samedi 25 juillet 1998

BD - Le futur apocalyptique de « La porte écarlate »


Même si la menace nucléaire a beaucoup perdu de sa force, le risque de destruction presque totale de la planète plane toujours sur nos têtes. « La porte écarlate », nouvelle série signée Olivier Ledroit, utilise au maximum ce scénario apocalyptique. 

Dans un futur assez proche, la Lune lest colonisée et déclare la guerre à la Terre. Quelques bombes plus tard, la planète mère est victorieuse mais à quel prix... La race humaine a disparu de la surface, seuls quelques privilégiés vivotent dans les entrailles de sinistres bunkers. Des siècles plus tard, l'ordinateur central ayant rendu l'âme, il faut remonter à la surface pour en trouver un autre. Le petit groupe de rescapés se trouve confronté a une faune de mutants dégénérés, la race humaine pure n'a pas survécu, plus du tout adaptée aux conditions, elle va disparaître.

Ce gros album de plus de 60 pages plante le décor d'une histoire en deux parties. Il faudra encore attendre quelques mois pour connaître le sort des rescapés, cherchant leur salut dans la conquête des étoiles. 

« La porte écarlate » tome 1, Soleil. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

BD - Bec-en-fer de retour à Paris

Jean-Louis Pesch, malgré des décennies au-dessus de sa table à dessin, ne se lasse pas de la BD. Pour le plus grand plaisir de ses lecteurs qui s'étalent aujourd'hui sur de nombreuses générations. Il a popularisé au-delà de toutes les espérances les aventures de Sylvain et Sylvette mais s'est gardé un petit jardin secret avec les chevauchées satiriques de Bec-en-fer.

Cette série à l'esprit plus adulte se passe dans un Moyen Age peuplé de volatiles endimanchés. Bec-en-fer d'habitude sévit dans le comté du Maine, région qui a vu naître Jean-Louis Pesch et qui lui est restée chère malgré son exil volontaire en Rouergue. Dans ce récent album, il monte à Paris, l'occasion pour l'auteur de faire revivre cette capitale française, grouillante d'activités et à l'architecture préservée. Notre-Dame, à la façade parfaitement reproduite, est en couverture de cet album. 

« Bec-en-fer » Dargaud. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

BD - L’improbable amitié entre Angèle et René


Après « Copains comme cochons » et le « Porc de l'angoisse », voilà « Cochon qui s'en dédit», troisième opus des aventures d'Angèle et René, héros créés par Curd Ridel. Si Angèle a tout pour que les jeunes lectrices se reconnaissent dans cette petite fille espiègle, par contre elles ne doivent pas être nombreuses à posséder comme animal de compagnie un cochon rose.

Le couple infernal ne cesse pas de faire des bêtises et à aligner des «exploits internationaux ». Ainsi

René, tel un bon toutou à son maître, sait rapporter le pain de la boulangerie. Mais il ne se déplace qu'en taxi et la note est salée (comme le petit du même nom...)

Les parents, malgré une patience qui semble à toute épreuve, craquent régulièrement. C'est d’ailleurs là que se trouve l'essentiel du ressort comique de la série, Curd Ridel s'affirmant comme un exceptionnel peintre du quotidien. 

« Angèle et René » tome 3, Le Lombard. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

samedi 18 juillet 1998

BD – Percevan affronte un redoutable « Maître des étoiles »


Le  fantastique et le merveilleux bercent le monde de Percevan. Le dixième titre de la série de Léturgie (scénario) et Luguy (dessin), « Le maître des étoiles », débute par un terrible orage. Percevan, toujours accompagné de son fidèle Kervin, trouve refuge dans une maison perchée au sommet d'un pic difficile d'accès. 

Recueillis par Maître Hubert, un astronome réputé, ils ne tarderont pas à s'acquitter de leur dette. Le savant est enlevé et nos deux compères partent à sa recherche. Un périple qui les conduira sur les bords de la Méditerranée, obligés d’affronter un redoutable Maître des étoiles. Mais ils auront également la joie de retrouver la belle Saadia, devenue épouse involontaire d'un sultan tyrannique.

Cette série a acquis une sérieuse renommée parmi le public adolescent mais en prenant son temps. Rien de révolutionnaire dans le dessin, histoires solidement charpentées, le succès de Percevan tient essentiellement à la psychologie des personnages. Héros, mais humains avant tout. 

« Percevan » tome 10, Dargaud. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998) 


BD – Les colères homériques de « Bitchy Bitch »

Roberta Gregory en a gros sur la patate. Passionnée de bande dessinée, cette Américaine ne supportait plus l'esprit macho du milieu. Spécialiste de Crumb, elle trouvait ses histoires par trop masculines. Les femmes, aux fesses rebondies et souvent castratrices n'étaient que caricature. Qu'à cela ne tienne, Roberta Gregory a lancé son comics et place ses histoires dans divers journaux. 

Midge McCracken, alias Bitchy Bitch, venait de naître. Une teigne absolue, brimée par sa mère dans son enfance et totalement asociale. Solitaire, antipathique et mauvaise langue, ses aventures au travail atteignent des summums de méchanceté. Sa victime préférée : Sylvia, collègue de bureau, occupant une position hiérarchique légèrement supérieure et membre d'une secte new-age prônant l'amour du prochain. Une philosophie qui va à l'encontre de la seule raison de vivre de Bitchy : la haine des autres.

« Bitchy Bitch » Bethy. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)


BD – Souvenirs de « Strapontin, chauffeur de taxi »


Goscinny n'est pas l'homme d'une seule série. Certes Astérix a marqué des générations mais il ne faut pas oublier Lucky Luke ou Iznogoud. Et avant de signer ces best-sellers, il a écrit une quantité incroyable de scénarios qui restent à redécouvrir. 

Parmi ses œuvres de jeunesse, Le Lombard exhume Strapontin chauffeur de taxi dans la collection « Les classiques du rire ». Au dessin on retrouve Berck, qui a connu la gloire quelques années plus tard avec Sammy (scénario Cauvin) chez Dupuis. Si en 1958 Strapontin ne vit que des gags de 2 à 3 planches, il se lance dès 1959 dans des histoires de 30 pages lui permettant de promener son vieux taxi (le modèle date des années 30) aux quatre coins de la planète.

Ce trio va égayer les pages du journal de Tintin durant près de dix ans. La loufoquerie était l'arme maîtresse de Goscinny qui n'hésitait pas à en faire beaucoup (avec réussite) dans l'extravagance. 

« Les classiques du rire – Strapontin, chauffeur de taxi », Le Lombard. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)

BD – Il fait chaud chez « Les Minoukinis »

Il fait chaud ! Ce tube à la mode donne envie de quitter tout ce qui est superflu. Et l'été est la saison préférée des nudistes. Du moins ceux qui ne peuvent pas se payer un séjour sur l'ile des Minoukinis, imaginée par Tome au scénario et mise en images par Darasse. 

Sous les tropiques, à l'ombre des cocotiers, les vacanciers ont décidé de laisser tous leurs tracas en Europe, avec leurs chemises, caleçons et autres corsets. Nus comme au jour de leur naissance, ils retrouvent une certaine pureté. Mais difficile de se défaire de plusieurs années d'habitudes de classe. Ainsi le groupe des mondains du XVIe ne se mélange pas avec le reste du camp. D'autres par contre voient avec beaucoup de plaisir l'abandon au vestiaire de tous les tabous.

Le deuxième opus de cette nouvelle saga dévergondée mais pas vulgaire, permet de retrouver quelques personnages savoureux.

« Les Minoukinis » tome 2, Glénat. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)

SF - Mille ans de guerre

La guerre fait rage en France. Mille ans que cela dure. Les Anglais ont envahi une bonne partie de l'Hexagone. La Guyenne est depuis longtemps totalement acquise à la cause de Sa Gracieuse Majesté. Mais dans le comté de Toulouse, le roi de France règne toujours en maître. Le front, immuable depuis des siècles, se situe à la frontière des deux régions, entre Montauban et la Dordogne, remontant plus au nord en Anjou.

La science-fiction de Michel Pagel dans « Orages en terre de France » trouve son inspiration dans l'histoire mais aussi la dénonciation de quelques maux intrinsèques, quelle que soit l'époque et le degré de développement technologique. En fait la guerre de cent ans, qui n'a pas encore pris fin en 1995, oppose deux religions, les anglicans et les catholiques. Le pape face à l'archevêque de Canterbury.

Mais dans les deux camps, tout est consacré à l'effort de guerre. Et à l'endoctrinement des masses. Les têtes pensantes ne sont pas épargnées. Ainsi certains scientifiques sont particulièrement brimés. Un certain Clément Ader poursuit en cachette des recherches pour mettre au point une machine volante.

Malgré les interdits du clergé qui considère que voler est un péché. Cependant, par dernere, ce dernier voudrait bien que les recherches aboutissent. Le pape pourrait revenir sur cette doctrine dès que son armée sera dotée de ces armes redoutables.

De son côté, Ader sera décapité en place publique pour sorcellerie... et réhabilité quelques années plus tard.

Les Anglais ne sont pas en reste. Ils viennent de découvrir le moyen de ressusciter pour quelques jours des soldats morts au front. Des zombies chair à canon... La dernière partie de ce roman est de loin la plus pasionnante. On suit la fuite-errance de deux déserteurs, un Anglais et un Français, dans une campagne dévastée et inondée. Ils croisent une jeune femme, militante athée, espoir de vie et de tolérance. Mais dans ce monde de feu, de sang et de croyances rétrogrades, un tel esprit est à abattre, le plus rapidement possible.

Cette œuvre au noir tire à boulet rouge sur l'obscurantisme et la guerre. Un réquisitoire réussit contre les uniformes et surtout les dirigeants, froids et calculateurs, gérant les vies humaines comme une matière première inépuisable.

« Orages en terre de France », Michel Pagel, Fleuve Noir, 35 F. (Roman paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)

samedi 4 juillet 1998

Roman pour la jeunesse - Les exploits des jeunes chevaliers Jedi

La guerre des étoiles, formidable succès au cinéma, a suscité une foule de produits dérivés. Mais peut-on englober dans ce merchandising les livres directement inspirés de la saga des Jedi ? Certainement pas dans le cas de la série des jeunes chevaliers Jedi de Kevin J. Anderson et Rebecca Moesta chez Pocket Junior. Les ingrédients sont les memes, mais quelques années plus tard. Luke Skywalker est devenu instructeur Jedi alors que Yan Solo et Leia, mariés et au pouvoir de l'Alliance, ont eu des enfants, deux jumeaux, fille et garçon, Jaina et Jacen. Les adolescents sont en plein éveil, ils découvrent les incroyables possibilités de la Force.

Sur Yavin 4, base retirée et protégée, ils reçoivent la longue instruction de Luke devenu plus âgé, plus raisonnable.

Dans l'académie Jedi d'autres éléments tentent eux aussi de percer les mystères de la force. Tenel Ka, princesse flamboyante est scepti-que. Elle préfère utiliser la puissance de son corps forgé au dur travail du combat. Sa rousse chevelure ne laisse pas indifférent Jacen indifférent. Lowbacca, jeune Wookie, tente lui aussi d'acquérir la Force.

Les quatre apprentis sont au cœur de l'histoire. En parallèle à l'intrigue planétaire (l'Empire est toujours aussi menaçant), le lecteur suit pas à pas l'éveil à la vie du quatuor de héros. Les jumeaux, supposés héritiers de la dynastie, ont le beau rôle, mais Tenel Ka, jeune et belle guerrière, leur fait de l'ombre. Et puis reviennent en fil rouge des six tomes de la série les Jedi du côté obscur. Eux aussi apprennent à maîtriser la Force, mais pour faire le mal, semer la mort et asseoir définitivement le pouvoir de l'empereur. Zekk, orphelin et ami des jumeaux, prend la tête des « mauvais ». Mais Zekk, secrètement est très attiré par Jaina qui n'est pas insensible au fier jeune homme.

Personnages attachants, exploitation d'un monde déjà structuré et connu par les films, intrigue au long cours, ces jeunes chevaliers Jedi passionneront tous les adolescents qui ont peu la tête dans les étoiles.

«Les jeunes chevaliers Jedi», de Kevin J. Anderson et Rebecca Moesta, Pocket Junior. (Roman paru en 1998) (Chronique publiée initialement en juillet 1998 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Les Technopères » révolutionnent l’image numérique


Alexandro Jodorowsky poursuit l'exploration de son imagination débordante. Après l'invention de l'Incal et autres, voici les Technopères. Il s'est cette fois associé à Zoran Janjetov au dessin et Fred Beltran aux couleurs et images électroniques. Un premier tome coup de poing, tant au niveau graphique que narratif. 

Albino, le héros, est un maître de jeux en réalité virtuelle. Mais son ascension a été longue et douloureuse. Une destinée exceptionnelle qui donnera lieu à plusieurs albums. «La pré-école techno », plante le décor, sous le pinceau de Janjetov et les couleurs de Beltran. Un coloriste qui marque de son empreinte la série. Rarement une BD aura à ce point exploré les nouvelles techniques du numérique. Et pour un rendu sur le papier remarquable. Révolutionnaire! 

« Les technopères » tome 1, Les Humanoïdes Associés. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 4 juillet 1998)