dimanche 8 octobre 2000

BD - « Hard core lycée », l'établissement scolaire cauchemardesque

Pénétrer dans le lycée imaginé par Eric Omond n'est pas une mince affaire. Il est vrai que cet établissement n'est pas modèle. On y trouve quelques spécimens assez gratinés de la jeunesse de France. Exemples : Ben, laid et libidineux, c'est un obsédé du cul mais encore puceau pour son plus grand malheur; Tim, maladivement timide, il n'arrive pas à déclarer sa flamme à la belle Lara ; cette dernière est une sportive explosive qui est raide dingue de son... punching-ball. 

On trouve également dans cette classe de terminale très typée Pam la pétasse, Fouad l'intello costaud, Jordy le keupon rebelle, Sam le dealer ou Marie-Sophie la collectionneuse de lingerie fine.

Au premier abord on trouve que la caricature d'Omond est un peu forcée mais il faut bien reconnaître que les vrais lycéens sont beaucoup plus proches de ceux-là que des images véhiculées dans les séries télé.

« Hard core lycée », tome 1, Glénat. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Nexus », légende du Mont Saint-Michel

Le Mont Saint-Michel cache bien son jeu. Du moins dans le premier tome de cette série fantastique signée par un maître du genre, Froideval, et un jeune dessinateur prometteur, Bournay. Encerclé par la mer, le Mont Saint-Michel abrite de nombreuses portes vers d'autres mondes. Cette passerelle sert de refuge pour les âmes martyrisées.

Un gardien, désigné par l'archange, est seul habilité à ouvrir ou fermer ces portes. Le gardien actuel devine que son heure est venue. Il va devoir rendre sa charge. Le chevalier Tristan devrait le remplacer. Mais dans l'ombre, un ambitieux religieux essaie d'imposer un de ses hommes de main. Tout se complique car l'actuel gardien a une fille qui endosse l'armure symbole et prend possession du Mont. Au moment même où une horde de démons, chassés par le Diable en personne, trouve refuge dans le sanctuaire.

Le dessinateur, entre des planches de facture très classiques, s'autorise quelques tableaux en couleurs directes particulièrement spectaculaires.

« Nexus », tome 1, Zenda. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman jeunesse - La vie à sa source

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, une histoire pour les jeunes, jubilatoire, autant que l'écriture.

Modeste, on peut dire qu'il l'est. Jean-Claude Mourlevat, plusieurs romans et de nombreux prix à son actif, s'écrie d'emblée : « On n'invente pas grand-chose, nous les auteurs, on marche plutôt sur des traces littéraires très anciennes ».

Un peu trop modeste sans doute. Son nouveau livre, « La rivière à l'envers » représente la preuve tangible de son talent. Tomek, jeune garçon de 13 ans, soupire d'ennui dans l'épicerie qu'il tient dans son village.

Un beau matin, il tombe raide amoureux d'une fille qui veut lui acheter de l'eau de la rivière Qjar. Le vieil homme qui compte autant qu'un grand-père dans la vie de Tomek, lui explique qu'il s'agit d'une rivière d'un genre très spécial. Non seulement elle coule à l'envers mais surtout, l'eau puisée à sa source garantit l'immortalité. Au revoir l'ennui, bonjour l'aventure ! Tomek décide de partir sur les traces de la petite fille, à la recherche de la fameuse rivière, sur un chemin semé d'embûches.

«Je voulais m'offrir un vrai roman d'aventure avec les passés simples là où il faut », explique en souriant Jean-Claude Mourlevat. «Mes trois premiers romans avaient tous quelque chose d'un peu oppressant, ici la tonalité est plus claire, plus légère. »

Le merveilleux

Tomek vit des aventures rocambolesques qui ne sont pas sans rappeler les univers merveilleux du Magicien d'Oz ou d'Alice au pays des merveilles. Jean-Claude Mourlevat le reconnaît en toute simplicité, « je me sens enrichi de tout ce que j'ai lu par ailleurs ». Et de fait, l'histoire foisonne de personnages tous plus farfelus les uns que les autres et de rebondissements incroyables. « J'ai voulu entrer dans l'univers du merveilleux avec la liberté et la fantaisie que cela implique », confirme Jean-Claude Mourlevat. « Et j'ai pris plaisir à mettre en scène des personnages très courtois, très gentils. Ce respect d'autrui et cette gentillesse universelle, cela va un peu à contre courant de ce qui se fait aujourd'hui», explique-t-il d'une voix dont la douceur ressemble à ses paroles.

Le résultat, un roman attachant et imaginatif. « En fait, c'était tout à fait jubilatoire, résume-t-il, j'ai éprouvé un grand plaisir à écrire ». Et bien nous, Monsieur Mourlevat, on a éprouvé un égal plaisir à vous lire !

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, Pocket Jeunesse. (Chronique publiée en octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron et signée Fabienne Huart)


dimanche 1 octobre 2000

Polar - "Je suis très beau" mais c'est surtout très méchant !

Dans la catégorie « noir de chez noir », Christophe Mager impose sa plume dans ce roman policier à deux voix. Le premier narrateur, le fils, raconte comment il vient de faire un hold-up sanglant mais efficace. 

En écho, sa mère raconte la vie de cet homme qu'elle déteste au plus haut point. Une mère abominable, qui a empoisonné le chien de son fils, juste pour l'empêcher d'être un peu heureux. Elle fait semblant d'être impotente pour ne plus rien avoir à faire à la maison. 

Mais le fils n'est pas mieux. Loin d'être gentil avec sa maman. Espérons qu'une telle famille n'est que fiction. 

"Je suis très beau", Christophe Mager, Baleine. (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman - "Auréline" et les amours d'antan

Qui est Auréline ? Catin de luxe, artiste ratée, folle paranoïaque ? Dans les premières pages du roman, au cours de l'enterrement de l'héroïne, le lecteur se pose la question. Elle restera sans réponse tout au long de ce roman de Jean-Pierre Milovanoff.

Maxime est un adolescent complexé. Il se sou-vient. Dans les dunes de Camargue, il a vu une femme, merveilleuse. Il en tombe amoureux fou. Cette femme c'est Auréline. Il la retrouve quelques mois plus tard derrière le comptoir d'une mercerie. Elle semble s'y ennuyer ferme. Maxime n'ose pas lui déclarer sa flamme.

Auréline qui va quitter Nîmes pour faire carrière aux USA, faire-valoir d'un magicien dans un premier temps puis actrice et chanteuse.

Mais la gloire est éphémère. De retour au pays, elle croise à nouveau le chemin de Maxime. Il est devenu musicien. Pas un grand concertiste. Simplement un pianiste de jazz qui officie dans les bars, les palaces voire les maisons de retraite.

Au fil des pages on s'identifie à Maxime, le narrateur. On idéalise cette femme, on se met à l'aimer.

"Auréline", Jean-Pierre Milovanoff, Grasset. (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Polar - L'antiquaire escroc et le "Bric à braque"

Arnold Hopkins fait partie de ces personnes qui n'ont pas de chance. Mais alors vraiment pas...

Cet antiquaire n'a pourtant pas beaucoup de scrupules pour s'approprier des objets de façon illégale. Avec son cousin Maurice, qui lui ressemble trait pour trait, il se lance dans une drôle de combine. Cambrioler la maison de sœurs excentriques.

Un travail de longue haleine qui permet à Arnold de disparaître du circuit durant quelques temps. Cela tombe bien car ils sont plusieurs à le rechercher, et pas pour lui parler du beau temps. Mais même à l'abri des coups, cela ne tourne plus rond. Arnold se demande alors s'il a bien fait de vendre son âme pour 3 000 dollars à un vieux fou, persuadé d'être le diable....

Russell Greenan en rajoute dans les invraisemblances, mais l'intrigue est particulièrement vicieuse et au moment de l'explication finale tout s'éclaire.

"Bric-à-braque", Russell Greenan, éditions Murder Inc.  (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Roman - Amour destructeur dans "Mercure" d'Amélie Nothomb

Amour fou, amour total et destructeur. Amélie Nothomb, quand elle ne raconte pas son enfance ou ses premiers pas dans le monde du travail japonais, aime aborder ce sujet grave et romantique. Dans « Mercure », un couple vit retiré sur une île au large de Cherbourg. Hazel est une jeune fille qui ne doit jamais se regarder dans un miroir. Sa moitié est un vieillard. Fran-çoise, une infirmière, vient rompre le fragile équilibre.

Elle va tenter de découvrir le secret d'Hazel et tenter de comprendre pourquoi la jeune femme accepte, la nuit venue, les caresses du vieil homme. Ce roman est un peu morbide et pervers mais l'écriture légère doublée d'un humour souvent présent permet de faire passer la pilule pour les plus sensibles. 

"Mercure", Amélie Nothomb, Le Livre de Poche. (Roman paru en 2000), chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

dimanche 24 septembre 2000

BD – Achille Talon, une reprise compliquée


Si Greg a rejoint ses grands maîtres au paradis des bulles bien remplies, son héros lui n'a pas encore déclaré forfait. Après un album hommage écrit par Godard, c'est Brett qui se risque au difficile jeu de la succession impossible. Côté dessin, Widenlocher a parfaitement su se couler dans le moule.

Restait à retrouver l'esprit de notre Chichille national, roi des tirades pompeuses, redondantes et interminables. Ce 44e volume est bien dans l'esprit. Des gags en deux planches, qui laissent un peu de place au modernisme de ces années 2000, tout en respectant l'univers un peu suranné dans lequel évolue Talon, son détestable voisin Lefuneste ou Virgule, noble chic et choquée.

On retrouve en guest-stars un illustre ancien, René Goscinny, directeur du fameux journal Polite et un nouveau personnage qui promet, l'agent de police Armand Goisse, nouvelle victime très consentante des délires talonesques.

« Achille Talon » (tome 44), Dargaud. Album paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 24 septembre 2000.

Nouvelles - Frédéric Beigbeder présente plusieurs "Nouvelles sous ecstasy"

Avant de vendre sa prose « 99 francs » à des dizaines de milliers d'exemplaires, Frédéric Beigbeder a signé quelques nouvelles écrites sous ecstasy. Une drogue dont il déconseille formellement l'usage. 

Il en raconte d'ailleurs les effets dévastateurs dans « La première gorgée d'ecstasy ». Il est également beaucoup question de sexe dans ces courts textes précédemment publiés dans des revues branchées. De la dérision, des déceptions, mais aussi une formidable capacité à analyser les envies et désirs des hommes trentenaires de cette fin de siècle.

« L'homme qui regardait les femmes » est à ce point de vue un témoignage incontournable de cette période.

"Nouvelles sous ecstasy", Folio. (Chronique parue le 24 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron.)


Romans historiques - Napoléon, l'épopée belle

« L'armée de Sainte-Hélène » et « Il neigeait », deux romans autour de l'empereur, en 1812 pour Patrick  Rambaud, en 1820 pour Davide Pinardi.

L'Europe unie, on en parle de plus en plus, mais l'idée ne date pas d'aujourd'hui. D'autres ont déjà essayé d'unifier le continent. Napoléon y avait presque réussit. En 1811, l'Empereur avait conquis par les armes l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche. II avait passé un accord avec le Tsar. Il ne restait que les Anglais... Isolés, coincés par le blocus, ils ont retourné la Russie pour se donner un peu d'air. Se sentant pris en tenaille, Napoléon a levé une armée de 500 000 hommes et en juin 1812 il la lance sur Moscou. Mais ce qui devait être une victoire expéditive s'est transformée en catastrophe militaire.

Patrick Rambaud raconte cette campagne dans « Il neigeait » roman qui constitue le deuxième volet de sa trilogie impériale commencée par « La bataille » (prix Goncourt en 1997). Moscou tombe, mais Moscou est une ville déserte. Un incendie transforme la ville en piège. 

L'armée française doit se replier, harcelée par les cosaques qui sont sans pitié pour les égarés et les attardés.

Patrick Rambaud explique qu'il a « voulu raconter comment des femmes et des hommes ont supporté cette aventure extrême, civils et militaires mélangés. Au-dessus d'eux, Napoléon planait. Il rêvait à l'Europe, à sa monnaie unique, à sa dynastie. Il ne voyait plus la réalité. »

Tentative d'évasion

La suite on la connaît. Napoléon est battu, la France mise à genou. Après Waterloo, le grand militaire est exilé sur l'île de Sainte-Hélène. Il a régné sur la moitié de l'Europe, terrorisant l'autre moitié puis est tombé dans l'oubli. Du moins pas par tout le monde. Quelques fidèles ont tenté de le faire évader de cette île sous haute surveillance au cœur de l'Atlantique sud

Un épisode romanesque raconté par Davide Pinardi dans « L'armée de Sainte-Hélène ». Napoléon n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa déchéance se passe mal. Il fait régulièrement des cauchemars, persuadé que les fantômes des milliers d'hommes morts sur les champs de bataille viennent le réveiller la nuit.

Il se confie de plus en plus à son serviteur, Petit-Jean, un ancien esclave haïtien. C'est ce dernier qui le réveille en pleine nuit. L'empereur a de la visite. Un groupe de jeunes officiers français vient de déjouer la surveillance des Anglais. Un bateau à moteur, un des premiers, attend l'empereur dans une baie. Il lui suffit de monter à bord et de prendre la direction de l'Afrique. Là, l'Aigle pourrait à nouveau déployer ses ailes, trouver des appuis militaires et se lancer à nouveau à la conquête du monde. Un projet fou qui séduit l'homme d'action, mais...

Cet épisode imaginaire de la vie de Napoléon est parfaitement plausible. L'auteur a tout vérifié, de la météo à la topographie des lieux. A l'arrivée on a presque l'impression que cette tentative de fuite a véritablement eu lieu, que le Napoléon décrit par Pinardi, sage ayant tiré des leçons de ses erreurs passées, est authentique.

« Il neigeait », Patrick Rambaud, Grasset

« L'armée de Sainte-Hélène », Davide Pinardi, Calmann-Levy Romans parus en 2000. (Chronique parue le dimanche 24 septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)