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lundi 23 avril 2018

Cinéma - Katie enferme sa vie dans une boîte à chaussures


Jeune serveuse dans un motel perdu au fin fond de l’Arizona, Katie (Olivia Cooke) rêve d’une vie meilleure. Faire des études à San Francisco pour devenir esthéticienne. Le matin, en allant travailler à pied, elle salue les trains de marchandise ou les immenses camions qui filent vers l’Ouest. Eux ne font que passer par cet endroit étriqué.

Il est vrai qu’elle a toutes ses attaches ici. Elle y est née et y vit toujours avec sa mère dans un petit bungalow en location. Pas de père connu, mais une maman chômeuse longue durée, cœur d’artichaut ne sachant pas dire non aux hommes qui profitent d’elle.

■ Petit pécule

Pour tenir, Katie a un secret. Chaque jour elle économise quelques dollars qu’elle cache dans une boîte à chaussures glissée sous son lit. Tous les soirs elle recompte son pécule et se dit que l’heure de son nouveau départ va bientôt sonner. Un bonheur renforcé par la rencontre de Bruno (Christopher Abbott), mécanicien taciturne dont elle tombe amoureuse.

Signé Wayne Roberts dont c’est le premier film, la chronique de la vie de cette jeune Américaine est bouleversante à plus d’un titre. Son optimisme, sa gentillesse, son fameux sourire qui plaît tant à Bear (Jim Belushi), un routier sympa, sa fa- çon de ne voir que le positif des épreuves du quotidien va vous regonfler le moral. Même si ce n’est que la première partie du film. La suite mettra Katie face à la dure réalité. C’est beaucoup moins rose. 

Un film dense qui doit tout à la performance d’Olivia Cooke. La jeune actrice (vue depuis dans le dernier film de Spielberg) est impressionnante de vérité de bout en bout. Jusqu’à cette dernière scène, en plan séquence, à montrer dans toutes les écoles de comédie et de cinéma.

➤ « Katie Says Goodbye », drame de Wayne Roberts (USA, 1 h 28) avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Mireille Enos

dimanche 19 novembre 2017

Cinéma - Les deux carrières de Chavela Vargas, la Piaf mexicaine


Comme Édith Piaf, Chavela Vargas a été une chanteuse immensément connue dans son pays, le Mexique. Comme Piaf, sa vie a été une succession d’embûches. Comme Piaf, elle est morte en pleine gloire, mais après avoir connu une très longue période d’oubli. Ce documentaire de Catherine Grund et Daresha Ky, réalisé après la mort en 2012 de la fière et solitaire Chavela Vargas, s’appuie sur un enregistrement réalisé alors qu’elle avait 70 ans. Interrogée par des jeunes femmes, elle raconte comment elle con- çoit la vie. Avec un leitmotiv : ne pas se soucier du passé ou de l’avenir, juste le présent compte. Une philosophie qui lui a donné l’occasion de briller. De connaître l’enfer aussi.

■ Homosexuelle et alcoolique

Née au Costa Rica, rejetée par ses parents car trop « garçon manqué », Chavela rejoint le Mexique pour faire ce qu’elle aime le plus : chanter. Elle tente de faire carrière en rentrant dans le moule : longue chevelure, robes à volants, sourire enjôleur. Mais elle ne perce pas. Alors, contre tous les avis, elle accorde son apparence avec sa voix, grave et sensuelle, et s’habille en homme. A cette époque c’est une révolution, mais le succès est énorme. Elle vit son homosexualité à fond. Mais cachée. 

Elle raconte comment elle séduit les femmes de ministres, les stars américaines en villégiature à Acapulco ou Frida Kahlo. Un obstacle se dresse cependant devant elle : son alcoolisme. Une maladie qui la détruit, l’empêchant de se produire. Elle tombe dans l’oubli, beaucoup croient même qu’elle est morte. 

Mais après une révélation auprès d’un chaman, elle redevient la Chavela Vargas, remonte sur scène et débute une seconde carrière encore plus prestigieuse que la précédente, remplissant même l’Olympia. Un documentaire exemplaire de justesse sur une femme entière, talentueuse et amoureuse de la vie.

➤ « Chavela Vargas », documentaire de Catherine Gund et Daresha Ky (USA, 1 h 30) avec Chavela Vargas

vendredi 24 octobre 2014

Cinéma - "Chante ton bac d'abord", un documentaire qui parle aux jeunes

Dans « Chante ton bac d'abord », David André a filmé l'année scolaire de cinq élèves d'un lycée à Boulogne-sur-Mer. Ils préparent leur bac et nous le racontent... en chansons.


Il y a Nicolas, le poète, Rachel, la grosse tête un peu timide, Gaëlle qui se rêve en marionnettiste, Caroline l'indécise partagée entre le désir de devenir archéologue.. ou tatoueuse et Alex, le fils de rocker totalement « je-m’en-foutiste » et on le serait à moins quand, comme lui, on réchappé à un cancer à l'âge de trois ans. Cinq jeunes de 17 ans, pas encore adultes mais plus vraiment adolescents. Cinq amis conscients que l'obtention du bac est la porte ouverte pour tous leurs rêves, le ticket d'entrée dans un autre monde où ils auront enfin les coudées franches. Cinq « belles âmes » vedettes d'un documentaire de David André au ton unique.

Le réalisateur a eu l'idée de génie de faire chanter ses témoins. Le film est ainsi entrecoupé de 11 plages musicales courtes. Gaëlle est la première à pousser la chansonnette. On la voit dans son quotidien, avec ses amis, en cours, affrontant ses parents sur sa future orientation professionnelle, puis dans une grande fluidité de narration, elle chante sa vie, ses envies, ses désespoirs et ses doutes. Alors, une grosse boule d'émotion étreint l'estomac du spectateur qui n'a pas totalement oublié sa jeunesse. On constate que la musique reste un des meilleurs vecteurs de sentiments. Alex, avec sa bouille ronde, sa crête rouge et ses piercings dans les lèvres, s'est façonné un personnage. Il se dévoile complètement quand il entre dans une église et chante sa philosophie de vie. Caroline, quasiment mutique face à ses parents, paumée dans ses paradis artificiels, prend une tout autre dimension quand elle chante son désir d'évasion, sa volonté de « partir loin d'ici ». 
Le documentaire, loin de se contenter de la vision des jeunes, donne également la parole aux parents. Le « panel » est très représentatif, de la maman au chômage totalement démissionnaire au papa angoissé par les débouchés professionnels à la maman excessivement fière des bons résultats de son « poussin ». L'ensemble est d'une cohérence, d'une force et d'une vérité que n'atteindra jamais aucune fiction. Jusqu'à la chanson finale, où les jeunes, ensemble, chantent leur tristesse de se séparer à la fin de ces belles années lycée.
A l'heure des télé-réalités idiotes, déformant l'image de la jeunesse actuelle, ce film donne une vision beaucoup plus positive, plus optimiste et pleine d'espoir. Car oui, les rêveurs ont encore une place dans notre société.