mardi 4 août 2026

BD - Larkia, dure-à-cuire


Ingrid Chabbert, lasse d’être cantonnée aux histoires destinées à la jeunesse, a décidé de frapper un grand coup en imaginant Larkia. Dans un monde post-apocalyptique, cette jeune femme, seule, va se déchaîner quand on va tenter de lui dérober son bébé. 


Dessiné par Patricio Angel Delpeche, un Argentin, ce gros livre de 112 pages a des airs de Mad Max au féminin. Beaucoup de combats, du sang à gogo, des morts à foison et un petit espoir pour l’avenir de l’Humanité, même si le bébé de la fougueuse Larkia est plus une menace qu’un futur joyeux.  

« Larkia », Glénat, 19,95 €

lundi 3 août 2026

BD - Action totale et sans limite dans le tome 1 de Blood and Thunder


Certains scénaristes, de cinéma, de série ou de BD, ont déjà suggéré que le héros donne un petit nom à son arme favorite. Dans le cas de Blood, la policière (en freelance) de cette série imaginée par Robert Kirkman, écrite par Benito Cereno et dessinée par E. J. Su, son gros flingue, en plus de répondre au nom de Thunder, est doté d'une intelligence artificielle et peut répondre à la femme qui a le doigt sur la gâchette. "Blood and Thunder", soit "le sang et la foudre", les deux ingrédients essentiels à tout comic book digne d'intérêt selon le maître du genre, Jack Kirby. Une anecdote racontée par Kirkman qui revient sur la longue gestation de cette série cyberpunk hyper violente mais avec quand même de gros morceaux de philosophie (entre les bouts de cervelles et d'os broyés par les méchants). 

Dans un futur très lointain, les Humains tentent de coloniser le maximum de planètes habitables. Les indigènes y subissent le même sort que les Indiens d'Amérique il y a quelques siècles. Futur lointain, mais en fait rien n'a changé en profondeur. Et comme la violence prospère, des agents indépendants sont missionnés par la police pour intercepter voleurs, tueurs et autres monstruosités dangereuses. Blood, surnom de Akeldama Bledsoe, est d'une rare efficacité. Elle traque le rebelle armée de son vieux Thunderhead de classe Fulminator. 


Une pétoire révolutionnaire à l'époque. Abandonnée depuis. Son intelligence artificielle était un peu trop pacifique. Ce modèle rechigne ainsi à tirer à balles réelles sur de simples suspects. Et comme le flingue est doté de la parole, il ne se prive pas de dire ses quatre vérités aux flics un peu trop zélés. De telles armes de nos jours et les bavures seraient éliminées en deux semaines… 

Si Blood refuse de se séparer de Thunder, c'est pour la simple raison que c'est l'arme de son père, un ancien policier. Père adoptif. Car Blood n'est pas humaine à 100 %. La jeune femme n'a pas de cheveux. A la place, un nuage de sang flotte au sommet de son crâne. 

Le duo est la meilleure trouvaille de la série, donnant lieu à des dialogues savoureux, entre une Blood soucieuse de coffrer les méchants pour faire honneur à son père et un Thunder finalement assez couard, préférant de loin abandonner toute velléité agressive dès que le danger est trop important. Et quand Blood se lance à la poursuite d'un alien géant quasi indestructible, trois fois plus grand qu'un humain, plus intelligent et doté de tentacules en guise de chevelure, le danger augmente de façon exponentielle.  

C'est une série de pure SF, avec combats incessants entrecoupés de dialogues teintés de philosophie sur les croyances des peuplades primitives (mais primitives par rapport à qui ?). Le lecteur amateur de baston à sa ration de gnons, alors que l'intello pourra cogiter des heures sur les véritables motivations de l'alien. Et comme d'habitude dans ces gros albums reprenant six fascicules US de la série, une galerie de toutes les couvertures alternatives permet de prolonger cette plongée dans un monde futuriste attrayant. 

"Blood and Thunder", Delcourt, 160 pages, 17,95 €


dimanche 2 août 2026

BD - Partir en création


Les éditions Gallimard, submergées de manuscrits confinés, ont demandé aux auteurs en herbe de cesser leurs envois. Voilà qui ne va pas arranger le héros de Partir un jour, BD de Manu Boisteau. 

Une autofiction où un homme blanc la quarantaine, décide de quitter son emploi de bureau avec mutuelle et 13e mois pour entrer en écriture. Le roman n’avance pas, sa vie personnelle plonge dans les bas-fonds. 


Cela pourrait être sinistre et sans espoir, c’est enjoué, parfois caustique, toujours marrant et édifiant. Tous les grands écrivains méconnus (et grands dépressifs assumés), soit un tiers de la population totale de la France, doivent lire ces 128 pages pour enfin comprendre le sens de leur vie.  

« Partir un jour », Casterman, 21 € (Album paru en 2021)

samedi 1 août 2026

BD - Vénus steampunk


Le Château des étoiles d’Alex Alice voit son univers s’étoffer de cette série écrite par Alain Ayroles et dessinée par Jung. On suit les aventures du bagnard Aurélien et de son amoureuse, l’actrice Hélène Martin. Le premier est utilisé comme main d’œuvre gratuite pour construire une ville nouvelle sur Vénus, nouvelle colonie française. 

Hélène rejoint la planète sauvage pour tenter de le libérer. Cet univers steampunk fera rêver petits et grands. Inventions géniales, dinosaures agressifs, forêt vierge hostile et mystérieux Vénusiens : cette trilogie s’annonce palpitante. 

« Les Chimères de Vénus » (tome 1), Rue de Sèvres, 15 €

vendredi 31 juillet 2026

BD - Faites vos premiers achats dans le "Magasin général" de Loisel et Tripp


L'histoire de Magasin général se déroule dans un village du Québec rural à partir du début des années 1940. Elle gravite autour d'un personnage féminin, Marie, veuve avant l'heure et héritière du principal commerce local (le « Magasin général » qui donne son titre au récit), que l'irruption d'un étranger dans la petite communauté va progressivement réconcilier avec le bonheur; bonheur d'aimer, bonheur d'être aimé(e), mais pas exactement de la manière que l'on pourrait imaginer...

Écrit et dessiné à quatre mains, cet album d'une extraordinaire sensibilité est dû au talent conjugué de Loisel et de Tripp. Loisel crayonne, Tripp encre. Au final le dessin est d'une étonnante beauté, totalement au service d'une histoire profondément humaine, plongeant le lecteur dans un univers dépaysant. Le Québec rêvé.

"Magasin général" de Loisel et Tripp, Casterman, 82 pages, 18 € (Chronique parue initialement dans Centre Presse Aveyron le dimanche 14 mai 2006)


jeudi 30 juillet 2026

Secret de tournage à Hollywood dans la BD "La bobine d'Alfred"


Alfred Hitchcok a-t-il laissé un film inachevé en guise de testament cinématographique ? Cette interrogation est au centre de cet album de BD écrit par Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz. Ce film, tiré d’une pièce de J. M. Barrie, est passé entre les mains de Harry, fils du cuisinier de Lina Lamont, ancienne gloire du cinéma muet. A Hollywood, Harry va assister au tournage secret de ce film racontant une histoire de fantôme. Il y rencontrera la star et va en tomber amoureux. 

C’est en partie pour elle qu’il dérobe la pellicule. Cette histoire complète, en plus de l’intrigue, nous plonge avec réalisme sur un plateau de tournage mais aussi dans les fêtes organisées par des magazines, parfaites pour récolter des potins quand l’alcool coule à flot.

➤ « La Bobine d’Alfred », Rue de Sèvres, 14 € (Album paru en 2018)

mercredi 29 juillet 2026

BD - L’Afrique n’a rien d’un conte pour enfants


Textes de Paule Constant, dessins de Barroux, ce roman graphique sous des airs de graphisme naïf et de couleurs vives est un véritable cauchemar. Celui que vivent depuis des décennies les habitant de ce continent ravagé par les guerres, l’exploitation et les maladies. Cela commence comme un conte pour enfants. 

Dans la brousse, près d’une rivière, une fillette recueille un bébé chauve-souris. Au même moment une une jeune française vient vacciner les populations locales. Elle croise un gentil compatriote et un drôle de médecin. Cela pourrait être pittoresque si l’action ne se déroulait pas près de la rivière Ebola...

➤ "Des chauves-souris, des singes et des hommes», Gallimard , 18 € 

mardi 28 juillet 2026

BD - Procès religieux


Si l’on en croit la préface signée du scénariste, JD Morvan, cette série en trois tomes a mis bien des années avant d’être réellement lancée. Un problème de dessinateur réglé avec l’arrivée de Scietronc, Rémois comme Morvan. 

Le moine mort est un récit d’héroïc fantasy qui ressemble plus à une pièce de théâtre qu’à une saga. Un moine meurt et laisse dans sa cellule un livre où il raconte le combat de sa vie. 


Il a tenté de faire innocenter un simple d’esprit capturé par hasard sur un champ de bataille. Il est question d’hérétiques, de justice, divine et expéditive. 

Malgré le minimum de décors et d’action, Scietronc parvient à sublimer l’histoire avec des flash-back et une grande science de la mise en scène. Un récit « surprenant », comme le décrit Morvan, très éloigné des sentiers battus de la fantasy.   

« Le moine mort », Glénat, 13,90 €

lundi 27 juillet 2026

BD - Dangereux taxis


Matz, scénariste renommé qui a imaginé Le Tueur, série qui va prochainement être adaptée par David Fincher pour Netflix, lance un nouveau personnage de taiseux. Zoli est un tatoueur hongrois. Il se cache à paris. La nuit, il va chez des particuliers pour réaliser des fresques à même leur peau. Payé en liquide, il rentre en taxi. 

Un soir, le chauffeur se confie à lui, raconte comment un complot est en train de se mettre en place par de nombreux chauffeurs ayant décidé de nettoyer la France. Zoli, qui veut avant tout rester discret, pense aux délires d’un paranoïaque. Mais il se met à douter après l’assassinat de plusieurs célébrités. 

Drôle d’ambiance dans cette BD dessinée par Futaki, lui-même Hongrois et grand amateur de tatouage. Un album où deux professions très spéciales se percutent.  

« Le tatoueur », Bamboo Grand Angle, 14,50 €

dimanche 26 juillet 2026

BD - Succession compliquée à la Cour des Miracles


Julien Maffre, passé par les Beaux-arts de Perpignan, se lance dans une nouvelle série avec Stéphane Piatzsek au scénario. En cinq tomes ils entreprennent de raconter les grandes heures de la Cour des Miracles. 

Le premier tome présente Anacréon, le roi des gueux. Il règne sur ces voleurs, infirmes et orphelins. Mais la retraite approche. Il compte passer le flambeau à son fils, trop jeune et imprudent, malgré la protection efficace de sa sœur, la Marquise.

➤ « La Cour des Miracles » (tome 1), Soleil Quadrants, 15,50 €