jeudi 16 juillet 2009

BD - Joe a la trouille


Difficile d'adapter un roman de Marc Behm. C'est pourtant le pari relevé par Joe G. Pinelli aidé de Jean-Hugues Oppel au scénario. « Trouille », paru chez Rivages Noir, fait partie de ces polars où la noirceur est absolue. 

La cavale du héros est sans espoir. On le suit pourtant avec passion, malgré la fin inéluctable. Joe Egan a peur d'une femme, blonde vêtue d'un ciré. Quand il la voit, il sait que quelqu'un dans son entourage va mourir. Et une fois adulte, il se doute qu'un jour ce sera son tour. Il décide alors de fuir, le plus loin et le plus vite possible. Il abandonne sa petite vie tranquille de fonctionnaire pour aller de partie de poker en partie de poker. Il a des hauts. Des bas aussi. 

A la rue, abandonné de tous, il trouvera pourtant toujours la force de se remettre en selle. Parfois il se posera quelques temps. Avec une femme passionnée par le jeu, seul dans une cabane au fond des bois ou avec une sorcière noire, adepte du vaudou, maîtresse volcanique. 

Joe Pinelli abandonne l'autobiographie pour des pages très sombres malgré des couleurs directes parfaitement maîtrisées.

« Trouille », Casterman & Rivages Noir, 17 € 

mardi 14 juillet 2009

BD - Pluie d'acier futuriste


Ambitieuse série de science-fiction, « Echo » de Terry Moore interpelle d'abord par la qualité de son dessin. Un réalisme léché et précis, d'autant plus mis en valeur que les 130 pages du tome 1 sont en noir et blanc. L'action débute dans le désert californien. Au-dessus exactement. Une femme teste une nouvelle combinaison de vol en métal liquide. 

Un essai extrême, l'armée n'hésitant pas à tirer des missiles sur le prototype. La pilote n'en réchappe pas, la combinaison se transforme en une multitude de gouttes qui retombent à terre. Notamment sur Julie Martin, jeune femme faisant des photographies du désert. Julie qui va voir sa vie basculer, les gouttes se rassemblant sur son corps pour en recouvrir tout le buste. Elle va devoir apprendre à vivre avec cette seconde peau quasi indestructible. Et très recherchée, les militaires américains voulant récupérer ce qui leur appartient. 

Une héroïne en fuite, des officines secrètes, une tueuse implacable, un secret d'Etat : tout est en place pour une histoire passionnante prévue en 5 tomes, le second opus étant annoncé pour début 2010.

« Echo » (tome 1), Delcourt, 12,90 € 

lundi 13 juillet 2009

Thriller - Dérive sexuelle en Chine

Entreprendre en Asie du Sud-Est n'est pas de tout repos. Surtout quand on flirte avec la loi. Un thriller torride de Marc Boulet.


Avec « Le roi de Pékin », vous pouvez, à moindre frais, vous offrir une bonne dose d'exotisme et de dépaysement. Ce roman, entre le témoignage ethnologique et le thriller, signé Marc Boulet, débute aux Philippines puis se poursuit en Chine, à Pékin. Le héros, Marc, a débarqué en Asie du Sud-Est pour son travail de journaliste. Il a couvert la chute de Marcos. Il est resté aux Philippines pour finalement s'associer avec un autre Français, Roger, ancien militaire. Ils rachètent un dancing au bord de la plage de Sabang, une zone très touristique. Le Paradise sert de l'alcool, diffuse de la musique et accueille en son sein de nombreuses hôtesses. Un terme politiquement correct pour désigner des prostituées qui alignent les passes dans des chambres situées à l'étage. Marc et Roger touchent une partie des revenus. En clair, ils sont devenus de prospères proxénètes. Marc, marié à Jade, une Chinoise, économise ainsi des milliers de dollars.

Un bordel à Pékin

Tout se passe parfaitement jusqu'au jour où il découvre une de ses filles assassinée dans le bureau du dancing. Elle a eu le temps de désigner son meurtrier : Roger. Ce dernier était sur une mauvaise pente. Abusant du cannabis local, il était de plus en plus en dehors de la réalité en étant notamment persuadé d'être entré en relation avec les extraterrestres. Après une nuit de doute, Marc décide, sous la pression insistante de Jade, de livrer Roger à la police, sachant que cela condamne son commerce. Roger reconnaît les faits et écope de plusieurs dizaines d'années de prison.

Marc vend le Paradise et quitte les Philippines pour rejoindre la Chine et la famille de sa femme. Là, il s'associera avec Dragon, son beau-frère, pour ouvrir un nouveau bordel dans cette Chine qui se libéralise, lentement mais sûrement. Les affaires sont moins florissantes qu'aux Philippines, mais suffisantes pour vivre aisément. Tout bascule quand Roger refait son apparition quelques années plus tard...

Vérités chinoises

Marc Boulet, ancien journaliste, parfaitement intégré en Chine (il a débuté sa carrière d'écrivain avec le témoignage best-seller « Dans la peau d'un Chinois »), étoffe son récit en décrivant minutieusement la vie dans ce pays en pleine évolution. Il en profite aussi pour démystifier certains clichés vivaces sur cette civilisation rarement comprise par les Occidentaux : « Avant de m'installer en Chine, je croyais les Chinois fourbes, humbles et serviles. Rien n'est moins vrai. Toujours prêt à plaisanter et à ripailler, le Chinois est un gai luron, doublé d'un frimeur. Quand il dissimule ses opinions ou ses sentiments, c'est pour ne froisser personne. Quand il complimente de manière exagérée, c'est pour faire plaisir. » De même, selon Marc Boulet, « les Chinois ont un grave défaut qui est en fait une qualité : ils se sentent gênés devant les Blancs et s'en méfient, sans aucun doute à raison, après tout le mal et toutes les vexations qu'ils ont subis au cours des derniers siècles. » Le texte alterne donc intrigue pure avec le personnage inquiétant de Roger, considérations plus générales sur la vie en Chine et passages « chauds » quand Marc explique comment il profite du savoir-faire de ses pensionnaires, tant Philippines que Pékinoises. Un savoureux cocktail pour une lecture d'été divertissante tout en étant pleine d'enseignements.

« Le roi de Pékin », Marc Boulet, Denoël, 17,50 € 

dimanche 12 juillet 2009

BD - Redécouvrons Nahomi, héroïne créée par Crisse


Elle s'appelle Nahomi, est Japonaise, princesse, aimant la magie elle a vécu quelques aventures au milieu des années 80 dans les pages de l'hebdomadaire Tintin. Une héroïne aujourd'hui oubliée qui doit la vie à Crisse, le créateur de l'épée de Cristal et d'Atalante. C'était ses débuts dans la BD et ses histoires, gentillettes, enfantines et presque naïves au début, ont fait de plus en plus de place à la magie, au fantastique. 

Les prémices de l'héroic fantasy, genre dans lequel Crisse s'est affirmé comme étant un des meilleurs. Nahomi a connu un beau succès dans le pages de l'hebdo. Elle était très présente, notamment dans des récits complets de 16 pages. De plus Crisse aimait fournir des couvertures au couleurs éclatantes. Il a signé également quelques posters lui permettant de faire exploser son trait.

L'ensemble de cette production de jeunesse est reprise dans une intégrale Nahomi publiée par les éditions du Lombard. On retrouve les trois grands récits (parus en albums mais introuvables depuis très longtemps), des récits complets et des illustrations. Le tout accompagné d'un dossier dans lequel Crisse raconte la genèse de la série, son état d'esprit du moment et, déjà, ses envies de passer à autre chose.

« Nahomi, intégrale », Le Lombard, 18 € 

samedi 11 juillet 2009

BD - Will Eisner for ever


On a trop longtemps pensé, en Europe, que la bande dessinée n'était qu'une affaire franco-belge. En Amérique aussi de très grands créateurs ont contribué à l'éclosion de ce mode d'expression. Le plus grand reste Will Eisner. Totalement ignoré durant des décennies, il a conquis un vaste public avec la publication des aventures du Spirit dans les pages de Tintin (sur une initiative de Greg). Mais ce personnage, récemment adapté au cinéma, n'est qu'une facette de son œuvre. 

Il a débuté en signant des centaines d'histoires, sous divers pseudonymes, dans les fascicules vendus à très bas prix. Un travail à la chaîne, qu'il a raconté, des années plus tard, dans des récits complets devenus des témoignages historiques essentiels. Les éditions Delcourt ont entrepris de rééditer l'ensemble de ces BD, dans un format comics, en noir et blanc.

Dans « Le rêveur », vous découvrirez les débuts de Eisner dans le milieu de la BD. Pas du tout évident. La crise frappait le pays à l'époque. Il a finalement décidé de créer son entreprise avec une mise de fond de 30 $. Aidé d'un bon commercial il a rapidement trouvé des marchés, dessinant nuit et jour pour assurer les commandes. Face à l'afflux de travail, il a créé un studio, permettant à quelques jeunes et aussi des anciens de trouver un revenu fixe. Trois années éprouvantes mais très formatrices. Il a revendu ses parts 30 000 dollars pour aller tenter sa chance en indépendant sur le Spirit, malgré les rumeurs persistantes de guerre.


« Au cœur de la tempête », pavé de 200 pages, Will Eisner reste dans l'autobiographie, mais il raconte les années 40, abordant beaucoup l'antisémitisme ambiant de l'époque et l'histoire de sa famille, des émigrants chassés de leur terre natale et tentant de se faire une place dans ce pays en devenir. Une œuvre magistrale où son trait époustouflant magnifie cette romance des XIXe et XXe siècle.

« Le rêveur, Delcourt, 12,90 €

« Au cœur de la tempête », Delcourt, 17,90 € 

vendredi 10 juillet 2009

BD - Tony Corso règle ses comptes


Tony Corso délaisse la Côte d'Azur le temps d'un album pour retourner dans la ville de son enfance : Rome. Il reçoit un appel au secours de son pote Madgid. Ce photographe de presse s'est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il a assisté à l'assassinat d'une star montante du foot. Le réflexe professionnel a voulu qu'il photographie la scène. 

Depuis il a aux trousses ce qui se fait de plus méchant dans la mafia locale. Il se cache et demande à son pote Tony de le tirer de ce mauvais pas. Corso va imaginer, en quelques heures, un plan qui devrait permettre à Madgid de s'en tirer. Mais c'était sans compter avec la réapparition de vieux fantômes de son enfance. Olivier Berlion, dans cette histoire intitulée « Vendetta », lève un voile sur le passé de son héros. A peine âgé de 10 ans, il assisté à l'assassinat de sa mère par un tueur à gages. 

Ce passé va interférer avec l'enquête actuelle, transformant ces 56 pages en un règlement de compte non prévu mais définitif.

« Tony Corso » (tome 5), Dargaud, 10,40 € (L'intégrale des quatre premières aventures de Tony Corso vient de paraître, 220 pages, 18 €) 

jeudi 9 juillet 2009

BD - La guerrière Aria en plein cauchemar


Aria, guerrière indépendante allant au gré des vents, poursuit sa découverte du pays de l'Ovéron. La contrée était calme et prospère. L'arrivée d'une secte a bousculé l'équilibre. Les trigyres imposent terreur et arbitraire. Ils sont aidés par le grand maître Dragannath qui a pris le pouvoir. Mais si le peuple fait le dos rond, la résistance s'organise. Aria, naturellement, est enrôlée dans les forces libres. Mais elle trouve que ces dernières manquent d'ambition. Elle va donc être au centre d'un plan qui devrait définitivement supprimer les tyrans d'Ovéron. 

Pour cela, elle devra utiliser les pouvoirs magiques de la Mamaïtha. Un produit qui provoque d'horribles cauchemars. Elle en goûtera un peu et se retrouvera face à des monstres terrifiants. Un plan qui oblige Aria à se jeter dans la gueule du loup. Elle mènera sa mission sous les atours d'une courtisane au cours d'une grande fête décadente. 

La série d'heroic fantasy de Weyland, une des plus ancienne du genre, est toujours aussi efficace. L'héroïne est belle, téméraire et ne se laisse jamais marcher sur les pieds. Un caractère de cochon qui ne peut que séduire le public BD.

« Aria » (tome 31), Dupuis, 10,40 € 

mercredi 8 juillet 2009

BD - Quand Christophe Bec imagine la fin du monde


L'avantage avec la bande dessinée, c'est que contrairement au cinéma, un créateur un peu ambitieux n'est pas limité par son budget. Christophe Bec l'a bien compris, se permettant des scènes qui n'auraient pas été imaginables dans la réalité. Le second tome de sa nouvelle série, « Prométhée », donne à voir la chute de milliers d'avions de ligne, la réapparition du Titanic, la destruction de New York par une pluie de déchets spatiaux et l'arrivée de vaisseaux spatiaux extra-terrestres sur les USA. Le tout avec des dessins réalistes criants de vérité. On s'y croirait. 

Toute la planète est en émoi. A 13 h 13, chaque jour, des catastrophes frappent l'Humanité. Les médias tentent de comprendre et certains dénoncent une manipulation planétaire des USA. Un projet secret destiné à imposer un nouvel ordre, une nouvelle religion... Mais dans la coulisse, la vérité serait ailleurs. Il s'agirait d'une invasion d'extra-terrestres hostiles.

 Beaucoup de souffle dans cette nouvelle série où l'auteur, originaire de l'Aveyron, retrouve avec bonheur toute la spécificité de son univers fantastique très personnel.

« Prométhée » (tome 2), Soleil, 12,90 € 

mardi 7 juillet 2009

Polar - Marseille lave plus blanc avec Franz-Olivier Giesbert

Un tueur en série sévit à Marseille. Il égorge ses victimes. Qui sont souvent des crapules finies. L'Immortel enquête.


Ce roman policier, truffé de rebondissements, de morts violentes et de personnages tous plus délirants les uns que les autres, plonge le lecteur dans une ville de Marseille gangrénée par la corruption et les ambitions de quelques gros nababs. Ecrit par Franz-Olivier Giesbert, on prend autant de plaisir à lire ces 300 pages que le journaliste en a éprouvé à les écrire. Car ce polar est avant tout une œuvre de divertissement, un exercice de style parfaitement maîtrisé, idéal pour cette période de vacances et de farniente.

Tout commence par le meurtre de la femme du commissaire Thomas Estoublon. Après une journée de travail, en solitaire, il la retrouve égorgée dans son lit. Très rapidement ses collègues le soupçonnent car le couple battait de l'aile. Seule Marie Sastre, commissaire elle aussi, est persuadée de l'innocence de Thomas. Mais elle ne peut empêcher son incarcération. Le policier, très déprimé, se pendra aux barreaux de sa cellule. Alors que le tueur sévit une seconde fois,, le disculpant à retardement. La presse s'empare des faits divers et baptise l'assassin du sobriquet le « Lessiveur » car il nettoie les scènes du crime avant ses forfaits. Un Lessiveur qui semble mener un combat très personnel, les victimes ne se connaissent pas mais ont au moins un point en commun : elles ne sont pas aussi innocentes qu'il n'y paraît.

Croutes de flic

Franz-Olivier Giesbert déroule son récit en suivant plus spécialement les agissements de trois personnages. Marie Sastre, la policière, pugnace mais si fragile, si attendrissante : « avec son menton décidé et sa bouche à baisers, elle était si naturelle qu'elle n'avait pas à se préoccuper de le paraître. Elle se fichait des apparences. De la sienne, notamment. » Elle tentera de démasquer le Lessiveur avec l'aide de Charly Garlaban, l'Immortel. Ayant survécu après avoir été criblé de balles, il ne sera pas insensible au charme de Marie malgré ses étranges manies, par exemple de s'entretenir des croûtes purulentes en divers endroits cachés de son corps. Un bon palliatif quand son chef s'en prend à elle : « Pendant cet échange, Marie Sastre s'était gratté le bras, puis l'aisselle où elle s'acharna sur une croûte qui finit par tomber. »

Tueur utile

Le troisième personnage clé c'est le Lessiveur. Dans certains chapitres, il commente ses exploits à la première personne. Le lecteur ne sait pas encore qui il est ni ses motivations, mais il a parfaitement conscience de la folie de cet homme, maniaque, sadique mais pas si inutile à la société alors qu'il est en pleine réflexion devant une de ses victimes se vidant de son sang : « Je dois à la vérité que j'éprouvais de la jouissance à le regarder mourir et que cette jouissance n'était pas seulement intellectuelle. Toutes les fibres de mon corps vibraient en même temps. Ce n'était pas tant à cause de la puissance que j'éprouvais devant cette pauvre chose qui se ventrouillait à mes pieds. Non, c'était l'idée d'avoir été utile à quelque chose en punissant une pourriture. J'avais le sentiment du travail accompli. »

Enfin il faut rajouter dans cette galerie des plus réussie la ville de Marseille. Toujours aussi belle et convoitée, elle donne une dimension supplémentaire à ce polar radical.

« Le Lessiveur », Franz-Olivier Giesbert, Flammarion, 19,90 € 

lundi 6 juillet 2009

BD - "Les cairns rouges", quatrième épisode de la série Seuls


Autant le dire d'entrée : un des personnages principaux de « Seuls » meurt à la fin de ce quatrième titre. Fabien Vehlmann, le scénariste, maîtrise parfaitement son sujet. Il parvient à développer l'intrigue générale, tout en donnant une tonalité particulière à chaque opus. 

Cette fois, ce sont des singes qui sont au centre de l'intrigue. Ils semblent s'être échappés du cirque, comme les autres animaux qui traînent en ville. Mais des singes en liberté, dans une ville déserte, adoptent rapidement une attitude étrange. Ils construisent des cairns, des amoncellement d'objets, qu'ils recouvrent de peinture rouge. 

Comme pour délimiter leur territoire. Ils campent dans un théâtre. C'est là qu'ils ont fait prisonnier un bébé. Dodji, Leila, Camille, Yvan et Terry, rejoints par d'autres enfants, eux aussi derniers survivants de l'Humanité, vont tenter de libérer l'enfant. 

Bruno Gazzotti, au dessin, impose de page en page la fluidité de ses cadrages et de sa mise en page. C'est passionnant. Du pur suspense comme on n'en fabrique que trop rarement.

« Seuls » (tome 4), Dupuis, 9,45 €