mercredi 24 mars 2021

Roman - Le portrait d'une femme déterminée brossé par Armel Job

Il y a du Simenon dans les romans d’Armel Job. Ce Belge (de Liège exactement), croque les petites vies de la bourgeoisie avec une rare acuité. Dans « Sa dernière chance », il raconte quelques mois de la vie d’Élise, 39 ans, célibataire, vivant chez Marie-Rose, sa sœur, brillante gynécologue, mariée à Édouard, agent immobilier. Élise s’occupe à plein temps des quatre enfants du couple. 

Une tatie bienveillante, effacée, qui vient de prendre une grande décision : elle aussi veut connaître l’amour. Sur le net, elle dégote un bel antiquaire, un peu vieux jeu mais charmant. 

Cela débute comme un roman à l’eau de rose, mais le récit dérape rapidement car tout ce beau monde à beaucoup à cacher. Un simple rendez-vous va déclencher une cascade d’événements lourds de conséquence pour Élise et sa famille.      

« Sa dernière chance » d’Armel Job, Robert Laffont, 20 €


lundi 22 mars 2021

Série Télé - La Cape et l’épée sauvent la Nouvelle-Orléans

Certains titres de série semblent hermétiques pour le commun des mortels. Prenez Cloak & Dagger de l’univers Marvel dont les deux saisons sont disponibles sur Amazon Prime. Le Français moyen ne lit dans le premier mot que «Cloaque». Pas très engageant. Une fois traduit, il comprend qu’en fait la série pourrait se nommer la cape et la dague. Il pense alors Cape et épée. Et les plus anciens de se remémorer les piteuses aventures des Robins des Bois dans leur feuilleton délirant. Bref, parfois, on ne sait pas du tout à quoi s’attendre en se contentant du titre. 

En réalité Cloak & Dagger est une excellente série, différente des autres car se déroulant à la Nouvelle-Orléans. Pour les francophones c’est l’assurance de quelques dialogues en cajun et aussi quelques références au vaudou. Tout débute quand Tyrone et Tandy manquent de mourir. Ils viennent d’assister à l’assassinat de son frère pour le première, de son père pour la seconde. 

Des années plus tard, devenus de grands ados, Tyrone (Obrey Joseph) malgré la réussite de ses parents, reste un Noir dans un monde dominé par les Blancs. Sa rage est forte, d’autant que son frère a été tué par un policier. Tandy, devenue voleuse et arnaqueuse, compense la perte de son père dans la drogue, comme sa mère dans l’alcool. Les deux vont découvrir que depuis cette nuit fatidique ils ont un pouvoir. Encore plus grand quand ils sont réunis. 

Classique dans ses ressorts, la série devient plus forte avec les scènes de rue de la Nouvelle-Orléans, notamment durant le carnaval. Et s’approche de la perfection quand l’action se déroule dans les limbes, lieux fictifs des peurs et des espoirs des humains, que Tyrone et Tandy arpentent eux en pleine conscience. 

dimanche 21 mars 2021

Cinéma en streaming - "Vanguard" sur Prime Video


Jackie Chan a 66 ans mais conserve un excellent jeu de jambes quand il s’agit de botter les fesses aux méchants. Dans ce film chinois sorti directement sur Amazon Prime Video, il interprète le patron d’une agence de surveillance, Vanguard. 

Un film de pure action, avec décors luxueux, combats à gogo et cascades spectaculaires. Les agents de Vanguard tentent d’empêcher l’attaque d’un porte-avions américain. L’action se déroule  à Londres, en Afrique (avec d’étonnants lions de synthèse), dans une vieille cité arabe puis à Dubaï. 

La dernière partie s’apparente plus à un clip publicitaire pour la ville qu’à un film. Dommage. Mais cela devrait faire rêver quelques millions de Chinois et pas mal de Français attirés par ce nouvel eldorado du tourisme. 

samedi 20 mars 2021

Série télé - Embrouilles à Baghdad Central


Arte propose  sur son site l’intégralité de la série anglaise Baghdad Central. Les six épisodes seront également diffusés les 8 et 15 avril à 20 h 55. Cette fiction, tirée d’un roman d’Elliot Colla, est un polar classique dans sa forme, exceptionnel par son contexte. L’action se déroule dans la capitale de l’Irak en 2003 quelques mois après la chute du régime de Saddam Hussein. La coalition menée par les Américains tente de reconstruire le pays. 

Le combat d’un père

Mais il est loin l’enthousiasme de la population pour les « libérateurs ». Les Américains sont devenus des envahisseurs et le chaos règne dans le pays. Dans ce contexte, certains Irakiens tentent de se faire discrets. C’est le cas de Muhsin Kadr al-Khafaji (Walleed Zuaiter), ancien policier et surtout père de famille. Du moins ce qu’il en reste. 

Sa femme est morte d’un cancer, son fils a été exécuté par le régime. Il vit avec ses deux filles. Mjour, souffrant de diabète à la santé fragile et Sawsan, étudiante travaillant comme traductrice dans la zone verte aux mains des Américains. Quand cette dernière disparaît, Mushin retrouve ses réflexes d’inspecteur pour mener l’enquête et la retrouver. 

Le personnage de ce policier, au passé honteux, domine la série. Désabusé, voyant son pays sombrer dans le chaos le plus total avec milices, corruption et exactions au sommet, il s’accroche à la seule chose qui l’anime : sa famille. Il va accepter de collaborer avec la coalition pour que Mjour soit soignée. Et aussi pour enquêter sur son autre fille. 

On croise dans Baghdad Central d’autres « égarés » de ce monde façonné sur la vengeance, la rancœur et la désillusion. Une professeur d’université, constatant que les femmes sont rabaissées alors qu’auparavant ce pays laïque leur donnait une chance, un Anglais persuadé que Mushin est l’avenir de l’Irak, un militaire américain imposant son ordre avec ses grosses bottes et un chauffeur de taxi, philosophe amateur de poésie. Tous jouent un rôle. Même Mushin. Car rien n’est simple et manichéen dans la vie. Encore plus en période de guerre dans un pays en ruines. 


De choses et d’autres - L’actualité vire au gag

Hier, en découvrant différentes informations venant de France et de Navarre, je me suis demandé une paire de secondes si je n’avais pas fait un saut dans le temps. Tout me laissait penser qu’on était le 1er avril et que les canulars occupaient la une. Sur France Culture, une émission expliquait comment l’armée française avait enrôlé des écrivains de science-fiction pour imaginer les conflits du futur.

Parmi les scénarios évoqués, l’attaque terroriste en 2042 de la base de Kourou pour prendre le contrôle de l’ascenseur spatial. Incroyable et pourtant 100 % vrai.

Suite de mes pérégrinations invraisemblables à Saint-Domingue. Un mafieux italien en cavale vient de se faire arrêter par Interpol. Ses tatouages l’ont trahi. Tatouages vus dans ses tutos de recettes qu’il partageait sur YouTube. Il n’est pas précisé avec quel type de farine il fabriquait des cookies.

Cap sur les USA où je découvre qu’un magasin de chaussures a décidé de customiser des Nike. Des Air Max « sataniques ». 666 paires où de l’encre rouge est rajoutée dans leur bulle d’air, additionnée d’une goutte de sang humain. Nike, qui ne veut pas apparaître comme une société « soutenant le satanisme », a déposé plainte contre le rappeur derrière cette idée marketing.

Des informations complètement farfelues et pourtant authentiques, comme ce monde qui perd de plus en plus ses repères. Pour preuve, le 6 avril sera organisé en ligne une dictée en écriture inclusive.

Mais ça non plus ce n’est pas un poisson d’avril même si ça en a le goût et la couleur. Par contre, si demain 1er avril on annonce que l’écriture inclusive sera obligatoire pour remplir son attestation de sortie, là, pas de doute, ce sera un canular. 

 

vendredi 19 mars 2021

De choses et d’autres - Un sandwich difficile à digérer

Il s’attendait, sans doute, à un retour en Formule 1 plus glorieux. Fernando Alonso, au volant de la toute nouvelle Alpine, a été contraint à l’abandon, en fin du premier grand prix de la saison, à Bahreïn, alors qu’il stagnait vers la 10e place.

Un abandon qui va sans doute entrer dans les annales, car la raison en est des plus étonnantes. Constatant que ses freins arrière chauffaient plus que de mesure, le champion espagnol rentre aux stands. Là, l’équipe décide d’arrêter les frais en réalisant que l’écope permettant le refroidissement était bouchée.

Quelques heures plus tard, le maudit bouchon était extrait et les techniciens n’en ont pas cru leurs yeux en retirant du système de très haute technologie un emballage de sandwich. Un simple emballage et le bolide valant plusieurs millions d’euros et élaboré par des ingénieurs surdiplomés, se retrouve immobilisé.

Maintenant, il va falloir retrouver l’identité du sagouin qui a jeté son emballage de sandwich sur la piste. A priori, ce n’est pas un pilote, difficile de manger en conduisant ces F1 qui filent à plus de 250 km/h. Un spectateur ? C’est possible. Ils n’étaient cependant pas nombreux, car obligatoirement vaccinés contre le coronavirus.

À moins que cela ne soit une nouvelle technique malveillante dans la guerre des écuries. Discrètement, mine de rien, un mécanicien concurrent aurait laissé traîner un emballage de sandwich à côté du paddock d’Alpine. Le vent et la chance (pour le mécano, pas Alonso) auraient fait le reste.

Difficile à digérer pour les débuts en Formule 1 de la nouvelle écurie française. 


VOD - Angoisse au bureau avec "The Exception"


Vous vous méfierez de vos collègues de bureau après avoir vu « The Exception », film danois de Jesper W. Nielsen qui sort directement en vidéo à la demande (VOD) sous la bannière de Wild Side.

Ann-Lise (Sidse Babett Knudsen en photo, vue dans Borgen) vient d’être embauchée dans une association qui s’occupe de crimes contre l’Humanité. Cette documentaliste a des difficultés à s’intégrer à la petite équipe. Malene et Iben font des messes basses dès qu’elle arrive.

Quant à Camilla, la secrétaire, derrière son sourire personne ne sait ce qu’elle pense. Rapidement la tension monte entre les trois anciennes et la nouvelle. Et quand des mails de menace arrivent sur, Anne-Lise est suspectée. Un thriller subtil sur la cruauté, la méchanceté, le mal et les faux-semblants. 


jeudi 18 mars 2021

De choses et d’autres - Maîtres du temps

Le génie humain permet, deux fois par an, de nous transformer en maîtres du temps. Au printemps on fait disparaître une heure, à l’automne on en crée une. Pour des millions de Français et d’Européens, dans la nuit de samedi à dimanche, le passage à l’heure d’été a signifié la disparition dans les limbes de soixante minutes.

Les animaux ne comprennent pas ce concept. Ils sont définitivement réglés sur le soleil. Du début à la fin de leur vie.

Cette heure d’été, tant espérée chaque année, car elle marque le rallongement spectaculaire des jours, est-elle une bonne chose ? Je me garderai d’avoir une opinion arrêtée, je constate simplement que c’est l’exemple le plus flagrant de la toute-puissance de la bureaucratie et du suivisme de mes concitoyens. Tout a été imaginé un jour dans ces hautes sphères qui planifient la vie du peuple.

Peut-être juste pour tenter quelque chose de nouveau, un énarque, par ailleurs chercheur en sociologie et amateur d’expériences hasardeuses, décide qu’« entre samedi et dimanche, tout le monde devra avancer sa montre d’une heure. »  Soit-disant pour économiser du pétrole. En réalité pour tester le degré d’asservissement de la populace.

Le résultat a sans doute dépassé ses espérances puisque le troupeau continue à jouer des aiguilles chaque année avec une docilité teintée de plaisir. Normal, on a fait disparaître une heure, mais la majorité a l’impression d’en avoir gagné une le soir venu.

Attention, avec le couvre-feu à 19 heures, le gain est minime. Et si la prochaine victime du coronavirus était l’heure d’été ?  


Série télé - Jean-Pascal Zadi est "Carrément craignos"

Avant de remporter un César, Jean-Pascal Zadi a fait parler de lui dans la série comique « Craignos ». Logiquement il signe la suite de cette histoire de banlieue avec un « Carrément Craignos » atteignant parfois des sommets dans l’absurde et le délirant. Mis en ligne sur le site de France Télévisions et sur la plateforme Salto, ces 9 épisodes d’une vingtaine de minutes racontent la suite des aventures d’Ernesto, le grand black nonchalant joué par Jean-Pascal Zadi. Il est toujours en galère, à la recherche des 100 000 euros confiés par Joe, un petit truand. 

Un fil rouge prétexte pour raconter les incroyables galères de ces potes et permettre à de nombreux invités de faire un petit passage dans la série. Le casting est très éclectique d’Éric Judor (en photo avec Jean-Pascal Zadi) à Amelle Chahbi en passant par Esteban, Patrick Puydebat et Rossy de Palma.  

mercredi 17 mars 2021

De choses et d’autres - La pelleteuse et le canal

Le symbole est fort. Une simple pelleteuse tente depuis deux jours de rétablir 12 % du commerce mondial. Cette pelleteuse c’est celle qui s’active près de l’étrave du porte-conteneurs bloqué dans le canal de Suez.

Long de 400 mètres, le navire empêche tout trafic. Des millions de containers, bloqués dans cet étroit passage. Et pour tenter de supprimer le bouchon, une simple pelleteuse, sorte de minuscule fourmi face à un éléphant embourbé.

Capture écran Twitter

On en rit aujourd’hui, mais dans quelques semaines ce ne sera pas le même scénario. Car par ce fameux canal de Suez transitent quasiment tous les produits manufacturés en provenance d’Asie. Quand les magasins seront en rupture de stock de barbecues, de smartphones, de chaussures de basket ou de pneus de rechange pour votre voiture, vous aurez moins tendance à ricaner.

Sans parler de l’envolée du prix de l’essence pour cause de pétrole bloqué à des milliers de kilomètres des raffineries.

Alors au lieu de se moquer de cette pauvre pelleteuse, on ferait mieux de l’encourager à trouver d’autres volontaires pour désensabler le monstre maritime.

Par contre c’est une bonne nouvelle pour certains margoulins qui ne voient dans cet accident qu’une excuse pour repousser des chantiers. Je me souviens d’un artisan qui avait prétendu que la chaudière qu’il devait installer le matin même était bloquée depuis la veille à Orléans. Le client lui demande des précisions et lui de prétendre, avec aplomb, que le camion a eu un accident et que les deux chauffeurs sont morts sur le coup. Une rapide recherche sur le net démontrait que ce n’était que pure invention.

Avec ce cargo bloqué, je prédis qu’ils seront nombreux à prétendre que c’est la cause de ce retard de livraison. La petite pelleteuse aura bon dos.