vendredi 21 mai 2021

Cinéma - Les dérapages de « Slalom »


Dans le ski de haut niveau, il ne faut surtout pas sortir de la piste ou rater une porte en slalom au risque d’être disqualifié. Ce n’est pas Lyz (Noée Abita) qui dans ce film fait un écart malheureux, mais Fred (Jérémie Renier) son entraîneur. Ce premier film de Charlène Favier puise beaucoup dans ses souvenirs de sportive.
Sans être une pure autobiographie, le scénario utilise certains événements vécus par la réalisatrice quand elle était adolescente. 

Dans Slalom, on découvre le quotidien de Lyz, jeune skieuse prometteuse. Elle intègre un lycée sport-études ou la compétition entre jeunes est féroce, poussée par un entraîneur dur et exigeant. Entre Lyz et Fred, rapidement la tension est forte. Il menace de la virer si elle n’obtient pas de bons résultats.

Elle va alors tout faire pour le satisfaire et poursuivre ses propres rêves de podium. Fred, constatant qu’elle progresse, va s’occuper d’elle de plus en plus, la coachant personnellement. La proximité totale et permanente de Fred et de Lyz va faire basculer la situation. Comme le souligne Charlène Favier, « Peu à peu, Lyz perd la propriété de son corps, d’abord outil de performance puis objet de désir. »
Cette histoire d’emprise puis d’abus sexuel dans le milieu du sport de haut niveau vient à point nommé. Comme en écho aux nombreuses affaires actuelles. Le film, sans être trop grave, permet aux deux comédiens de briller dans des rôles compliqués, de filmer les compétitions de ski avec brio et de montrer aussi toute l’immensité et beauté de la montagne en hiver

Film français de Charlène Favier avec Noée Abita et Jérémie Renier

 

mercredi 19 mai 2021

De choses et d’autres - Travailler (trop) tue

Va-t-il bientôt falloir, comme sur les paquets de cigarettes, marquer en gros dans des cadres noirs sur les bulletins de salaire : « Travailler tue ». Le message de santé publique serait plus exactement « Travailler trop tue ».

Selon une étude publiée lundi 16 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT), si vous travaillez plus de 55 heures par semaine vous augmentez de façon exponentielle vos risques de faire un AVC (accident vasculaire cérébral) ou une crise cardiaque. Des chiffres qui feraient peur s’ils étaient un tant soit peu réalistes. Car franchement, qui, en France travaille plus de 55 heures par semaine ?

Étonnamment, ils sont sans doute beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit. Car 55 heures hebdomadaires cela ne représente que 11 heures quotidiennes sur 5 jours ouvrables. Contrairement aux idées reçues qui prétendent que les Français et leurs fameuses 35 heures ne se tuent pas à la tache, les exemples sont légion des professions qui dépassent allègrement la limite dangereuse.

Les agriculteurs, par exemple, travaillent en trois jours autant qu’un fonctionnaire en une semaine (en un mois disent les plus médisants). Actuellement, tout métier dans le secteur de la santé explose sa durée de travail. Les policiers aussi sont sur la brèche, sans oublier les politiciens, surtout en période d’élection. Dans cette catégorie, plaignons ceux qui incapables de se positionner avec clarté, soutiennent deux listes et doivent faire le double de travail de persuasion.

Dans le bâtiment, la foire aux heures sup va être de mise pour rattraper les retards et même dans l’enseignement tout le monde va devoir travailler plus, toujours pour rattraper le retard dans les programmes causés par les confinements successifs.

En fait, il ne reste plus qu’une catégorie de métier qui n’a aucune chance de faire un AVC pour cause de surmenage : les patrons et employés de boîtes de nuit. Eux, cela fait plus de 18 mois qu’ils ne font plus rien. Mais pas sûr que cela leur procure la moindre satisfaction. 


mardi 18 mai 2021

De choses et d'autres - Étrange pénurie de boissons sucrées

Parfois, je m’imagine être dans la tête d’un complotiste, conspirationniste ou autre énergumène qui doute de tout et reste persuadé « qu’on nous ment ». Hier matin, en faisant mes courses dominicales, je constate, comme tous les autres jours de la semaine passée, que le rayon du Coca Zéro est désespérément vide. Même le cola sans sucre de la marque du supermarché est désert.

C’est là que je me transforme en paranoïaque de première. Quel est l’ingrédient qui manque à ce point pour provoquer la paralysie des chaînes de production ? Je pense, évidemment, à l’édulcorant.

Et dans ma tête de complotiste temporaire, par cette mécanique étrange et complexe, mêlant bêtise et ignorance, je me dis que cela a forcément un rapport avec la pandémie. Première hypothèse, celle du gravement atteint : l’édulcorant permet de soigner le Covid-19. Et comme on est persuadé, dans notre délire de persécution, que cette maladie a été inventée par les puissants qui dirigent le monde en secret, logique qu’ils retirent du marché ce médicament si bon marché.

Dans ce cas, vu les litres qu’on a ingurgité, mon épouse et moi, depuis l’apparition du virus, on est immunisé pour deux siècles.

Les cerveaux moins dérangés se demandent si l’édulcorant n’est pas un des ingrédients nécessaire à la fabrication des vaccins. D’où la rupture de stock de Coca, moins « essentiel » que le vaccin.

À moins que, plus prosaïquement, mais les complotistes détestent cet adverbe, l’absence de Coca Zéro dans mon supermarché découle d’un vieux conflit commercial, en cours de règlement, par chance, entre le fabricant et le distributeur. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant)


lundi 17 mai 2021

BD - Tatouages magiques


La magie a besoin d’un support. Dans Marqués, série de comics de David Hine et Brian Haberlin, ce sont les tatouages. Les jeunes qui ont un potentiel, sont marqués d’un glyphe leur donnant un pouvoir particulier.

On découvre cette école particulière grâce à Saskia. Elle vient d’être marquée, mais a fait confiance à Liza, une Marquée dissidente. Liza qui doit fuir et offrir ses services au gouvernement qui voit dans les glyphes des armes redoutables. 

«Marqués» (tome 1), Delcourt, 15,95 €

dimanche 16 mai 2021

BD - Tarzan, version originale


La mode est aux gros albums. Le premier tome de l’adaptation fidèle du roman d’Edgar Rice Burroughs, Tarzan, par Bec et Subic fait 84 pages. Cela permet au dessinateur de multiplier les scènes où grands singes et seigneur de la jungle s’apprivoisent. Ensuite, arrive Jane et l’expédition menée par son père.


Là, ce sont les combats avec les anthropophages qui permettent des planches sombres et musculeuses.

La dernière partie voit Tarzan découvrir le monde civilisé. Une diversité graphique qui fait aussi l’attrait de cet album.

« Tarzan » (tome1), Soleil, 17,95 €  

Polar - Enquête familiale pour Varg Veun

Présenté comme le premier détective privé de la littérature policière norvégienne, Varg Veun de Gunnar Staalesen revient dans une enquête qui contient nombre de révélations sur la famille du héros. Officiant à Bergen, ville natale de l’auteur, Varg, 61 ans, accueille une nouvelle cliente. Norma désire qu’il recherche Emma, la fille de sa cousine. Norma qui lui apprend également qu’ils sont frère et sœur. Ils ont la même mère, morte depuis quelques années. 

Un premier coup de théâtre familial qui ne sera pas le seul. En enquêtant sur la disparition d’Emma, étudiante, il découvre qu’elle aussi a un demi-frère dont elle n’a découvert l’existence que sur le tard. 

Ce labyrinthe familial se complique quand un vieux fait divers, resté impuni, refait surface ainsi qu’une bande de motards particulièrement violents. Un polar tout en finesse, avec un Varg de plus en plus usé physiquement, notamment quand il se fait rouer de coups.

« Grande sœur » de Gunnar Staalesen, Gaïa Noir, 22 €


Thriller - Noirs séquoias

Olivier Bal a de la suite dans les idées. Après « L’affaire Clara Miller » (qui vient de sortir en poche chez Pocket), il relance son personnage principal de Paul Green dans un roman encore plus sombre. Le journaliste a tout plaqué. Il a roulé jusqu’au bout des USA. Il s’est arrêté dans l’Oregon, entre Pacifique et forêt de séquoias

Dans une cabane, avec un vieux chien, il laisse passer les jours, détaché de l’actualité. Tout change quand une nouvelle jeune femme disparaît dans la forêt à la sinistre réputation et qu’une gamine vient se réfugier dans sa modeste demeure. Il retrouve ses instincts d’enquêteur et va se lancer sur les traces de cet « homme rouge » tuant, à l’abri des regards, derrière les arbres géants de Redwoods. 

Un thriller qui vous fera prendre un grand bol d’air frais. Méfiance cependant, car dans les bois sans fin, personne ne vous entendra crier d’effroi. Un pageturner dépaysant et brillamment mené jusqu’au dénouement final. 

« La forêt des disparus » d’Olivier Bal, XO éditions, 19,90 € 

Série télé - Jupiter’s Legacy : genèse du héros


Entre le héros mature et efficace et la genèse du héros, Jupiter’s Legacy, série en huit épisodes disponible sur Netflix, ne choisit pas. Il y a deux arcs de narration bien différenciés dans cette histoire tirée d’un comic de Mark Millar et Frank Quitely (publié chez Panini en France). 

De nos jours et dans les années 30, quand le groupe de six personnes, les six héros, a été doté de super pouvoirs. On voit en premier ce que sont ces super héros, de plus en plus impuissants face au mal qui se multiplie tels des virus en l’absence de gestes barrières. Mais le plus intéressant de la série pilotée par Steven S. DeKnight (Daredevil, Smallville) reste cette genèse des héros. Comment, de faibles, presque fous, presque inconséquents et totalement inconscients, ils vont devoir gravir des montagnes, traverser des déserts et un océan pour devenir ces créatures supérieures qui vont changer la face de l’Amérique. 

Josh Duhamel interprète Utopian, le chef de l’Union, celui qui a mené le groupe vers cette île mystérieuse. Sheldon, fils de bonne famille, découvre que son père a utilisé l’argent des retraites des ouvriers pour jouer en Bourse. Dans les années 30, après le crack, le père préfère se suicider. Sheldon va sombrer dans la folie. Victimes d’hallucinations, il finit par se convaincre que c’est une piste vers un destin. Il entraîne dans son sillage une jolie journaliste (qui deviendra son épouse), son frère, un ami richissime, un fils d’ouvrier et un médecin.

On retrouve une partie de la bande de nos jours, vieillis, en train de se battre contre une entité malfaisante, aidés de leurs rejetons. Car Jupiter’s Legacy, en bonne série américaine, explore aussi le champ de la famille. Utopian/Sheldon a des problèmes avec ses deux enfants. Brandon (Andrew Horton) semble ne pas être à la hauteur pour un jour succéder à son père. Quant à Chloé (Elena Kampouris), elle a tourné le dos à son rôle de justicière préférant profiter de la vie avec excès (drogue, sexe et alcool).

Entre l’idéal du début et la déviance de la descendance, Jupiter’s Legacy donne aussi à réfléchir sur l’évolution de notre société, toujours plus favorable aux solutions extrêmes.

Cinéma en streaming - « Oxygène » en fait des caisses


Alexandre Aja fait partie des rares cinéastes français ayant réussi aux USA. Son dernier film, « Oxygène », il l’a réalisé en France pour Netflix avec Mélanie Laurent en vedette unique. Un film de genre, prouesse technique, puisque 80 % de l’histoire se déroule dans un caisson de cryogénisation

À l’intérieur, une femme (Mélanie Laurent). Elle vient d’être réveillée par l’intelligence artificielle (voix de Mathieu Amalric) car une défaillance est détectée. Problème, il reste moins d’une heure d’oxygène et le caisson est bloqué. Mélanie Laurent se débat dans cet espace réduit, tentant de se souvenir qui elle est. 

L’exercice cinématographique est périlleux. Alexandre Aja s’en tire avec les honneurs même si, parfois, l’actrice en fait des caisses dans son caisson et que le spectateur, lui aussi, a envie de prendre la fuite. Heureusement, il lui suffit d’appuyer sur sa télécommande pour mettre fin au calvaire.

samedi 15 mai 2021

BD - « Contrapaso », une enquête sous Franco


Attention, cette BD de 150 pages grand format en couleurs place la barre très haut. Teresa Valero, autrice espagnole, a mis beaucoup d’elle-même dans ce polar digne des meilleures séries noires. L’action se déroule en 1956 à Madrid.


Un journaliste blasé tente de démasquer un tueur en série. Mais, dans cette Espagne franquiste, c’est peine perdue. Seuls les faits divers sans envergure sont repris dans les pages de son journal. Il reçoit l’aide d’un jeune franco-espagnol à l’esprit plus ouvert.

Leur enquête va se déplacer vers les notables aux mœurs douteuses, prêts à tout pour avoir une descendance.   

« Contrapaso », Dupuis, 23 €