dimanche 9 mai 2021

De choses et d'autres - Trop d'intelligence artificielle tue l'intelligence artificielle, allo, vous êtes un robot ?

Les robots cachent bien leur jeu. Ils sont partout et finissent même par se suspecter entre eux de malversations. L’histoire m’a été racontée par une amie. Son fils projetant d’acheter une maison, elle décide de l’aider financièrement et fait un transfert de plusieurs milliers d’euros de son compte en banque à celui du futur propriétaire.

Un transfert par ordinateur, en pleine nuit, la maman généreuse est insomniaque. Le lendemain, la banque l’appelle. Comme elle fait la grasse matinée, normal quand on est insomniaque, elle n’entend pas l’appel.

Un conseiller lui laisse un message, elle doit le rappeler pour confirmer que le virement de la nuit est bien d’elle et pas une malversation d’un quelconque usurpateur virtuel de compte bancaire numérique.

Réveillée, elle s’exécute. Et tombe sur une voix masculine presque trop chaleureuse pour être honnête. « Bonjour, je suis votre nouvel assistant téléphonique, quelle est la nature de votre appel ? » Surprise, elle bafouille « ben, vous m’avez demandé de vous rappeler… enfin pas vous, mon conseiller… » Quelques secondes de blanc et la voix synthétique signale qu’elle va faire suivre l’appel.

Paradoxe des nouvelles technologies. Une banque, pour vérifier qu’une de ses clientes n’est pas victime d’une escroquerie en ligne pilotée par une intelligence artificielle, passe elle-même par une autre intelligence artificielle chargée d’apporter la bonne réponse.

Messieurs les robots, si on vous dérange, dites-le, on vous laissera entre vous ! 


Série télé - Maroni, outre-mer fantomatique


Chaud et froid avec les deux saisons de Maroni, ambitieuse série policière à forte tendance fantastique imaginée par Aurélien Molas et Olivier Abbou. La première saison se déroule en Guyane, la seconde à Saint-Pierre et Miquelon. Les deux saisons seront disponibles dès ce jeudi 13 mai, gratuitement, sur Arte.tv alors que les six épisodes de la saison 2, inédite, seront proposés en prime time dès le 20 mai sur la chaîne franco-allemande. 

Maroni est une idée d’Aurélien Molas qui depuis a plusieurs autres créations à son actif dont l’île sur Arte et La Révolution sur Netflix. Avec son réalisateur, Olivier Abbou, il a imaginé la dérive de deux policiers dans la moiteur de la Guyane française. Les quatre épisodes de la saison 1 font parfois penser à True Detective


Chloé Bresson (Stéphane Caillard) vient d’être affectée au commissariat de Cayenne. Une mutation sanction pour cette jeune flic qui n’aime pas l’autorité et les procédures. Dès son premier jour elle est chargée de l’enquête d’un double meurtre sur un voilier. Un couple d’Européens, massacrés. Elle doit composer avec Joseph Dialo (Adama Diane), un local encore plus rétif aux ordres directifs. Un duo dépressif et explosif, confronté à une histoire qui dérive lentement vers le fantastique.

Pour la seconde saison, écrite et réalisée par Olivier Abbou, Chloé est de retour chez sa mère, à Saint-Pierre et Miquelon. Elle vit avec le fantôme de Dialo et doit organiser les obsèques de cette mère autoritaire, chef des gendarmes de cette petite communauté glacée au large de Terre-Neuve, retrouvée pendue dans sa maison. L’enquête est plus classique, avec trafic de drogue et vengeance. Mais le volet fantomatique est aussi omniprésent avec les apparitions de la mère mais aussi d’une jeune Indienne violée et tuée quelques années auparavant. 

Si on sentait la chaleur et l’atmosphère étouffante de la saison 1, on frissonne au cours de la saison 2, tournée en plein hiver par des températures sans doute largement en dessous de zéro. Maroni est une très belle réussite, preuve que l’originalité paye quand l’écriture et la distribution sont de qualité.

BD - Oiseaux loufoques


Jean-Luc Garréra, scénariste audois, a sans doute beaucoup rigolé en écrivant cette quarantaine de gags ayant pour sujet les bizarreries des oiseaux.

Une seconde livraison de gags dessinés par Alain Sirvent et qui nous permettent de découvrir pourquoi certains fous ont les pieds bleus (non, ce n’est pas parce qu’ils mangent des Schtroumpfs), quel oiseau se nourrit des larves capturées par les fourmis et quel autre niche près des essaims de guêpes pour éloigner les prédateurs. 

« Les oiseaux en bande dessinée » (tome 2), Bamboo, 10,95 €

samedi 8 mai 2021

BD - La face noire du Sphinx


Ce lundi 10 mai, on célèbre les 40 ans de l’élection de François Mitterrand. Un président de la République de gauche mais loin d’être un novice en politique.

Il a longtemps été au centre du pouvoir durant la IVe République. Cette BD écrite par Patrick Rotman et dessinée par Jeanne Puchol revient sur trois affaires louches qui ont longtemps semé le trouble même parmi les plus farouches partisans de Mitterrand.

Les affaires des fuites, du bazooka et de l’Observatoire n’auront plus de secrets pour vous à la fin de ces 140 pages richement documentées. 

« Mitterrand et ses ombres », Delcourt, 17,95 € 

De choses et d’autres - Un lion dans mon colis

La Metro Goldwyn Meyer vient d’être acheté par Amazon. Une maison de production cinématographique quasi centenaire avalée par la start-up de Jeff Bezos. Pour un peu plus de 8 milliards de dollars : une broutille pour la société de vente par correspondance.

Désormais, le lion qui ouvrait tous les génériques de ces films immortels en rugissant pourrait être offert en mini-peluche dans chaque colis reçu par les acheteurs. La MGM n’est pas le studio le plus productif, mais il a quand même un catalogue de plus de 4 000 films, dont les James Bond ou, les Rocky.

Plus loin dans le temps, on trouve à l’actif de cette maison de production Autant en emporte le vent, Ben-Hur ou 2001, l’odyssée de l’espace.

Le rachat du studio américain par Amazon marque une nouvelle étape dans les grandes manœuvres actuelles dans ce milieu très profitable de l’audiovisuel. Notamment du côté des offres de streaming. C’est la course à l’échalote entre plate-forme pour avoir le mieux-disant culturel et patrimonial.

Il va falloir maintenant trouver des passerelles entre ces deux métiers si différents du divertissement et de la vente par correspondance. Pour les James Bond à venir c’est facile, la saga de l’agent secret anglais est la championne du placement produit. Je sens que les prochains gadgets de l’agent 007 seront livrés par des drones, siglés, comme les paquets, du logo de la maison mère. 


vendredi 7 mai 2021

Premier roman - Judith Da Costa Rosa écrit sur une adolescence pas si douce

25 ans, toujours étudiante à Paris et déjà dans le grand bain de l’édition. Judith Da Costa Rosa publie « Les douces » chez Grasset, roman sur l’adolescence se déroulant en grande partie dans une ville fictive nommée Illes mais qui emprunte beaucoup à Céret dans les Pyrénées-Orientales, la ville de son enfance et adolescence, « aux platanes centenaires et rue pavées d’eau courante ». En 400 pages, elle raconte avec talent et originalité l’histoire d’une bande de trois jeunes filles et d’un garçon qui expérimentent différentes « façons de devenir adulte. »  

Photo Grasset JF Paga
Pour écrire avec justesse sur l’adolescence, le mieux est de l’avoir à peine quittée. Judith Da Costa Rosa a 25 ans. Cette Cérétane, étudiante à Paris, a envoyé le manuscrit de son premier roman à plusieurs maisons d’édition quand elle avait 23 ans. Deux années plus tard (une année pour affiner le texte avec une éditrice, une autre de perdue à cause de la crise sanitaire), Les douces, roman publié aux prestigieuses éditions Grasset, est dans toutes les librairies de France, de Navarre et du Pays catalan.

Dans ce récit choral, la jeune autrice raconte comment quatre adolescents « expérimentent plusieurs façons de passer à l’âge adulte ». 
Le lecteur est rapidement conquis par les personnalités composant cette petite bande de doux rêveurs. Trois filles, Dolores, Bianca et Zineb et un garçon, Hannibal. C’est ce dernier qui est à l’origine du titre du roman, car il écrit à ses trois amies en les désignant sous le terme générique de « Mes douces ». 

Un cadavre et des questions 

Qui dit premier roman dit autobiographie romancée. Judith Da Costa Rosa n’échappe pas à la règle puisqu’elle reconnaît qu’il y a un peu d’elle dans chacun des caractères. Ses bons comme ses mauvais côtés. Mais loin de raconter platement ses petits souvenirs d’enfance, la jeune fille au parcours scolaire brillant (prépa lettres au lycée Louis le Grand, école du Louvre et master professionnel de scénario), plaque cette histoire d’amours et d’amitiés sur une intrigue policière qui tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.
Dans un grand mas à l’écart d’Illès (ville inspirée très librement de Céret où Judith a passé toute son enfance et son adolescence), des ouvriers creusent le sol pour construire une piscine. La pelleteuse exhume un corps. Ce serait celui d’Hannibal, jeune garçon disparu huit ans auparavant, le soir du bal de fin d’année de son école.

Cette nouvelle, redoutée, percute de plein fouet le quotidien de Dolores, Bianca et Zineb. Elles ont quitté Illès et vivent toutes les trois à Paris. Dolores est toujours étudiante en lettres classiques. Bianca a arrêté la médecine pour se reconvertir en influenceuse sur les réseaux sociaux. Son compte Instagram a des millions d’abonnés. Zineb, qui se rêvait réalisatrice de films, est finalement simple caissière dans un petit cinéma de quartier parisien.

Le roman alterne le quotidien de ces trois jeunes femmes, lancées dans le grand bain de la vie adulte avec plus ou moins de réussite avec les scènes au cours desquelles on découvre comment le groupe s’est formé, à Illès, dans l’atelier d’Auguste Meyer, un peintre et sculpteur assez renommé qui donnait des cours d’initiation aux écoliers. Auguste, grand ami de la mère de Dolores, à la santé chancelante apporte cette touche artistique au roman qui a pour cadre Céret, ville culturelle par excellence : « Le soleil brillait assez fort pour former un peu d’ombre sous les branches des gigantesques platanes et la campagne ingrate, rase et jaune, les collines étouffantes, le ciel en forme de cloche, tout ce qu’auguste Meyer avait peint toute sa vie durant, continuait à palpiter, à vivre, à pousser, à mourir. Rien ne changeait rien. »
Un jeune gendarme est chargé de l’enquête et va interroger à tour de rôle les trois anciennes amies d’Hannibal, redescendues au Pays Catalan pour les obsèques de leur camarade. Même si on se demande tout le temps qui a tué Hannibal et pourquoi, ce n’est pas le plus important du roman. Car Judith Da Costa Rosa, sur cette trame de littérature de genre (le roman policier), place ses pions de romancière tout court.

Dédicaces à Torcatis en juin 

On est sous le charme de ses descriptions de la vie des trois filles. « Dolores est celle qui me ressemble le plus, admet la jeune Cérétane, même si physiquement je me suis inspiré de ma grande sœur. Je peux parfois être taiseuse et froide… Bianca, l’instagrammeuse, est submergé par les autres. Elle veut aider tous le monde et s’y perd. » Quant à Zineb, elle a le côté passionné de cinéma de Judith qui aimerait tant, en plus d’une carrière littéraire, écrire des scénarios de films ou de séries.

Reste Hannibal, le garçon de la bande, celui dont la personnalité est la plus complexe, la plus énigmatique. Il fait le serment lors d’une scène sublime sous un figuier, de toujours être présent pour défendre ses trois amies. Tel un héros de légende, c’est pour Judith la « métaphore de l’adolescence ».
En dernière année de master de scénario, « la seule branche académique où on apprend à construire des récits », Judith Da Costa Rosa travaille déjà sur un second roman. Recherchant la difficulté, c’est un récit d’initiation d’une petite fille, à la première personne. Et ensuite elle envisage d’écrire un roman d’horreur car elle aime la littérature de genre et notamment les récits de Stephen King.

Mais pour l’heure elle se consacre à la promotion de son premier roman et sera sans doute dans le département des Pyrénées-Orientales pour des séances de dédicaces : à la librairie Torcatis à Perpignan et si possible à la librairie de Céret, comme un retour au pays natal pour cette jeune femme devenue Parisienne, pleine de projets, mais qui vient presque chaque mois retrouver la quiétude de la maison familiale, et entendre le doux bruit de l’eau qui s’écoule dans le canal d’arrosage. 

« Les Douces » de Judith Da Costa Rosa, Grasset, 20,90 € 

Le pays de son enfance 


Si le premier roman de Judith Da Costa Rosa se déroule en grande partie en Pays catalan c’est tout simplement car il était « plus facile de décrire un lieu que je connaissais. » Mais ce n’est pas une hagiographie et se permet quelques passages piquants comme ces réflexions de Dolores quand, depuis Perpignan, elle rejoint le Vallespir en voiture : « Combien de ronds-points pouvait-il y avoir dans ce pays ? Des centaines et des centaines, agrémentés de pelouses jaunes, de pots de pétunias, d’oliviers, de fontaines hideuses, de sculptures en briques. Et puis des platanes, des panneaux publicitaires fades, des lotissements en crépi couleur peau de bébé, des zones industrielles dans lesquelles on pouvait encore trouver des enseignes qui avaient dû faire faillite partout ailleurs dans le monde sinon ici, où les gens achetaient les mêmes choses toute leur vie durant. »

Pourtant elle l’adore ce Pays catalan. Ses parents se sont installés à Céret à sa naissance. Elle est allée à l’école bilingue à Céret et a fait son secondaire à Perpignan. Étudiante à Paris, elle revient très régulièrement à Céret pour profiter de la maison de son enfance, celle qui sert de cadre à une partie du roman. Derrière le jardin coule un canal d’arrosage, dans la ville les platanes protègent les buveurs en terrasse du France et les rues pavées sont parcourues de filets d’eau venus des collines entourant la ville.

Et si comme elle l’espère Judith Da Costa Rosa devient scénariste de séries, elle rêve d’incorporer à un de ses projets une scène montrant des Catalans chantant l’Estaca, une chanson qu’elle adore. 


Holopherne, le rap avant la littérature  


Avant d’écrire, Judith Da Costa Rosa a chanté. Sous le pseudonyme d’Holopherne (nom d’un général décapité par Judith dans Le livre de Judith…), elle a signé plusieurs chansons de rap et enregistré un clip.

Quelques années plus tard, elle avoue avoir « aimé écrire, moins interpréter ». Par contre cette passionnée de cinéma a très apprécié cette première expérience avec la réalisation car « c’est toujours magique d’avoir tout en tête et de le voir fait. »

BD - Anarchisme pour rire


La série des Spectaculaires de Hautière et Poitevin est un bel hommage aux feuilletons du début du XXe siècle. Une jeune fille intrépide, Pétronille, aidée d’amis courageux mais surtout gaffeurs, résout des énigmes.


Cette fois elle va tenter de démasquer le Pitre, un anarchiste qui veut ponctionner les bas de laine des bourgeois.

C’est frais, plein de gags et de rebondissements, dans un Paris d’antan, de la foire du Trône au Sacré-Cœur en pleine construction.

« Les Spectaculaires » (tome 5), Rue de Sèvres, 14 €

jeudi 6 mai 2021

BD - Résurrection de Ric Hochet


Le journaliste détective imaginé par Tibet et Duchâteau a repris du service sous la plume de Zidrou et Van Liemt. Une reprise qui frise la perfection. On retrouve un Ric Hochet plus humain, mais avec quantité de clins d’œil à la série d’origine.

Surtout, Zidrou situe les nouvelles aventures de Ric Hochet dans les années 70, se permettant ainsi quelques parallèles avec l’actualité d’aujourd’hui. Nadine, la petite amie de Ric, veut faire bouger les lignes.

Quant au héros de cette 5e aventure, le commissaire Diop, Sénégalais en formation, il va devoir déployer beaucoup de sang-froid pour affronter le racisme ambiant de l’époque. 

« Ric Hochet » (tome 5), Le Lombard, 12,45 €

mercredi 5 mai 2021

De choses et d'autres - C’est où le Sud ?

Les analystes politiques ont fait leur semaine avec les soubresauts, errances, trahisons et ralliements des élus de droite face aux alliances dans la région PACA. Dernière péripétie en date, Christian Estrosi, maire de Nice, quitte Les Républicains. Mais, il y aura fort à parier qu’il soutiendra, quand même, Renaud Muselier, qui a conservé le soutien de ce parti, tout en passant un accord avec La République En Marche qui finalement relance la candidature de Sophie Cluzel.

Tous les étudiants à Sciences-Po devraient aller faire un stage en PACA, pour tâter de la complexité de cette politique qui rend parfois fou.

Mais, le véritable enseignement de ce quasi-drame familial, c’est de constater combien le changement de nom de région n’est pas encore passé dans les mœurs. Si les différents élus en cause n’oublient jamais de parler de la région Sud, les observateurs de tout le reste de la France continuent de parler de cette fameuse région PACA pour Provence Alpes Côte d’Azur.

Pourtant, la fusion des régions n’avait pas touché PACA. Pourquoi décider de changer de nom ? Pour nous, passer sous bannière Occitanie était obligatoire puisqu’on était la fusion de deux régions défuntes. Et, dans l’ensemble, l’Occitanie a réussi son examen de passage médiatique. Même si plus personne ne rajoute en suivant les pourtant très officiels « Pyrénées Méditerranée », à part les élus… de la Région.

Par contre, le Sud, de Marseille à Nice, reste et restera, j’en ai bien peur, définitivement la région PACA, symbole d’une certaine idée de la politique, pas forcément la plus authentique et désintéressée.


mardi 4 mai 2021

Aude et Pyrénées-Orientales - Paroles de restaurateurs en temps de crise sanitaire

Lui-même ancien restaurateur, Marc Binet a rencontré de nombreux restaurateurs de la région pour entendre leur ressenti au cours de la crise sanitaire. Alors que l’ouverture des restaurants se profile, retour sur 12 mois d’une crise dans un copieux livre de plus de 400 pages.

La restauration est certainement le secteur économique qui a le plus souffert de la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19. Des mois de fermeture souvent difficiles à comprendre pour des professionnels passionnés.

Marc Binet, ancien restaurateur (il a exercé à Chamonix et au Grau du Roi), devenu conseil dans cette branche qu’il connaît parfaitement, s’est lancé dans la rédaction d’un copieux ouvrage racontant «Les restaurateurs et leurs collaborateurs à l’épreuve de la crise». Il a voulu donner la parole à ces hommes et femmes, contraints à l’inactivité. Au total, il aura recueilli les témoignages de plus de 20 professionnels, beaucoup originaires de la région, comme les chefs étoilés Gilles Goujon ou Pascal Borell du Fanal, Pierre-Louis Marin de l'Auberge du Cellier à Montner ou Louis Privat, créateurs des Grands Buffets de Narbonne

"L'angoisse domine dans la profession" 

«Les sentiments des restaurateurs sont assez différents, reconnaît Marc Binet, mais tout le monde a d’abord ressenti de la frustration. On leur interdit de faire leur métier du jour au lendemain. Beaucoup ont ressenti incompréhension et colère. Aujourd’hui, l’angoisse domine encore dans le milieu car cette crise a un impact terrifiant sur le personnel d’un secteur qui emploie un million de personnes.» 

Entre les témoignages, Marc Binet a abordé tous les aspects de la crise, des conséquences sur les fournisseurs au boum de la vente à emporter. Cette grande crise aura des répercussions durables car selon des estimations, «de 100 000 à 130 000 personnes ont décidé de quitter le métier.» 
Pourtant, Marc Binet est encore confiant dans l’avenir. Pour lui, «il y a de l’espoir car ce sont des gens solides. Les "vrais", ceux qui s’investissent avec passion et qui savent gérer leur entreprise, devraient s’en sortir.» D’autant que le fameux bout du tunnel est en vue. Le gouvernement a décidé de la réouverture des établissements, uniquement en terrasse, à partir du 19 mai. Même si nombre d'établissements ont déjà fait le choix de passer cette étape, attendant l'autorisation de recevoir la clientèle en salle à partir du 9 juin. 


Pour ceux qui seront au rendez-vous, Marc Binet pense qu'il y aura un même engouement du public, comme lors de la fin du premier confinement. Il est moins certain de la durée de cette embellie car on ne sait pas exactement quel sera l'état des finances des consommateurs.

Autre crainte du spécialiste du secteur de la restauration, les défaillances qui mécaniquement vont déprécier le marché. Et quand les aides seront terminées, il faudra rembourser les PGE (prêts garantis par l'état). Certains risquent de chercher à faire des économies en rognant sur la qualité ce qui forcément déteindra sur tous les restaurants, même les plus vertueux.  

"Les restaurateurs et leurs collaborateurs à l'épreuve de la crise" de Marc Binet, éditions du Puits Fleuri, 24 €.