jeudi 17 septembre 2026

BD - Le Samouraï rouge inaugure les Terres d'Ynuma


Nouvelle extension du Monde d'Aquilon, vaste galaxie où la fantasy règne en maître. Des elfes, beaucoup d'orcs, pléthore de nains, quelques mages et sans cesse de nouvelles terres découvertes (imaginées) par les auteurs. Cette fois, c'est un archipel aux accents asiatiques qui est proposé aux lecteurs friands de nouveautés. Les Terres d'Ynuma sont prévues en cinq tomes. 

Le premier, écrit par Nicolas Jarry et dessiné par Vax se présente sous forme d'histoires courtes. Même personnages, mais des rencontres et épreuves multiples, comme pour mieux présenter cet univers aux fans. La prêtresse Mei-Jen et le samouraï rouge Zhao forment un duo d'une rare efficacité. Leur rôle : traquer les esprits qui franchissent le Voile. 


On est dans la mythologie japonaise à fond. Ces esprits maléfiques profitent de failles pour torturer les humains. Le duo, l'une avec des incantations, l'autre avec son sabre et sa force herculéenne, s'interposent. 

Une mise en bouche parfaite et somptueuse. Les décors sont d'une grande beauté, les monstres et autres entités fantastiques effrayants au possible. Reste la personnalité des deux héros. Une femme qui est tout sauf frêle malgré les apparences. Un grand gaillard qui cache pourtant bien des fissures et des secrets. Un tome 1 prometteur.  

"Terres d'Ynuma" (tome 1), Soleil, 80 pages, 16,50 € (Album paru en septembre 2025)


Rentrée littéraire - Dans la « Pampa » infinie

Un train file dans la « Pampa ». Roman de l'étrangeté signé Eduardo F. Varela.

Des champs de maïs à perte de vue. La pampa décrite dans ce roman d'Eduardo F. Varela est assez différente de la réalité de cette immense zone géographique d'Amérique du Sud. Là où d'ordinaire des prairies peuplées de milliers (millions) de bovins donnent une première impression de l'infini, du maïs pousse à perte de vue. Champs sauvages, à la croissance spontanée, envahissant tout, ne s'arrêtant qu'aux portes des rares villages encore habités et du ballast de la voie de chemin de fer qui traverse le pays du Nord au Sud. Sur ces rails, un train de marchandises, personnage principal perpétuellement en mouvement de ce roman étrange, parfois obsédant, flirtant avec le fantastique. 

Pour faire fonctionner ce convoi de plus en plus long (bien au-delà de 1000 mètres, des dizaines de wagons), trois personnes seulement. Le machiniste-conducteur, Olszen, dormant dans le poste de pilotage de l'increvable locomotive, le contrôleur, Buenaventura Sanchez, par ailleurs employé de la poste chargé de distribuer le courrier aux habitants des villages traversés et sa femme, Josefina, née dans le train, fille du précédent conducteur.

Le romancier  multiplie les indices pour faire prendre conscience au lecteur que ce train n'a rien de normal. Parti depuis des années, sans but, il semble perdu dans cette pampa infinie recouverte d'une marée verte. L'équipage ne sait même pas quels villages il traverse. Les lettres s'empilent, non distribuées. Les wagons s’additionnent, chargés de galets, de bois ou de charbon. Un monde sur le monde, où Josefina a reconstitué le cimetière de sa famille, où un wagon rempli d'eau sert de piscine, un autre, garni de sable, devient terrain de pétanque. Le conducteur a longtemps été aidé par un assistant. Un jeune homme perdu, recueilli, hagard, au bord de la voie. Mais il a préféré fuir, pour découvrir l'amour dans un des villages traversés. 

La petite communauté va radicalement évoluer quand des villageois prennent d'assaut le convoi, fuyant un mystérieux danger venu des champs de maïs. Le train, surpeuplé, devient une bouilloire au bord de l'explosion avec l'arrivée de Montoya, général de l'armée, ambitieux, manipulateur, persuadé que cette petite armée en devenir lui permettra de prendre le pouvoir dès qu'il aura retrouvé un rocher légendaire. Encore faut-il que le convoi arrive à destination. 

Un roman a ne pas lire dans un train, au risque de faire des cauchemars et de se persuader qu'on est bloqué dans cet abominable convoi de l'étrange.  

« Pampa » d'Eduardo F. Varela, Métailié, 336 pages, 22,50 €

mercredi 16 septembre 2026

BD - Max Klein et Malika arpentent le "Macadam"


Aix-en-Provence, sa gare, ses joueurs de pétanque, ses terrasses, son pastis.... son tueur en série. Max Klein, flic agité, est muté dans cette petite ville prétendue tranquille. Dès son premier jour de travail il va découvrir un cadavre découpé en morceaux. Une jeune femme de type méditerranéen. Il fait rapidement le rapprochement avec des bouts de cadavres découverts dans la décharge. Ses collègues, très sceptiques au début, devront finalement l'admettre, un serial killer sévit en Provence. 

Klein voudrait coincer le fou sadique. Il devra d'abord s'habituer à la présence de Malika, une stagiaire beurette. Mais de ce côté tout se passe très bien, une réelle complicité, et plus si affinités, s'installe rapidement entre les deux jeunes gens...

Lacaf, dans ce deuxième tome de sa série Macadam, dénonce toutes les intolérances. Il arrive même à mettre le lecteur dans la peau du tueur, à le comprendre sans l'excuser.

"Macadam" (tome 2), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


mardi 15 septembre 2026

BD - Frank Lincoln, parfait dans la collection Bulle Noire


Si dans la collection Bulle Noire de chez Glénat vous avez aimé la série Gil Saint-André de Kraehn, vous pouvez acheter les yeux fermés le premier tome de cette nouvelle série se passant en Alaska. Marc Bourgne frappe fort d'entrée avec un dessin réaliste sans faille, une solide intrigue et, pour lier le tout, les tourments du héros. 

Il y a cinq ans la femme de Frank Lincoln, Susan, a disparu mystérieusement. Depuis, ce flic efficace a quitté la police pour se mettre à son compte.

Détective privé avec de plus en plus de clients. Cette surcharge de travail alliée à son problème personnel l'oblige à négliger sa fille Jeannie, une adolescente en pleine crise existentielle. Le personnage de Billy Yapana, jeune eskimo voulant absolument réussir, permet d'accentuer le côté humain de cette remarquable série policière.

Un polar très cinématographique, les décors du grand Nord permettant à Bourgne de signer quelques planches d'exception. 

"Frank Lincoln" (tome 1), Glénat. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


Roman – Laura Vazquez joue avec « Les forces »


Certains poètes n'ont jamais connu la notoriété de leur vivant. Longtemps après leur disparition, leur œuvre s'est imposée. Laura Vazquez va à contre-courant. Elle n'avait pas 40 ans qu'elle remportait le prix Goncourt de la Poésie en 2023 puis le Prix Décembre 2025. Et le village de son enfance, Villeneuve-de-la-Rivière dans les Pyrénées-Orientales, a donné son nom à la bibliothèque-médiathèque municipale. 

Pour cette rentrée littéraire 2026, on peut découvrir son roman « Les Forces » au format poche. Avec cette voix très singulière de la littérature française, il ne faut pas s'attendre à du suspense ou aux prémices d'une grande saga échevelée. Encore moins à de la fade autofiction. La narratrice, une jeune fille, se souvient. De son enfance, ses interrogations face à ses parents ou inconnus qu'elle tente en vain de comprendre, des attentes de ses amies, de son plaisir à malaxer les mots. 

Long poème en prose sondant la beauté de notre époque, « Les Forces » est un roman gonflé aux références littéraires ou philosophiques comme d'autres se goinfrent de protéines pour augmenter leur masse musculaire. Clairement, Laura Vazquez boxe dans une catégorie largement au-dessus de la moyenne littéraire française.  

« Les Forces » de Laura Vazquez, Points, 288 pages, 9,30 €

lundi 14 septembre 2026

BD - Météorite et destin

En découvrant la maquette et mise en page de La météorite de Hodges, superbe album signé Fabien Roché, on a l’impression d’être dans une œuvre de Chris Ware. Pourtant l’auteur est de Lyon et c’est sa première incursion dans le monde de la BD. Une grande réussite tant graphique que narrative. 

A la base un simple petit fait divers. Le 30 novembre 1954, à Sylacauga, petite ville de l’Alabama, un fragment de météorite tombe sur Anne Elizabeth Hodges. L’auteur explore tous les possibles pour raconter cette histoire. Qui est Hodges, d’où vient la météorite, quelles conséquences pour les protagonistes ? Un récit d’une grande clarté, servi par un dessin minimaliste mais inspiré.  

« La météorite de Hodges », Delcourt, 18,95 € (Album paru en 2021. Chronique publiée initialement en mars 2021 dans l'Indépendant du Midi)

dimanche 13 septembre 2026

BD - Niklos Koda face au dieu des chacals


Quand il s'agit de négocier de gros contrats, toutes les armes sont bonnes. Ainsi la délégation du gouvernement d'un pays du tiers-monde compte dans ses rangs Barrio Jésus surnommé le dieu des chacals. Un homme de l'ombre, des ombres. 

Ce puissant sorcier vaudou reste enfermé dans une chambre de palace. Il tente d'ensorceler les négociateurs parisiens. C'est à ce moment que Niklos Koda, le plus séducteur des espions, entre en jeu. Avec quelques amis férus de maléfices, il va s'interposer. Pour entrer dans la place, il devra user de tout son charme. Théodora, la belle métisse, femme du responsable de la délégation étrangère et maîtresse de Barrio paiera de sa vie une petite faiblesse pour le beau brun aux yeux bleus.

Jean Dufaux au scénario utilise la même recette que pour Jessica Blandy : jolies filles, fantastique et conspiration. Grenson au dessin affine son trait de planche en planche. Et ses femmes sont si belles... 

"Niklos Koda" (tome 2), Le Lombard. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron.


samedi 12 septembre 2026

BD - Corse : se méfier des apparences


La Corse, ses traditions, ses secrets... Dodo raconte dans ce roman graphique comment ce poids du passé peut bouleverser la vie d’une famille. Car parfois, au lieu de dire les choses, les Corses préfèrent les taire, voire complètement les oublier.

Inspirée de bribes de récits entendus dans sa jeunesse (Dodo est d’origine corse), «Une histoire corse» débute en 1982 au bord d’une rivière. Catherine nage dans l’eau vivifiante puis se dore au soleil.

Sur le chemin du retour, vers la maison de famille où sa mère est née mais où elle n’a jamais que passé des vacances, elle croise le chemin d’Antoine. Un beau dragueur qui roule en Porsche. Et qui se révèle être son demi-frère. Car la mère de Catherine a eu deux vies. De la première, elle n’a jamais rien raconté à sa fille. 

Tout au long de ces 140 pages dessinées par Glen Chapron, elle va reconstruire ce passé mystérieux, et se retrouver plongée dans cette «histoire corse», de tous temps marquée par la violence et les morts violentes. Récit fluide malgré sa complexité et ses allers-retours dans le passé, dessins d’une beauté éblouissante : cet album nous en apprend beaucoup sur l’âme corse, d’hier et d’aujourd’hui.

«Une histoire corse», Glénat, 19,50 € (Album paru en 2018. Chronique publiée initialement en avril 2018 dans l'Indépendant du Midi)


vendredi 11 septembre 2026

BD - Papyrus et la légende du "Cheval de Troie"

Enlevés par des pirates phéniciens, Papyrus et son amie Théti profitent d'une tempête pour s'enfuir. Ils débarquent sur les côtes de la ville de Troie. Près des restes du fameux cheval en bois, ils découvrent ce qui reste de la ville détruite après dix années de combats acharnés. Pourtant il y a encore de la vie dans ces ruines. Quelques habitants qui protègent le fameux trésor et une bande de pillards qui justement voudraient bien mettre la main sur cette fabuleuse montagne d'or. Papyrus, pour tenter de sauver Théti, devra assouvir tous les caprices de la fille du chef, la belle Hélène...

Cet album est le premier volet de l'odyssée de Papyrus qui permettra aux jeunes lecteurs, en trois volumes, de faire le tour du bassin méditerranéen. Un peu de fantastique, de l'aventure et beaucoup d'humour saupoudré d'histoire : le cocktail mis au point par Lucien De Gieter fonctionne à merveille. 

"Papyrus - Le cheval de Troie" (tome 23), Dupuis. Album paru en 2000. Chronique publiée le 17 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron. 


jeudi 10 septembre 2026

BD - Le dessinateur et l’anorexique un peu "Cintrée"

Pas évident de raconter sa vie en bande dessinée. Jean-Luc Loyer est un talent reconnu dans ce genre. Il a débuté en racontant son enfance dans le Nord. Des récits touchants, avec juste ce qu’il faut de nostalgie. Dans «Cintrée» il poursuit ce travail d’introspection.

Dessinateur mal payé pour une revue enfantine, il vivote entre son loyer impayé, son chat affamé et sa maîtresse qui refuse de quitter son mari. Bref ça va pas fort. D’autant que l’album s’ouvre par les obsèques de sa nièce, 22 ans. Un suicide. Après quelques chapitres où il raconte ses déboires avec un scénariste totalement allumé et les refus des maisons d’édition sur un album sur la jungle de Calais avant même que le camp ne soit encore nommé ainsi, il voit sa vie radicalement changer juste après une lettre de Pôle Emploi. Il a un rendez-vous dans une agence de pub pour un emploi de graphiste. Et bingo, il a le poste. Avec cependant une condition imposée par le patron : il devra former et s’occuper de la fille de ce dernier embauchée comme stagiaire. 

Eléonore entre dans sa vie et rien ne sera jamais plus comme avant. Eléonore, jeune fille totalement trash, capable de montrer ses seins à des curés ou s’embrouiller avec un clochard. Elle sort de clinique psy, anorexique, sans doute bipolaire, un peu parano : s’occuper d’elle est un boulot à plein temps. Mais il veut plus : la sauver.

«Cintré(e)», Futuropolis, 20 € (Album publié en 2018)