jeudi 30 septembre 2021

Série Télé - Cobayes de luxe dans « Nine perfect strangers »


Les centres de remise en forme ont le vent en poupe. Parfois très efficaces, ils permettent aussi à quelques escrocs de faire de substantiels bénéfices avec quelques artifices. Et puis il y a Tranquillum, lieu à l’écart de tout, imaginé et dirigé par la très intrigante Masha (Nicole Kidman). Nine Perfect strangers, série, diffusée actuellement sur Amazon Prime Vidéo au rythme d’un épisode par semaine, raconte le séjour à Tranquillum de neuf personnes venues de différents horizons. Un couple, une famille (parents et fille) et des individus, souvent mal dans leur peau, cachant des secrets inavouables. 

Neuf « cobayes » sélectionnés par Masha qui est persuadée que c’est l’alchimie du groupe qui va permettre à chacun d’aller mieux. Mais rapidement l’ambiance se dégrade, les accrochages entre patients se multiplient et seuls les smoothies servis au petit-déjeuner (et bourrés de drogues psychotropes), permettent de poursuivre l’expérience. Si Nicole Kidman en grande prêtresse est moyennement convaincante, par contre tous les autres participants de la série sont formidables dans leurs interprétations de ces grands écorchés vifs. 

Melissa McCarthy, comique de service, sait jouer la romancière désespérée. Bobby Cannavale, en ancienne gloire du foot tombée dans l’oubli après une blessure, est très convaincant. Regina Hall, l’enthousiaste de service, toujours partante pour les activités et résolument optimiste cache au fond d’elle une violence sans limite. Reste le cas de Lars (Luke Evans). Ce journaliste d’investigation tente de découvrir qui se cache derrière Tranquillum. Mais lui non plus n’est pas forcément équilibré dans sa tête. Au fil des épisodes, cela devient de plus en plus extrême. Une tension savamment orchestrée par le concepteur de la série, David E. Kelley

mercredi 29 septembre 2021

BD - Les monstres de la brume


Suite de "Créatures", cette très réussie série fantastique écrite par Betbeder et dessinée par le très doué Canadien Djief. Entre Seuls et Stranger Things, découvrez le New York d’après l’apocalypse


Une brume transforme les adultes en zombies en quête de sucre. Les enfants sont parfois épargnés. La petite bande menée par Chief tente de survivre. Mais l’origine de la brume, une sorte de créature alien, semble très attirée par Minus, un gamin aux pouvoirs encore insoupçonnés. C’est passionnant, plein de rebondissements et chaque album court sur 72 pages. 

« Créatures » (tome 2), Dupuis, 12,50 €

BD - Poésie postale des "Lettres perdues" de Jim Bishop


On oublie parfois combien la bande dessinée est adaptée aux récits poétiques. Lettres perdues de Jim Bishop est un long poème surréaliste sur l’enfance. Iode, jeune adolescent, vit seul en bord de mer. Il attend une lettre de sa mère. 

Mais comme tous les jours, le facteur (un poisson clown), n’a rien pour lui. Iode, persuadé que la lettre s’est égarée, va aller tenter de la retrouver à la Poste. Ce périple, étonnant, nous raconte aussi le futur de la planète. Les Humains ayant pollué les mers, les poissons ont été obligés de muter pour vivre sur la terre. Il y est aussi question de policières infiltrée dans la mafia locale, dirigée, littéralement, par une pieuvre.

« Lettres perdues », Glénat, 22 €

Netflix - Horreur, une série avec des chatons !


Défenseurs des animaux, ne vous risquez pas à jeter un œil sur la dernière mini-série horrifique mise en ligne par Netflix. Dans Brand new cherry flavor, vous pourrez voir la naissance de quelques chatons. Le miracle de la vie ? Non, une sorte d’enfantement dans la douleur de boules de poils synonymes de malheur et de drames à venir.

Mais avant que ces chatons horrifiques n’entrent en scène, on fait la connaissance de Lisa Nova, le personnage principal de cette histoire tirée d’un roman de Todd Grimson et adaptée par Nick Antosca et Lenore Zion. Dans les années 90, cette apprentie cinéaste arrive à Hollywood avec dans ses valises les bobines de son court-métrage tourné en noir et blanc. Le petit film d’horreur a tapé dans l’œil de Lou Burke (Eric Lange), célèbre producteur. Lou est dans une mauvaise passe. Il n’a pas produit le moindre succès depuis quelques années. Il flaire dans cette histoire une opportunité d’exploser le box-office. Lisa signe un contrat avec lui. Mais qui finalement s’avère un piège pour la jeune fille. Le filou récupère les droits du film et demande à un de ses protégés de le réaliser. 

Lisa, désespérée et très énervée décide de se venger. Vengeance qui prend forme quand elle croise la route de Boro (Catherine Keener), une sorcière qui va deviner dans Lisa un potentiel magique insoupçonné. C’est à ce moment que les chatons font leur apparition. Chatons qui sortent de la bouche de Lisa et servent de monnaie d’échange dans la vengeance mise en place par Boro.

Cette simple mise en bouche plante le décor d’une série qui flirte avec l’ambiance des films de David Lynch. Mais les créateurs ont fait le choix de ne pas occulter les parties résolument gore et de pimenter le tout avec quelques scènes de sexe soft. Bref, Brand new cherry flavour va vous surprendre de bout en bout, à l’opposé de tout formatage vu et revu dans des productions plus ternes et consensuelles qui prolifèrent sur les plateformes de streaming par abonnement. 

mardi 28 septembre 2021

Roman - L’Ouest violent du "Gangstern" de Robert Pico

« Gangstern comme on dit… Western ! »… Du saloon aux casinos, l’éditeur Carcassonnais Jean-Marc Savary publie le nouveau roman de Robert Pico dans une Amérique racontée par ses gangsters. Une foisonnante fresque cinématographique, par un auteur tiraillé des deux côtés de l’Atlantique.  Robert Pico fait parler la poudre. 

Écrivain, musicien, compositeur pour Delon, Régine, Bourvil et bien d’autres…, l’écrivain originaire de Montauban sort un vingtième livre qui ne vous laissera pas de marbre. Dans la Dépêche, l’auteur explique que « cette biographie historique, qui tient de la fresque cinématographique, raconte les diableries du gangster Kenny Braco (1880-1938) personnage Américain haut en couleur, né d’un viol, en Louisiane, abandonné par sa mère et adopté par un couple qui, de Louisiane, s’est fixé au Nouveau-Mexique, à Santa Fe. »

 En 58 ans, il a connu et vécu la Révolution mexicaine, la Prohibition et la guerre des gangs dans les régions du Rio Grande.

« Gangstern » de Robert Pico, Jean-Marc Savary éditeur, 23 €

 


DVD et bluray - « L’étreinte » de la cinquantaine


Pour son premier film, Ludovic Bergery a donné le rôle principal à une femme de 50 ans. Dans « L’étreinte » (Pyramide Vidéo), Margaux, interprétée par Emmanuelle Béart, vient de perdre son mari. Elle doit faire son deuil et commencer une nouvelle vie de veuve. Mais que veut dire « être veuve ? » Il y a la mort dans cette expression alors que cette femme, au contraire, découvre que rien n’est terminé. Elle décide de reprendre des études en littérature et fait face à une forte envie de ressentir de nouvelles émotions, d’aimer tout simplement. Un film sensible sur le deuil, l’absence et l’instinct de survie

Le DVD offre dans ses bonus un entretien avec l’actrice et le réalisateur et le court-métrage « L’accara rouge », premiers pas de Ludovic Bergery à la réalisation. 

BD - Fantômes roumains


Suite et fin de la première enquête d’Angel, héros imaginé par Christophe Bec dont les aventures sont dessinées par Claudio Montalbano

Ce journaliste roumain tente de découvrir qui vit dans un château abandonné de la petite bourgade de Bräncvastel, au cœur des Carpates. Fantôme ou mauvais plaisantin ? Entre Histoire, légendes, fantastique et triste vengeance, cet album pose les bases de ce qui pourrait être une série promise à un bel avenir. 

« Le sanctuaire des hérétiques » (tome 2/2), Soleil, 14,50 €

lundi 27 septembre 2021

Thriller - "Si j'étais toi", une dangereuse homonymie


Dans une petite ville de Californie, Kelly Molina découvre qu’une autre femme porte le même nom. Femme au foyer, s’ennuyant depuis que son fils unique Aaron est parti poursuivre ses études, elle se transforme en détective amateur. Elle finit par retrouver l’autre Kelly, une jeune femme de 20 ans, vivant seule avec son bébé de quelques mois. La première Kelly décide d’aider la seconde. Ce thriller d’Amber Garza, son premier roman, débute comme une sorte de roman social sur la vie d’une épouse (le mari passe la semaine au travail ne revenant que, parfois, le week-end) désœuvrée. On a droit aux brunchs, cours de yoga et manucures avec les copines. Mais cette réalité clinquante va se craqueler. La vieille Kelly n’est pas ce qu’elle affirme. La jeune non plus. 

« Si j’étais toi » d’Amber Garza, Lattès, 21,90 €

Cinéma - La douce petite musique d’une bande de faux durs

Presque truands, les personnages de Cette musique ne joue pour personne ont aussi un cœur tendre et un fond poétique.

Jeff (François Damiens) et sa « bande » de méchants : Bouli Lanners, JoeyStarr, Ramzy Bedia et Gustave Kervern. David Koskas pour Single Man Productions


Sur le port de Dunkerque, Jeff (François Damiens) fait ses petites affaires, pas toujours légales. Il a pris la succession de son père et a dans sa petite bande quatre gros durs au cœur tendre. Un peu bras cassés aussi. Bref, une belle brochette d’Humanité qui tente de survivre tant bien que mal. Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit fonctionne un peu comme une série composée de plusieurs arcs. Au début, on découvre comment Jacky (Gustave Kervern), armé d’une hache, vient régler son compte au comptable de Jeff. Mais, ce dernier est mort et il est accueilli par sa veuve, Suzanne (Vanessa Paradis). Les milliers d’euros manquant dans la caisse ont servi à financer la pièce de théâtre où Suzanne interprète Simone de Beauvoir

Seconde intrigue, la boom de la fille de Jeff. Un peu boulotte, personne dans son lycée ne veut venir. Ce sont Poussin et Jésus (Bouli Lanners et JoeyStarr) qui vont aller persuader ces jeunes un peu trop sectaires. Enfin, on découvre que Jeff, participe à un atelier de poésie. Il tente de séduire une jolie caissière de supermarché avec ses poèmes. Totalement abscons, la belle y est insensible. Par contre, elle est irrésistiblement attirée par la gaucherie de Neptune (Ramzy Bédia), chargé de lui apporter les poèmes. Neptune est quasiment le demi-frère de Jeff à qui il sert de chauffeur et d’homme à tout faire. Dont porter des poèmes. Puis à les écrire. 

Ces histoires sont reliées entre elles par la concurrence devenue de plus en plus ardue sur le port. Des petits jeunes assez violents. Mais Jeff, en plein trip poétique, préfère laisser couler. Si l’on ajoute au milieu un court-métrage avec Vincent Macaigne, le spectateur en a pour son argent. 

Au final, chacun sera plus ou moins touché par ces héros du quotidien. Les rieurs adoreront les dialogues entre Poussin et Jésus, sorte d’hommage aux films de gangsters. D’autres se fascineront pour le personnage de Suzanne, bègue qui retrouve une élocution parfaite quand elle interprète Simone de Beauvoir. Les plus jeunes riront des saillies de la fille de Jeff et de ses méchantes amies. Enfin, les plus romantiques ont l’embarras du choix entre l’idylle de la caissière et Neptune ou le coup de foudre de Jacky pour la veuve comédienne. Un film d’amours, au pluriel.

"Cette musique ne joue pour personne", film de Samuel Benchetrit avec François Damiens, Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi



De choses et d’autres - Un influenceur + un influenceur = zéro

En tant que Boomer (ça y est, j’ai passé le cap des 60 piges), je ricane en découvrant l’audience calamiteuse d’une série télévisée portant sur le monde des influenceurs. Vous savez, ces jeunes qui revendiquent des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et qui feraient, désormais, la pluie et le beau temps dans l’opinion publique, selon eux.

NRJ12, la chaîne de la TNT qui s’illustre essentiellement par ses programmes de téléréalité, décide de se lancer, elle aussi, dans le feuilleton avec, tous les soirs à 18 h, un épisode de la série « Influences ». La vie au quotidien d’une agence d’influenceurs.

On est dans le cœur de cible du public visé, avec cependant cette nuance : la série entend raconter les coulisses de ce monde nouveau. Comment on fabrique une star ? Comment elle peut gagner des millions, sans avoir le moindre talent ? Comment une fausse histoire d’amour peut relancer deux carrières en berne ?

La chaîne n’a pas un gros budget, plusieurs rôles sont, donc, confiés à des… influenceurs. Et comme le scénario ne fait pas dans la délicatesse, l’ensemble semble étrangement plus factice que les émissions de téléréalité déjà très éloignées de la vie quotidienne.

Voilà comment le feuilleton, après de timides débuts à moins de 30 000 téléspectateurs (sur l’ensemble de la France), a signé lundi un record peu enviable. Seulement 3 000 personnes selon Médiamétrie pour regarder « Premier succès », l’épisode 6 qui portait très mal son nom. La fameuse part d’audience est donc de 0 % tout rond pour cause de chiffre inférieur à la marge d’erreur.

Comme quoi ces influenceurs ne sont finalement pas la panacée.