Adeptes du politiquement correct et du bien pensant, passez votre chemin. Dans ce roman débridé, vous ne trouverez rien de convenable. Au contraire, chaque phrase risque de vous faire hérisser les cheveux sur la tête. Par contre les iconoclastes, rieurs de tout (et de rien), anarchistes refoulés et autres révolutionnaires à la petite semaine se régaleront de cet enchaînement de situations aussi cocasses qu'invraisemblables.
Avant de planter le cadre de cette histoire, présentons le héros : Alias. Ce criminel sans foi, ni loi ni limites, a vu le jour il y a une dizaine d'années dans une collection entièrement dédiée à ses aventures au Fleuve Noir. Sur le modèle du Poulpe, il a vécu quelques péripéties sous les plumes de plusieurs auteurs. Alias, machiavel moderne, utilise les dernières évolutions technologiques pour arriver à ses fins : faire s'effondrer notre société de consommation, capitaliste et individuelle. Il aime les belles femmes qui ont du caractère, tue sans aucune émotion et apprécie, entre ses spectaculaires opérations, jouir de tous les plaisirs de la vie. Alias, sous la plume de Noël Godin, prend un côté surréaliste supplémentaire.
Godin, dans la vraie vie, s'est contenté d'entartrer quelques prétentieux et autres "pompeux cornichons", Alias va beaucoup plus loin. Installé dans une luxueuse chambre de l'hôtel Martinez à Cannes en plein festival, il va pirater la projection du film d'un philosophe, tourné en Amérique centrale avec une star française sur le retour... Pour une fois, Godin ne nomme pas la cible, mais les indications savamment distillées au gré des chapitres permettent de rapidement se faire une idée de la personne visée, la même que Renaud brocarde dans son dernier disque...
A l'opposé, de nombreuses autres personnalités font des apparitions en guest-stars dans ce roman. Ainsi dans les couloirs du Martinez on croise quelques producteurs, des actrices, des journalistes et même un médecin. Cette aventure, partie sur les chapeaux de roues dans les premières pages, s'essouffle un peu par la suite. On assiste notamment à la fuite d'Alias dans les couloirs du palace durant près de 100 pages. Il est accompagné de deux superbes femmes (une masseuse et une soubrette) ainsi que de son fidèle assistant, La Morve, qui a caché sous sa chaise roulante pas moins d'une dizaine de cadavres (il n'y a pas de petits profits pour cette horreur à roulette qui aime boulotter ses victimes). Ils font du surplace, donnant l'occasion à Godin de faire tourner la tête au lecteur avec ses longues énumérations et ses dialogues dignes parfois d'un vaudeville du plus bas étage. Mais on se doute que l'animal est assez brillant et intelligent pour se délecter de la rage du lecteur s'emberlificotant sur ces quelques mètres de moquette souillée par le sang des victimes et autres rejets de la Morve qui porte si bien son nom. Bien évidemment il ne faut chercher aucune morale dans ce roman destructeur.
Au contraire, comme le proclame un jingle diffusé dans la salle de cinéma après le sabotage du film : "Alias, Alias, Alias, et l'ordre moral trépasse !". Alors vous aussi laissez-vous entraîner sur la pente de la subversion et osez lire ce brûlot entre rire jaune et ricanement glauque.
"Armons-nous les uns les autres !", Noël Godin, Flammarion, 18 euros
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