mercredi 30 novembre 2016

Fantasy - Arleston à mots gourmets signe "Le souper des maléfices"

MALBOUFFE. Le scénariste de Lanfeust passe au roman de fantasy pour dénoncer nos dérives. Savoureux.

Même si Zéphyrelle, la jeune espionne de ce roman de fantasy signé Christophe Arleston est mignonne et futée, si son acolyte Fanalpe, cuisinier émérite est un surdoué des sauces, le véritable héros reste la bonne chère. Une ode au bien manger qui dénonce la nourriture industrielle et les tentatives de modification des ingrédients de bas.

A coup de manipulations transgéniques dans la vraie vie, de magie dans le cas du « Souper des maléfices ». Slarance, ville commerçante prospère, est frappée par une double épidémie. Les habitants meurent dans d’atroces souffrances et tous les flics du dynarque, le gouverneur de la cité, sont victimes d’accidents. Mortels les accidents. Toujours. Il ne reste donc que la jeune Zéphyrelle, experte en déguisements mais pas du tout expérimentée. Pourtant, elle va découvrir qu’une mystérieuse compagnie céréalière a inondé le marché d’une étrange farine.
Un autre habitant de Slarance se pose aussi des question. Fanalpe, cuisinier chez un duc, ne supporte plus que son pain devienne si peu savoureux. Il se met en quête et constate que l’emprise de la compagnie céréalière va jusqu’à la fourniture de semences aux paysans du cru. Sur cette intrigue, parabole explicite des agissements mondiaux de Monsanto, Christophe Arleston, plus connu pour ses scénarios de Lanfeust et des Trolls (plusieurs millions d’albums de BD vendus à son actif) signe un roman savoureux. Il truffe ses scènes de recettes loufoques qui font saliver.
Zéphyrelle aussi est source de fantasmes car la belle semble l’archétype des héroïnes imaginées par le créateur de Sangre, Cixi et autre Moréa. Un charme qu’elle doit confronter aux deux autres belles du roman, l’insupportable pimbêche Fiollula et Ploutre, aussi effrontée que libertine. De quoi pimenter certaines scènes et recettes du roman.  
➤ « Le souper des maléfices », Christophe Arleston, ActuSF, 19€

De choses et d'autres - Se méfier des belles images


Plusieurs maires ont décidé d’interdire l’affichage des panneaux de la campagne du gouvernement sur la prévention du Sida. En cause, le public ciblé : les homosexuels. Les photos montrent deux hommes tendrement enlacés avec ce message de prévention : « Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu : les situations varient. Les modes de protection aussi ». Les élus - tous de droite bien évidemment – s’insurgent : « Atteinte à la dignité » et « risque de heurter la sensibilité de l’enfance et de la jeunesse ». Une censure dénoncée par la ministre de la Santé.

A Béziers aussi la campagne est mal vue. Mais le maire, ancien président de Reporters sans frontières, a préféré dé- tourner les affiches plutôt que de les censurer. Un homme et une femme, jeunes et romantiques, se regardent dans les yeux avec ce slogan : « S’aimer, se donner, tout donner : l’amour ça se protège. Fidélité ».

Problème pour Robert Ménard, certains opposants ont cherché à connaître la provenance de cette photo. Après enquête des limiers du net, il s’avère qu’elle est extraite d’une série, libre de droits, intitulée « Tia et Mark wedding » du photographe australien Matthew Jake Kane. Ce dernier souligne l’ironie de l’utilisation du cliché. Pour cause, le modèle, jeune homme très beau, est ouvertement gay.
Moralité (défendue bec et ongles par Robert Ménard), toujours se méfier des images, elles ne reflètent pas forcément la réalité.

mardi 29 novembre 2016

Livres de poche - Des éditions uniques pour les fêtes

Voyagez sur la piste du chaman Heq et son clan qui, en l’an mil, migrent à travers le Grand Nord canadien : au Groenland. D’Arluk, au XVe siècle, qui explora les confins de ce « pays merveilleux ». De Soré, jeune Groenlandaise des années 1970, en quête d’identité, happée par la légende de ses ancêtres. Ce recueil reprend trois romans de Jorn Riel, conteur amoureux de l’Arctique.

➤ « Le chant pour celui qui désire vivre », 10/18, 12,90 €

Le roman de David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin, Charlotte est exclue par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Cette édition est accompagnée de cinquante gouaches de Charlotte Salomon choisies par David Foenkinos, et d’une dizaine de photographies représentant Charlotte et ses proches.

➤ « Charlotte », Folio, 14,90 €

Paris. Une vieille dame, Alice Gauthier, est retrouvée morte dans sa baignoire, les veines des poignets tranchées. Le commissaire Bourlin, chargé du dossier, est bientôt rejoint par le commissaire Adamsberg et le commandant Danglard de la brigade criminelle. Une autre mort suspecte et paraissant liée les mène alors jusqu’en Islande. Dernier succès de Fred Vargas dans une édition collector.

➤ « Temps glaciaires », J’ai Lu, 10 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Si Facebook était une fiction

 
En ces temps peu propices à la grosse rigolade (n'oublions jamais que François Fillon, de Droopy, le chien triste de Tex Avery, s'est transformé en pitbull, incarnation de cette droite qui ne plaisante pas et assume sa dureté) marrons-nous un peu avec ces fausses pages Facebook inventées par Virginie Spies. Un statut en dit souvent beaucoup sur l'humeur du moment. La sémiologue et chroniqueuse de l'Obs résume l'actualité avec des pages Facebook imaginaires. C'est ainsi que hier, François Fillon dit simplement « Je vous ai compris ». Un statut très gaullien aimé par Frigide Barjot et 312 409 retraités. De son côté, Alain Juppé s'abonne à la page « Caisse de retraite ». Plus loin, Manuel Valls souhaite « une bonne semaine à tous ». Si Claude Bartolone aime, François Hollande se contente du commentaire sec « 11 h 45 dans mon bureau » agrémenté du mot-dièse #RasLeBol. 
Virginies Spies ne se limite pas à la politique, elle adore aussi la presse people. Pour preuve, elle signale que Cyril Lignac vient de rejoindre Tinder, le célèbre réseau social de rencontres amoureuses. Une jolie façon de signaler, par la bande, sa rupture avec Sophie Marceau.
Bref, en deux statuts, un commentaire et deux actualités (Fidel Castro est devenu ami du Che Guevarra), cette fausse page Facebook résume parfaitement le week-end. Mais tout est faux. Ce n'est pas pour rien que Virginie Spies l'a nommée « Facebook Fiction ».

lundi 28 novembre 2016

BD - Femme parfaite virtuelle


Dans un futur proche, la vie quotidienne est rythmée par l’omniprésence des robots. Des humanoïdes plus vrais que nature qui servent à tout. Alex, le personnage principal de cette série de comics écrite par Sarah Vaughn et dessinée par Jonathan Luna, solitaire et introverti, a des difficultés pour s’intégrer. Sa grand-mère, riche et audacieuse, décide de lui offrit un X5, robot dernière génération totalement dévoué à son propriétaire. Un robot féminin en l’occurrence qu’Alex baptise Ada. Mais cette dernière est totalement dépourvue de personnalité. 
Son maître va s’aventurer dans les arcanes des réseaux de hackers pour « réveiller » sa conscience, pour la rendre indépendante, au risque de la perdre. Il y a un peu de « Her » dans cette BD très moderne, avec un peu de « Mr Robot » et un soupçon de « Blade Runner ». Le résultat est passionnant et donne envie de découvrir vite (parution en 2017) les deux autres tomes de la trilogie.
➤ « Alex + Ada » (tome 1), Delcourt, 15,50 €

dimanche 27 novembre 2016

BD - La musique des Dieux


Le postulat de base de cette série très personnelle de Kieron Gillen (X-men, Star Wars…) est d’une simplicité extrême : les rockstars sont les nouveaux Dieux. Dessinée par Jamie McKelvie, « The Wicked + The Divine » raconte comment une simple groupie va se retrouver au centre d’un combat sanglant entre Dieux. Elle admire Luci (le clone de David Bowie) mais cette dernière se retrouve emprisonnée car suspectée d’avoir tué de simples mortels. Il y aussi l’intervention d’une simili Beyoncé, d’un Prince... Mais ces Dieux savent que leur temps est compté. Car s’ils sont adulés et célèbres, leur présence sur terre se limite à quelques années. Une immortalité qui passe par de multiples réincarnations. Pas toujours simple à comprendre, cette BD passionnera ceux qui connaissent leurs classiques rocks par cœur.

➤ « The Wicked + The Divine » (tome 1), Glénat, 17,50 €

samedi 26 novembre 2016

Livres de poche - Le polar français a encore un bel avenir

« Je suis le fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin. » C’est ainsi que Stéphane parle de lui. Une coquille vide. Un petit caïd sans passé ni personnalité. Jusqu’à Norah, qu’il rencontre un soir, dont il tombe fou amoureux et qui, mystérieusement, passionnément, l’aime en retour, l’apaise. Mais c’est un roman noir et l’histoire imaginée par Hervé Commère se termine mal…
➤ « Le deuxième homme », Pocket, 6,60 €

Antoine a 8 ans. Il joue dans une rivière dangereuse lorsque des troncs d’arbres portés par le courant l’assomment. Il se réveille dans le fourgon d’un inconnu qui vient de lui sauver la vie. 20 ans plus tard, à la télévision, on reparle de l’affaire « du découpeur ». Antoine reconnaît dans un portrait-robot l’homme qui lui a sauvé la vie. Ce roman d’Eric Maneval a obtenu le prix du polar lycéen d’Aubusson lors de sa sortie.

➤ « Retour à la nuit », 10/18, 6,10 €


Le narrateur, junky, atteint du sida, vit dans un squat au milieu de détritus et de rats. Son seul plaisir, se réveiller et voir par la fenêtre un grand arbre. Avant cette grande dé- chéance, le héros a été un petit Français comme tous les autres. Le roman d’Eric Maravélias se partage en sombre description d’une ultime journée de galère et la tombée en déchéance d’un jeune perdu.

➤ « La faux soyeuse », Folio Policier, 7,70 €

BD - Abba, source d’inspiration permanente


Que l’on aime ou pas, on connaît forcément le groupe Abba. Super star des années 70, le quatuor suédois, avec ses tubes planétaires, a marqué plusieurs générations. Et au-delà si l’on en croit cet album de Maarten Vande Wiele, jeune auteur belge flamand, qui signe un roman graphique aux dessins stylisés et couleurs acidulées. 
De nos jours, dans une petite ville de la côte belge, trois jeunes viennent de créer un groupe de musique reprenant les grands succès d’Abba. Mais il leur manque une « Frida », la chanteuse brune. AnneLène, vendeuse dans un magasin d’habits, chante à l’occasion. 
Elle vient de quitter son mec, déprime un peu et se dit que faire partie de ce groupe de passionnés ne peut pas la faire tomber plus bas. L’album raconte de façon très humaine la formation du groupe, les galères du début, les premiers succès et les tensions. Car comme dans la véritable histoire d’Abba, des histoires de coucheries perturbent la bonne marche de la machine à danser. Très rafraîchissant et authentique, une BD qui vous remettra Money ou Waterloo en tête…
➤ « Abba cherche Frida », Vraoum, 20 €

vendredi 25 novembre 2016

DVD - La relève des fêtardes dans "Nos pires voisins 2"


Après l’énorme succès de la comédie totalement déjantée « Nos pires voisins », une suite a immédiatement été produite. Avec quasiment la même équipe, Seth Rogen et Rose Byrne reprenant leur rôles de parents immatures, Mac et Kelly Radner, et Zac Efron celui de Teddy Sanders, bad boy organisateur de fiesta. Ce nouveau problème de voisinage pour le couple Radner prend l’apparence de la charmante et adorable Shelby interprétée par Chloë Grace Moretz. Une gentille étudiante, qui ne supporte pas que les clubs féminins n’aient pas le droit d’organiser des fêtes. Un discours féministe dans un film transgressif et sans limite. Sans limite comme la première scène du film, quand Kelly, en plein ébat amoureux, lui apprend qu’elle est de nouveau enceinte. Les poètes apprécieront.



Ce nouveau membre de la famille pousse le couple à chercher une maison plus grande. Ils signent un compromis de vente mais doivent attendre un mois avant de finaliser la vente de leur maison. Pile au moment où Shelby emménage et se lance dans l’organisation de soirées du feu de dieu, avec l’aide matérielle de Teddy qui y voit une excellente façon de se venger des Radner. La nouvelle bataille est lancée. Elle sera épique.
Forcément un peu moins surprenant que l’original, cette suite est malgré tout d’un très haut niveau. La complicité entre Seth Rogen, gros ours barbu, totalement barge et son épouse, Rose Byrne, mère indigne qui laisse traîner ses sextoys partout, surtout dans la chambre de sa fille de deux ans, est encore plus forte. On devine que le tournage est souvent parti en live, ces deux-là se lançant dans de folles improvisations.
Dans les bonus, en plus d’un making of et de longs entretiens avec tous les acteurs, on se délecte d’un bêtisier d’anthologie et d’une dizaine de scènes coupées, souvent des versions longues de passages plus ramassés dans la version finale.
➤ « Nos pires voisins 2 », Universal Vidéo

jeudi 24 novembre 2016

Cinéma - "La fille de Brest", l'affaire du Médiator, du sang et des larmes



Emmanuelle Bercot adapte le combat d’Irène Frachon contre le médicament des laboratoires Servier. Une fiction aussi forte qu’un documentaire.



Fille de chirurgien, Emmanuelle Bercot, avant de devenir cinéaste, a longtemps voulu marcher sur les traces de son père. Elle confie dans le dossier de presse que ses « loisirs préférés du mercredi, du samedi, c’était d’aller voir mon père opérer. Dès l’âge de 10-12 ans, j’ai passé beaucoup de temps dans les blocs opératoires. » Au bloc, on y entre dès les premières scènes. Une opération à cœur ouvert. Irène Frachon (Sidse Babett Knudsen), pneumologue, y assiste car l’opérée est une de ses patientes, une de ces femmes qui ont pris du Médiator pour maigrir et qui se retrouvent avec une déficience des valves cardiaques. Une première scène choc, où le travail des soignants est filmé cliniquement. Un cœur malade, du sang et le Médiator, véritable bombe à retardement qui donnera par la suite beaucoup de larmes. Irène Frachon est considérée à juste titre comme une des premières lanceuses d’alerte française. Rien ne destinait cette médecin à devenir une justicière de la santé. 
Le film raconte comment elle a découvert le point commun à beaucoup de malades cardiaques au CHU de Brest où elle officie.
Le Médiator, médicament antidiabétique prescrit par les médecins comme coupe-faim revient régulièrement. Un peu trop. Elle alerte les autorités sanitaires. En vain. Tout change quand elle parvient à convaincre une équipe de chercheurs menée par le professeur Antoine Le Bihan (Benoît Magimel, étonnamment sobre dans son jeu pour une fois) à mener une étude sur un cas clinique. 
Les résultats sont effrayants. Non seulement le Médiator rend malade, mais il cause la mort de plusieurs personnes. La preuve avec la seconde scène difficilement supportable du long-métrage, l’autopsie d’une des victimes du médicament. Quand Irène Frachon tient dans ses mains ce cœur inerte, on comprend qu’elle ira jusqu’au bout de son combat, quitte à mettre en danger sa vie privée, son couple et l’équilibre de ses enfants.

■ Colères et grimaces

Film aussi austère que le climat breton, « La fille de Brest » est pourtant loin d’être une démonstration laborieuse du difficile combat des « petits » contre les « grands ». Surtout en raison de l’interprétation de Sidse Babett Knudsen, totalement investie dans son rôle. Quand plus rien ne va, elle sait forcer le trait de son personnage. Colères homériques avec force injures en Danois ou grimaces outrancières pour tenter de mettre un peu de légèreté dans le drame, c’est toujours dosé au millimètre, crédible et efficace.

Et le plus fort reste le fait que cette histoire compliquée de molécule, de pressions et de scandale sanitaire, parvient à émouvoir le spectateur. Quand enfin les médias, tous les médias, s’emparent du scandale, comme Irène Frachon, on est soulagé, comme récompensé de ces sacrifices continuels. Et on a une pensée pour les centaines de victimes, la seule énergie qui fait fonctionner ce bout de femme tenace et infatigable.

mercredi 23 novembre 2016

Thriller - La glace de la résurrection dans "Le cadavre était presque parfait"

Un cadavre venu du passé sème le désordre sous l’œil débonnaire du héros très british imaginé par Giles Milton.

Un bon héros récurrent de roman policier doit avoir un métier atypique. Terminé le temps ou commissaire ou détective privé suffisait à le rendre intéressant. Giles Milton, qui semble bien décidé à faire vivre plusieurs aventures à son personnage Jack Raven, n’a pas choisi la facilité côté CV. Jack, professeur british, est exactement « paléopathologiste, spécialisé en anthropologie médico-légale ». Ce que sa dernière cliente résume par « spécialiste en cadavre, c’est l’expert en criminologie archéologique le plus qualifié du milieu. »

En plein été, alors qu’il s’ennuie et se lamente car sa petite amie (une journaliste allemande) vient de le quitter, il reçoit une proposition qu’il ne peut refuser. Zakron, société américaine spécialisée en cryogénie veut ses lumières pour identifier le cadavre d’un homme entièrement nu et parfaitement conservé retrouvé dans les glaces du Groënland. Rapidement il s’aperçoit que sa venue n’est pas souhaitée par tous les membres du conseil d’administration. Pour eux, le cadavre est celui d’un soldat américain disparu en 1944. Tout est déjà réglé pour le rendre, avec les honneurs, à sa famille.

■ Dégeler le mort
En réalité, le mort, absolument préservé dans la glace, sera le premier à tester une nouvelle technique pour « réveiller » des cadavres gelés. Zakron conserve dans ses frigos de riches clients persuadés que dans un lointain avenir, ils pourront être dégelés, être rajeunis, devenir quasi immortels. Une expérience top secret qu’un vulgaire Anglais ne doit pas ébruiter.
Cela n’empêche pas Jack de continuer ses recherches. Sur la raison du décès et l’identité du mort. Quand il découvre la vérité, il est trop tard : l’expérience a débuté. Or il ne s’agit pas du tout d’un soldat américain. Les multiples cadavres qui jonchent les pages suivantes lui donnent malheureusement raison. Une seule chose importe désormais : arrêter ce massacreur venu du passé.
Entre polar classique, notamment avec l’intervention de policiers pas très futés, précis de science-fiction et récit historique voire fantastique, ce roman tape large dans les intérêts des lecteurs. Et comme l’ensemble est cohérent et parfaitement écrit, on en ressort avec l’impression d’être beaucoup plus intelligent concernant la seconde guerre mondiale au Groënland, les techniques de cryogénie et même les secrets pour séduire les jolies femmes américaines divorcées avec enfants à charge. Tout cela grâce aux lumières de Jack Raven.
➤ « Le cadavre était presque parfait », Giles Milton, Buchet Chastel, 22 €


mardi 22 novembre 2016

Littérature - Philippe Claudel originel

Court roman paru en 2001, « Au revoir Monsieur Friant » de Philippe Claudel est une pépite d’émotion et de style. Le lauréat du Renaudot et du Goncourt des lycéens explique avoir écrit ce texte après avoir remporté quelques succès publics, comme pour se rassurer sur sa capacité à écrire naturellement. En racontant la vie d’Emile Friant, peintre originaire de Nancy du début du XXe siècle, il met surtout en scène sa grand-mère adorée et sa propre jeunesse. Douceur de la jeunesse, exaltation de l’adolescence, premières amours (« Les amours juvéniles entretiennent des parentés avec les grandes diarrhées et comme pour elles, heureusement, peu de choses suffit à les faire passer »), on trouve tout l’univers personnel si intense de l’auteur des « Âmes grises » et du « Rapport de Brodeck », merveilleusement adapté en bande dessinée par Manu Larcenet.

➤ « Au revoir Monsieur Friant », Philippe Claudel, Stock, 13,50 €

De choses et d'autres - Plus dure sera la chute pour l'ancien président trop pressé

Après un échec, la renaissance en politique n’est pas chose aisée. Nicolas Sarkozy pourrait en faire un nouveau livre qui le propulserait immédiatement en tête des ventes. Mais bien vendre un programme ne signifie pas être victorieux dans les urnes. Bête politique comme rarement le microcosme en aura enfanté, Nicolas Sarkozy a cru jusqu’au bout pouvoir se relever de sa défaite en 2012. Aujourd’hui, sa troisième place, la pire dans un scrutin à deux tours, le plonge dans les oubliettes de la vie publique. Pour certains, il va falloir passer par une phase de désintoxication. Laurent Joffrin, dans son éditorial pour Libération y va même de sa petite larme : « Pour un peu, Sarkozy va nous manquer ».

Tout avait mal commencé pour l’ancien président. Certains sites ont comparé sa façon de voter avec celle de ses challengers. Quand Alain Juppé reste longuement dans la file et que François Fillon semble un quidam parmi tant d’autres, Nicolas fonce, double tout le monde, vote, serre quelques mains et part sans même payer les deux euros. Résultat, dès midi sur les réseaux sociaux, sa façon de bousculer les lignes, de tout faire au pas de charge, qui a longtemps été un atout, devient une tare.
Parti le dernier en campagne, Nicolas Sarkozy a cru pouvoir rattraper son retard avec quelques sprints dans les dernières semaines. Mais à trop vouloir doubler la piétaille, un jour, elle vous fait un croc-en-jambe. 

(Chronique parue le mardi 22 novembre en dernière page de l'Indépendant du Midi)

lundi 21 novembre 2016

BD - Vincent, un saint au temps des mousquetaires


Martin Jamar, dessinateur maniant la couleur directe comme personne, n’a quasiment travaillé que sur des scénarios de Jean Dufaux. Une équipe rodée qui, après des séries longues, semble avoir cherché plus de légèreté dans « Vincent », épisode de la vie de Saint Vincent de Paul dans ce Paris de 1643. Le saint homme, à l’époque, n’est qu’un simple prêtre, fondateur de la première Confrérie de la Charité. Aider les pauvres, voilà son sacerdoce au quotidien. 
Ce long album de plus de 60 pages, suivi d’un texte d’éclairage historique, raconte comment Vincent aide filles de la rue, enfants abandonnés et clochards au passé sombre. Sans distinction, juste au nom de cette charité qui déjà à l’époque donnait bonne conscience aux puissants et privilégiés.
➤ « Vincent », Dargaud, 21,50 € 

De choses et d'autres - L'autre primaire


Hier j’ai voté pour Alain Juppé. Pour Manuel Valls aussi. Et comme je me sentais bien chaud dans mon isoloir, j’ai aussi donné ma voix à François Fillon et Ségolène Royal. Car moi aussi hier j’ai participé à la primaire. L’autre, pas celle de la droite et du centre. La primaire (gratuite celle-là) organisée par le Journal du Dimanche pour désigner les nouvelles têtes à intégrer aux propositions des célébrités concourant pour le top 50 des personnalités préférées des Français.

Sur internet, cinquante noms sont proposés. Chaque votant a droit de cocher dix cases. Après avoir choisi quatre politiques, loin d’être des perdreaux de l’année, je cherche six nouveaux noms pour insuffler un peu de jeunesse et de fougue dans le classement. Je ne sais pas qui a établi la liste, mais j’ai vite déchanté. Entre Maître Gims, Cyril Hanouna, Norman ou Cyprien, Karine Lemarchand reste la « jeune » la moins pire. Il me faut rajouter cinq noms.
Pour me la jouer cultivé, je veux désigner un écrivain. J’ai le choix entre Marc Lévy, Guillaume Musso et Jean d’Ormesson. Passons donc. Finalement je rajoute, par élimination comme toujours dans les primaires, Laurent Ruquier (il m’a toujours fait rire), Guillaume Canet (sa compagne Marion Cotillard est déjà dans le classement, pas de jaloux) et les jamais retraités Michel Drucker, Alain Delon et Jacques Dutronc. Et tout ça pour qu’au final ce soit Jean-Jacques Goldman ou Omar Sy qui l’emportent…

 (Chronique parue le lundi 21 novembre 2016 en dernière page de l'Indépendant du Midi)

dimanche 20 novembre 2016

Cinéma - "Polina", tiré d'une BD de Bastien Vivès

Il fait partie des dynamiteurs de la bande dessinée actuelle. Bastien Vivès comme nombre d’auteurs de sa génération a débuté par un blog. Des histoires courtes, souvent avec le même dessin répétitif, et des dialogues entre surréalisme et absurde. Un ton unique, rapidement repéré par les éditeurs, notamment Casterman. Son dessin entre brouillon et estampe, lui permet d’enchaîner les romans graphiques à succès. « Le goût du chlore », « Dans mes yeux » puis le très réussi « Polina ». 

Bastien Vivès, invité d’Augustin Trapenard sur France Inter le 2 novembre, a reconnu avoir eu « très très peur » de voir l’adaptation de sa bande dessinée au cinéma. « Mais je peux dire que je l’aime », a-t-il ajouté aussitôt. Surfant sur le succès, Bastien Vivès travaille désormais en équipe. Il a publié « La grande Odalisque » (Dupuis), sorte d’hommage intello au dessin animé « Cat’s Eye » puis « Lastman » (Casterman), manga à la française qui vient de s’achever avec le 9e tome avant d’être adapté en dessin aimé si la campagne de crowfunder est un succès.

BD - Les aventuriers du passé du "Chronosquad"


Efficacité, lisibilité, rapidité. Le premier tome de « Chronosquad », nouvelle série dessinée par Panaccione sur un scénario de Giorgio Albertini se dévore malgré ses 240 pages très copieuses. Et si vous refermez l’album, frustré de ne pas en connaître immédiatement la suite, rassurez-vous la saga (qui fera au total plus de 800 pages) sera bouclée dans l’année, l’épisode 2 étant programmé dès janvier. Dans un futur proche, la mode sera de passer ses vacances dans le passé. 
Des voyages dans le temps, surveillés par les agents du Chronosquad, sorte de police d’élite qui, en plus de connaissances en armes et combat au corps à corps, doit être experte en Histoire et langues anciennes. Bloch Telonus, va enfin intégrer cette institution. Spécialiste du Moyen âge il est pourtant expédié en Égypte ancienne. Deux jeunes viennent de fuguer d’un camp de vacances. Deux adolescents, avec portables derniers cris, au milieu des tribus sur le Nil... Bloch, maladroit et un peu obsédé, va vite déchanter. Son rêve est un véritable cauchemar. Et visiblement, les voyages dans le passé ne forment pas la jeunesse.
➤ « Chronosquad » (épisode 1), Delcourt, 25,50 €

samedi 19 novembre 2016

BD - "No Body", histoires d'un tueur


Les séries bouclées rapidement, comme des saisons de feuilletons télé, s’imposent dans le monde de la BD. Même des auteurs français se plient à ces exigences de rapidité. Christian De Metter, après avoir adapté des romans (Shutter Island et Au-revoir là-haut) se lance en solo dans un thriller américain. Tout commence dans une prison du Montana. Une jeune psychologue vient dresser le profil d’un homme de 57 ans accusé d’avoir tué et découpé en morceaux son coéquipier. Mais il a fait beaucoup plus selon ses dires. Mis en confiance il raconte comment il est devenu ce monstre à sang-froid, capable du pire. 
Le premier épisode se déroule durant les années 60, quand la jeunesse américaine se rebellait contre la guerre du Vietnam. Dessiné d’un trait nerveux avec juste ce qu’il faut de réalisme, la BD prévue en quatre volumes, bénéficie d’une mise en couleurs qui renforce le côté sombre du récit. Une belle réussite dont la suite est annoncée en avril prochain.
➤ « No Body » (épisode 1), Soleil Quadrants, 15,95 €

De choses et d'autres - Tous présidents !

S’ils sont sept à la primaire de la droite, sans doute encore plus nombreux pour la gauche, pourquoi n’envisageriez-vous pas aussi votre propre destin présidentiel ? Ou plutôt « le tien » car les auteurs de ce manuel sur « tout ce qu’il faut savoir pour remporter brillamment une élection » ont tendance à tutoyer le lecteur. Le titre du livre est éloquent : « Toi, président de la République ».

Joliment présenté avec du bleu, du blanc et du rouge en couverture, ce carnet qui ne se prend pas au sérieux bénéficie d’une fabrication soignée avec rabats et élastique tricolore. Même si, comme le programme de Montebourg, il a été imprimé à l’étranger. En Espagne cette fois.
Grâce aux tests, jeux et autres exercices pratiques, vous saurez si vous avez une chance de devenir « l’homme providentiel que tous les Français attendent. » Mais dans un premier temps vous apprendrez à choisir une cravate, un nom et un logo pour votre parti et même à éviter les questions pièges de Jean-Jacques Bourdin.
Après, si vous êtes élu, remerciez les auteurs, Arnaud Demanche et Stéphane Rose. Un conseil : ne vous faites quand même pas trop d’illusions sur ce coup-là.
➤ « Toi, président de la République », Jungle, 9,90 €

vendredi 18 novembre 2016

Roman - "Soleil Amer" de Jacques Verdier ou les dramatiques conséquences des libertés issues de Mai 68

SOLEIL AMER. Jacques Verdier raconte les amours compliquées voire impossibles entre deux jeunes provinciaux des années 70 que tout oppose.


Amateurs de rugby passez votre chemin. Jacques Verdier, directeur du Midi Olympique, « bible » des amateurs de XV, grand spécialiste des groupés pénétrants et autres « up and under », abandonne le temps de ce roman son domaine de prédilection. Preuve que le sport mène à tout, à condition d’en sortir... Par contre Jacques Verdier fait partie de ces hommes qui n’oublient jamais leurs racines, l’action du roman se déroulant à Saint-Gaudens, cité pyrénéenne où il a lui même usé ses fonds de culottes dans sa jeunesse. Il admet d’ailleurs avoir instillé un peu de son adolescence dans le personnage de Pierre, piochant dans ses souvenirs pour apporter quelques touches de vérité.

L’authenticité est d’ailleurs l’impression générale qui ressort de la lecture de ce texte entre chronique rurale, roman d’apprentissage et portrait d’une France provinciale défunte. Le roman est construit comme un dialogue à deux voix. Pierre et Juliette, chacun de leur côté, sans encore se connaître, partagent leur quotidien avec le lecteur
. Pierre est le fils d’un couple aimant. Mais quand le père meurt subitement, le monde de cet adolescent solitaire, passionné de dessin, se fissure, « J’essayais, mais en me cachant, déchirant les pages aussitôt dessinées, de tracer les contours du visage de mon père sur son lit de mort, sa rigidité mortuaire. Ce n’était pas vraiment un portrait. Je ne voulais pas restituer son visage tel qu’il me revenait dans mon souvenir, mais ses angles, ses creux, son vide, la couleur de la mort. »

■ Léo Ferré, le point commun
L’image du père de Juliette, l’autre protagoniste du roman, est radicalement différente. Ce chirurgien, abreuvé des discours révolutionnaires et libertaires de Mai 68, est un notable aux mœurs plutôt dissolues. Sa femme, adepte de l’amour libre, participe à ses jeux sexuels. Juliette, encore enfant, les surprend un jour lors de vacances en Espagne. Depuis elle est partagée entre dégoût et envie.
Adolescente, sans doute par provocation, elle devient une de ces « filles faciles » qui rencontrent tant de succès auprès des jeunes hommes. Des plus âgés aussi. « Rico me fait signe de le suivre. Je suis sa proie, sa chose. Ça ne me plaît pas. Ça ne me déplaît pas non plus. Ce n’est pas moi, cette fille à moitié saoule qui suit ce mec de trente ans. »
Autant la partie Pierre est sage, nostalgique, parfois presque digne d’un roman de terroir, autant les passages avec Juliette sont chauds et osés. Deux mondes qui se côtoient sans se croiser dans ces années 70 si particulières.
Pour les rapprocher, Jacques Verdier trouve le vecteur parfait : Léo Ferré. Pierre adore ce poète d’un nouveau genre, Juliette adhère à ses idées anarchistes, voire nihilistes. Ferré incarnation d’une époque capable d’être corsetée dans une rigidité extrême tout en vénérant ces personnalités si scandaleuses et provocatrices. Une fracture irrémédiable. Qu’illustre la difficulté pour Pierre et Juliette de trouver une façon de s’aimer. Car « Soleil amer » est aussi (et surtout) un roman d’amour. Un amour fou et absolu, de ceux qui ne durent pas et laissent des cicatrices à vie.
L’écriture fluide et imagée de Jacques Verdier emporte le lecteur loin dans cette histoire passionnée. On vibre avec Pierre quand il boxe ou au côté de Juliette lors de ses promenades à cheval sur les bords de Garonne. Deux personnages lumineux, que l’on quitte à regret. A moins que l’auteur ne se dé- cide d’imaginer une suite à leur relation. Dans les années 80 ?
➤ « Soleil amer » de Jacques Verdier, éditions Anne-Carrière, 19,50 € 
(Chronique parue le dimanche 13 novembre dans la page livres de l'Indépendant)

De choses et d'autres - Procès médiatique ou « médiumnique » ?

Triste spectacle mercredi dans la cour d’assises de Clermond-Ferrand. Dans le procès sans doute le plus médiatisé de l’année, une « médium », selon ses propres affirmations, a fait son show en toute impunité. Pourtant l’affaire dé- battue entre ces murs austères ne prête pas à rire et n’a pas besoin de cet intermède digne du théâtre de grand-guignol : la petite Fiona, est présumée morte sous les coups de sa mère ou de son beau-père, son corps, enterré par les parents qui avaient prétendu à un enlèvement, demeure introuvable.
Julietta, donc, a contacté l’avocate de la partie civile en prétendant détenir des informations sur la localisation de la sépulture de la petite martyre. Sans la moindre vérification, le président accepte de l’entendre pour découvrir, ébahi, que ce témoin, présumé clé, tient ses fameux indices de la fillette en personne. Après sa mort. En direct de l’au-delà.
Tristes carabistouilles qui se sont terminées par le malaise et la perte de connaissance du médium. Du grand-guignol on vous dit... Une demi-journée de débats perdue. Péripétie évitable si l’on avait consulté les enquêteurs. Ils ont entendu une fois Julietta. Juste pour se faire une opinion. Puis les inspecteurs, suite à ses nombreuses sollicitations, « m’ont dit d’arrêter de les faire ch… » selon les propres mots de la future évanouie. Pour le coup, le président de la cour d’assises aurait mieux fait de suivre l’exemple policier.

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 18 novembre)

jeudi 17 novembre 2016

DVD - Vacances partagées et agitées en "Juillet Août"

Les familles recomposées sont une nouvelle fois au centre d’une comédie française. Comme si le divorce était devenu une étape obligée dans la vie d’un couple.

Diastème s’empare du sujet pour le transformer en une tranche de vie tendre et émouvante portée par des acteurs en état de grâce. Elles sont deux sœurs. Inséparables, mais à cette période de la vie où on a plus l’occasion de se crier dessus que de partager ses bonheurs. Joséphine (Alma Jodorowsky) a 18 ans, est sérieuse tout en étant bien décidée de profiter de ces dernières vacances d’été avant sa rentrée en fac de Lettres. Laura, 14 ans, aimerait en avoir quatre de plus. Gamine qui se veut femme, elle rejette en bloc cette enfance qu’elle ne supporte plus. Comme chaque année depuis la séparation de leurs parents, c’est juillet en Provence et août en Bretagne. Juillet avec la mère (Pascale Arbillot) et août en compagnie du père (Thierry Godard).

Côté relation familiales, le film est en deux parties distinctes. Farniente au soleil du sud, au bord d’une grande piscine et villa de rêve dans un premier temps. Puis cours de voile sous la pluie et le vent quand le temps est venu d’aller en Bretagne. Dans le Sud, les filles sont libres. Très libres. Joséphine rencontre sur les quais trois jeunes vivant sur un bateau. Ils sont cools, mais pas si honnêtes que cela. Ce sera le fil rouge un peu « policier » qui permettra de faire le lien entre le Sud et l’ouest.

■ Petite musique
A côté ce sont les petites choses de la vie qui rythment cette période hors du temps. La menace de se retrouver en pension pour Laura qui multiplie les bêtises, la grossesse non désirée pour la mère, 44 ans, qui a refait sa vie avec un éditeur, beaucoup plus âgé et au bord de la faillite. Pour le père, il est fou amoureux d’une serveuse de restaurant, beaucoup trop jeune à son goût. Des moments savoureux et justes, ponctués de petites chansons résumant l’état d’esprit des différents protagonistes.
On relèvera au casting la présence de Lou Chauvain dans le trio des « bandits branquignols », actrice originaire de Perpignan déjà vue dans la série Peplum et plus récemment au générique du télé- film à succès « La main du mal ». Le DVD offre sept scènes coupées commentées par Diastème qui explique, en dé- tail, pourquoi elles n’ont pas été retenues au final dans le montage définitif.
➤ « Juillet Août », Diaphana, 19,99 €

De choses et d'autres - Météo politique

On ne plaisante pas avec la météo. Depuis la nuit des temps, la température et l’humidité conditionnent la vie des humains. Hervé Morin l’a bien compris. Président de la région Normandie, il vient de se plaindre à TF1. En cause le choix de la ville qui illustre le temps qu’il fait en Normandie. Trop souvent c’est Cherbourg qui est retenue.

L’élu qui a à cœur de promouvoir sa région souligne que cette ville est située sur « la presqu’île du Cotentin qui constitue un point plutôt froid et pluvieux, et ne reflète pas la réalité du climat normand. » Comment ? Il ne pleut pas toujours en Normandie et on nous le cache ? Les climato-sceptiques auraient-ils fomenté un complot ? Et l’homme politique de conseiller à TF1 d’oublier Cherbourg et de prendre plutôt en exemple Granville ou Caen. «Pour véhiculer une image plus sincère de notre climat », précise Hervé Morin.
Une rapide recherche sur internet donne raison à Hervé Morin quant aux précipitations. L’hiver dernier, il est tombé 480 mm à Cherbourg et seulement 204 à Caen. Idem au printemps, 258 mm contre 178. TF1, par la voix d’Evelyne Dhéliat, a accepté de suivre les recommandations du président normand, « en espérant ainsi ne pas trahir la douceur normande. » Au quotidien, cela ne changera pas grand chose, mais il est des victoires qu’il faut savoir savourer. On devrait proposer à Hervé Morin un week-end dans les P.-O. ou l’Aude. Au moins, ici il fait toujours beau.

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 17 novembre)