lundi 7 septembre 2026

Rentrée littéraire - Amélie Nothomb a un enfant : c'est un perroquet !

Jo, un gris du Gabon, bouleverse la vie du narrateur de « L'adolescence du perroquet », nouveau roman d'Amélie Nothomb.

Après avoir raconté son « Impossible retour » au Japon puis évoqué la mémoire de sa mère dans « Tant mieux », Amélie Nothomb renoue avec la fiction pure dans ce très intrigant « L'adolescence du perroquet ». Alban, le héros-narrateur est un homme, célibataire, Parisien, très cultivé. Les premières pages sont consacrées à son amour du Louvre, musée qu'il considère comme sa deuxième maison. 

On découvre ensuite comment il occupe ses journées. Chroniqueur à la radio presque par accident, il se contente de surfer chaque matin sur le bruissement du monde. Même si l'exercice est parfois exténuant. « Une chronique, c'est une préoccupation constante. Il faut avoir une idée. Personne ne sait comment cela vient. Se mettre à la disposition de l'inconnu, être perpétuellement fécond de n'importe quoi. » A bien y regarder, le métier d'écrivain n'est pas beaucoup différent. Surtout quand comme Amélie Nothomb, on s'engage à sortir un roman à chaque rentrée littéraire. Même s'il paraît que l'autrice belge a plusieurs manuscrits d'avance. On l'imagine donc en train de se creuser la tête à trouver un sujet original pour le « suivant ». 

Est-ce la vision d'un clip sur le net d'un perroquet savant ? Ou la découverte, au Louvre justement, d'un tableau montrant des singes et un perroquet se délectant d'un plateau de fruits ? Ou tout simplement la connaissance dans la vraie vie d'un propriétaire de gris du Gabon, l'espèce de perroquet au centre du roman ? Mystère. De toute manière le lecteur n'a pas besoin de savoir pour lire avec gourmandise l'irruption de Jo, le fameux perroquet gris du Gabon dans la vie d'Alban. 

Jo arrive dans l'appartement encore bébé : « un oisillon déplumé avec un bec plus grand que lui ». Un être vivant à protéger. Alban fait rapidement un transfert vers Jo, comme s'il décidait d'adopter du jour au lendemain un nouveau-né pour en faire son fils. Les échanges, au début, sont limités. Mais dès que le volatile découvre qu'il peut émettre des bruits et répéter ce qu'il entend, Alban se consacre de plus en plus à son compagnon. Car un gris du Gabon n'est pas uniquement un oiseau qui parle. C'est « d'abord un oiseau qui écoute. Contrairement aux humains, il parle parce qu'il écoute. Un humain qui écoute, cela se voit peu. » Amélie Nothomb, au détour d'un chapitre, aime régler quelques comptes avec ses congénères... 

En se renseignant sur les us et coutumes de l'espèce, Alban apprend que ce perroquet, en plus de vivre très longtemps, passe par une phase d'adolescence. Vivre avec Jo va devenir un véritable enfer. Coups de bec, fauteuil déchiré, ordinateur renversé : le jeune Jo devient violent, vindicatif. Sa réplique préférée ? « Arrête ça ! » Et en creux, on a l'impression qu'Amélie Nothomb raconte l'éducation impossible ce cet enfant que, par choix, elle n'a pas eu. Qu'il soit humain ou recouvert de plumes.       

« L'adolescence du perroquet » d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 160 pages, 18,90 €  

BD - La folie enchanteresse des premiers aviateurs


Après des siècles les pieds cloués au sol, quelques hommes et femmes ont enfin pu faire comme l'oiseau, "aller plus haut…" L'invention de l'aviation a marqué une véritable révolution, aux conséquences visibles partout dans la société : transport, spectacle et guerre. Dans cet album écrit par Scott Snyder et dessiné par la talentueuse Tula Lotay, la foule américaine se passionne pour des hommes inconscients, risquant leur vie au quotidien. 

Après des batailles aériennes épiques au-dessus de la ligne de front en France, les as sont de retour outre-Atlantique. Nous sommes en 1918 et le spectacle est dans les airs. Un cirque qui pousse le public à lever la tête et prier pour que les acrobates ne finissent pas dans un crash qui ne pardonne pas. Parmi les "artistes" du manche à balai, le jeune Hawk E. Baron. Rien ne lui fait peur. 


Et pour donner encore plus de piment à ses exhibitions, il cherche une partenaire capable de faire des galipettes sur les ailes de son appareil lancé à toute vitesse très haut dans le ciel. Quand il rencontre Tillie, c'est l'évidence. Non seulement elle peut braver la mort, mais en plus comme elle est très belle, il en tombe raide dingue. Une rencontre qui marque aussi le début de ses ennuis. Car dans cette Amérique du début du XXe siècle, la mafia est omniprésente et Hawk se retrouve avec toute une bande de malfrats à ses trousses. 

Une histoire romantique très rythmée, avec rebondissements et coups de théâtre. Digne d'un film de l'époque. Hawk et Tillie sont très beaux sous le crayon de Tula Lotay, déjà remarquée dans le très esthétique Somna, mais dans un tout autre genre.  

"Barnstormers, voltige, amour et meurtre", Delcourt, 160 pages, 17,50 € (Album paru en avril 2025)


dimanche 6 septembre 2026

BD - La famille Hermann propose ses "Liens de sang"


Une grande ville américaine, un jeune flic qui débute, un parrain qui règne en maître sur les bas-fonds, une belle chanteuse : décor classique d'un polar de bon ton. Mais quand c'est Hermann qui est chargé d'illustrer le tout, cela prend une autre ampleur. 

La ville est encore plus sinistre, le parrain méchant et la belle ravissante. Hermann qui a décidé de donner un bon coup de pouce à son fils, Yves Huppen, l'auteur du scénario. Ces "Liens de sang" sont d'ailleurs très déroutants car rapidement les protagonistes de l'intrigue sont confrontés à des chocs espace-temps qui font glisser cette BD vers le fantastique. Ce mélange de genre ne passe pas toujours bien mais le travail de Hermann, 51 planches, 51 chefs-d'œuvre, suffit largement au bonheur de tout être normalement constitué.

"Liens de sang", Le Lombard, collection Signé. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 10 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


samedi 5 septembre 2026

BD - Monde caché sur Europa


La conquête spatiale, en plus de la dimension « dépassement de ses limites technologiques », implique de façon sous-jacente une volonté des Humains de tenter de trouver une autre espèce de la même trempe. 

Dans Europa, premier tome d’une série écrite par Léo et Rodolphe (le must en matière de SF) et dessinée par Janjetov (successeur de Moebius sur l’Incal), une expédition part pour Europa, 4e lune de Jupiter


Dans ses entrailles, sous une épaisse couche de glace, un océan tempéré. Les militaires et scientifiques plongent au cœur de ce monde inconnu, là où visiblement œuvrent des entités qui ne sont pas totalement pacifiques. Le réalisme du voyage et des technologies utilisées sont tempérés par l’incroyable inventivité de ce milieu insoupçonné.  

« Europa » (tome 1), Delcourt, 12 € (Album paru en 2021)


vendredi 4 septembre 2026

BD - "Amours fragiles" dans une période noire de l'histoire européenne


«Le dernier printemps »,
premier tome de cette nouvelle série signée Beuriot (dessin) et Richelle (scénario) devrait être obligatoirement au programme des cours de français (et d'histoire) du secondaire. En fait, ces deux jeunes auteurs signent un album en tout point remarquable. Clarté parfaite du dessin et de la mise en page, découpage efficace, scénario digne des meilleurs romans, ce petit chef-d'œuvre permet également au lecteur de parfaitement comprendre les raisons de la montée progressive du nazisme dans l'Allemagne des années 30

Le héros, Martin Mahner, lycéen à Berlin, ne rêve que de littérature et d'art. Son père lui voit un avenir dans l'assurance ou la banque, un véritable métier. Martin tombe amoureux de Katarina, sa jeune voisine. Une relation difficile à éclore. Des mois d'atermoiements avant une attirance forte.

Mais Katarina est juive. Ses parents, harcelés par les SS, préfèrent mettre la jeune fille en sécurité à Paris. Paris qui sera le décor du prochain tome.

"Amour fragiles" (tome 1), Casterman, (Album paru en 2001. Chronique initialement publiée dans Centre Presse Aveyron le 24  juin 2001)


jeudi 3 septembre 2026

BD - Les Petits Mythos trouvent l'Atlantide


Apprendre en s'amusant, tel est le credo des albums hors-série des Petits Mythos. Après les mythologies égyptiennes et nordiques, les petits héros imaginés par Cazenove et Larbier mettent le cap sur l'Atlantide. Pays légendaire décrit par Platon, l'Atlantide n'a sans doute jamais existé. Pas de conditionnel mais une certitude pour Amandine Marshall, caution universitaire de l'album et rédactrice des nombreux textes explicatifs qui s'intercalent entre les gags. Car cette BD a une forte prétention pédagogique. 

Vous apprendrez ainsi tout du Timée et du Critias, deux textes de Platon où il évoque cette fameuse Atlantide, civilisation très en avance mais qui a sombré par orgueil. Poséidon, dieu très colérique, a rasé l'archipel. Selon la légende, bien évidemment. 

Une légende détaillée, dans ses origines, ses possibilités scientifiques (des éléphants nains, ça existe ?) et ses interprétations trop souvent erronées. Une première entrée idéale pour les jeunes en quête de savoir mythologique. 

Et pour ceux qui, tout en s'instruisant, aiment se bidonner, les gags écrits par Cazenove et illustrés par Bloz (Larbier, le créateur de l'univers se consacre uniquement à la série principale, un 17e tome est prévu en octobre) sont une bonne raison de rire des facéties de ces Dieux aux réactions parfois très humaines.   

"Les Petits Mythos présentent l'Atlantide", Bamboo, 48 pages, 11,90 € 


mercredi 2 septembre 2026

BD - "Mille Visages" ou la version fantastique du western


Fuir. Fuir le plus loin possible. Le docteur Quinn va vers l'Ouest. Ces terres américaines encore inconnues en 1840. II tente d'échapper aux griffes d'un démon redoutable. Pourtant son premier contact avec le docteur Laney s'était passé sous de très bons auspices.

Jeune médecin, Quinn a beaucoup appris de ce chirurgien aux techniques révolutionnaires. Avant tout le monde il a utilisé la transfusion sanguine pour redonner des forces aux opérés. Une image humanitaire qui cachait une tout autre facette. Quinn a compris et c'est la raison de sa fuite en avant. Son errance va prendre fin dans une tribu de Sioux. Il y trouvera l'amour. Mais le démon retrouve sa trace et sème la mort et la désolation.

Un scénario de Thirault captivant qui, tout en utilisant les ressorts du fantastique, accorde beaucoup d'importance au cadre et aux humains. Malès, au dessin, semble enfin donner toute la mesure de son talent pointilleux.

"Mille Visages" (tome 1), Les Humanoïdes associés. (Album paru en 2001. Chronique publiée initialement en juin 2001 dans Centre Presse Aveyron)


mardi 1 septembre 2026

BD - Passionnant et intrigant "Décalogue"


Deux nouveaux volumes du Décalogue viennent de paraître chez Glénat. Frank Giroud est toujours au scénario de cette série d'histoires indépendantes les unes des autres ayant pour point commun un des dix commandements tirés du Nahik, un livre mystérieux qui contiendrait les dernières volontés du prophète Mahomet.

« Le météore » est dessiné par Jean-François Charles. Des bibliophiles sont à la recherche du Nahik en Grèce durant l'hiver 58. Parmi eux un fou sanguinaire récemment échappé d'un asile. 

Dans « Le serment », illustré par le dessinateur yougoslave TBC, l'action se passe peu de temps après la guerre 39 - 45. Une histoire de vengeance alors que le Vatican semble jouer un étrange manège dans la fuite des dignitaires nazis vers l'Amérique du Sud

Deux dessinateurs expérimentés pour deux opus réussis de cette expérience éditoriale originale et intrigante.

"Le Décalogue" (tomes 3 et 4), Glénat. (Albums parus en 2001. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron en juin 2001) 


lundi 31 août 2026

BD - Mélodie, rêveuse de papier


Mélodie est à cran. Adolescente à fleur de peau, elle voit sa vie être bouleversée par la séparation de ses parents. Et pour couronner le tout, elle déménage, obligée de suivre sa mère qui refait sa vie avec un nouveau compagnon et de laisser son père, seul et en pleine dépression. Nouvel appartement, loin de ses copines, notamment Shania, sa meilleure amie. Par contre elle doit toujours se coltiner son petit frère, insouciant et surtout très copain avec Nono, gentil surnom qu'il a trouvé à Arnaud, le nouvel amoureux de sa maman. 

Rien ne va donc dans la vie de Mélodie en ce jour de déménagement. Elle poirote au pied du camion. Quand surgit de l'immeuble d'en face un jeune skateur, très blond, très beau, très sûr de lui. Des 36e dessous, Mélodie est propulsée au 7e ciel par un coup de foudre aussi incompréhensible que irrésistible. 

Roman graphique plus spécialement destiné aux adolescents (adolescentes même, serait-on tenté d'écrire si l'on ne redoutait les procès en wokisme), La vie Mélodie est réjouissante. De ces histoires simples, presque banales, de la vie de tous les jours, qui pourtant au moment du twist final, parviennent presque à nous arracher quelques larmes (on résiste car on est un mec, nouveau procès en wokisme…). 

Pour raconter cet été bizarre, Jérôme Derache nous met au niveau de Mélodie, partageant avec délectation ses espoirs, ses rêves et déceptions. Mélodie qui tente de trouver sa voie. Du moins une qui aurait pour conséquence d'attirer l'attention du jeune Adonis. Skate, théâtre, dessin… elle hésite. 

Pour montrer ces montagnes russes d'émotion, Fabio Lai adopte un dessin coloré, vif et en mouvement, se passant des cases trop rigides pour donner encore plus de force à ses talents de dessinateur passé par l'étape très formatrice de l'animation. Beau et émouvant.  

"La vie Mélodie, Bamboo, 72 pages, 15,90 €


dimanche 30 août 2026

BD - Les enfants de la tour Eiffel


Surnommée la Dame de Fer (bien avant l'ancienne Première ministre britannique) par les Parisiens, la tour Eiffel est au centre de cette nouvelle série jeunesse écrite par le duo de scénaristes catalano-audois constitué de Carbone et Cee Cee Mia. Les Phénix de Paris, ce sont des gamins, orphelins, qui vivent en détroussant les touristes dans les rues de la capitale française. Des orphelins, sans repaires, gibier idéal pour Hector, voyou notoire, chef du gang des Loups de Montmartre. Il a enrôlé ces cinq âmes esseulées pour leur apprendre à voler en toute discrétion. En échange, ils ont un toit et un bout de pain. Et si le butin n'est pas assez gros, pas de pain mais des torgnoles à la place. 

Il y a un petit air de Dickens avec l'accent titi parisien dans cet album inaugural. Mais sans trop de misérabilisme. Les enfants sont déterminés à se sortir de ce bourbier. Le plus décidé reste Gabin. Il déteste voler. Cherche toujours une autre solution. Violette, sa compagne de larcin, est plus pragmatique. Quelques pièces ou bijoux en moins dans les poches des riches bourgeois ne leur manqueront pas. Par contre cela lui permettra, en fin de journée, de se remplir (un peu) l'estomac. 

Les premières planches, dessinées par Paolo Voto, artiste italien, promènent le lecteur dans ce Paris de la fin du XIXe siècle. Grands monuments existants et surtout future vedette, en pleine construction, la tour Eiffel. C'est à ses pieds que Gabin et Violette parviennent à voler une belle montre à un gamin qui a failli se faire renverser par un fiacle. Gabin lui sauve la vie, Violette le déleste de son bien précieux. Montre qui termine dans la poche d'Hector. Le lendemain, Albert, le volé, retrouve Gabin et le supplie de lui rendre ce souvenir offert par son père. Qui n'est autre que Gustave Eiffel, le concepteur de la fameuse tour. Entre Gabin, Albert et Violette naît une belle amitié et complicité. Albert retrouve sa montre, mais Gabin et Violette deviennent des parias, recherchés par Hector décidé à les trucider. Ils vont se cacher dans une baraque du chantier de la tour Eiffel en compagnie de leurs trois autres amis orphelins et se transformer en gardiens de la grande dame. 

Une belle histoire d'amitié faisant fi des différences de classes, une intrigue prenante, des amourettes naissantes, des décors à couper le souffle : Les Phénix de Paris vous feront voyager dans le temps pour redécouvrir la vie dans la Capitale il y a plus d'un siècle.    

"Les Phénix de Paris" (tome 1), Jungle, 56 pages, 13,95 €