mercredi 21 avril 2021

De choses et d’autres - Un emploi fumeux

Si, en France, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a décrété que « le cannabis est devenu une drogue dure », ailleurs dans le monde, les appels à la légalisation se multiplient. L’exemple canadien pourrait faire tache d’huile et pousser l’État fédéral américain à décider, lui aussi, que le temps de la prohibition est terminé.

Paradoxalement, ce revirement n’est pas le fruit d’un lobbying des utilisateurs, mais, plus prosaïquement, des investisseurs lorgnant vers les actions de sociétés à la croissance exponentielle. Dès qu’il y a de l’argent à faire, certains tabous volent en éclat. Ceux qui pensaient que la fumette était réservée à de doux rêveurs planant dans les mondes artificiels, devront réviser leurs préjugés.

Niveau emploi, aussi, le secteur est en pleine croissance. Newsweek a notamment relevé la création d’un poste d’un genre un peu particulier. La société Vaped.com recherche son testeur… de cannabis. Cette entreprise spécialisée en vente de vaporisateur désire s’adapter au nouveau marché. Le testeur devra utiliser tous les appareils de la gamme, quotidiennement, et faire des comptes rendus, écrits et vidéos, de leur utilisation.

Un vrai métier quand on découvre le salaire : 35 000 euros annuels soit un salaire de près de 3 000 € mensuel, auxquels Vaped.com rajoute 250 € pour acheter l’herbe consommée. Le genre de métier où le télétravail s’impose. Reste à savoir si, comme pour les œnologues qui recrachent le vin qu’ils goûtent, le testeur à la possibilité de ne pas avaler la vapeur. 


Polar en poche - "Tirez sur le caviste" de Chantal Pelletier

Moins de 100 pages, ce Tirez sur le Caviste de Chantal Pelletier ne vous restera pas sur l’estomac. Facile à digérer, plus que tous les plats en sauce qui rythment ce polar rural. Dans un premier temps, un viticulteur, lassé des plats insipides de son épouse, la dégomme et la plonge dans une grande cuve de vinaigre. A Macon, il embauche une jeunette qui se débrouille en cuisine. 

L’histoire est racontée du point de vue du caviste puis de la cuisinière qui cache bien son jeu. Un petit roman jouissif, qui vous fera saliver par son menu sans cesse renouvelé et ses situations extrêmes. 

« Tirez sur le caviste », Folio Policier, 5 €

mardi 20 avril 2021

De choses et d’autres - Une camisole pour pyjama

L’information est on ne peut plus sérieuse : « Dormir moins de six heures provoquerait un risque de démence chez les plus de 50 ans ». Le constat est tiré d’une étude réalisée, durant plus de 25 ans, sur plus de 8 000 Britanniques. Quand les chercheurs parlent de démence, c’est essentiellement d’Alzheimer, la fameuse démence sénile d’antan, qui plane sur les cerveaux des anciens.

Le sommeil est mal réparti dans la population. Certains sont de gros dormeurs, alors que d’autres se réveillent frais comme une rose, après un repos très en dessous des six heures fatidiques. Si vous faites partie du clan des « Huit heures, sinon rien », vous savez combien il est difficile de se lever sans avoir batifolé avec Morphée de 22 h à 7 h. Au minimum.

Sinon ,vous n’êtes bon à rien, incapable d’aligner deux idées cohérentes à la suite. Vous êtes les champions de la grasse matinée, de la procrastination et des plans sur la comète. Avantage, vous ne risquez pas de finir en hôpital psychiatrique.

Juste en dessous, la majorité, ceux qui se contentent des 6 ou 7 heures de dodo réglementaires. Eux, sont souvent réglés comme des horloges. Incapables de se lever avant. Mais, obligés de se lever après. Leur vie manque de surprise, un train-train salutaire pour leurs neurones.

Enfin, si vos nuits ne dépassent pas les quatre heures de sommeil, mieux vaut carrément troquer le pyjama pour une camisole. Au réveil, le travail en sera facilité pour les infirmiers qui viendront vous interner pour le restant de vos jours. 


Roman - Marseille, centre d’une France blessée

Marseille défigurée, coupée par une frontière, brisée par une guerre civile sans fin. Tel est le décor de ce roman d’Aurélien Manya. En 2054, un futur proche donc (qui nous pend au bout du nez si l’on en croit les derniers sondages sortis récemment à propos de la prochaine présidentielle ou si l’on extrapole à la situation de la ville de Perpignan, tombée tel un fruit mûr dans l’escarcelle du parti de Marine Le Pen), l’extrême-droite a quasiment pris le pouvoir en France. Certaines villes ont résisté puis ont fait sécession comme Paris, d’autres sont coupées en plusieurs zones, comme à une triste époque du XXe siècle.  

Le texte, construit en trois parties, suit le parcours dans cette Marseille terrorisée, désespérée, de trois personnages ne pouvant plus vivre dans cette ambiance liberticide. Sohan, un résistant ayant pris les armes, Layla, la femme qu’il aime, cinéaste passionnée et Stella qui dans un passé récent était dans un corps d’homme. Sohan combat les milices de la France Brillante, trop souvent protégées par la police et l’armée. Des néofascistes qui veulent fédérer toutes les nations d’Europe pour épurer la population. Couvre-feu, attentats, rationnement… Sohan dans une dernière opération spectaculaire, veut quitter Marseille et rejoindre avec Layla ce Maroc, devenu phare du monde libre et tolérant. Stella aussi rêve de rejoindre Agadir. Mais avant elle doit s’évader de ce camp de concentration où sont entassés tous les transsexuels de la ville. Stella qui a été l’amant de Layla. 

L’espoir au-delà des Pyrénées

Cette dernière est une cinéaste du réel. Elle filme les habitants de cette ville exsangue, leur demande ce qu’ils aimeraient retrouver de leur vie d’avant… 

Aurélien Manya, avec une science de la construction littéraire qui doit sans doute beaucoup à son premier métier, monteur dans le cinéma, fait se chevaucher ces trois histoires. Tragique pour Sohan, heureuse pour Stella, remplie d’espoir pour Layla. 

Pour quitter ce pays qu’elle ne reconnaît plus, comme des milliers d’hommes et de femmes, Layla tente de rejoindre la Catalogne, devenue indépendante, passerelle vers le Maroc rêvé. Alors elle se réfugie à Oms, dans les Pyrénées-Orientales, au pied du Canigou. Elle doit déjouer la surveillance de tous ces habitants gagnés à la cause sécuritaire. Certains de ses amis d’école se retrouvent responsables de la police, chargés de faire la chasse à ces migrants qu’elle, au contraire, accueille dans son mas catalan. « Toute la famille dort profondément dans le même lit. Leurs bras sont accrochés les uns aux autres. Je prie furtivement pour leur succès. Que la chance pyrénéenne leur sourie, que la Catalogne les accueille comme il se doit. » Telle est cette France racontée dans le roman d’Aurélien Manya. Un cauchemar que tous les démocrates devraient lire pour comprendre que la menace est à nos portes. Après, ce sera trop tard. Comme un des personnages, seul le Mistral (ou la Tramontane), quand il se met à souffler, permet aux étoiles d’apparaître. « Elles, au moins, on ne nous les enlèvera pas. » La liberté par contre…

« Trois cœurs battant la nuit », Aurélien Manya, L’Arpenteur, 15 €

 


lundi 19 avril 2021

De choses et d’autres - Petite leçon russe de gestion du virus

Même s’il n’inspire pas spécialement la confiance et la bonne humeur, Vladimir Poutine vient de prouver qu’il n’était pas l’homme d’État froid que trop d’Occidentaux imaginent. Il vient de faire cadeau de 10 jours de travail à la totalité des travailleurs de son immense pays. 10 jours pour se la couler douce, en plein printemps, quand la taïga reverdit et qu’il est si agréable de faire la grasse matinée dans sa datcha (résidence secondaire).

Il est comme ça, Vladimir, dur avec certains (Navalny peut vous en parler, s’il avait le droit de communiquer), gentil avec les autres. Du 1er au 10 mai, la Russie va se transformer en un formidable camp où tout le monde sera en vacances. Poutine, apôtre de la décroissance, qui l’eut cru ?

Les sceptiques vont forcément remettre en doute ce beau scénario. Car, dans les faits, c’est une alerte des médecins russes qui a provoqué cette flambée de jours fériés. En rajoutant quelques dates entre les ponts du 1er mai et du 8 mai, on arrive à ces dix jours d’inactivité. Dix jours, où il sera interdit d’aller travailler, de faire les courses et de trop se déplacer.

Dix jours d’un confinement, à la russe, pour tenter de freiner la pandémie qui semble repartir à la hausse, malgré le vaccin Sputnik V.  Ces jours fériés imposés sont, en réalité, le signe que la situation se dégrade à Moscou et partout dans le pays.

Mais ça, Poutine ne le reconnaîtra pas. Il préfère obliger son peuple à ne rien faire, durant dix jours. Rien faire et surtout ne pas protester. 


Roman - Renaissance gasconne

Julien vient de perdre sa maman. Il décide de plaquer son boulot aliénant, vend son appartement en région parisienne et rachète une vieille demeure dans un village de Bigorre. Là, il va renaître, retrouver des sensations (notamment en faisant du vélo, une constante dans l’œuvre de Christian Laborde), vivre tout bonnement. Enfin. Ce court texte de Christian Laborde est comme un rayon de soleil après une journée plombée par les nuages noirs et la pluie. 

Un texte d’espoir, de résilience, pour qu’enfin on se décide à vivre simplement. Partez à la découverte d’Ossun, bourg gascon au charme certain, de Louka, le chien qui choisit son maître et de Deborah, la belle qui va couronner cette belle histoire. On la croise alors qu’elle est en villégiature à Barcelone, « Deborah regarde la mer et laisse le vent faire ce qu’il veut de ses cheveux. Les temps sont durs pour le vent. On l’empêche par divers subterfuges d’accéder aux cheveux des filles. Et l’on prive, ce faisant, les filles des caresses du vent. »

« Bonheur » de Christian Laborde, Cairn, 12 €      

dimanche 18 avril 2021

Cinéma en streaming - "Cosmic Sin", difficile de faire pire…


Un film de SF avec Bruce Willis. On se dit qu’après Le 5e élément il va faire un peu mieux. Perdu ! Cosmic Sin d’Edward Drake, disponible sur Amazon Prime ainsi qu’en VOD, fera sans doute partie des cinq films les moins bien notés de cette année 2021. 

Tout est caricatural dans cette histoire de menace d’invasion extraterrestre. On a l’impression de voir un mauvais film de propagande pour un régime politique dictatorial qui estime que la force est la seule réponse au moindre problème. Quitte à provoquer un génocide. Et on s’étonne en Europe que Trump ait gagné une élection présidentielle ? 

Si les scénaristes de Cosmic Sin accédaient un jour à la Maison blanche, on ne leur donne pas une semaine avant de raser les 2/3 de la planète. 


De choses et d’autres - Comment exproprier les Martiens ?

Alors que Thomas Pesquet vient de rejoindre la station spatiale internationale, sur Mars, le rover Perseverance a transformé du dioxyde de carbone issu de l’atmosphère de la planète rouge en oxygène. Pas beaucoup, mais suffisamment pour permettre à un astronaute de respirer durant quelques minutes.

Sur Mars, les Humains pourront donc bientôt rouler, voler et respirer. Ils sont quasiment prêts pour s’installer et débuter la terraformation de la planète. Tout amateur de science-fiction sait ce qu’est la terraformation. On modifie à ce point le climat et l’atmosphère que la vie, comme sur Terre, devient possible. Ensuite il ne reste plus qu’à entreprendre une demande d’expropriation des Martiens.

Mais comment s’y prendre ? Les Humains, surtout ceux qui œuvrent dans le droit, aiment tout prévoir. Il suffit donc de se plonger dans le premier numéro de la Revue de droit insolite dont le dossier a pour titre « Espace et droit » pour tout savoir du droit des extraterrestres et connaître la réponse à cette question essentielle : « Terraformer Mars est-il licite ? »

Pour rendre le droit amusant, des petits rigolos parlent sérieusement de choses juridiques très futiles. Comme cette très théorique colonisation de Mars mais aussi quid de l’attribution du chien en cas de divorce ou, toujours dans le dossier espace ce parallèle étonnant : « La lune militarisée et les excréments d’astronautes ». Un titre qui ressemble plus à un délire sous ecstasy qu’à une étude juridique sérieuse.


samedi 17 avril 2021

De choses et d’autres - Du bon exemple pour aider à la vaccination

Selon le Canard Enchaîné, pour redorer le blason du vaccin AstraZeneca, le gouvernement serait en train de contacter les grandes chaînes de télévision pour que des stars donnent l’exemple.

Rien de bien nouveau sous le soleil, les USA ont beaucoup usé de cette méthode pour montrer combien cette vaccination est partagée par tous et essentielle au pays. L’information devient plus cocasse quand le Canard affirme que le Premier ministre, Jean Castex, a soufflé un nom aux organisateurs : « Il faudrait que Sheila se fasse vacciner ».

L’indiscrétion a provoqué immédiatement un tsunami de réactions amusées. En premier lieu par la découverte qu’un Premier ministre pense en priorité à Sheila quand on évoque des célébrités. Et sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à se moquer de cet homme politique qui donne, chaque jour, un peu plus l’impression qu’il est bloqué dans les années 60.  

Certes, Sheila a plus de 55 ans, mais est-elle la plus pertinente pour donner envie aux Français de se vacciner avec de l’AstraZeneca ?
Pourquoi ne pas penser plutôt à Isabelle Adjani, Mylène Farmer, Mathilda May, Pascal Obispo ou Bruno Solo ? Toutes et tous ont plus de 55 ans et seraient, sans doute, un excellent exemple pour la tranche d’âge la plus réticente à la vaccination. Encore faut-il les convaincre… 


Série télé - Tahar Rahim est le Serpent sur Netflix


Alain Gautier règne sur le Bangkok interlope des années 70. Ce Français, officiellement négociant en pierres précieuses, cache bien son jeu. Derrière une façade enjouée,  c’est un escroc d’un rare machiavélisme. Toujours en vie (aux dernières nouvelles il croupit en prison au Népal), son parcours est au centre de cette série britannique en six épisodes diffusée avec succès par Netflix depuis le début du mois. Ce Gautier si charismatique se nomme en réalité Charles Sobhraj

Interprété par Tahar Rahim, l’escroc, comme un serpent en Inde, charme ses proies avant de leur donner le coup de grâce. Au cœur de ces années 70 où le phénomène hippie est à son apogée, le Serpent repère ces jeunes idéalistes, souvent les poches pleines des dollars de papa et maman. Avec sa compagne du moment, Marie-Andrée (Jenna Coleman), une Québécoise très sophistiquée, il les invite dans son appartement, situé dans une résidence luxueuse. 

Les soirées se passent dans un premier temps au bord de la piscine. Ensuite dans la chambre d’ami où le Serpent parvient à les droguer puis a les dévaliser. Il charge alors son complice Indien de se débarrasser des corps. Sans oublier de récupérer les passeports pour se fabriquer de nouvelles identités. 

Le diplomate tenace

Quand les parents d’un jeune couple néerlandais s’inquiètent auprès de l’ambassade de leur disparition, un jeune diplomate, Hernan Knippenberg (Billy Howle) promet de les retrouver. Hernan se transforme en enquêteur et va se lancer aux trousses de Charles-Alain/le Serpent. La série se concentre sur ce face-à-face. Si les sauts dans le temps sont parfois déroutants, l’ensemble est finalement très addictif. 

Dans ce Bangkok reconstitué, on suit la performance d’acteur majeure d’un Tahar Rahim qui s’impose par son éclectisme. L’acteur français, révélé dans Le Prophète de Jacques Audiard, est en passe de se forger une belle réputation dans le monde anglo-saxon avec cette série et sa performance dans Désigné coupable de Kevin Macdonald avec Jodie Foster, normalement au cinéma début juin.