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lundi 1 février 2021

Roman - Vengeance de femme au XVIIIe

Elle n’a pas eu une vie facile la Pâqueline. Le personnage principal de ce roman foisonnant, signé Isabelle Duquesnoy, semble marqué par une certaine malédiction. En cette année 1798 à Paris, ses voisins l’insultent copieusement quand ils l’aperçoivent dans la rue. Pas étonnant, car elle est devenue, du jour au lendemain, la mère de l’Embaumeur, ce monstre qui a forniqué avec une morte et qui, depuis, croupit en prison. Plus d’argent et bientôt plus de toit, un incendie ravageant sa maison. Elle sauve son animal de compagnie préféré, un paon qui répond au doux sobriquet de P’tit-Bécu. Traverse Paris et trouve refuge dans les appartements de son fils. Rejetée de tous, la Pâqueline doit trouver un moyen de survivre. 

Elle se décide à vendre les quelques objets restés chez Victor. Pas forcément du meilleur goût. Mais rapportant de l’argent frais au mont-de-piété comme ce que contient cet étrange bocal : « L’homme souleva le flacon à hauteur d’une fenêtre : la lumière pâle du jour déclinant traversa le tronc miniature d’un enfant sans bras ni jambes. » L’horreur se cache derrière chaque page de ce roman historique. La Pâqueline, une fois installée dans ses nouveaux murs, prend une grande décision : « Je vais déshabiller les murs de cet appartement pour les couvrir de mes écrits. Des secrets qui m’ont gangrené la vie, et que j’ai si longtemps gardés. » Et se venger des humiliations subies. Voilà comment le roman gagne son sous-titre de « Mémoires d’une mère monstrueuse ». 

Suite de L’Embaumeur

Dans ce récit, on découvre que Pâqueline est la fille d’Aphrodite, une prostituée très recherchée à Paris. Une véritable attraction dans ce bordel où la fillette assiste au va-et-vient des clients. Avant de profiter des charmes de la putain, le client à droit de regarder : « Ouvrant les cuisses, Aphrodite se livrait au regard fasciné de l’homme dont la lèvre laissait perler un filet de bave : ma mère possédait un bas-ventre d’homme ainsi que celui d’une femme. […] Un monstre pour certains, un chef-d’œuvre de la nature pour d’autres. » Le roman lève aussi le voile sur la véritable identité du père de Victor. Pâqueline, après le bordel, a trouvé refuge dans une ferme. Là, elle va rencontrer celui qui sera son mari. Et qui endossera la paternité de Victor.

Le roman d’Isabelle Duquesnoy n’est pas à mettre entre toutes les mains. C’est parfois trash. Vice, violence, humiliation… pas toujours de tout repos la vie d’une adolescente. Et ce n’est pas mieux pour la Pâqueline actuelle. 

Entre les passages de ses mémoires, gravées à même les murs, on découvre comment l’héroïne intrigue pour faire sortir son rejeton de prison. Et se donner une chance de repartir d’un bon pied. La Pâqueline est la suite du premier roman d’Isabelle Duquesnoy, L’Embaumeur, paru en 2017 et sorti, depuis, au format poche chez Points. Il est préférable de débuter par ce titre, mais les deux se lisent indépendamment, sans problème. 

« La Pâqueline » d’Isabelle Duquesnoy, Éditions de la Martinière, 20,90 €