dimanche 30 novembre 2014

Thriller - N'ouvrez jamais les yeux !

Dans un monde futuriste, plongé dans l'obscurité par nécessité, Josh Malerman fait trembler ses lecteurs sans jamais décrire la menace qui anéanti la planète.

Le premier incident est apparu en Russie. Un homme est pris de folie subite. Il tue plusieurs de ses proches et se suicide. Des phénomènes qui se reproduisent et se propagent. Comme une épidémie. Un premier cas est signalé en Alaska. Puis ce sont les autres états d'Amérique qui sont touchés. Les tueries suicidaires sont localisées puis généralisées. En quelques semaines il n'est plus question que de cela partout dans les médias. Après bien des suppositions erronées, il semble que les crises sont déclenchées par la vue de quelque chose. Certains parlent de « créatures » qui seraient en train d'envahir la planète. Mais cela reste en l'état de supposition. En fait, personne ne peut témoigner après avoir été touché par l'épidémie. Alors certains se disent que la meilleure façon de survivre reste de ne plus regarder dehors, de ne plus jamais ouvrir les yeux et de rester cloitré dans sa maison en espérant que cela va passer.
Ce préambule est expliqué dans les premières pages très percutantes et angoissantes de « Bird Box », premier roman de Josh Malerman, auteur américain également chanteur et parolier d'un groupe rock. La situation est décrite par l'intermédiaire de Malorie. Quand les premières crises sont apparues, elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Elle n'a pas le temps de prévenir le père, rapidement le pays se met à l'arrêt. Plus de téléphone, de télévision, réseau internet coupé. Elle s'enferme dans la maison avec sa sœur, son seul soutien. Mais cette dernière, supportant moins bien la claustration volontaire, craque et regarde par la fenêtre. Elle finira deux heures plus tard dans la baignoire, totalement vidée de son sang après s'être tailladée les veines.

Malorie, paniquée à l'idée de se retrouver seule, va oser s'aventurer dehors et rejoindre une maison servant de refuge pour les derniers humains doués de raison. Elle y restera quatre ans.
Le roman est en fait scindé en deux parties, se déroulant en parallèle. Les scènes flashback où Malorie raconte son arrivée dans la maison, sa rencontre avec les autres survivants, comment ils ont mis au point une technique pour ne jamais plus prendre le risque de voir la cause de leur malheur. L'autre partie du roman se déroule quatre ans plus tard, Malorie doit quitter la maison avec deux enfants, une fille et un garçon sans prénoms, les yeux recouverts d'un bandeau, totalement aveugles dans un environnement hostile, pour descendre la rivière sur une barque rejoindre une hypothétique communauté à l'abri.
Entre paranoïa et survie, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Il y a pourtant encore de l'espoir puisque Malorie attend un enfant. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de paniquer en imaginant ce que sera leur avenir. « L'accouchement auquel Malorie s'attend désormais ressemble à celui d'une mère louve : bestial, douloureux, inhumain. Il n'y aura pas de docteur, pas de sage-femme. Pas de médicaments ». Dans les faits, ce sera pire et constitue peut-être le passage le plus marquant de ce roman d'anticipation aux multiples scènes d'anthologie.

« Bird Box » de Josh Malerman, Calmann-Lévy, 20,90 €

samedi 29 novembre 2014

BD - Des chevaux, des colts et des vaches dans "Texas cowboys" et le nouveau Lucky Luke

Quasi disparu de la production cinématographique, le western inspire encore les auteurs de bande dessinée. Et même ceux de la jeune garde comme Lewis Trondheim qui revisite le genre comme peut le faire un Quentin Tarentino.


Harvey Drinkwater est de retour. Le jeune reporter a connu la gloire sur la côte Est en racontant la vie tumultueuse de Fort Worth, petite bourgade du Texas où les vaches et les malfrats sont plus nombreux que les honnêtes gens. Bien malgré lui, il est obligé de retourner au Texas. Il aurait aimé se contenter des informations distillées par son contact sur place, Ivy Forest, mais quelques ennuis personnels le poussent à s'éloigner de Boston. Des ennuis, il n'en manque pas, d'anciens membres de la bande à Bass tiennent à faire la peau à Drinkwater. Sur ce fil rouge issu du premier volume, Lewis Trondheim, le scénariste, a brodé plusieurs intrigues parallèles. Il aurait eu tort de s'en priver, l'album découpé en neuf chapitres compte pas moins de 150 pages. On découvre ainsi le parcours heurté du troupeau de Mem Cooper, une belle veuve qui ne laisse pas indifférent Ivy. Elle a parmi ses employées la jeune et jolie blonde Sophia Carpenter. Elle voudrait se marier, mais son père refuse absolument que cela soit avec un cow-boy. Drinkwater ferait un parti idéal. Il est aussi question de combat de boxe. Un champion de la côte Est vient défier un dur local. Mais c'est sans compter avec Butch La Framboise, la meilleure trouvaille de cet album. Même si sa conversation est très limitée (il ne s'exprime que par les poings en mettant ses contradicteurs KO en deux directs), il est un bon compagnon quand la situation se complique. Mathieu Bonhomme, au dessin, s'adapte au format comics, usant au maximum classique gaufrier à six cases carrées pour entraîner le lecteur dans cette aventure trépidante.

Le neveu des Dalton


Tagada revoilà les Dalton ! Depuis la mort de Morris, le créateur de Lucky Luke, le petit monde de cette série humoristique championne des ventes poursuit son petit bonhomme de chemin. Achdé assure le dessin dans un style de plus en plus approchant de l'original. Simplicité et efficacité sont au rendez-vous. Pour les scénarios, ils sont nombreux à collaborer à la série et le titre de cette année est écrit par Laurent Gerra et Jacques Pessis. L'humoriste de RTL et le journaliste touche-à-tout ont écrit une histoire ouvertement en hommage au film « Les Tontons flingueurs » qui fête cette année son demi-siècle. Lucky Luke est chargé de surveiller les Dalton, placés en liberté conditionnelle pour assurer l'éducation de Junior, leur neveu. Un gamin turbulent, digne de son célèbre nom tant il multiplie les bêtises. Lucky Luke, malgré son calme légendaire, manque de craquer. Il est vrai que quatre Dalton ça passe, cinq, c'est le désastre. Et pour les fans de cinéma, le jeu consistera à reconnaître les quelques caricatures placées par Achdé, de Lino Ventura à Jean Lefebvre...

« Texas Cowboys » (tome 2), Dupuis, 20,50 €
« Les aventures de Lucky Luke » (tome 6), Lucky Comics, 10,60 €

vendredi 28 novembre 2014

De choses et d'autres - Fêtes et générosité


Décidément l'actualité est bien triste ces derniers jours. J'avoue, je n'en peux plus des crises économiques, faillites, chômage, faits divers et autres mauvaises nouvelles. Je voudrais un peu de paix, des enfants heureux. Et des sourires, de la joie et de la bonne humeur. Novembre et son cortège de commémorations funèbres arrive à son terme, place à décembre, ses fêtes, ses cadeaux...

Malheureusement cet état d'esprit risque ne pas faire le poids face à la dure réalité. Il est certes facile de dire « stop à la morosité, croquons la vie à pleines dents ». Après s'être serré la ceinture durant de longs mois, la tentation est grande de lâcher la bride. Une année, c'est un peu comme un bon repas. On garde le meilleur pour la fin. Décembre, c'est le dessert onctueux et savoureux, le gâteau crémeux et riche dont on ne veut pas se priver. Encore faut-il disposer des moyens de se payer hors d'œuvre et plat principal. Des millions de foyers regretteront que Noël et nouvel an tombent en fin de mois, lorsque le porte-monnaie permet tout juste de se payer des pâtes ou des pommes de terre. Alors si par chance vous comptez parmi les « privilégiés » qui pourront faire la fête sans trop compter, avant de dépenser tout votre 13e mois dans des produits luxueux mais totalement superflus, pensez aux autres. Aujourd'hui et demain, dans des centaines de supermarchés, des bénévoles vous solliciteront pour la traditionnelle collecte de la banque alimentaire. Et en plus de contribuer à l'aide aux plus démunis, votre générosité vous procurera autant de satisfaction que votre repas de fête. 

BD - Sisco au centre de magouilles diplomatiques



Certaines séries semblent se bonifier au fil des épisodes. Exemple flagrant avec Sisco, écrite par Benec et dessinée par Thomas Legrain. Une amélioration nette du côté de ce dernier. Dessinateur réaliste, il parvient à trouver son style, entre la rigueur d'un Francq et l'élégance d'un Gillon. Côté scénario aussi l'intrigue, plus épurée, rejoint parfois l'efficacité d'un Desberg.
Sisco, ancien responsable de la sécurité du président de la République, homme de l'ombre habitué aux basses œuvres nécessitées par le secret d'état, est de plus en plus sur la sellette. 
Il se trouve soupçonné d'avoir fomenté un projet d'assassinat pour les services secrets indiens. Si toute la police française, officielle comme secrète, est lancée à ses trousses, lui doit absolument découvrir qui tire les ficelles dans l'ombre et tente de lui faire porter le chapeau. Violent et palpitant, ces 46 pages se lisent d'une traite, avec l'apparition d'un « méchant » qu'on aimerait revoir dans les prochains épisodes.

« Sisco » (tome 8), Le Lombard, 12 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Trop près des drames


« Night Call », film sur les « faitdiversiers » américains est sorti hier au cinéma. L'histoire d'un petit truand sans scrupules, étonné que l'on puisse se remplir les poches en filmant les drames en quasi direct. Les télévisions locales US ouvrent systématiquement leurs journaux avec des images d'accidents de la circulation, de bagarres voire de crimes. Un seul impératif : le sang. En France, la déontologie professionnelle interdit de telles dérives. Mais pour combien de temps ? En faisant appel aux témoins, les chaînes d'info en continu risquent de provoquer des vocations. On a pu voir le moment où Rémi Fraisse est fauché par la grenade offensive lancée par les gendarmes mobiles. Plus symptomatique, avant-hier, le public n'a rien raté du braquage d'une bijouterie parisienne. 
Filmé avec un téléphone portable, on y distingue les malfaiteurs s'enfuir en scooter alors que des coups de feu retentissent. Puis ils se réfugient dans un salon de coiffure et prennent des otages. Fort heureusement, l'attaque se terminera sans effusion de sang. Dans ces cas précis, la marge est étroite entre information qui a du sens et voyeurisme malsain. Filmer ou photographier des cadavres dans une voiture accidentée ou sur la chaussée est à la portée de tout le monde. 
Tout journaliste de terrain, en France comme ailleurs, a parfois vu des horreurs. Mais prendre la décision de diffuser ces images est un cas de conscience autrement problématique. Pour l'instant, le barrage tient bon. Souhaitons que « Night Call » ne donne pas de mauvaises idées à certains responsables éditoriaux en mal d'audience. 

jeudi 27 novembre 2014

Cinéma - Trois femmes et une poupée dans "Tiens-toi droite"

Film choral au féminin, “Tiens-toi droite” de Katia Lewkowicz décortique l'image des femmes. Toutes les femmes.


Une réalisatrice, Katia Lewkowicz, qui écrit le scénario, trois actrices pour trois rôles de femmes radicalement différentes : “Tiens-toi droite” est le film au féminin par excellence. Féministe ? Un peu aussi, mais ce n’est pas réellement le propos.
Cette comédie douce-amère porte un regard tendre sur la difficile condition féminine. Toutes les spectatrices se reconnaîtront un peu dans ces portraits, tous les spectateurs mâles hésiteront entre compassion, interrogation et incompréhension.
Première à entrer en scène : Lili (Laura Smet). Elle voue une véritable dévotion à son père, mineur de fond. Mais elle doit s’exiler en Nouvelle-Calédonie. Elle devient une jeune fille d’une grande beauté. Remporte même le titre de Miss locale et revient dans le Nord de la France pour tenter de décrocher le titre de Miss Pays francophones.

Pour Sam (Noémie Lvovsky), le temps des miss est loin. En fait elle n’a jamais été très belle. Mais elle a de la personnalité et a rencontré le mari parfait. Résultat elle lui a donné trois filles et tombe une quatrième fois enceinte. Il est content, ce sera un garçon...

Enfin Louise (Marina Foïs) a un rapport assez compliqué avec sa mère. Cette ouvrière dans un grand pressing a, comme ses collègues, subi les assauts sexuels de son patron. Résultat Louise a plusieurs demi-sœurs, toutes héritières du pressing du père qui n’a reconnu ses multiples paternités que devant les juges. Louise est une executive-women accomplie. Elle gère le pressing et décroche un poste de cadre dans une entreprise de jouets. Son nouveau challenge : larguer son amant et créer la nouvelle poupée qui fera rêver toutes les petites filles.

Le film est déconcertant au début car il suit ces trois destins qui n’ont aucun lien entre eux. Mais petit à petit les trois mondes vont se rapprocher pour se retrouver totalement imbriqués et dépendants les uns des autres.
Cela passe d’abord par Lola, la fille de Sam. Elle tient un blog vidéo. Elle y raconte comment sa maman, au lieu d’accoucher d’un garçon tant désiré, met au monde... des jumelles. A cinq filles, le papa craque.
Lola, un peu enrobée, est en admiration devant Lili, la femme parfaite à ses yeux. Une Lili à la cote de popularité exponentielle (surtout depuis qu’elle sort avec un riche industriel) embauchée par Louise pour faire la promotion de la nouvelle poupée et lui prêter ses formes idéales. Lola deviendra une sorte de spin-doctor influente et Sam sera embauchée dans l’usine de jouets. Trois femmes, une poupée, des enjeux colossaux.
Pour son second film, Katia Lewkowicz a façonné trois femmes fatales dans trois registres différents.
Lili fait craquer par sa spontanéité et un brin de naïveté.
Sam émeut quand elle décide de reprendre sa vie en main et de se passer de cet homme entouré de femmes et incapable de les aimer pour ce qu’elles sont véritablement.
Enfin Louise, la plus torturée, est au bord de la dépression quand elle prend conscience de l’ampleur de sa tache et surtout de l’hostilité de tous les hommes qui ne supportent pas qu’une femme puisse donner des ordres et prendre des décisions.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Sympa, le vendredi noir

Une nouvelle tradition américaine tente de traverser l'Atlantique. Après Halloween, place au Black Friday, Vendredi Noir en français correct.
Depuis des années, les consommateurs américains attendent ce jour avec impatience. Le vendredi après Thanksgiving, la grande fête religieuse et familiale, les commerçants proposent, juste pour 24 heures, des remises exceptionnelles sur l'ensemble de leurs produits. Une sorte de journée de super soldes.
Pour la première fois, ce vendredi 28 novembre, quelques enseignes en France vont tenter de se mettre à la mode américaine, aménagée à la sauce tricolore. Car en France, un seul jour ne suffit pas. Certains, notamment les géants de l'internet, étendent le Black Friday à toute la semaine. Et rajoutent au passage un Cyber Monday (encore plus de promos sur le multimédia) pour faire bonne mesure, le lundi 1er décembre. Dans une chaîne de grandes surfaces, s'il débute bien vendredi, le Black Friday se prolonge samedi et même dimanche là où l'autorisation d'ouverture est possible. Attention cependant, les quantités de produits proposés sont limitées. Comme pour des soldes classiques, mieux vaut être présent à la première heure dès le premier jour pour avoir une chance de profiter de l'aubaine.
En espérant que l'engouement ne sera pas trop important. Le Black Friday est aussi célèbre aux USA pour ses multiples débordements. En 2008, un employé chargé de l'ouverture des portes a littéralement été écrasé par la meute de consommateurs en furie. Plusieurs de ses collègues ont été blessés en tentant de le secourir. Un vendredi noir dans tous les sens du terme.

mercredi 26 novembre 2014

DVD - Baston de ferraille dans le 4e chapitre de "Transformers"

Le 4e chapitre de la série “Transformers” est encore plus spectaculaire que les précédents.

Le film sort en DVD et blu-ray pile au bon moment : à un mois de Noël. “Transformers, l’âge de l’extinction” donnera forcément envie aux plus jeunes d’acquérir un de ces autobots pour jouer dans le salon au pied du sapin. Mais ne croyez pas que cette méga production réalisée par Michael Bay et produite par Steven Spielberg ne soit qu’un catalogue pour produits dérivés. Le résultat est bluffant côté effets spéciaux. Un peu moins au niveau du scénario, mais si on allait voir ces longs-métrages pour leur intelligence, cela se saurait...
Grosse nouveauté pour ce film, le casting humain est totalement renouvelé. Exit Shia LaBeouf qui a accompagné le succès des trois premiers titres. Le rôle principal revient à Mark Wahlberg, un habitué des grosses productions hollywoodiennes. Il interprète Cade Yeager, un mécanicien-électronicien, réparateur et inventeur. Il vit dans un ranch au Texas en compagnie de sa fille de 17 ans, Tessa (Nicola Peltz). En cherchant de la ferraille, il dégotte un vieux camion tout rouillé.

Il ne le sait pas encore mais c’est la dépouille de Optimus Prime, le chef des autobots. Il le répare en partie mais rapidement s’attire les pires ennuis. Il est vrai que les Transformers ne sont plus en odeur de sainteté dans cette Amérique en partie ravagée par une guerre contre les Aliens. Optimus remis en état, c’est le début d’une longue course-poursuite pleine d’explosions et de combats titanesques. 2 h 30 de pure adrénaline à peine entrecoupées de quelques scènes où Cade se met en quatre pour sauver sa fille. Des griffes des méchants mais aussi des bras de son petit ami, le pilote de rallye Shane (Jack Reynor) le beau gosse de service.
Si le DVD n’offre que le film, le blu-ray regorge de bonus, dont un très long making-of et un reportage sur « Bay en action ».

« Transformers, l’âge de l’extinction », Paramount, 15,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray, 24,99 euros le blu-ray 3D.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Double délit de faciès

Triste aventure que celle d'Assim Abassi, un jeune pakistanais victime d'un double délit de faciès. Il réside à Bruxelles depuis quelques années, y est scolarisé et s'est parfaitement intégré. Pour preuve, il joue au criquet, le sport national dans son pays, avec le club de Waterloo. Jeune, basané et barbu, il n'a pas la tête du Belge de base. Mais comment est-il devenu en quelques heures l'homme le plus recherché du pays ? Un passant l'a simplement photographié avenue Louise, l'une des plus grandes artères et des plus huppées de la capitale européenne. Le jeune pakistanais semble dissimuler quelque chose de long sous une veste à capuche. La machine à fantasmes se met alors à tourner à plein régime sur les réseaux sociaux. Barbu et basané : forcément un terroriste. Ce qu'il cache sous la manteau : une arme, obligatoirement. Ses intentions : perpétrer un nouvel attentat antisémite après la tuerie du musée juif il y a quelques mois. Résultat, sur la foi de statuts Facebook repris des milliers de fois, sans aucune vérification, toutes les polices du pays se mettent à la recherche de cet homme, décrit comme « dangereux » dans les avis diffusés dans les médias. En se reconnaissant, Assim se rend immédiatement dans un commissariat. Il explique que la soi-disant arme n'était que sa batte de criquet en bois qu'il protégeait de la pluie. Disculpé, l'avis de recherche est retiré. Fin de l'histoire ? Non. Le père du joueur de criquet vient d'être licencié par son employeur : l'ambassade du Pakistan. Sans contrat de travail, toute la famille a désormais six jours pour quitter la Belgique...

mardi 25 novembre 2014

BD - La "Rédemption" du chevalier perdu


Adhémar de Montfort a longtemps été chevalier au service du roi de France. Il a combattu loin de ses terres. Engagé dans la Croisade, il a conquis Jérusalem. Mais cette victoire n'a été que de courte durée. Les soldats chrétiens ont été défaits par les Sarrasins. Durant leur fuite, ils ont commis un nombre incalculable d'exactions. Aujourd'hui Adhémar a oublié le maniement des armes. Il vit misérablement sur une petite ferme dans le Comté du Rouergue. Sa femme est morte en couches et son épée prend la poussière au-dessus de la cheminée. Il tente de survivre malgré ses cauchemars de sang et de mort. 
Pourtant il va devoir sortir de sa retraite. Les villageois l'embauchent pour les défendre d'une bande de soudards pilleurs. Ils agissent en toute impunité car au nom du pape, pour éradiquer les infidèles cathares. Nicolas Tackian, déjà très actif sur de nombreux supports (TV, cinéma et BD), lance une nouvelle saga historique prometteuse. Le tome 1, qui plante le décor, sert aussi à Adhémar à reconstituer sa petite troupe, deux mercenaires retirés des affaires. Farkas, dessinateur hongrois, assure la mise en images dans un style réaliste très abouti.

« Rédemption » (tome 1), Soleil, 13,95 €

lundi 24 novembre 2014

Cinéma : L'Eden de la French Touch


Dans les années 90, la jeunesse française se passionne pour la musique électro. DJ et musiciens inventent la French Touch. Le film de Mia Hansen-Løve raconte cette épopée.


Film générationnel, “Eden” de Mia Hansen-Løve se déroule du début des années 90 à la fin des années 2000. Un peu moins de 20 ans qui ont révolutionné la scène musicale française. Paul (Félix de Givry) est étudiant en lettres. Il est peu assidu et préfère de loin écumer les rave parties improvisées en région parisienne. Il y écoute de la musique techno, plus spécialement du garage, admire les DJ, expérimente quelques drogues et se forge une culture musicale.
En compagnie de son meilleur ami, Stan (Hugo Conzelmann) il a des envies de duo. Ils mettront des années à concrétiser ce rêve et commencent à être connus sous le nom de « Cheers ». Ils proposent des soirées dans des cabarets ou des boîtes de nuit. Chaque dimanche, on les retrouve durant trois heures sur FG, la radio parisienne dévouée à deux causes : l’homosexualité et la musique techno. Et puis les modes changent, le duo vieillit, tombe dans l’oubli...

Amours compliquées
Sur cette trame véridique, la réalisatrice a utilisé nombre des souvenirs personnels de son frère, Sven, le véritable créateur de Cheers. Surtout, elle a donné un visage, une histoire et une humanité à un jeune homme perdu par ses passions. Eden est avant tout une longue histoire d’amour. Entre un jeune homme et la musique d’un côté et ce même jeune homme et plusieurs femmes qu’il ne parvient pas à retenir. Une romancière américaine en résidence à Paris. Elle le quitte pour devenir la parfaite mère au foyer aux USA. Une jeune DJ, comme lui, mais qui manque cruellement d’humanité.
Et puis il y a Louise (Pauline Étienne). Étudiante en théologie, habituée des soirées, première petite amie de Cyril (Roman Kolinka) le meilleur pote du duo. Paul en tombe amoureux fou. Mais elle semble si distante. Et si amoureuse de Cyril... Les deux se trouveront finalement après bien des errances et des tergiversasions.
Sans prendre plus de place que cela, c’est aussi ce que l’on retient en ressortant de ce film. L’amitié, l’amour, la séparation... On a beau être dans un milieu très branché, consommer des quantités astronomiques de cocaïne, faire des tournées aux USA et avoir des milliers de danseurs déchaînés par la musique que l’on compose ou mixe, on n’en reste pas moins homme. Avec ses faiblesses et ses doutes.
Plus qu’un film sur la musique des années 90, Eden a parfois des documentaires sur la solitude des grandes villes, de l’impossibilité de communiquer, de construire une famille, d’imaginer l’avenir. Un film noir, social, dans lequel nombre de personnes pourraient se reconnaître face à cette valse-hésitation des sentiments. Si en plus vous aimez la musique techno, ce sont deux heures que vous ne devez pas manquer.
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Vous avez dit Daft Punk ?

En racontant l’éclosion de la scène techno française, Mia Mia Hansen-Løve a également tracé les grandes étapes de la carrière de Daft Punk. Dans le film, Paul croise deux jeunes lycéens boutonneux et timides. Ils écument eux aussi les rave parties. Ils ne payent pas de mine mais tout le monde est déjà d’accord pour affirmer qu’ils « produisent un son d’enfer ». Au fil des années, Paul rencontre souvent Thomas (Vincent Lacoste) et Guy-man (Arnaud Azoulay). Il est à la soirée déguisée qu’ils organisent chez eux et où ils diffusent pour la première fois leur morceau fétiche « One more time ». Le film propose ainsi plusieurs passages où on voit leur évolution. Si l’un est décontracté et toujours les cheveux longs, quelles que soient les modes du moment, l’autre se métamorphose, arborant par la suite une longue barbe, comme pour se dissimuler comme quand il joue sur scène, le visage caché par son masque de robot. Cela a cependant quelques inconvénients. Une scène du film les montre à l’entrée d’un club où les Cheers vont mixer. Le physionomiste, intransigeant, leur refuse l’entrée. D’autant qu’ils ne sont pas du tout dans le « Dress-code ». Thomas et Guy-man, avec humilité, acceptent le verdict et s’apprêtent à repartir quand le patron les entraperçoit. Lui, sait que ces deux jeunes qui ne paient pas de mine sont les célèbres Daft Punk que l’on entend sur toutes les radios. Il se précipite, honoré d’une telle visite. De la difficulté de rester incognito quand on est mondialement célèbre...

dimanche 23 novembre 2014

BD - Bajram et Mangin nous font visiter leur cimetière céleste


Denis Bajram et Valérie Mangin ont écrit de concert le scénario de ce diptyque au titre macabre « Expérience mort » mais au contenu plus scientifique et philosophique qu'il n'y paraît. Une riche industrielle, prête à tout pour sauver son fils de la mort, investit des milliards dans la fabrication d'un vaisseau expérimental sensé retenir l'âme du mourant quand il est sur le point d'entrer dans le fameux tunnel blanc décrit par nombre d'hommes et de femmes ayant vécu une expérience de mort imminente. Au début du second tome, rien ne se passe comme prévu. Les scientifiques restés dans notre réalité s'alarment des résultats inquiétant pour les passagers. 
A l'intérieur, pilote et scientifiques sont au bord de la panique. Les machines, gelées par un froid intense, refusent de fonctionner. Il faut d'urgence trouver une source de chaleur. Dessiné par Jean-Michel Ponzio dans son style habituel de roman photo vectorisé, la BD alterne entre scène techniques dignes d'un space-opera et séquences oniriques plus lumineuses. Avec cependant toujours en fil rouge le questionnement de la mort. Ultime étape ou simple passage ? 
Les auteurs, grâce à une pirouette astucieuse, concluent cette épopée par une réponse qui, si elle est tirée par les cheveux, permet cependant de faire rêver les amateurs de fantastique.

« Expérience Mort » (tome 2), Ankama, 13,90 €

samedi 22 novembre 2014

DVD - La Balade roumaine de Shia Labeouf dans "Charlie Countryman"

Shia LaBeouf est omniprésent dans “Charlie Countryman”, thriller se déroulant à Bucarest.

Pour arriver à leurs fins, les scénaristes sont parfois obligés d’utiliser des ficelles un peu grosses. Le film « Charlie Countryman » de Fredrik Bond, co-production américano-roumaine devait être tourné en grande partie en Roumanie. Mais comment amener un jeune Américain, Charlie (Shia LaBeouf) dans cette partie de l’Europe manquant cruellement de glamour et d’exotisme ? Quelques pirouettes, totalement invraisemblables permettent de le projeter quasi SDF dans les bas-fonds de Bucarest. A Chicago, sa mère vient de mourir. Quelques minutes plus tard, elle lui apparaît et lui donne le conseil d’aller à... Bucarest. Bon fils, il s’exécute. Dans l’avion, il se lie avec son voisin de siège, un Roumain fan de base-ball. Quelques heures plus tard, Charlie constate qu’il est mort. Et une nouvelle fois, une apparition du mort va guider ses actes. Le reste est heureusement plus classique et beaucoup moins iconoclaste. Charlie tombe amoureux de la fille du mort (Evan Rachel Wood) une musicienne classique, toujours mariée à un caïd de la pègre roumaine (Mads Mikkelsen). Un “ménage à trois” violent qui oblige Charlie à beaucoup courir dans les rues de la capitale roumaine et encaisser un nombre considérable de coups. La dernière demi-heure est un condensé d’adrénaline digne des meilleurs films d’action.
Sans être un chef-d’œuvre du cinéma, « Charlie Countryman » confirme le talent de Shia LaBeouf, la beauté d’Evan Rachel Wood et la morgue pleine de charme de Mads Mikkelsen. Sans oublier la ville de Bucarest, l’autre vedette de ce thriller passionnant aussi par son côté « exotique ».

« Charlie Countryman », Sony, 19,99 euros à la FNAC.

vendredi 21 novembre 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Au bagne !

Dernière idée de Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France : créer un Guantanamo national. Et tant qu'à faire dans le symbole, autant rouvrir le bagne de Cayenne pour y emprisonner les apprentis jihadistes !
Il l'a affirmé très sérieusement hier sur Sud Radio. Beaucoup seront tentés de répondre « pourquoi pas ? » Attention, ne nous emballons pas. N'oublions pas, pour les ignares en géographie, Cayenne est est le chef-lieu de la Guyane, département d'outre-mer qui accueille également la base spatiale de Kourou. Embastiller des terroristes à proximité de la pépite de la recherche européenne n'est peut-être pas l'idée du siècle. Entre sabotage et détournement, les évadés potentiels pourraient y trouver matière à réflexion.
Non, quitte à éloigner les jihadistes, autant choisir une destination encore plus éloignée de nos frontières. Pourquoi pas Mururoa ? Cet atoll du Pacifique Sud est désert depuis l'arrêt des essais nucléaires. De plus, en cas d'évasion, les prisonniers seront faciles à retrouver. Inutile de s'embêter avec les bracelets électroniques, un compteur geiger fera l'affaire. Mais des esprits chagrins trouveraient quand même à critiquer : soleil, cocotiers et lagon pour des terroristes, et pourquoi pas le club Med tant qu'on y est !
Reste la solution finale, la dernière extrémité : les Kerguelen (Photo ci-dessus). Question éloignement, on ne peut pas faire mieux. Côté climat, rude est un doux euphémisme. Et les évadés devront pagayer longtemps avant d'atteindre une terre ferme. Reste le problème des surveillants, pas sûr qu'ils n'unissent pas leurs forces à celles des condamnés pour échapper à cet enfer.

jeudi 20 novembre 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Philae, un robot-chien ?

 Philae, si l'on met de côté la somme astronomique consacrée à assurer son développement et son envoi sur la comète Tchouri, est une formidable information positive comme on n'en a que trop peu ces derniers temps. D'autant plus que cette incroyable épopée à des millions de kilomètres de notre bonne vieille terre peut satisfaire aussi bien les esprits les plus pointus que les plus futiles ou farfelus.
Moi, par exemple, je décroche très vite à la relation d'expériences scientifiques expliquées par les spécialistes avec des termes dont j'ignorais l'existence. Par contre leur récit par des vulgarisateurs attire toute mon attention.
L'atterrissage d'abord. Philae a littéralement rebondi sur la comète et fait un vol plané de deux heures avant de ricocher et de se caler en équilibre instable contre une paroi rocheuse. Même si on n'a pas d'images, on se représente parfaitement le petit robot en train de se faire chahuter sur cette comète noire et hostile, si loin de ses créateurs et de sa mère nourricière, Rosetta, restée en orbite. Mais une fois stabilisé, il a tiré le maximum de sa position inconfortable. Pour notamment "renifler" des molécules organiques. Car tel un robot-chien, Philae bénéficie de certains sens. S'il est quasi aveugle, son flair est intact ainsi qu'une partie de son toucher puisqu'il a pu effectuer un petit forage. Epuisé, le bon toutou de l'espace s'est couché dans sa niche, cherchant à recouvrer des forces grâce à ses panneaux solaires.
Mais le temps presse car en août 2015, ce même soleil sera fatal à Philae. La comète se situera à moins de 190 millions de kilomètres de l'astre solaire, une proximité fatale pour le robot européen.

Livre - Rennes contre pétrole

La mer de Barents pourrait devenir le nouvel eldorado des compagnies pétrolières. Mais exploiter l'or noir n'est pas sans danger pour la région.

La Norvège est l'un des pays les plus riches du monde. La découverte de gisements pétroliers dans ses eaux a transformé cette zone rude en machine à pétrodollars. Les richesses en hydrocarbures de la Mer du Nord sont considérables mais restent quantité négligeable face aux nouvelles découvertes dans la Mer de Barents, encore plus au nord, pas loin du cercle arctique. Dans cette région, où les nuits sont sans fin en hiver et les jours interminables en été, Olivier Truc lance ses deux enquêteurs atypiques sur la piste d'une nouvelle affaire. Klemet et Nina sont affectés à la police des rennes. Cette structure, un peu assimilable aux garde-chasses dans nos contrées, est chargée de régler les différents entre éleveurs Sami, le nom local des Lapons, premiers habitants de la région. Sur ces vastes étendues, les troupeaux bougent au gré des saisons. Pas de propriété, juste des habitudes ancestrales. Au printemps, époque où se déroule ce roman, les hordes de rennes rejoignent les terres du nord en train de se libérer de la neige. Parmi les difficultés rencontrées par les éleveurs, le passage de certains détroits.
Le roman d'Olivier Truc, journaliste français installé en Norvège depuis de longues années, débute au détroit du Loup. Il sépare la toundra de l'île de la Baleine. Une zone très prisée pour ses immenses prairies. Pour l'atteindre, les troupeaux composés de centaines de bêtes, doivent se jeter à l'eau et rejoindre la rive malgré les courants. Erik, jeune éleveur, est caché derrière des rochers. Il observe son troupeau. Pour l'instant tout se passe parfaitement « concentrés sur la rive opposée, les rennes nageaient en une longue file indienne qui ressemblait à la pointe d'une flèche. » Mais tout à coup, un homme surgit et leur fait délibérément peur. « Les rennes de tête s'étaient mis à tourner en rond, au milieu du détroit. Une ronde mortelle. Plus les rennes y seraient nombreux, plus le tourbillon généré serait violent. Plus ils risquaient d'être aspirés et de se noyer. » Le jeune Sami tente d'intervenir en barque, mais il est pris dans la panique et meurt englouti dans les eaux glaciales.

Un début de roman dramatique au cœur d'une région que les lecteurs du précédent livre d'Olivier Truc, « Le dernier Lapon », commencent à bien connaître. Les traditions des Sami, les tribus autochtones, sont mises à mal par les autorités norvégiennes. Le partage des terres pose problème, celui des richesses de la mer aussi. Car ce polar, après cette mise en bouche naturaliste, se déroule ensuite en grande partie dans le milieu de l'exploitation pétrolière. Des enjeux financiers considérables qui attisent les appétits de certains. Les éleveurs de rennes sont parfois un obstacle au développement. C'est le cas de la ville d'Hammerfest, capitale de l'île de la Baleine et base avancée des prospecteurs. Une île artificielle a déjà vu le jour au large pour exploiter le gaz. Les recherches se poursuivent, à de très grandes profondeurs, grâce au courage des plongeurs.
Ce milieu très particulier est radiographié par l'auteur qui retrouve ses réflexes de journalistes. Mais il parvient également à développer l'intrigue (il y aura d'autres morts violentes) tant policière que personnelle. Notamment la sauvage Nina, fille du Sud, fascinée par le grand Nord et qui aura l'occasion de renouer des liens avec son père, retiré au bout du bout du monde. En plus de la bonne dose de dépaysement, ce roman est aussi (et surtout) prenant par la psychologie des deux personnages récurrents que l'on espère retrouver prochainement dans une nouvelle aventure.

« Le détroit du Loup », Olivier Truc, Métailié, 19 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - "Too manys cooks", la sitcom sans fin

Amateurs de sitcom et autres séries américaines humoristiques, vous devez absolument visionner ce court-métrage en accès libre sur Youtube.



Devenu mondialement célèbre, en moins d'une semaine, avec 3,3 millions de vues, "Too many cooks" (trop de cuisiniers) débute comme un générique de ces séries montrant la vie d'Américains moyens. Un plan sur la maison, proprette, jardin ouvert pelouse fraîchement tondue et drapeau des USA en façade. Puis chaque protagoniste est présenté sur une musique entraînante. 
Le père en plein travail, la mère qui sort ses cookies du four, les enfants (une adolescente écoute de la musique, un garçon à franges s'exerce aux mini-haltères, une fillette à lunettes révise ses cours) enfin la grand-mère avec le petit dernier sur les genoux. Des scènes de quatre secondes où ils font comme si de rien n'était puis regardent la caméra et sourient alors que leur nom apparaît en incrustation jaune.

On croit que l'épisode va commencer, mais une dizaine d'autres personnages sont présentés. Le chapelet s'égrène sans fin avec même l'arrivée d'un chat en peluche. La séquence dure ainsi plus de 11 minutes et la sitcom change de genre. Style policier : une fliquette sexy et un chef de la police, gros et noir ; science-fiction : aliens à la peau verdâtre, jusqu'à l'arrivée d'un psychopathe, armé d'un grand couteau. Il découpe quantité de personnes puis les cuisine pour en faire un festin. De classique, le générique devient totalement barré et réservé aux adultes.
Ce succès prouve que si la majorité des Américains consomme ces programmes bêtes et affligeants, il en reste quelques-uns à s'en moquer.

mercredi 19 novembre 2014

BD - La fin de la prohibition

Ceux qui pensent lire un roman graphique copieux sur la fin de la prohibition de l'alcool aux USA dans les années 30 en seront pour leur frais. « Legal » de Cédric Gouverneur (scénariste) et Amazing Ameziane (scénario et dessin) est en fait un ouvrage de politique fiction. Les deux auteurs imaginent comment la légalisation du cannabis en France pourrait radicalement transformer notre société. 
Un nouvel accident vient endeuiller la ville de Nanterre. Après de multiples règlements de comptes entre bandes rivales pour la maitrise du trafic de drogue, c'est un go-fast qui est à l'origine d'une collision. En percutant un bus scolaire, des dizaines de jeunes meurent en victimes collatérales de cette course sans fin à l'approvisionnement. Le maire de gauche, soutenu par l'Élysée, tente une expérience de légalisation du cannabis dans sa commune pour mettre fin au trafic. 
La BD alterne entre plongée dans les dédales du grand banditisme mondial et les arcanes de la politique locale. C'est parfois très documenté mais aussi passionnant car l'intrigue repose sur le parcours de trois « héros » : une jeune conseillère en communication du maire, un dealer un peu révolutionnaire et un ex-tautard prêt à tout pour s'en sortir et ne pas plonger. Étonnant, mais en refermant le bouquin on se surprend à l'interroger « Pourquoi pas ? »
« Legal », Casterman, 22 €

mardi 18 novembre 2014

Livre - La révélation du plaisir au centre de « Dancing with myself »

De l'enfant innocent à l'adulte manipulateur, Ismaël Jude retrace dans « Dancing with myself » toute l'éducation sensuelle et sexuelle d'un garçon d'aujourd'hui.

Chaque homme, chaque femme, découvre de façon différente les tourments de la sexualité. Ismaël Jude, dans son premier roman, s'intéresse à la naissance de ce trouble dans l'enfance. Le narrateur, un jeune enfant d'à peine dix ans, joue encore aux cow-boys et aux indiens dans sa province reculée. Ses parents tiennent une discothèque, un dancing exactement, lieu de débauche pour les « ploucs » des environs. Un jour, c'est l'effervescence au village et à la discothèque. Bella Gigi, strip-teaseuse parisienne est en représentation. Pour l'enfant, ce n'est qu'une femme comme une autre. Certes elle sent meilleur et a de plus gros lolos, mais c'est une femme. Sa différence tient au fait qu'elle « montre sa chatte » comme le fait remarquer un client et des copains de classe. Et l'enfant de s'imaginer un animal dressé qu'elle exhibe devant les hommes.
Le premier roman d'Ismaël Jude débute donc par un terrible malentendu. Trop jeune, trop tendre, le narrateur est encore insensible aux charmes du sexe dit faible. Ensuite vient l'adolescence et les nuits plus agitées. Il partage sa chambre avec sa cousine de trois ans plus âgée. Toujours attiré par ces mystères féminins, il tente de l'apercevoir nue dans la salle de bain. Il découvre l'excitation, l'érection, la masturbation.

Voyeur assumé
Ce qui n'est qu'un jeu innocent d'enfant, devient beaucoup plus malsain quand il atteint l'âge adulte et rejoint Paris pour ses études. Il ne cherche pas à conquérir les jeunes étudiantes, se contente de les observer à la dérobée, de saisir les fugaces images de cuisses qui se découvrent, d'une bretelle de soutien-gorge ou du blanc d'une petite culotte. Il a 18 ans et se voit ainsi : « Tout ce qui intéresse le coureur de jupons m'indiffère : arracher un baiser, ramener une femme chez moi, attirer son regard, son attention. Ma pratique consiste bien au contraire à ne pas l'attirer du tout afin de jouir en contrebande. J'aime les femmes à leur insu. C'est peu dire que je me complais dans cet anonymat, l'anonymat est une condition nécessaire à la survie de mon espèce paradoxale. Moins elles me remarquent, plus je jouis. »
Entre voyeur et exhibitionniste, il n'y a souvent qu'une mince frontière. La dérive va aller en s'accentuant, le texte d'Ismaël Jude passant, de chapitre en chapitre, de roman d'éducation à brûlot pornographique. La rencontre d'un autre étudiant, adeptes de soirées bisexuelles, va changer la donne. Tout en entretenant sa perversion de voyeur exhibitionniste, il accepte de franchir le pas et de donner du plaisir à ses partenaires qui deviennent multiples et variées.
On ne sait pas exactement où l'auteur veut conduire son héros et les derniers chapitres sont parfois difficilement supportables par leur crudité et hardiesse. Mais paradoxalement c'est la touche finale essentielle et nécessaire au simple portrait d'un mâle du siècle.

« Dancing with myself », Ismaël Jude, Verticales, 16,50 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Le jeu de la Révolution

Pas content Jean-Luc Mélenchon ! On ose s'attaquer au symbole de la Révolution française dans un vulgaire jeu vidéo ! La nouvelle version d'Assassin's Creed a pour cadre le Paris de la fin du XVIIIe siècle. Après les croisades, la saga imaginée par Ubisoft Montréal s'intéresse à la France. Durant cette période où la violence est partout, les Assassins et les Templiers continuent eux aussi à se combattre.

En vérité, le jeu n'accorde que peu de place aux événements historiques réels. Mais dans la bande-annonce de présentation de l'adaptation BD, Robespierre y est décrit comme "bien plus dangereux que n'importe quel roi". Mélenchon, alerté je ne sais comment (je l'imagine mal s'intéressant de lui-même aux gamers), se fend d'une de ces déclarations à l'emporte-pièce qui lui taillent son succès médiatique : "Je suis écœuré par cette propagande". De tels emportements n'aideront pas le Front de gauche à se défaire de son image de parti politique préhistorique.



On pourrait en rire si l'argument n'était pas tout simplement pathétique… Comme, en 1989, quand Ségolène Royal voulait interdire les mangas en France pour cause d'ultra violence…
Je ne joue pas à Assassin's Creed, mais j'ai lu l'adaptation en roman parue chez Milady. Il y est surtout question d'amour. Quant à la royauté : "Le couple royal, pendant qu'il festoyait, piétina solennellement une cocarde révolutionnaire (…) Un acte arrogant. Et stupide. Le peuple avait faim et le roi organisait des banquets. Pire, il piétinait le symbole de la Révolution". Avouez, le message antirévolutionnaire ne saute pas yeux…