Josh est la puissance invitante. Ce trentenaire, riche et ambitieux, a obtenu l’exclusivité de la vente de cette île si particulière. Avant de la mettre sur le marché de l’immobilier de luxe, il décide d’y passer un week-end avec quelques amis. Ils seront six donc à profiter de la tranquillité de cette propriété inhabitée depuis une dizaine d’années. Josh, au dernier moment, a invité Katherine, une jeune chirurgienne rencontrée deux jours plus tôt. Il embarque dans l’aventure deux autres couples. Clarice, une amie d’enfance et Charlie, son fiancé. Kevin, le local de l’étape (il allait sur l’île quand il était enfant), employé de Josh et sa petite amie, Sarah, esthéticienne. Six vies, six parcours différents, comme un condensé de la jeunesse actuelle.
La jeune romancière a soigné la description des naufragés volontaires, détaillant la complexité de leur personnalité. Clarice, par exemple, toujours pas remise du suicide de la sœur de Josh quand elles étaient adolescentes et inséparables. Sarah, se cache de son côté derrière les apparences. Toujours belle et apprêtée. Kevin, son compagnon, tente encore et toujours d’oublier un traumatisme de l’enfance. Mais comment faire quand on comprend qu’il s’est déroulé de nuit sur cette même île ? Un lieu à la sinistre réputation. Avant de partir, un cousin l’a prévenu : « Kevin, la marée remonte vite. Tes copains de la ville, ils connaissent rien à la mer. Et tu sais ce qu’on raconte, comme quoi cette île est maudite. Une vraie saleté. » Une impression de malédiction renforcée après la marche harassante entre rochers et algues pour atteindre le solide portail d’entrée. Une fois solidement verrouillé, « plus personne ne pouvait entrer et plus personne ne pouvait sortir. Ils étaient enfermés ici pour vingt-quatre heures. » Le moment est venu pour Josh de raconter l’histoire de la Française (dernière habitante de l’île) et de son singe. Tout en montrant la grande cage où elle l’enfermait.
Puis de revenir sur la fin tragique d’Alphonse, le simple d’esprit qui a été exilé par les habitants du village sur cette île coupée du monde. Le jeu de massacre est lancé. Reste à savoir qui va s’en tirer, qui mène la danse et si les fantômes de l’île vont s’en mêler. Un roman court d’une rare densité d’émotion.
« L’île sombre » de Susanna Crossman, La Croisée, 16 €
