Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
vendredi 14 mai 2021
BD - Les ados connectés de « Alienated »
Ils sont trois à avoir un prénom commençant par les trois mêmes lettres : Samuel, Samantha et Samir. Les trois Sam (un neerd introverti, une fille idéaliste et un musulman gay) deviennent les confidents d’une entité extraterrestre.
jeudi 13 mai 2021
BD - Quand l’amour fait boum dans le "Canonnier de la Tour Eiffel"
Une fois construite, il a fallu trouver une utilité à la Tour Eiffel. Les autorités ont pensé y mettre un petit canon qui tire tous les jours à midi pile permettant à tous les Parisiens de mettre leurs montres à l’heure. Sur ce petit métier d’antan, Manini et Richez ont écrit une belle histoire d’amour dessinée par David Ratte.
Célestin, ancien militaire, sculpteur sur bois, rêve d’une jolie fille. Quand il la croise, il n’en croit pas ses yeux. Le coup de foudre fonctionne à merveille, mais les deux tourtereaux auront les pires difficultés à se retrouver.
Frais et optimiste, juste ce qu’il nous faut en ces temps troubles.
« Le canonnier de la Tour Eiffel », Bamboo, 15,90 €
mercredi 12 mai 2021
BD - Aliens contre nazis
Certains auteurs sont fascinés par la seconde guerre mondiale. Plus exactement par les nazis. A se demander parfois s'ils ne regrettent pas d'avoir vécu à cette période. Nolane, scénariste prolifique, aime placer ses récits guerriers dans ces années 30 et 40, quand l’Allemagne dominait une bonne partie du monde. Il a lancé plusieurs séries dans cette mouvance comme Wunderwaffen ou Space Reich.
Cette fois c'est un roman de science-fiction qu'il adapte pour le dessinateur croate Vladetic. Le château des millions d'années de Stéphane Przybylski, paru au Bélial, raconte comment Freidrich Saxhäuser, un espion allemand, sert d'agent de liaison entre Hitler et une civilisation alien qui vit cachée au fin fond de l'Irak. De Berlin à Bagdad en passant par le désert, on suit les déambulations de Saxhäuser, sorte de James Bond nazi, qui a toujours un coup d'avance et met dans son lit d'un claquement de doigts tout ce qui a une jupe et des seins.
L'ensemble est assez indigeste. On ne sait pas si c'est à cause du machisme totalement déplacé du héros, de la mise en avant de l'idéologie fasciste ou de l'invraisemblance de ce peuple extraterrestre.
« Le château des millions d'années » (tome 1), Soleil, 14,95 €
mardi 11 mai 2021
BD - Venise dans la tourmente fasciste
Le titre de la série, « Fleur de nuit », est en réalité celui d'une pièce de théâtre qu'écrit en cachette Ester, jeune Italienne de Venise. Comme sa mère, d'origine allemande, elle rêve d'être dramaturge. Pour interpréter les deux rôles principaux de cette histoire entre une prostituée et un bourgeois, elle pense à Jacopo, son frère jumeau pour l'homme et Hans, un ami allemand, pour la femme.
Une histoire impossible qui l'est également dans la vraie vie. Car Jacopo et Hans sont amants. Mais dans cette Italie fasciste de la fin des années 30, les homosexuels sont déportés dans des camps dans le sud du pays. Hans, blond comme les blés, fils d'un dignitaire nazi, est promis à un grand avenir après son admission dans les rangs des SS. Jacopo, de son côté, veut devenir chirurgien. Mais il est juif et chaque jour qui passe lui complique la tache.
Cette histoire de Giovanna Furio est superbement mise en image par Marco Nizzoli. Cette jeunesse idéaliste est croquée avec grâce et tendresse. Pourtant la suite de l'histoire entre Hans et Jacopo sera dramatique. Entre l'amour ou le parti, le jeune SS devra choisir.
« Fleur de nuit » (tome 1/2), Glénat, 14,50 €
lundi 10 mai 2021
De choses et d’autres - Alors dansez maintenant !
Dans la « guerre » contre le coronavirus, il est des batailles plus médiatiques que d’autres. Des étapes qui marquent les esprits, comme si la victoire, enfin, montrait le bout de son nez. Oui, la vie d’avant est de nouveau possible avec la réouverture des terrasses des restaurants, de nouveaux films au cinéma et, samedi dernier, un concert de 5 000 personnes.
Un spectacle test organisé par le gouvernement. Car aujourd’hui, c’est la ministre de la Culture en personne qui donne ou non l’autorisation au public de danser… Le groupe Indochine a donc été désigné.
Pourtant les véritables guerriers et aventuriers n’étaient pas sur scène mais dans la fosse. Assister à un concert d’Indochine c’est avoir la certitude d’entendre autant de fausses notes dans la bouche du chanteur que de spectateurs dans la salle.
Les 5 000 cobayes, tirés au sort, étaient tous testés avant et après le show. Dans le nez. Dommage que cela ne passe pas par les oreilles. Un petit bouchon provoqué par l’écouvillon aurait permis de supporter l’épreuve plus facilement.
Au début je voulais m’indigner car ce concert était réservé aux moins de 45 ans. Mais finalement, tous les membres de ma génération, ceux qui écoutaient Indochine quand ils avaient 20 ans, ont accepté de bon gré cette expérimentation sanitaire, sans doute plus dangereuse que de se faire vacciner avec une dose d’AstraZeneca.
Et pour le second concert test, Jean Castex milite pour un spectacle de sa chanteuse préférée : Sheila.
BD - Quand Guy Delisle fabriquait du papier
Canadien installé à Montpellier, Guy Delisle a marqué la bande dessinée avec ses longs récits où il racontait ses voyages aux quatre coins du monde. Des chroniques de Jérusalem ou birmanes dans lesquelles il dessinait une réalité politique passée au crible de sa subjectivité. Lassé des périples au long cours, il a posé ses valises dans le sud de la France mais a continué à raconter son quotidien de « Mauvais père ». Avec ce album, il repart en voyage, mais du côté de son enfance.
Guy, encore étudiant aux Beaux-Arts, pour payer ses études, travaille l'été dans l'usine où son père est dessinateur industriel. Une fabrique de papier, sorte de cathédrale industrielle qui broient depuis plus d'un siècle les troncs d'arbres de la forêt canadienne. Ce récit est une plongée dans le monde ouvrier québécois des années 90.
On apprécie ces portraits d' hommes épuisés par le bruit et la chaleur, mais qui pour rien au monde troqueraient leur boulot pour un autre. Le jeune étudiant, profite de ces 150 pages pour lâcher quelques confidences sur ses rapports avec son père ou comment il a décroché son premier vrai job dans l'animation.
« Chroniques de jeunesse », Delcourt, 15,50 €
dimanche 9 mai 2021
De choses et d'autres - Trop d'intelligence artificielle tue l'intelligence artificielle, allo, vous êtes un robot ?
Les robots cachent bien leur jeu. Ils sont partout et finissent même par se suspecter entre eux de malversations. L’histoire m’a été racontée par une amie. Son fils projetant d’acheter une maison, elle décide de l’aider financièrement et fait un transfert de plusieurs milliers d’euros de son compte en banque à celui du futur propriétaire.
Un transfert par ordinateur, en pleine nuit, la maman généreuse est insomniaque. Le lendemain, la banque l’appelle. Comme elle fait la grasse matinée, normal quand on est insomniaque, elle n’entend pas l’appel.
Un conseiller lui laisse un message, elle doit le rappeler pour confirmer que le virement de la nuit est bien d’elle et pas une malversation d’un quelconque usurpateur virtuel de compte bancaire numérique.
Réveillée, elle s’exécute. Et tombe sur une voix masculine presque trop chaleureuse pour être honnête. « Bonjour, je suis votre nouvel assistant téléphonique, quelle est la nature de votre appel ? » Surprise, elle bafouille « ben, vous m’avez demandé de vous rappeler… enfin pas vous, mon conseiller… » Quelques secondes de blanc et la voix synthétique signale qu’elle va faire suivre l’appel.
Paradoxe des nouvelles technologies. Une banque, pour vérifier qu’une de ses clientes n’est pas victime d’une escroquerie en ligne pilotée par une intelligence artificielle, passe elle-même par une autre intelligence artificielle chargée d’apporter la bonne réponse.
Messieurs les robots, si on vous dérange, dites-le, on vous laissera entre vous !
Série télé - Maroni, outre-mer fantomatique
Chaud et froid avec les deux saisons de Maroni, ambitieuse série policière à forte tendance fantastique imaginée par Aurélien Molas et Olivier Abbou. La première saison se déroule en Guyane, la seconde à Saint-Pierre et Miquelon. Les deux saisons seront disponibles dès ce jeudi 13 mai, gratuitement, sur Arte.tv alors que les six épisodes de la saison 2, inédite, seront proposés en prime time dès le 20 mai sur la chaîne franco-allemande.
Maroni est une idée d’Aurélien Molas qui depuis a plusieurs autres créations à son actif dont l’île sur Arte et La Révolution sur Netflix. Avec son réalisateur, Olivier Abbou, il a imaginé la dérive de deux policiers dans la moiteur de la Guyane française. Les quatre épisodes de la saison 1 font parfois penser à True Detective.
Chloé Bresson (Stéphane Caillard) vient d’être affectée au commissariat de Cayenne. Une mutation sanction pour cette jeune flic qui n’aime pas l’autorité et les procédures. Dès son premier jour elle est chargée de l’enquête d’un double meurtre sur un voilier. Un couple d’Européens, massacrés. Elle doit composer avec Joseph Dialo (Adama Diane), un local encore plus rétif aux ordres directifs. Un duo dépressif et explosif, confronté à une histoire qui dérive lentement vers le fantastique.
Pour la seconde saison, écrite et réalisée par Olivier Abbou, Chloé est de retour chez sa mère, à Saint-Pierre et Miquelon. Elle vit avec le fantôme de Dialo et doit organiser les obsèques de cette mère autoritaire, chef des gendarmes de cette petite communauté glacée au large de Terre-Neuve, retrouvée pendue dans sa maison. L’enquête est plus classique, avec trafic de drogue et vengeance. Mais le volet fantomatique est aussi omniprésent avec les apparitions de la mère mais aussi d’une jeune Indienne violée et tuée quelques années auparavant.
Si on sentait la chaleur et l’atmosphère étouffante de la saison 1, on frissonne au cours de la saison 2, tournée en plein hiver par des températures sans doute largement en dessous de zéro. Maroni est une très belle réussite, preuve que l’originalité paye quand l’écriture et la distribution sont de qualité.
BD - Oiseaux loufoques
Jean-Luc Garréra, scénariste audois, a sans doute beaucoup rigolé en écrivant cette quarantaine de gags ayant pour sujet les bizarreries des oiseaux.
Une seconde livraison de gags dessinés par Alain Sirvent et qui nous permettent de découvrir pourquoi certains fous ont les pieds bleus (non, ce n’est pas parce qu’ils mangent des Schtroumpfs), quel oiseau se nourrit des larves capturées par les fourmis et quel autre niche près des essaims de guêpes pour éloigner les prédateurs.
« Les oiseaux en bande dessinée » (tome 2), Bamboo, 10,95 €
samedi 8 mai 2021
BD - La face noire du Sphinx
Ce lundi 10 mai, on célèbre les 40 ans de l’élection de François Mitterrand. Un président de la République de gauche mais loin d’être un novice en politique.
Il a longtemps été au centre du pouvoir durant la IVe République. Cette BD écrite par Patrick Rotman et dessinée par Jeanne Puchol revient sur trois affaires louches qui ont longtemps semé le trouble même parmi les plus farouches partisans de Mitterrand.
Les affaires des fuites, du bazooka et de l’Observatoire n’auront plus de secrets pour vous à la fin de ces 140 pages richement documentées.
« Mitterrand et ses ombres », Delcourt, 17,95 €
















