vendredi 2 avril 2021

Roman - "Claire obscure" de Sylvie Mouchon

Premier roman de Sylvie Mouchon, « Claire obscure » a remporté le prix Révélation Littéraire de la Fondation Matmut pour les Arts. Cette romancière qui vit à Paris mais a des attaches dans l’Aude, à Caux-et-Sauzens où vivent ses parents, signe une intrigue qui captivera les lecteurs.  

Depuis la fin de son adolescence, Claire souffre de narcolepsie. Dans le bus, dans la rue, au travail, elle s’endort n’importe où, n’importe quand, au point de ne plus distinguer la réalité du rêve. 

Comment construire sa vie quand les contours du réel sont si flous ? Infirmière en cardiologie dans une clinique parisienne, elle n’a pas le droit à l’erreur. Le jour où un patient décède pendant sa garde, elle est mise à pied et sombre dans la dépression. Face à cette épreuve, ses proches se mobilisent. Son père, un homme bienveillant, sa tante, une excentrique espagnole, et Ali, le joyeux oiseau de nuit du bar voisin, devront faire preuve d’acharnement pour lui prouver que le bonheur est possible. 

Un premier roman, entre rire et larmes, qui parle de notre époque, tiraillée entre activité frénétique et désir d’authentique.

« Claire Obscure », Sylvie Mouchon, Denoël, 18 €


De choses et d’autres - Repas clandestins mais pas trop

Mieux vaut parfois ne plus écouter le bruit de fond de l’actualité. Sinon on prend alors conscience qu’on n’est pas sorti de l’auberge, même si l’expression est mal choisie, puisque d’auberge, il n’y en plus d’ouvertes. Enfin, pas pour tout le monde.

Un reportage de M6 a montré, ce week-end, comment certains, à Paris, s’affranchissaient des interdictions découlant des mesures sanitaires. Dans un appartement luxueux (surtout si on est fan de Johnny Hallyday, son portrait stylisé ornant un des murs), une équipe de cuisiniers proposait dans ce « club privé » un repas, le soir en plein couvre-feu, pour la coquette somme de 160 à 490 €.

Pas de masques, on se fait la bise : normal, selon l’un des organisateurs, « Une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de Covid ».

Autre pratique mise en lumière récemment : la conférence gastronomique. Sur le carton d’invitation, la conférencière qui causait des « Grands hommes et Dieu », débutait son exposé à 12 h 30. Le public, assis autour de tables copieusement garnies, pouvait, dans le même temps, déguster un repas gastronomique. L’inscription à la conférence (pas le repas…) coûtait 120 €.

Le paradoxe, c’est que ces initiatives complètement hors-la-loi sont quasiment publiques. Mais là, les autorités sont moins promptes à sévir. C’est vrai que la moyenne d’âge des distingués gastronomes est beaucoup plus élevée que celle des zigomards qui festoient dans un parc.

Mais rassurez-vous, le plan de vaccination décolle. Il serait temps, car de mauvaises langues ont fait remarqué, hier, que les USA ont vacciné, en trois jours, autant de personnes que la France en trois mois. 


jeudi 1 avril 2021

SF - "Derniers jours d’un monde oublié", les débuts de Chris Vuklisevic

Il y a 20 ans, Folio a lancé sa collection de science-fiction. Pour marquer cet anniversaire, la filiale poche de Gallimard a organisé un concours ouvert aux jeunes écrivains. Le manuscrit de Chris Vuklisevic devient donc le 660e titre Folio SF, un inédit qui plaira aux amateurs de Fantasy. Sur une île perdue au milieu de l’océan, une sorcière et un marchand font la loi. Mais quand arrive un navire au large, tous les équilibres sont remis en cause. Notamment à cause de Erika, une jeune pirate qui voit dans ce rocher austère et aride l’occasion de quitter son monde fait de meurtres et de violence gratuite. 

Une œuvre puissante aux personnages travaillés et forts. On s’attache au destin d’Erika, on aime détester Arthur le marchand et on craint de croiser la route de la Main, la sorcière qui donne la vie mais surtout la retire au gré de ses humeurs.   

« Derniers jours d’un monde oublié », de Chris Vuklisevic, Folio SF, 8,10 €

De choses et d’autres - Cookies funèbres

Ce n’est pas que j’ai le moral dans les chaussettes, mais c’est tout comme. La faute (entre autres) aux cookies qui prolifèrent dans mon ordinateur. Ces petits logiciels espions savent mieux que moi ce qui va m’intéresser dans les prochains jours.

Hier, alors que je parcourais un article sur ce film français qui abandonne les salles obscures pour aller se prostituer sur une plateforme (Madame Claude sur Netflix), je suis attiré par un article sponsorisé proposé juste en fin de papier. La photo montre une urne funéraire placée devant une femme en noir, deux arums en main. Le titre est sans équivoque : « Combien ça coûte d’être incinéré en Perpignan ? »

Si l’on fait abstraction de la faute de français, on comprend vite que ce business est juteux en cette période de pandémie. Parmi les sites qui s’ouvrent en cliquant sur le lien publicitaire, un comparateur de prix des différentes cérémonies d’obsèques.

Alors je tiens à dire, solennellement, aux algorithmes : « On se calme ! ». Certes, comme 98 % des Français, j’accuse un sérieux coup de mou, difficile de faire des projets, de voir plus loin que le lendemain. Mais, pas au point de penser à la mort.

De toute manière, tout ce qui est administratif et en relation avec le budget du ménage, c’est mon épouse qui s’en occupe. Donc, non, je ne veux pas savoir le prix de mon incinération.

Par contre, je clique volontiers sur un autre lien attrape-nigaud : « Parle comme ton Papi : notre top des expressions désuètes ». Même si je risque de ne rien apprendre : mon « moral dans les chaussettes » du début de chronique le prouve à l’évidence. 

mercredi 31 mars 2021

DVD - Rupture et conséquences avec "La voix humaine"

En cette période de disette en bons films, la sortie en DVD et en VOD chez Pathé d’un nouveau Pedro Almodovar ne peut que réjouir les cinéphiles. Mais attention, « La voix humaine », librement inspirée d’une pièce de théâtre de Jean Cocteau, est un court-métrage expérimental (30 minutes) avec une seule actrice : Tilda Swinton. Une femme, triste et malheureuse, parle pour la dernière fois avec l’homme qu’elle aime toujours mais qui vient de la quitter. Une rupture qui n’est pas sans conséquence. Ce texte a près d’un siècle mais semble incroyablement actuel. 

Tilda Swinton est extraordinaire dans les multiples sentiments qui traversent l’esprit de la femme délaissée. Une impression de bizarre et d’étrangeté renforcée par le parti pris du réalisateur de montrer l’envers du décor.

mardi 30 mars 2021

Roman - Jeu de massacre sur l’île sombre

Ecrit en anglais, mais pour une maison d’édition française, L’île sombre est le premier roman de Susanna Crossman. Cette Anglaise vivant depuis longtemps en Bretagne, signe un huis clos où la tension va crescendo jusqu’au final libérateur. Le tout au rythme de la marée car l’action se déroule sur une île qui, comme le Mont Saint-Michel, n’est accessible qu’à pied, quand la mer s’est retirée. Sur ce bout de terre, six hommes et femmes vont vivre un week-end qui restera longtemps dans leurs mémoires. 

Josh est la puissance invitante. Ce trentenaire, riche et ambitieux, a obtenu l’exclusivité de la vente de cette île si particulière. Avant de la mettre sur le marché de l’immobilier de luxe, il décide d’y passer un week-end avec quelques amis. Ils seront six donc à profiter de la tranquillité de cette propriété inhabitée depuis une dizaine d’années. Josh, au dernier moment, a invité Katherine, une jeune chirurgienne rencontrée deux jours plus tôt. Il embarque dans l’aventure deux autres couples. Clarice, une amie d’enfance et Charlie, son fiancé. Kevin, le local de l’étape (il allait sur l’île quand il était enfant), employé de Josh et sa petite amie, Sarah, esthéticienne. Six vies, six parcours différents, comme un condensé de la jeunesse actuelle.

La cage du singe

La jeune romancière a soigné la description des naufragés volontaires, détaillant la complexité de leur personnalité. Clarice, par exemple, toujours pas remise du suicide de la sœur de Josh quand elles étaient adolescentes et inséparables. Sarah, se cache de son côté derrière les apparences. Toujours belle et apprêtée. Kevin, son compagnon, tente encore et toujours d’oublier un traumatisme de l’enfance. Mais comment faire quand on comprend qu’il s’est déroulé de nuit sur cette même île ? Un lieu à la sinistre réputation. Avant de partir, un cousin l’a prévenu : « Kevin, la marée remonte vite. Tes copains de la ville, ils connaissent rien à la mer. Et tu sais ce qu’on raconte, comme quoi cette île est maudite. Une vraie saleté. » Une impression de malédiction renforcée après la marche harassante entre rochers et algues pour atteindre le solide portail d’entrée. Une fois solidement verrouillé, « plus personne ne pouvait entrer et plus personne ne pouvait sortir. Ils étaient enfermés ici pour vingt-quatre heures. » Le moment est venu pour Josh de raconter l’histoire de la Française (dernière habitante de l’île) et de son singe. Tout en montrant la grande cage où elle l’enfermait. 

Puis de revenir sur la fin tragique d’Alphonse, le simple d’esprit qui a été exilé par les habitants du village sur cette île coupée du monde. Le jeu de massacre est lancé. Reste à savoir qui va s’en tirer, qui mène la danse et si les fantômes de l’île vont s’en mêler. Un roman court d’une rare densité d’émotion.  

« L’île sombre » de Susanna Crossman, La Croisée, 16 €

 

 


dimanche 28 mars 2021

BD - Femmes élémentaires dans le second tome de "V-Girls"


Casting de choix pour cette série imaginée par Pécau et dessinée par Ukropina. Car les personnages principaux de V-Girls, histoire fantastique se déroulant à la fin des années 30, sont les gloires cinématographiques de l’époque. 

Notamment Hedy Lamarr, actrice allemande ayant fui le régime nazi pour faire carrière à Hollywood. Elle a un pouvoir. Une entité élémentaire a trouvé refuge dans son corps et son esprit. Une arme qui intéresse les Allemands mais aussi les Russes. 


Si Hedy maîtrise l’eau, Frances, une Américaine a plus de difficultés avec le feu. Le second tome de cette ambitieuse série donne le beau rôle aux femmes et à quelques célébrités du moment, de Dashiell Hammett à Peter Lorre en passant par Fritz Lang ou Howard Hugues. Sans oublier le volet européen avec Luis Bunuel et Picasso, pour une tout autre explication du célèbre tableau de Guernica.  

« V-Girls », tome 2, Soleil, 14,95 €


samedi 27 mars 2021

Série télé - L’autre Alice


Sur Netflix, les Alice asiatiques sont à la mode. Après la série japonaise Alice in Borderland adaptée su manga, voici Alice (tout court), série coréenne mêlant romanche, histoire familiale et… voyage dans le temps. Comme toujours dans ces dramas coréens, tout débute sur les chapeaux de roues, déroutant un peu le spectateur européen plus habitué à une mise en place lente et didactique des personnages et de la situation. 

On plonge donc directement dans l’action avec deux agents (un couple) venus du futur, à la recherche d’un livre maudit. Ils le trouvent, mais quand la femme apprend qu’elle est enceinte, elle décide de rester à cette époque, s’éclipsant et se fondant dans la Corée des années 90. 

30 années plus tard, elle est morte assassinée et son fils est devenu policier. Un jeune homme dénué de tout sentiment (presque une marque de fabrique des séries coréennes) décidé à retrouver les assassins (venus du futur, mais il ne le sait pas encore), de sa mère. Il va se retrouver sur leurs traces en enquêtant sur l’enlèvement d’une fillette. Cette dernière, après trois jours de disparition, prétend qu’elle était avec sa mère. Mais cette dernière était à l’étranger. 

Premier paradoxe temporel dans cette série emberlificotée dans les passages entre différentes époques. Cela se complique quand le policier croise la route d’une scientifique ressemblant trait pour trait à sa mère décédée. Si l’on oublie la longueur de certaines scènes (la série s’étale sur 16 épisodes de plus d’une heure), on se trouve face à une production ambitieuse visuellement, soignée au niveau de l’intrigue et pleine de rebondissements. Les amateurs de SF apprécieront.   


vendredi 26 mars 2021

Série télé en DVD - Paris Police 1900, nouvelle réussite signée Fabien Nury

Scénariste de bande dessinée réputé, Fabien Nury est en train de délaisser le 9e art pour s’imposer dans le monde encore plus concurrentiel de la série télévisée. Il a fait ses premières armes dans Guyane sur Canal + et récidive avec ce Paris Police 1900 toujours sur la chaîne payante. 

Nous sommes en 1899. Le président Félix Faure vient de mourir. La République, épuisée par l’affaire Dreyfus, prise en étau entre les ligues nationalistes et antisémites et la menace anarchiste, n’a jamais paru si faible. Le cadavre d’une inconnue retrouvé dans la Seine entraîne Antoine Jouin, inspecteur ambitieux de la criminelle, et Jeanne Chauvin, une jeune avocate, au cœur d’une enquête complexe. 

Ces huit épisodes d’une heure viennent de sortir en DVD et Blu-ray chez Studiocanal. Parfait pour plonger dans le Paris d’antan, reconstitué avec brio dans une histoire palpitante.

jeudi 25 mars 2021

DVD - Le temps perturbé dans « Synchronic »

Film indépendant manquant de moyens mais pas d’ambition, « Synchronic » est une intéressante parabole sur le voyage dans le temps. Pas de machine complexe mise au point par un savant fou mais simplement une drogue synthétique aux pouvoirs étranges. 

Deux ambulanciers des urgences, Steve (Anthony Mackie) et Dennis (Jamie Dornan) se retrouvent au chevet de consommateurs mal en point. Quand la fille de Dennis disparaît, Steve absorbe un cachet et se retrouve propulsé dans le passé pour tenter de la retrouver dans les méandres du Temps. 

Réalisation épurée et cadrages serrés donnent au film, qui vient de sortir directement en DVD et blu-ray chez Universal un air angoissant supplémentaire. La meilleure trouvaille étant de donner le rôle principal à un Noir pour montrer combien quelques décennies auparavant il était compliqué d’avoir une vie normale dans cet état profondément raciste qu’est la Louisiane.