Sur une île isolée, sept amis, amateurs de polar, se réunissent. Six futures victimes et un assassin.
Très joli casting au sommaire du polar « Les crimes de la maison bleue », roman de Yukito Ayatsuji paru en 1987 au Japon et considéré par les spécialistes comme le texte culte qui a permis aux auteurs japonais de jouer dans la cour des grands. Sur cette petite île située à quelques encablures de la côte japonaise, sept amis décident de passer une semaine en totale autarcie. Au menu : écriture d'histoires policières et tentative de résoudre le mystère des quatre crimes commis quelques mois plus tôt sur place. Et rayon spécialistes des intrigues bien tordues, ce sont des pointures qui sont sollicitées. Agatha (comme Christie), Ellery (Queen), (Gaston) Leroux, (Edgar Allan) Poe, Van (Dine), (John Dixon) Carr et (la baronne) Orczy. Ce ne sont pas les écrivains en personne qui débarquent un matin mais des étudiants, membres du Club des amateurs de roman policier. Certains sont en lettres, d'autres médecine ou pharmacie. Chacun a pris l'habitude de se faire appeler par le nom d'une célébrité littéraire.
Une fois ces présentations faites, l'auteur, multipliant les références savantes, peut dérouler son intrigue. Sur plusieurs niveau. Il y a les sept jeunes reclus, vivant dans une maison particulière, composée de dix pièces de grandeur identique, le décagone. En flashback on découvre les circonstances du premier drame de l'île : le propriétaire a été retrouvé mort, assassiné, ainsi que sa femme et le couple qui servait de domestiques dans la grande maison bleue incendiée. Manque à l'appel le jardinier, principal suspect.
Mais pour corser le tout, l'enquête se mène également en ville quand un autre membre du club reçoit une lettre annonçant plusieurs meurtres dans l'île. Comme une vengeance après le décès accidentel quelques mois auparavant d'une jeune fille, timide et réservée, membre elle aussi du club. Alors que les morts commencent à se ramasser à la pelle dans le décagone (étranglement, empoisonnement...), les détectives à distance rencontrent les protagonistes de la première affaire mais sont impuissants pour démasquer le meurtrier et l'arrêter. Le lecteur, lui, doit sans cesse remettre ses soupçons au rebut, l'auteur parvenant à multiplier les pistes, scénarios et possibilités. Plus qu'un polar, c'est une équation à multiples inconnues qui est proposé dans ce roman brillant, largement au niveau des grands textes des auteurs convoqués indirectement sur cette mystérieuse et maudite île.
« Les crimes de la maison bleue », Yukito Ayatsuji, Verso, 356 pages, 20,90 €
