lundi 1 mars 2021

De choses et d’autres - Éloge de la procrastination 

Hier soir, à l’heure du couvre-feu, une bonne partie de la France a suivi le nouvel épisode de la série à succès du moment : « Jean Castex vs la pandémie ». Le Premier ministre, toujours aussi raide et docte (beaucoup trouvent qu’il ressemble à Gargamel, le « méchant » des Schtroumpfs), a joué la franchise en reconnaissant que la situation se détériore et qu’il faut tout mettre en place pour « retarder le confinement ». Et là, on comprend qu’en fait, c’est mort. Le confinement semble déjà acté. La seule inconnue réside dans sa date de mise en œuvre. Jean Castex veut le retarder.

Comme si en procrastinant un peu, on repoussait ce mauvais moment à passer sans comprendre que les jours perdus ne seront jamais rattrapés. Le début de la campagne de vaccination était l’exemple parfait de cette procrastination érigée en méthode de gouvernement. Mais qu’on se rassure, le gouvernement agit. Ou plus exactement place 20 départements sous surveillance renforcée. Des mesures de reconfinement localisé pourront être prises. Dans une semaine. Peut-être.

En procrastinant sans cesse, la France est de plus ne plus en retard par rapport à ses voisins. Le virus, lui, ne remet pas au lendemain ses ravages, notamment à Nice. Mais là aussi, face à l’urgence, les autorités décident de reconfiner… à partir de samedi. À l’opposé, si le président Macron annonce qu’il va faire une allocution début mars, oubliez la procrastination et foncez illico dans une grande surface pour reconstituer les stocks de papier toilette. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le vendredi 26 février)

 

 

mardi 9 février 2021

De choses et d’autres - Toutes les cultures sont bonnes à acheter

Je plains Roselyne Bachelot, la très transparente ministre de la Culture. Depuis qu’elle a été nommée, il ne se passe pas un jour où elle doit avaler une couleuvre supplémentaire en raison de la crise sanitaire.

Elle a même dû la semaine dernière s’indigner de l’ouverture des musées municipaux de Perpignan. Une ministre de la Culture qui réclame la fermeture de lieux culturels, voilà dans quel paradoxe la situation nous a conduits au bout d’une année entre confinements et couvre-feu.

Pourtant les biens culturels se portent à merveille. L’institut GFK a publié les derniers chiffres de l’évolution du marché en 2020. Mais là aussi Roselyne Bachelot pourrait se retrouver en difficulté. Car sur les trois marches du podium on trouve… trois jeux vidéo. Pas sûr que l’ancienne sociétaire des Grosses Têtes sache exactement en quoi consiste l’intérêt culturel d’Animal Crossing, Fifa 21 et Mario Kart 8.

Je suis persuadé que la ministre si chahutée trouverait beaucoup de réconfort en se lançant dans la création d’une île sur la plateforme d’Animal Crossing, vendu à un million d’exemplaires l’an dernier. Pour les cultureux purs et durs qui se sont arrêtés à L’anomalie, Prix Goncourt, Animal Crossing est un jeu où on doit faire vivre toute une communauté sur une île. On y construit sa maison, on la décore, on achète des objets (ou on troque), on ramasse des fruits, coupe du bois et parfois on rencontre les voisins.

Contrairement aux clichés galvaudés des jeux vidéo chez monsieur tout-le-monde, celui qui n’a jamais touché de manettes de sa vie, il n’y a rien de sanglant ni de violent dans Animal Crossing.

Ni de très transcendant, faut bien l’admettre. Mais au moins, dans ces mondes virtuels, il n’existe pas de mode « confinement pour cause de pandémie ». 


lundi 8 février 2021

De choses et d'autres - Les paniers de la Saint-Valentin pour afficher sa détresse amoureuse

De toutes les fêtes « fabriquées » pour consommer, la Saint-Valentin est sans doute la pire. Par essence, l’amour ne doit pas se contenter d’un jour. La moindre des choses est de prouver cette passion tous les jours et 24 h/24. Je sais, c’est un peu romantique. Mais prétendre parler d’amour sans romantisme, c’est comme avoir la Covid-19 et être asymptomatique.

Cette année, certains supermarchés semblent  toucher le fond en proposant des paniers à roulettes pour faire vos courses ornés d’une affiche indiquant que vous êtes un « célibataire à adopter ».

Dans le genre stigmatisant, compliqué de faire plus humiliant. Car, celui qui se balade avec ce genre de panier, déclare à tout le monde « Oui, je suis en pleine misère sexuelle. Alors ,par pitié, faites un geste pour moi ou je me suicide dimanche en buvant le flacon de parfum que j’ai acheté pour la compagne que je n’ai pas… » Enfin, c’est le film que je me projetterais intérieurement, si je devais croiser ce type d’énergumène.

Il y a même des magasins qui proposent des paniers « sexués ». Rien d’innovant chez ces nouveaux marchands du temple : bleus pour les messieurs, roses pour mesdames.

Enfin, cette initiative a du bon : si vous avez la phobie des paniers non nettoyés après utilisation, vous pouvez emprunter, sans danger, celui des dames, car je doute qu’elles soient nombreuses à les utiliser pour espérer se faire draguer lourdement au rayon poissonnerie.

Mais, surtout, pensez à enlever l’affichette. Sinon, quelques balourds ne manqueront pas de ricaner grassement en vous désignant du doigt. 


dimanche 7 février 2021

De choses et d’autres - Télétravail ou Téléchat ? 

Le télétravail a obligé quantité d’employés à apprendre à manier des logiciels pour participer à des réunions à distance. Le logiciel Zoom s’est taillé la part du lion dans ce marché émergent. Et comme tout logiciel qui sert à tout et n’importe quoi, Zoom donne la possibilité de glisser des filtres sur l’image qu’on renvoie.

Comme l’ont popularisé Instagram et ces selfies où on a un nez et des moustaches de chat qui se rajoutent sur notre portrait. Zoom va encore plus loin en permettant de transformer tout un visage en tête de chat. Chat qui bouge en même temps que celui qui est filmé, clignant des yeux à l’identique que le modèle et ouvrant la bouche quand il parle. L’effet est bluffant, on se retrouve face à un chat qui cause et semble interagir avec nous. Une fonction qu’un avocat a malencontreusement lancée en pleine session avec un juge au Texas. Il a été obligé d’expliquer au magistrat que « non, je ne suis pas un chat ! »

Durant une longue minute, reprise en boucle sur les réseaux sociaux, on voit un accusé défendu par… un chat. Certains amoureux des animaux en rêvaient, Zoom, la pandémie et le télétravail l’ont fait.

Même si des chats qui parlent à la télévision ce n’est pas nouveau. Souvenez-vous de Téléchat, exquise série humoristique de Roland Topor et Henri Xhonneux diffusée dans Récré A2 dans les années 80 et 90. Groucha, le chat présentateur de journal télévisé, a lui aussi occupé l’écran durant 234 épisodes de 5 minutes. Mais au final, il est moins célèbre que celui qui a plaidé au Texas.  

samedi 6 février 2021

De choses et d'autres - James Bond obsolète

Il est réputé être équipé des dernières technologies de pointe. James Bond, en plus de gadgets introuvables sur le marché, utilise aussi des objets que le commun des mortels peut acheter dans le commerce, généralement pour un bon paquet d'euros, l'espion aimant le luxe. Un James Bond qui se fait attendre depuis quelques mois.

Le dernier film avec Daniel Craig dans le rôle-titre devait sortir en avril dernier. Pandémie, confinement et fermeture des cinémas ont poussé le distributeur à repousser plusieurs fois la date du film. Aux dernières nouvelles, "Mourir peut attendre" sera sur tous les écrans de la planète le 8 octobre prochain.

Le film est terminé depuis longtemps, mais quelques scènes vont prochainement être retournées. Pas pour insérer des hommes et femmes affublés de masques dans la rue, ni imposer une distanciation sociale entre l'agent secret et les belles de service (Léa Seydoux ou Ana de Armas), mais plus prosaïquement pour actualiser les placements produits.

Grosse production au budget gigantesque, un James Bond fait toujours appel à des placements de produits. Une bonne façon pour les marques les plus prestigieuses de montrer leurs dernières productions. Nokia, fabricant de smartphones, a ainsi payé une fortune pour que Daniel Craig utilise le dernier bijou de sa gamme.

Le problème des smartphones, c'est qu'ils se démodent vite. Résultat, le Nokia 8.3 5G utilisé sur le tournage aura plus d'un an lors de la diffusion du film. Il est donc prévu de retourner quelques scènes d'ici peu pour que James Bond ne passe pas pour un has been complet en utilisant un téléphone antédiluvien. Car si mourir peut attendre, être au top c'est ici et maintenant.   


vendredi 5 février 2021

De choses et d’autres - À quand notre propre variant ?

Il faut parfois un événement mondial pour se rendre compte combien la France a perdu de son aura, de son influence. La pandémie a été sans pitié pour notre pauvre vieux pays de plus en plus dépassé.

Quand tout a commencé, on a découvert catastrophé que plus un seul masque chirurgical n’était fabriqué chez nous. Pour se cacher le museau des miasmes asiatiques, il fallait aussi passer par ces mêmes Asiatiques.

On pensait prendre notre revanche sur le vaccin. Le pays de Pasteur ne pouvait qu’être en pointe dans ce secteur. La désillusion a été immense. Non seulement Sanofi est à la traîne, mais son embryon de vaccin est tout, sauf prometteur. Pendant ce temps, les Chinois ont déjà deux vaccins en circulation…

Même au niveau des évolutions du variant, la France est décevante. On s’est fait dépasser par les Anglais qui, les premiers, ont contaminé la planète avec un variant local plus virulent et inquiétant. Brésil et Afrique du Sud n’ont pas de vaccin, mais un variant qui leur assure renommée planétaire.

Alors, pour refaire parler de la France, il ne nous reste plus que la solution du variant super-puissant. Une évolution si forte qu’elle résiste à tous les vaccins déjà mis au point. La France rayonnera, enfin, de nouveau, de toute sa grandeur sur le monde. Du moins, ce qu’il en restera.

Finalement, mieux vaut se contenter d’être au milieu du peloton et rester discret. 

jeudi 4 février 2021

De choses et d’autres - Jurons, injures et autres gros mots

80 ans. Le capitaine Haddock fête cette année les 80 ans de sa première apparition dans une aventure de Tintin et Milou. Le marin alcoolique imaginé par Hergé est rapidement devenu indispensable au jeune reporter belge. Son potentiel comique (comme les Dupontd) apportait un renouveau.

Et parmi les excellentes trouvailles de l’auteur, saluons le fait que Haddock, dès qu’il est contrarié, ne peut pas s’empêcher d’agonir d’injures le perturbateur. Des bordées de jurons que l’on peut mettre dans toutes les oreilles car au lieu d’utiliser les gros mots classiques (qui auraient été inexorablement censurés), le capitaine utilise des expressions peu courantes.

Voilà comment « Mille millions de mille sabords », « Bachi-bouzouk » ou « Tonnerre de Brest » sont entrées dans le langage commun des Français.

Mais d’autres expressions plus étranges ont été mises en lumière comme « anacoluthe », « Jocrisse » ou « oryctérope ». Cette dernière insulte désigne en fait un animal assez rare aussi surnommé cochon de terre en Afrique du Sud, pays dont il est originaire.

Regrettons que le capitaine ne jure plus. Hergé n’a pas voulu que ses personnages lui survivent.

Dommage, j’aurai bien aimé lire une aventure de « Tintin au pays des Labos », où l’aventurier protège Tournesol occupé à mettre au point un vaccin universel. Haddock, face aux coups bas de certains, hurlerait de sa voix tonitruante « Espèce de pangolin avarié ! » ou un définitif « Bougre de variant de coronavirus ! ». 

mercredi 3 février 2021

De choses et d’autres - Les anciens ont encore de l’avenir

Un sondage commandé par ABBYY, multinationale spécialisée dans l’intelligence digitale, remet les pendules à l’heure sur la fracture des générations alors que le télétravail est fortement recommandé par le gouvernement pour contrer la pandémie. Travailler de chez soi passe par l’utilisation intensive du numérique. Se connecter, aller sur des plateformes, utiliser des logiciels…

Pas toujours évident pour la génération des Baby boomers qui ne sont pas nés avec un écran en main contrairement aux Millenials.

Et pourtant, les réponses obtenues des 4 000 professionnels répartis dans 20 secteurs et 4 pays (France, Royaume-Uni, Allemagne et États-Unis) prouvent que ce sont les vieux qui s’adaptent le mieux à ces nouvelles contraintes. Si 61 % des jeunes trouvent qu’il est désormais plus ardu de travailler, ils ne sont que 36 % chez les plus de 55 ans à partager cet avis.

Désolé les jeunots, on a l’air d’être dépassés (cela fait déjà quelques années que je fais partie de la catégorie des plus de 55 ans), mais au final, on s’en tire mieux que vous. VPN, réunion Zoom, ou fichiers partagés : on sait s’adapter, nous, les vieux. On a encore de l’avenir dans les entreprises, même si certains veulent nous pousser vers la sortie.

Enfin, c’est l’interprétation que je fais de ces chiffres. Car le commanditaire de l’étude a une conclusion radicalement différente : si les jeunes décrochent, c’est en raison de procédures « qui peuvent ne pas être intuitives pour les jeunes générations. »

Je dois admettre que cela se vérifie quotidiennement. Je me souviens de la découverte de mon premier smartphone. Le vendeur, jeune et enthousiaste, m’explique que toutes les commandes sont intuitives. 10 ans plus tard, quand on m’appelle, je dois réfléchir 5 secondes avant de comprendre où il faut appuyer pour prendre l’appel. Et une fois sur deux je me trompe et rejette le correspondant qui doit maudire ce vieux boomer incapable de répondre au téléphone. 


mardi 2 février 2021

De choses et d’autres - Du pouvoir des pierres

En fréquentant les réseaux s­ociaux, on tombe parfois sur d’étranges passions. Savez-vous ce qu’est la lithothérapie ? Quelques amateurs de cette « médecine non-conventionnelle qui utilise les pierres pour soigner » se font régulièrement remarquer en posant des questions qu’un esprit cartésien pourrait qualifier d’incongrues.

Comme cette internaute qui demande sur Facebook : « Urgent. Quelle pierre contre la méchanceté à haut niveau ? » De toutes les réponses, une seule me semble effectivement capable d’être efficace : « un parpaing ».

La lithothérapie provoque d’étranges réactions. Un amateur de cette pseudo médecine emménage dans un nouvel appartement. Constatant qu’il y a une fuite d’eau dans la salle de bains et des infiltrations dans le toit, il demande quelle pierre utiliser « pour repousser ces mauvaises ondes ». On lui propose, dans l’ordre : la pierre œil du tigre, la tourmaline noire ou l’améthyste. Mais pas un seul pour tout simplement lui conseiller d’appeler un plombier…

Un autre publie la photo d’une pierre découverte chez une personne âgée. Il voudrait l’identifier. Seul indice, il y a une étiquette indiquant « 235U ». Un érudit lui répond que c’est de l’uranium, que c’est très dangereux à manier à main nue et lui demande si quelqu’un de sa famille était physicien. Réponse totalement hallucinante du possesseur d’uranium : « La physique n’est pas une science exacte… Si j’avais un physicien dans la famille je l’aurais renié. »

Le meilleur pour la fin : un autre participant à la discussion affirme que son grand-père avait dilué de l’uranium dans de l’absinthe pour éliminer une tumeur maligne au foie. Et ça a marché. Finie la tumeur. Fini aussi le grand-père, mort d’une cirrhose un an plus tard. 


lundi 1 février 2021

De choses et d’autres - Hors-la-loi sans le savoir

Pas toujours évident de respecter la loi. Surtout quand elle n’est pas connue. On devient des hors-la-loi qui s’ignorent. La pandémie vient de m’apprendre que durant de longues années j’étais en infraction tout en restant à mon poste de travail.

Comme de nombreux collègues et j’imagine des employés de bureau qui n’aiment pas spécialement dîner en groupe dans une petite pièce qui sent les plats réchauffés au micro-ondes, j’ai mangé la salade préparée avec amour (et dextérité, notamment pour les quantités et les valeurs caloriques) par mon épouse pour mon repas du midi tout en restant devant mon écran.

Une coupure d’une demi-heure pour se sustenter mais aussi pour rompre avec le travail. L’écran d’ordinateur se transforme en télévision. Le mieux étant de lire un magazine au calme quand les collègues ont déserté l’open space.

Pratique et agréable mais tout à fait interdit par le Code du travail qui spécifie qu’il est proscrit de « laisser les travailleurs prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. » Voilà comment ces salades tout en étant très goûteuses auraient pu me coûter mon boulot. Mais ça, c’était dans le monde d’avant. Gestes barrière obligent, le gouvernement va publier un décret pour autoriser tout employé de déjeuner directement à son poste. Une façon comme une autre pour limiter la propagation du virus.

Même si le mieux reste le télétravail que je pratique assidûment depuis près d’un an. Le matin, j’installe l’ordinateur portable sur la table de cuisine, entre la machine à café et le grille-pain et désolé pour les miettes dans le clavier. Je l’avoue ici aujourd’hui en espérant que ce n’est pas interdit par un alinéa obscur d’un des articles de ce Code du travail pas toujours rédigé pour faciliter la vie des salariés.