. Cette Anglaise vivant depuis longtemps en Bretagne, signe un huis clos où la tension va crescendo jusqu’au final libérateur. Le tout au rythme de la marée car l’action se déroule sur une île qui, comme le Mont Saint-Michel, n’est accessible qu’à pied, quand la mer s’est retirée. Sur ce bout de terre, six hommes et femmes vont vivre un week-end qui restera longtemps dans leurs mémoires. 

Josh est la puissance invitante. Ce trentenaire, riche et ambitieux, a obtenu l’exclusivité de la vente de cette île si particulière. Avant de la mettre sur le marché de l’immobilier de luxe, il décide d’y passer un week-end avec quelques amis. Ils seront six donc à profiter de la tranquillité de cette propriété inhabitée depuis une dizaine d’années. Josh, au dernier moment, a invité Katherine, une jeune chirurgienne rencontrée deux jours plus tôt. Il embarque dans l’aventure deux autres couples. Clarice, une amie d’enfance et Charlie, son fiancé. Kevin, le local de l’étape (il allait sur l’île quand il était enfant), employé de Josh et sa petite amie, Sarah, esthéticienne. Six vies, six parcours différents, comme un condensé de la jeunesse actuelle.

La cage du singe

La jeune romancière a soigné la description des naufragés volontaires, détaillant la complexité de leur personnalité. Clarice, par exemple, toujours pas remise du suicide de la sœur de Josh quand elles étaient adolescentes et inséparables. Sarah, se cache de son côté derrière les apparences. Toujours belle et apprêtée. Kevin, son compagnon, tente encore et toujours d’oublier un traumatisme de l’enfance. Mais comment faire quand on comprend qu’il s’est déroulé de nuit sur cette même île ? Un lieu à la sinistre réputation. Avant de partir, un cousin l’a prévenu : « Kevin, la marée remonte vite. Tes copains de la ville, ils connaissent rien à la mer. Et tu sais ce qu’on raconte, comme quoi cette île est maudite. Une vraie saleté. » Une impression de malédiction renforcée après la marche harassante entre rochers et algues pour atteindre le solide portail d’entrée. Une fois solidement verrouillé, « plus personne ne pouvait entrer et plus personne ne pouvait sortir. Ils étaient enfermés ici pour vingt-quatre heures. » Le moment est venu pour Josh de raconter l’histoire de la Française (dernière habitante de l’île) et de son singe. Tout en montrant la grande cage où elle l’enfermait. 

Puis de revenir sur la fin tragique d’Alphonse, le simple d’esprit qui a été exilé par les habitants du village sur cette île coupée du monde. Le jeu de massacre est lancé. Reste à savoir qui va s’en tirer, qui mène la danse et si les fantômes de l’île vont s’en mêler. Un roman court d’une rare densité d’émotion.  

« L’île sombre » de Susanna Crossman, La Croisée, 16 €