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dimanche 10 avril 2022

Cinéma - Les nouveaux Affreux, Sales et “Sans dents”

 

Cela fait plus de deux ans que Les sans-dents, film de Pascal Rabaté est bouclé. Une sortie longtemps différée à cause de la crise sanitaire. Finalement, cet étrange objet filmique sort en pleine élection présidentielle. Comme pour faire une piqûre de rappel sur le sort de millions de Français trop pauvres pour être concernés par la chose politique. « Ce projet ne pouvait exister que s’il était radical » précise le réalisateur, par ailleurs dessinateur de BD. Et dans le genre extrême, c’est du premier choix. Pas de musique, pas de dialogue et une histoire minimale dans un monde invisible. 

Tout débute par le vol de fils de cuivre. De drôles d’olibrius dérobent des câbles électriques et ramènent leur butin dans leur repaire. Une sorte de caverne d’Ali-Baba, cachée dans les profondeurs d’une décharge sauvage. Affreux, sales, rigolards et outranciers, ils sont une dizaine de sans-dents à vivoter dans la crasse. 

On trouve dans cette clique de membres du quart-monde des habitués des films décalés comme Yolande Moreau (fine gâchette) et Gustave Kervern (savant fou aimant les expériences chimiques et les canards gonflables). Il y a aussi des jumeaux hilares, un vieux parkinson ou un timide maladif. Tous aussi inquiétants au premier abord, ils se révèlent, au final, plein de poésie cachée et d’humanité insoupçonnée. Ils ne demandent pas grand-chose à la société. Juste de les oublier et de les laisser faire leurs petits trafics qui ne causent pas beaucoup de tort à la société. Mais cette dernière veille. Le petit monde des sans-dents est menacé par l’enquête du très ridicule policier, interprété par François Morel, aidé par ses adjoints, tous interprétés par le même acteur (Olivier Parenty). N’allez pas voir ce film comme une séance normale, mais comme une expérience sensorielle unique et parfois déroutante. 

Film de Pascal Rabaté avec Yolande Moreau, Gustave Kervern, François Morel


lundi 27 septembre 2021

Cinéma - La douce petite musique d’une bande de faux durs

Presque truands, les personnages de Cette musique ne joue pour personne ont aussi un cœur tendre et un fond poétique.

Jeff (François Damiens) et sa « bande » de méchants : Bouli Lanners, JoeyStarr, Ramzy Bedia et Gustave Kervern. David Koskas pour Single Man Productions


Sur le port de Dunkerque, Jeff (François Damiens) fait ses petites affaires, pas toujours légales. Il a pris la succession de son père et a dans sa petite bande quatre gros durs au cœur tendre. Un peu bras cassés aussi. Bref, une belle brochette d’Humanité qui tente de survivre tant bien que mal. Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit fonctionne un peu comme une série composée de plusieurs arcs. Au début, on découvre comment Jacky (Gustave Kervern), armé d’une hache, vient régler son compte au comptable de Jeff. Mais, ce dernier est mort et il est accueilli par sa veuve, Suzanne (Vanessa Paradis). Les milliers d’euros manquant dans la caisse ont servi à financer la pièce de théâtre où Suzanne interprète Simone de Beauvoir

Seconde intrigue, la boom de la fille de Jeff. Un peu boulotte, personne dans son lycée ne veut venir. Ce sont Poussin et Jésus (Bouli Lanners et JoeyStarr) qui vont aller persuader ces jeunes un peu trop sectaires. Enfin, on découvre que Jeff, participe à un atelier de poésie. Il tente de séduire une jolie caissière de supermarché avec ses poèmes. Totalement abscons, la belle y est insensible. Par contre, elle est irrésistiblement attirée par la gaucherie de Neptune (Ramzy Bédia), chargé de lui apporter les poèmes. Neptune est quasiment le demi-frère de Jeff à qui il sert de chauffeur et d’homme à tout faire. Dont porter des poèmes. Puis à les écrire. 

Ces histoires sont reliées entre elles par la concurrence devenue de plus en plus ardue sur le port. Des petits jeunes assez violents. Mais Jeff, en plein trip poétique, préfère laisser couler. Si l’on ajoute au milieu un court-métrage avec Vincent Macaigne, le spectateur en a pour son argent. 

Au final, chacun sera plus ou moins touché par ces héros du quotidien. Les rieurs adoreront les dialogues entre Poussin et Jésus, sorte d’hommage aux films de gangsters. D’autres se fascineront pour le personnage de Suzanne, bègue qui retrouve une élocution parfaite quand elle interprète Simone de Beauvoir. Les plus jeunes riront des saillies de la fille de Jeff et de ses méchantes amies. Enfin, les plus romantiques ont l’embarras du choix entre l’idylle de la caissière et Neptune ou le coup de foudre de Jacky pour la veuve comédienne. Un film d’amours, au pluriel.

"Cette musique ne joue pour personne", film de Samuel Benchetrit avec François Damiens, Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi