jeudi 1 avril 2021

SF - "Derniers jours d’un monde oublié", les débuts de Chris Vuklisevic

Il y a 20 ans, Folio a lancé sa collection de science-fiction. Pour marquer cet anniversaire, la filiale poche de Gallimard a organisé un concours ouvert aux jeunes écrivains. Le manuscrit de Chris Vuklisevic devient donc le 660e titre Folio SF, un inédit qui plaira aux amateurs de Fantasy. Sur une île perdue au milieu de l’océan, une sorcière et un marchand font la loi. Mais quand arrive un navire au large, tous les équilibres sont remis en cause. Notamment à cause de Erika, une jeune pirate qui voit dans ce rocher austère et aride l’occasion de quitter son monde fait de meurtres et de violence gratuite. 

Une œuvre puissante aux personnages travaillés et forts. On s’attache au destin d’Erika, on aime détester Arthur le marchand et on craint de croiser la route de la Main, la sorcière qui donne la vie mais surtout la retire au gré de ses humeurs.   

« Derniers jours d’un monde oublié », de Chris Vuklisevic, Folio SF, 8,10 €

De choses et d’autres - Cookies funèbres

Ce n’est pas que j’ai le moral dans les chaussettes, mais c’est tout comme. La faute (entre autres) aux cookies qui prolifèrent dans mon ordinateur. Ces petits logiciels espions savent mieux que moi ce qui va m’intéresser dans les prochains jours.

Hier, alors que je parcourais un article sur ce film français qui abandonne les salles obscures pour aller se prostituer sur une plateforme (Madame Claude sur Netflix), je suis attiré par un article sponsorisé proposé juste en fin de papier. La photo montre une urne funéraire placée devant une femme en noir, deux arums en main. Le titre est sans équivoque : « Combien ça coûte d’être incinéré en Perpignan ? »

Si l’on fait abstraction de la faute de français, on comprend vite que ce business est juteux en cette période de pandémie. Parmi les sites qui s’ouvrent en cliquant sur le lien publicitaire, un comparateur de prix des différentes cérémonies d’obsèques.

Alors je tiens à dire, solennellement, aux algorithmes : « On se calme ! ». Certes, comme 98 % des Français, j’accuse un sérieux coup de mou, difficile de faire des projets, de voir plus loin que le lendemain. Mais, pas au point de penser à la mort.

De toute manière, tout ce qui est administratif et en relation avec le budget du ménage, c’est mon épouse qui s’en occupe. Donc, non, je ne veux pas savoir le prix de mon incinération.

Par contre, je clique volontiers sur un autre lien attrape-nigaud : « Parle comme ton Papi : notre top des expressions désuètes ». Même si je risque de ne rien apprendre : mon « moral dans les chaussettes » du début de chronique le prouve à l’évidence. 

dimanche 28 mars 2021

BD - Femmes élémentaires dans le second tome de "V-Girls"


Casting de choix pour cette série imaginée par Pécau et dessinée par Ukropina. Car les personnages principaux de V-Girls, histoire fantastique se déroulant à la fin des années 30, sont les gloires cinématographiques de l’époque. 

Notamment Hedy Lamarr, actrice allemande ayant fui le régime nazi pour faire carrière à Hollywood. Elle a un pouvoir. Une entité élémentaire a trouvé refuge dans son corps et son esprit. Une arme qui intéresse les Allemands mais aussi les Russes. 


Si Hedy maîtrise l’eau, Frances, une Américaine a plus de difficultés avec le feu. Le second tome de cette ambitieuse série donne le beau rôle aux femmes et à quelques célébrités du moment, de Dashiell Hammett à Peter Lorre en passant par Fritz Lang ou Howard Hugues. Sans oublier le volet européen avec Luis Bunuel et Picasso, pour une tout autre explication du célèbre tableau de Guernica.  

« V-Girls », tome 2, Soleil, 14,95 €


samedi 27 mars 2021

Série télé - L’autre Alice


Sur Netflix, les Alice asiatiques sont à la mode. Après la série japonaise Alice in Borderland adaptée su manga, voici Alice (tout court), série coréenne mêlant romanche, histoire familiale et… voyage dans le temps. Comme toujours dans ces dramas coréens, tout débute sur les chapeaux de roues, déroutant un peu le spectateur européen plus habitué à une mise en place lente et didactique des personnages et de la situation. 

On plonge donc directement dans l’action avec deux agents (un couple) venus du futur, à la recherche d’un livre maudit. Ils le trouvent, mais quand la femme apprend qu’elle est enceinte, elle décide de rester à cette époque, s’éclipsant et se fondant dans la Corée des années 90. 

30 années plus tard, elle est morte assassinée et son fils est devenu policier. Un jeune homme dénué de tout sentiment (presque une marque de fabrique des séries coréennes) décidé à retrouver les assassins (venus du futur, mais il ne le sait pas encore), de sa mère. Il va se retrouver sur leurs traces en enquêtant sur l’enlèvement d’une fillette. Cette dernière, après trois jours de disparition, prétend qu’elle était avec sa mère. Mais cette dernière était à l’étranger. 

Premier paradoxe temporel dans cette série emberlificotée dans les passages entre différentes époques. Cela se complique quand le policier croise la route d’une scientifique ressemblant trait pour trait à sa mère décédée. Si l’on oublie la longueur de certaines scènes (la série s’étale sur 16 épisodes de plus d’une heure), on se trouve face à une production ambitieuse visuellement, soignée au niveau de l’intrigue et pleine de rebondissements. Les amateurs de SF apprécieront.   


vendredi 26 mars 2021

Série télé en DVD - Paris Police 1900, nouvelle réussite signée Fabien Nury

Scénariste de bande dessinée réputé, Fabien Nury est en train de délaisser le 9e art pour s’imposer dans le monde encore plus concurrentiel de la série télévisée. Il a fait ses premières armes dans Guyane sur Canal + et récidive avec ce Paris Police 1900 toujours sur la chaîne payante. 

Nous sommes en 1899. Le président Félix Faure vient de mourir. La République, épuisée par l’affaire Dreyfus, prise en étau entre les ligues nationalistes et antisémites et la menace anarchiste, n’a jamais paru si faible. Le cadavre d’une inconnue retrouvé dans la Seine entraîne Antoine Jouin, inspecteur ambitieux de la criminelle, et Jeanne Chauvin, une jeune avocate, au cœur d’une enquête complexe. 

Ces huit épisodes d’une heure viennent de sortir en DVD et Blu-ray chez Studiocanal. Parfait pour plonger dans le Paris d’antan, reconstitué avec brio dans une histoire palpitante.

jeudi 25 mars 2021

DVD - Le temps perturbé dans « Synchronic »

Film indépendant manquant de moyens mais pas d’ambition, « Synchronic » est une intéressante parabole sur le voyage dans le temps. Pas de machine complexe mise au point par un savant fou mais simplement une drogue synthétique aux pouvoirs étranges. 

Deux ambulanciers des urgences, Steve (Anthony Mackie) et Dennis (Jamie Dornan) se retrouvent au chevet de consommateurs mal en point. Quand la fille de Dennis disparaît, Steve absorbe un cachet et se retrouve propulsé dans le passé pour tenter de la retrouver dans les méandres du Temps. 

Réalisation épurée et cadrages serrés donnent au film, qui vient de sortir directement en DVD et blu-ray chez Universal un air angoissant supplémentaire. La meilleure trouvaille étant de donner le rôle principal à un Noir pour montrer combien quelques décennies auparavant il était compliqué d’avoir une vie normale dans cet état profondément raciste qu’est la Louisiane.   


mercredi 24 mars 2021

Roman - Le portrait d'une femme déterminée brossé par Armel Job

Il y a du Simenon dans les romans d’Armel Job. Ce Belge (de Liège exactement), croque les petites vies de la bourgeoisie avec une rare acuité. Dans « Sa dernière chance », il raconte quelques mois de la vie d’Élise, 39 ans, célibataire, vivant chez Marie-Rose, sa sœur, brillante gynécologue, mariée à Édouard, agent immobilier. Élise s’occupe à plein temps des quatre enfants du couple. 

Une tatie bienveillante, effacée, qui vient de prendre une grande décision : elle aussi veut connaître l’amour. Sur le net, elle dégote un bel antiquaire, un peu vieux jeu mais charmant. 

Cela débute comme un roman à l’eau de rose, mais le récit dérape rapidement car tout ce beau monde à beaucoup à cacher. Un simple rendez-vous va déclencher une cascade d’événements lourds de conséquence pour Élise et sa famille.      

« Sa dernière chance » d’Armel Job, Robert Laffont, 20 €


samedi 20 mars 2021

De choses et d’autres - L’actualité vire au gag

Hier, en découvrant différentes informations venant de France et de Navarre, je me suis demandé une paire de secondes si je n’avais pas fait un saut dans le temps. Tout me laissait penser qu’on était le 1er avril et que les canulars occupaient la une. Sur France Culture, une émission expliquait comment l’armée française avait enrôlé des écrivains de science-fiction pour imaginer les conflits du futur.

Parmi les scénarios évoqués, l’attaque terroriste en 2042 de la base de Kourou pour prendre le contrôle de l’ascenseur spatial. Incroyable et pourtant 100 % vrai.

Suite de mes pérégrinations invraisemblables à Saint-Domingue. Un mafieux italien en cavale vient de se faire arrêter par Interpol. Ses tatouages l’ont trahi. Tatouages vus dans ses tutos de recettes qu’il partageait sur YouTube. Il n’est pas précisé avec quel type de farine il fabriquait des cookies.

Cap sur les USA où je découvre qu’un magasin de chaussures a décidé de customiser des Nike. Des Air Max « sataniques ». 666 paires où de l’encre rouge est rajoutée dans leur bulle d’air, additionnée d’une goutte de sang humain. Nike, qui ne veut pas apparaître comme une société « soutenant le satanisme », a déposé plainte contre le rappeur derrière cette idée marketing.

Des informations complètement farfelues et pourtant authentiques, comme ce monde qui perd de plus en plus ses repères. Pour preuve, le 6 avril sera organisé en ligne une dictée en écriture inclusive.

Mais ça non plus ce n’est pas un poisson d’avril même si ça en a le goût et la couleur. Par contre, si demain 1er avril on annonce que l’écriture inclusive sera obligatoire pour remplir son attestation de sortie, là, pas de doute, ce sera un canular. 

 

vendredi 19 mars 2021

De choses et d’autres - Un sandwich difficile à digérer

Il s’attendait, sans doute, à un retour en Formule 1 plus glorieux. Fernando Alonso, au volant de la toute nouvelle Alpine, a été contraint à l’abandon, en fin du premier grand prix de la saison, à Bahreïn, alors qu’il stagnait vers la 10e place.

Un abandon qui va sans doute entrer dans les annales, car la raison en est des plus étonnantes. Constatant que ses freins arrière chauffaient plus que de mesure, le champion espagnol rentre aux stands. Là, l’équipe décide d’arrêter les frais en réalisant que l’écope permettant le refroidissement était bouchée.

Quelques heures plus tard, le maudit bouchon était extrait et les techniciens n’en ont pas cru leurs yeux en retirant du système de très haute technologie un emballage de sandwich. Un simple emballage et le bolide valant plusieurs millions d’euros et élaboré par des ingénieurs surdiplomés, se retrouve immobilisé.

Maintenant, il va falloir retrouver l’identité du sagouin qui a jeté son emballage de sandwich sur la piste. A priori, ce n’est pas un pilote, difficile de manger en conduisant ces F1 qui filent à plus de 250 km/h. Un spectateur ? C’est possible. Ils n’étaient cependant pas nombreux, car obligatoirement vaccinés contre le coronavirus.

À moins que cela ne soit une nouvelle technique malveillante dans la guerre des écuries. Discrètement, mine de rien, un mécanicien concurrent aurait laissé traîner un emballage de sandwich à côté du paddock d’Alpine. Le vent et la chance (pour le mécano, pas Alonso) auraient fait le reste.

Difficile à digérer pour les débuts en Formule 1 de la nouvelle écurie française. 


jeudi 18 mars 2021

De choses et d’autres - Maîtres du temps

Le génie humain permet, deux fois par an, de nous transformer en maîtres du temps. Au printemps on fait disparaître une heure, à l’automne on en crée une. Pour des millions de Français et d’Européens, dans la nuit de samedi à dimanche, le passage à l’heure d’été a signifié la disparition dans les limbes de soixante minutes.

Les animaux ne comprennent pas ce concept. Ils sont définitivement réglés sur le soleil. Du début à la fin de leur vie.

Cette heure d’été, tant espérée chaque année, car elle marque le rallongement spectaculaire des jours, est-elle une bonne chose ? Je me garderai d’avoir une opinion arrêtée, je constate simplement que c’est l’exemple le plus flagrant de la toute-puissance de la bureaucratie et du suivisme de mes concitoyens. Tout a été imaginé un jour dans ces hautes sphères qui planifient la vie du peuple.

Peut-être juste pour tenter quelque chose de nouveau, un énarque, par ailleurs chercheur en sociologie et amateur d’expériences hasardeuses, décide qu’« entre samedi et dimanche, tout le monde devra avancer sa montre d’une heure. »  Soit-disant pour économiser du pétrole. En réalité pour tester le degré d’asservissement de la populace.

Le résultat a sans doute dépassé ses espérances puisque le troupeau continue à jouer des aiguilles chaque année avec une docilité teintée de plaisir. Normal, on a fait disparaître une heure, mais la majorité a l’impression d’en avoir gagné une le soir venu.

Attention, avec le couvre-feu à 19 heures, le gain est minime. Et si la prochaine victime du coronavirus était l’heure d’été ?