samedi 10 avril 2021

DVD - Terreur de la cave au grenier en visionnant "The Other Side"


Si vous venez juste d’emménager dans une nouvelle maison ou appartement, on vous déconseille fortement ce film suédois. Vous pourriez, après l’avoir visionné, être persuadé comme l’héroïne que quelque chose de bizarre est en train de se passer de l’autre côté de vos murs. Ce film qui sort directement en DVD, blu-ray et VOD chez Wild Side (le 14 avril), est minimaliste dans ses effets et ses décors, mais au maximum d’efficacité en matière de la terreur. Preuve que les cris d’effroi des spectateurs ne sont pas proportionnels à la quantité de sang et grosseur des monstres que l’on montre à l’écran. En réalité tout est suggéré dans The Other Side. 

Dans cette Suède provinciale heureuse et positive, un couple visite une maison et décide de l’acheter. Quelques semaines plus tard Fredrik (Linus Wahlgren), son fils de 6 ans Lucas (Eddie Eriksson Dominguez) et sa nouvelle épouse Shirin (Dilan Gwyn) déballent les cartons. 

Mais rapidement, Fredrik doit travailler de nuit, laissant Shirin et l’enfant seuls dans cette maison inconnue. Des bruits étranges émanent alors de la maison mitoyenne, pourtant inhabitée depuis longtemps. Puis Lucas prétend jouer avec un autre petit garçon. Le doute, puis la panique, vont envahir l’esprit de Shirin obsédée par la bâtisse, de la cave au grenier. 

Écrit et réalisé par Tord Danielsson et Oskar Mellander, ce film est véritablement terrifiant. Notamment quand les deux cinéastes se concentrent sur le visage de l’enfant, très doué pour faire passer les émotions, la peur en priorité. Une histoire qui met aussi en exergue les difficultés de communication dans les couples modernes et les familles recomposées. Si Shirin est désormais la femme de Fredric, elle ne sera jamais une nouvelle mère pour Lucas. La vraie est morte deux années plus tôt d’un cancer. Mais cela n’empêchera pas la jeune belle-mère de développer un amour maternel assez puissant pour qu’elle brave toutes les horreurs sévissant de « l’autre côté » pour tenter de sauver le fils de son amoureux.   

vendredi 9 avril 2021

De choses et d’autres - Dernières lignes

Lecteurs de l’Indépendant, et d’une façon générale de tout titre de la presse quotidienne régionale, vous savez combien la prose des correspondants locaux est importante. Ils y mettent tout leur cœur pour rendre compte de la vie de leur commune.

Louis Paget, surnommé Lili, était de cette trempe. A plus de 90 ans, il a publié le 8 avril dans la rubrique de Valzin-en-Petite-Montagne son dernier article. Une nécrologie. La sienne. Il avait envoyé ces quelques lignes à l’avance. Elles ont été publiées au lendemain de son décès dans l’édition Jura du Progrès.

Ecrire son autonécrologie n’est pas offert à tout le monde.  Si cette anecdote m’a particulièrement touché ce week-end, c’est que ce lundi, je vais braver la mort et qu’il faudrait peut-être que moi aussi je rédige ces dernières lignes avant qu’il ne soit trop tard.

Quelques formules légères et enjouées du genre: «Sa chronique faisait parfois sourire deux personnes dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales : sa femme et sa voisine.» Ou alors : « Il a préféré partir plutôt que de risquer de voir la victoire de l’extrême droite (Zemmour ou Le Pen, rayez la mention inutile) en 2022.»

Pour ceux qui s’inquiéteraient de ma santé (mentale et physique), non je n’ai pas chopé la Covid-19. Je dois juste me faire vacciner ce lundi à 15 heures dans ma pharmacie.

Comme c’est avec le vaccin Vaxzevria (je préfère utiliser son nouveau nom par superstition, l’ancien est vraiment trop flippant quand on écoute les infos), j’ai l’impression de prendre plus de risque qu’en participant à une rave-partie dans un sous-sol en béton avec une cohorte de jeunes porteurs asymptomatiques. 


Série télé - Snabba Cash suédoise


La Suède, pays de tolérance et d’intégration, n’échappe pas aux cauchemars de notre époque : drogue et argent sale. Adaptée des romans de Jen Lapidus, « Snabba Cash » raconte comment l’argent facile corrompt, asservit, tue. Les six premiers épisodes de la saison 1, sur Netflix depuis cette semaine, racontent le destin de Leya (Evin Ahmad) et Salim (Alexander Abdallah). La première, fait tout pour sortir de la misère. Élevant seule son fils (le père est mort abattu dans la rue), Leya se rêve en patronne de start-up

Elle concilie son quotidien de serveuse dans un restaurant oriental et ses envies d’executive woman. Salim, tueur dans un gang de dealers, va tomber amoureux de Leya. Entre les millions de la drogue et ceux des investisseurs cupides, le couple va devoir affronter bien des difficultés. Percutante et réaliste, une série sans concession à découvrir pour se faire une idée différente de la Suède trop souvent fantasmée par les progressistes. 

jeudi 8 avril 2021

De choses et d’autres - Mademoiselle prend l’avion

Je me moque parfois des féministes un peu trop remontées contre les formes affichées du patriarcat, mais cette histoire qui aurait pu virer au drame montre que ce combat peut être utile.

En juillet dernier, un avion de la compagnie TUI Airways assurant la liaison entre Birmingham et Palma a failli manquer son décollage à cause de 38 mademoiselles. Ce ne sont pas les femmes célibataires qui sont à l’origine de l’incident récemment rapporté par l’organisme chargé de la surveillance du trafic aérien mais le terme de mademoiselle.

Chaque passager, avant de s’enregistrer, doit préciser s’il est un homme ou une femme. Ces dernières, dans certains pays, ont le choix entre madame ou mademoiselle. Une précision essentielle pour calculer le poids de l’avion avant décollage.

Or, la mise à jour d’un logiciel a fait que toutes les mademoiselles ont été traduites par enfant. Résultat une différence d’une tonne et une puissance au décollage trop faible.

Les féministes demandent depuis longtemps l’abandon du terme mademoiselle dans les documents administratifs. Une survivance du code napoléonien qui glorifie le patriarcat. Dans le cas des avions, c’est totalement inutile car en moyenne il n’y a aucune différence de poids entre une femme mariée et une célibataire.

En fait, la bonne solution, sans doute possible avec les nouvelles technologies, serait de préciser non pas son sexe mais directement son poids dans le formulaire d’embarquement. Mais le logiciel devra y intégrer un pourcentage d’erreur à la hausse car nombre de coquettes (et de coquets), vont sans doute minorer le chiffre affiché sur la balance. 


Série télé - Salamandre belge


Sur Arte, la création européenne est toujours la bienvenue. Sur la plateforme à partir de ce jeudi 15 avril et la semaine suivante en prime time les jeudis soir, découvrez « Salamandre », série belge de Ward Hulselmans qui surfe sur le thème du complot. Tout débute par un casse qui n’a rien à envier à celui de la Casa de Papel. Une bande force une soixantaine de coffres dans une banque privée. 

Les gangsters dérobent des documents compromettant pour plusieurs décideurs du pays. Comme ils sont au pouvoir, ils font tout pour étouffer l’affaire mais un policier, Paul Gerardi (Filip Peeters, en photo), contre les ordres de sa hiérarchie, mène l’enquête. Il va rapidement se retrouver pris dans un engrenage fatal. 

Les complotistes vont adorer cette histoire où une poignée de corrompus tiennent un pays et en profitent dans l’ombre. Cela manque parfois de nuance, mais l’action compense les quelques faiblesses du propos.

mercredi 7 avril 2021

De choses et d’autres - Collectionnite aiguë

Un sondage Ifop pour la plateforme de vente en ligne eBay dresse une cartographie des collectionneurs français. Plus exactement le sondage donne des éléments sur la collectionnite dont souffre une grande partie de la population. Ils seraient 79 % à avouer avoir, à un moment de leur vie, collectionné quelque chose.

Mieux, ils sont 39 % à reconnaître continuer aujourd’hui. Les produits phares, selon le sondage, sont les timbres et les pin’s. Enfin, dans le passé. 40 % des sondés ont reconnu qu’à une époque ils ont collectionné ces deux classiques. 

Ils ne sont plus que 10 % de philatélistes et 4 % à continuer à admirer leur collection de pin’s. Pauvres pin’s, qui se reproduisaient à une vitesse exponentielle il y a quelques décennies et qui sont désormais en voie d’extinction pour cause de ringardise totale et absolue.

Afin de les remettre en odeur de sainteté, je propose que le futur passeport vaccinal prenne cette forme. Ainsi tout le monde verra en respectant la distanciation sociale qu’on peut finalement vous approcher sans trop de risque.

Souffrir de collectionnite provoque parfois des crises dans des couples. Selon mon épouse, mes milliers d’albums et de revues de bande dessinée prennent définitivement trop de place dans le garage… et le salon, les chambres et même les toilettes.

Le sondage révèle d’ailleurs que 24 % des collectionneurs se sont déjà disputés avec leur moitié à cause de leur marotte.

Si cela vous arrive, n’hésitez pas à faire craindre pire : certes les livres prennent de l’espace, mais c’est plus joli que des nains de jardin (nanomanie) ou sacs à vomi d’avion (émétoaérosagophilie). Le pire restant les faexophiles, nom savant des individus, forcément un peu dérangés, qui collectionnent les crottes d’animaux. 


 

mardi 6 avril 2021

De choses et d’autres - Népotisme à tous les étages

En Belgique, pour faire de la politique, mieux vaut être bien né. Le népotisme s’est tellement développé, dans ce petit pays, que les dernières statistiques montrent que plus de 15 % des hommes politiques sont en fait des « fils ou filles de ».

Logique, quand on sait que Charles Michel, ancien Premier ministre belge et actuel président du Conseil européen est, avant tout, le fils de Louis Michel, homme politique à la longévité exceptionnelle. Pourtant, lui, n’a été que vice-premier Ministre, chargé des Affaires étrangères. Dans la famille Michel, on a de la suite dans les idées, puisque Mathieu, l’autre fils de Louis, est, lui aussi, homme politique à plein temps et actuellement secrétaire d’État à la Digitalisation.

Ces 15 %, font parfois sourire les Belges, mais, finalement, bien des pays conservent la même classe politique, ne changeant que quelques prénoms. Prenez Michel Debré, père de la Ve République ; il a placé, dans différents gouvernements, deux de ses enfants, Jean-Louis et Bernard.

Dans la famille Dassault, c’est la 1re circonscription de l’Oise qui parait réservée aux avionneurs. Marcel y a été élu, dès 1958, Olivier a pris la succession. Mais sa mort, en mars dernier, dans le crash d’un hélicoptère, a poussé le neveu de 28 ans, Victor, à déclarer sa candidature.

Et ne croyez pas que nous sommes épargnés, dans la région, par cette pratique qui, parfois, s’apparente à une réhabilitation des droits de la noblesse. Les Alduy, père puis fils, ont très longtemps dirigé Perpignan et, à Narbonne, Didier Mouly porte actuellement l’écharpe tricolore que son père, Hubert, avait conquis en 1971. Comme quoi, les politiques belges n’ont rien inventé en matière de népotisme. 

 

lundi 5 avril 2021

De choses et d’autres - Très cher et pas très appétissant

Il n’y a qu’en France qu’on a droit à des polémiques aussi absurdes que ridicules sur les fameux repas clandestins parisiens. Un des organisateurs, pour se dédouaner, fanfaronne en direct pour se féliciter d’avoir organisé avec succès, non pas des soirées ou repas interdits, mais « le plus gros poisson d’avril de ces dix dernières années ».

Une déclaration étonnante, car, généralement, quand on met en place un canular pour le 1er avril, on s’explique dès le lendemain, pas cinq jours plus tard.

De toute manière, je suis entièrement d’accord avec quantité d’internautes qui affirment que le véritable scandale c’est de parler de « chef » à propos du cuisinier qui officie dans ce palais à la décoration aussi vulgaire que les assiettes photographiées sur son compte instagram. Je ne suis pas un spécialiste de la grande cuisine, mais je sais apprécier le joli, saliver d’envie devant des recettes qui semblent délicieuses.

Or, les mets proposés en photo sont tout sauf appétissants. Les sauces ont l’air d’être visqueuses, les ingrédients bas de gamme et souvent brûlés. Les mélanges font plus penser à de la junk-food industrielle décongelée qu’à de la grande cuisine. Le plus incroyable reste les prix affichés.

Des assiettes à plus de 100 euros avec trois feuilles de salades arrosées de vinaigre balsamique à côté d’une lamelle de truffe ou des gnoccis cramés : pour certains ce ne sont pas des dîners clandestins mais « Cauchemar en cuisine » avant l’heure.  

 

dimanche 4 avril 2021

Un livre sur les « 80 visages » de Georges Frêche

Les élections régionales, du temps de Georges Frêche, étaient une formalité pour ce monstre de la vie politique locale. Mort en plein mandat, il a marqué de son empreinte ce Languedoc Roussillon qu’il a tenté, brièvement, de renommer Septimanie.

On retrouve toutes les péripéties autour de ce raté dans un livre très bien documenté, et signé Jacques Molenat, journaliste qui a bien connu celui qu’il désigne comme « Le monarque aux 80 visages ».

De l’universitaire au pied-noir, de l’homme à femmes au franc-maçon, vous saurez tout sur Georges Frêche qui a su faire entendre la voix du Midi dans les salons et plateaux de télévision parisiens.

samedi 3 avril 2021

Polar - L’immoleur de retour en Aveyron

Gévaugnac, village imaginaire de l’Aveyron, est le théâtre d’un crime horrible. Une gamine de 13 ans est retrouvée attachée à un sommier métallique, le corps entièrement brûlée par le brasier allumé dessous. L’émoi dans ce bourg campagnard est d’autant plus fort que cette immolation est la redite d’un précédent meurtre trois années auparavant. Pour résoudre l’affaire, la police criminelle de Toulouse envoie sur place Julie Fraysse

Une excellente enquêtrice qui de plus est originaire de Gévaugnac. Julie qui y va avec des chaussures de plomb. Pas étonnant puisqu’elle allait partir en vacances avec ses deux garçons et leur père, son ex-compagnon, pour tenter de donner une seconde chance à leur relation. Elle accepte de tout plaquer contre la promesse du doublement de ses congés. Sur place elle retrouve de vieilles connaissances mais le mystère reste entier. La hiérarchie décide alors de permettre à Novak Marrec, le policier chargé de la première affaire, de reprendre du service. 

Au cœur de la folie

De polar classique, À vif de René Manzor, se transforme en étonnant voyage littéraire au centre de la folie. Novak est interné dans un hôpital psychiatrique depuis deux ans. Persuadé d’avoir trouvé l’Immoleur, il a grièvement blessé ce pyromane. Depuis, le suspect est en prison, Novak enfermé et l’Immoleur toujours en liberté. Entre Julie et Novak, très vite l’entente ne sera pas cordiale. La première rêve de vacances, le second de revanche sur le destin. Elle est à cheval sur les règlements, lui tel un chien fou dans un jeu de quilles. 

L’auteur avec une science consommée du rebondissement, multiplie les fausses pistes et interrogations, donnant encore plus de sel à l’intrigue avec les relations compliquées entre les deux héros. Pourtant, la femme séparée et le flic dément ne peuvent que constater une sorte d’attirance magnétique. « Novak la fixa longuement de ses yeux turquoise. Julie songea à la proximité de cet homme au comportement imprévisible, à la douce odeur de sa peau et aux complications qu’une relation avec lui engendrerait dans sa vie. » Alors, romance policière à l’ombre des bûchers ? Nous n’en dirons rien ici. Au lecteur de découvrir quelles sont réellement les relations entre ces deux flics. 

Tout ce que l’on peut révéler, c’est que René Manzor, en plaçant résolument son récit dans le milieu psychiatrique, a décidé d’utiliser la folie à tous les niveaux. Folie d’un homme obsédé par un traumatisme de l’enfance, folie des hommes qui se persuadent que des démons peuvent posséder des jeunes filles, folie d’un système où l’écho médiatique d’une affaire, surtout sur les réseaux sociaux, peut avoir des répercussions dramatiques sur l’enquête policière. La démence de notre monde est au centre d’un polar qui parfois s’apparente plus au thriller voire au cauchemar éveillé. 

« À vif » de René Manzor, Calmann-Lévy, 20,50 €