mardi 6 janvier 2009

BD - Fin de parcours dans les étoiles pour Lanfeust


Huit albums en huit ans : avec une remarquable régularité, Arleston (scénario) et Tarquin (dessin) ont mené à bien le second cycle des aventures de Lanfeust. 

L'intrépide héros a découvert la planète Merrion et son tyran local, le Prince Delhuu. Il a également fait une éclipse dans le temps, retrouvant sa belle fiancée, Cixi, mère d'un certain Glin, son fils, déjà adulte. Dans ce dernier opus, la petite bande (Hébus le troll et Swiip, l'extraterrestre) décide de rejoindre la planète principale. A court d'argent, ils se font embaucher sur vaisseau de croisière de luxe. Une première partie truffée de gags où Arleston s'en donne à cœur joie. 

La fin de l'album est plus sérieuse, avec un final en apothéose. Mais que les mordus se rassurent, un 3e cycle est en préparation.

"Lanfeust des étoiles" (tome 8), Soleil, 12,90 euros

lundi 5 janvier 2009

BD - Les aventures de Sillage en version courtes


La série Sillage de Jean-David Morvan et Philippe Buchet continue son bonhomme de chemin dans l'espace intersidéral. La jeune Nävis, dernière représentante de l'espèce humaine, en plus de ses grandes aventures, est l'héroïne de récits courts réalisés par différents auteurs qui peuvent ainsi donner leur vision de cet univers de science-fiction. 

Le sixième recueil nous donne l'occasion de retrouver avec grand plaisir la signature de Marc Wasterlain, créateur du Dr Poche et de Jeannette Pointu. Il illustre une transe de Nävis dans laquelle elle découvre qu'il existe un après la mort. 

Tébo propose un voyage comique alors qu'Aude Picault se penche sur le désir de maternité de Nävis, à peine adolescente.

"Les Chroniques de Sillage" (tome 6), Delcourt, 12,90 euros 

dimanche 4 janvier 2009

Roman - Inépuisable île au trésor

Pierre Pelot propose une version modernisée et futuriste du mythique roman d'aventures de Stevenson.

Rares sont les romans ayant obtenu une telle renommée. « L'île au trésor » de Robert Louis Stevenson est devenu l'exemple même du roman d'aventures. Dans sa trame, ses personnages, ses décors : tout frise la perfection, le parfait enchaînement. Qui n'a pas rêvé en découvrant ce texte être à la place du jeune Jim quand le grand souffle de l'aventure le fait partir vers des horizons inconnus ? Un roman qui passionne les lecteurs depuis des décennies mais également les auteurs. Pour preuve cette version modernisée signée de Pierre Pelot.

Il n'a pas pas changé le titre, se contentant de transposer cette histoire de pirates dans un futur proche. Un futur peu reluisant. Jim vit chez sa tante, Sally-Sea et le compagnon de cette dernière, Trelawey. Ils ont une auberge sur une île des Caraïbes. Une île ayant considérablement diminué de surface depuis la « Grande surprise ». Un terme assez poétique pour désigner la brusque montée de eaux des océans, annoncée par les scientifiques, mais pas si vite... Pierre Pelot joue sciemment le mélange des genres dans ce récit fidèle à l'original mais avec un soupçon d'écologie et d'anticipation.

Silver et les guérilleros

Tout commence pour Jim quand le capitaine Billy Bones débarque à la taverne. Un soir d'ouragan, alors que le vent détruit tout sur son passage, l'homme apparaît sur le chemin boueux : « L'espace d'une seconde on découvrit son visage aux traits marqués ruisselants, noueux, ses yeux agrandis presque anormalement globuleux, sa bouche ouverte sur un cri stupéfait qui découvrait ses dents, ses incisives, si fortement écartées qu'on aurait pu penser qu'il lui en manquait une sur deux. » Il ne s'en doute pas encore, mais l'aventure vient de faire une entrée remarquée dans la vie de Jim. Il devient le confident de Bones, apprend l'existence d'une carte au trésor de la bouche même de l'homme qui ne cesse de l'interroger sur sa tante et sa soeur jumelle, la mère de Jim.

Ensuite ce sera le départ et l'arrivée de nombreux protagonistes, de Silver à Flint au doc Calvino en passant par des guérilleros boliviens, petit grain de sel de Pierre Pelot. L'auteur français, ayant à son actif une multitude de romans, de la SF au polar en passant par le western a visiblement pris beaucoup de plaisir à revisiter ce classique. Le lecteur aussi...

« L'île au trésor », Pierre Pelot, Calmann-Lévy, 18 € 

samedi 3 janvier 2009

BD - Mauvais temps avec Prométhée de Bec


Christophe Bec, dessinateur originaire de l'Aveyron, est devenu en une dizaine d'années une valeur sûre de la BD fantastique et de science-fiction. 

Ses dessins hyper-réalistes alliés à une mise en page et un découpage très cinématographiques lui ont permis de toucher un public jeune et branché. Il a quitté les Humanoïdes Associés pour se recentrer sur la maison qui l'a fait débuter : Soleil. En plus de la réédition d'anciennes séries mises en stand-by (« Pandemonium » ou « Le temps des loups »), il revient à la SF avec le premier tome de « Prométhée ». 

Une ouverture prometteuse, avec une multitudes de personnages et de situations exceptionnelles qui ont le don de passionner le lecteur. Le 21 septembre 2019, à 13 h 13, toutes les horloges et montres de la planète s'arrêtent durant trois heures. Un premier signe inquiétant avant la disparition de la navette Atlantis en plein décollage puis la chute de centaines d'avions. Toujours à 13 h 13... 

Une action contemporaine que Christophe Bec met en parallèle avec l'histoire de Prométhée. Parfaitement maîtrisé, palpitant, cet album devrait passionner de nombreux lecteurs ayant déjà apprécié « Zéro absolu » ou « Sanctuaire ».

« Prométhée » (tome 1), Soleil, 12,90 €

vendredi 2 janvier 2009

BD - Les gardiens d'Elivagar


Écrite par Runberg, dessinée par Talijancic, la série « Hammerfall » plonge le lecteur dans les légendes viking. Le troisième tome met en vedette des géants chargés de surveiller les sources magiques d'Elivagar. Ce récit historique se déroule au moment des premières tentatives d'évangélisation des territoires du Nord par les prêtres francs. 

Une importante troupe, menée par Bjorn aidé de quelques notables d'Aquitaine, a pour mission de récupérer une relique dérobée par Ulf-le-Blanc. En parallèle, les frères Larsson se lancent à la poursuite de Bjorn qui a enlevé la femme d'Harald. En 56 pages très denses, l'action progresse, au fil des rencontres merveilleuses (géants, skanes et autres créatures fantastiques). En bateau, à cheval ou à pied, les différents protagonistes progressent dans ces vallées encaissées, forêts menaçantes et prairies enneigées. 

Une grande bouffée d'air pur pour les yeux et la tête. Cette série s'achèvera l'année prochaine avec le quatrième et dernier tome intitulé « Ceux qui savent ».

« Hammerfall » (tome 3), Dupuis, 13 € 

jeudi 1 janvier 2009

BD - Souvenir de famille


Stéphane Levallois fait partie de ces jeunes illustrateurs tellement doués qu'ils pourraient décourager des artistes ayant des années d'expérience derrière eux. Avec une incroyable aisance, il dessine une histoire de famille, sombre et lumineuse à la fois. 

Sombre comme l'époque : l'occupation allemande. Lumineuse car le héros, Bernard, le grand-père de l'auteur, a fait le choix de la Résistance, malgré les risques pour lui et sa famille. Tout commence aux obsèques de la grand-mère de Stéphane Levallois. Le jeune homme se souvient de ses étés dans la maison de campagne. Une nuit, il rêve de son grand-père qu'il n'a pas connu. Il avait l'apparence d'un sanglier. Le récit va ainsi imperceptiblement passer des souvenirs d'enfants au récit de la vie de ce sanglier, boucher de son état, résistant durant la seconde guerre. 

Un opposant discret à l'occupation allemande mais déterminé. Le cauchemar du petit-fils va se prolonger pour découvrir la fin du sanglier n'ayant aucune chance face à la meute vert-de-gris. 

120 pages en noir et blanc qui vous prennent à la gorge. Assurément un des 10 meilleurs albums de l'année 2008.

« La résistance du sanglier », Futuropolis, 23 euros

mercredi 31 décembre 2008

BD - Affamées de vie


On en mangerait bien de ces « Croqueuses » imaginées par Karine Bernadou, jeune dessinatrice révélée en 2006 à Angoulême dans le cadre du concours "Jeunes talents". Les Croqueuses ce sont des femmes comme vous en croisez régulièrement dans la vie. Elles sont souvent séduisantes, libérées, amoureuses de la vie et décomplexées. 

Dans des gags en une planche, aux multiples héroïnes, Karine Bernadou nous en présente plusieurs spécimens, de la rondouillette fatiguée des compliments fusant sur son passage, à la revendicative, hurlant son envie de jouissance à son petit ami avachi dans le lit. Il y a aussi les pures intellectuelles, se demandant sans cesse le pourquoi du comment... Cela peut être gentillet, puis trivial et outrancier. 

Pourtant cela reste des scènes de la vie de ces femmes, loin des stéréotypes des années 60 ou 70. Des « Croqueuses » prêtes à se faire une indigestion d'hommes si l'occasion se présente. Une BD tout à fait dans l'air du temps.

« Les Croqueuses », Delcourt, 9,95 euros 

mardi 30 décembre 2008

BD - La stratégie du Mikado

Malheur à celui qui s'attaque à une Tigresse blanche. Encore plus s'il s'agit d'Alix Yin Fu, la pulpeuse héroïne dessinée par Conrad sur ses propres scénarios avec cependant une pincée de Wilbur, de son vrai nom Sophie Commenge, compagne du dessinateur. Personnage issu de l'univers des Innommables, Alix a vécu ses premières aventures sous la plume de Yann. Il s'agit, dans ce nouvel album, du premier titre du second cycle. 

De retour en Chine, Alix va de nouveau tomber entre les mains des nationalistes de Tchang Kai-shek. Une horreur pour cette jeune femme ayant juré fidélité et loyauté à la Chine nouvelle de Mao. Mais parfois, les combats politiques sont tortueux. Elle se retrouvera ainsi associée aux Anglais et à la CIA pour tenter de mettre la main sur le trésor caché des Japonais. 

Une histoire mouvementée, parsemée de vérité historique et de personnages réels. Le dessinateur, au sommet de son art, propose plusieurs planches panoramiques composées d'une seule image.

« Tigresse blanche » (tome 6), Dargaud, 11,50 € 

dimanche 28 décembre 2008

Roman - "L'idiot du village" de Patrick Rambaud


Téléporté dans le temps, le héros de Patrick Rambaud retrouve le Paris du début des années 50. Mais comment vivre au quotidien, sans nostalgie, sa propre enfance ? Tout a commencé par une anomalie dans le journal du jour. Au lieu de découvrir les nouvelles de 1995, le narrateur feuillette un exemplaire de 1953 revenant sur la dernière grève à l'usine de la Régie Renault et du repli des forces vietminh au Laos. Un soir, alors qu'il reçoit des amis, il découvre un chien dans la cuisine. Plus tard c'est une jeune fille habillée comme dans les années 50 qu'il surprend dans sa chambre.

Visions fugitives, inexplicables. Et puis finalement, un jour, il se retrouve dans sa rue mais les bâtiments ont changé d'aspect, les voitures aussi. Plus de doute, il a fait un bond dans le passé.

A ce stade du récit, entre nostalgie et fantastique, Patrick Rambaud ne donne pas de clés au lecteur. Vers où veut-il nous conduire ? Mystère... Mais on ne peut pas s'empêcher d'imaginer nos propres réactions si l'on se trouvait à la place du héros. Comment vivrions-nous une plongée hyper-réaliste dans le monde de notre enfance, surtout en connaissant le futur ? Déambulant dans ce Paris encore populaire, pas encore défiguré par l'urbanisme débridé des années 70, notre héros se trouve quand même très démuni malgré sa belle carte de crédit. Constatant que le phénomène dure, il doit trouver un toit pour s'abriter et un travail pour subsister.

Devenu serveur dans un restaurant des Halles, il reprendra le contrôle de sa vie en discutant en salle avec un habitué du restaurant. Ce journaliste au Figaro suit les rebondissements de la vie politique française. Et le serveur se transforme en voyant extralucide : procès des époux Rosenberg, mur de Berlin, tremblement de terre en Grèce, Dien-Bien-Phuh, il est incollable. Toutes ses prévisions se réalisent et le journaliste l'embauche comme secrétaire particulier. Mais jouer les devins n'a pas que des bons côtés. Il ne peut s'empêcher d'aller traîner du côté de l'appartement de ses parents et revoit sa mère, sachant quelle n'a plus que quelques années à vivre. Il croise également dans la rue sa future femme : une fillette jouant dans un bac à sable. Cette " fantaisie romanesque", selon les termes mêmes de son auteur, est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît.

"L'idiot du village" de Patrick Rambaud Editions Grasset. 16 euros (Le Livre de poche, 5 euros)   

BD - Nom de code : Mata-Hari

Les délinquants, en Suisse, n'ont pas la même envergure que dans nos banlieues. Quand ils décident de se lancer dans une magouille financière, l'unité est le million d'euros. Pour contrer ces voyous en col blanc, la brigade des enquêtes réservées a de très larges possibilités. 

Dans cette troisième enquête imaginée par Daniel Ceppi, c'est Zoé Zemp qui est la première sur le coup. Elle est contactée par un banquier qui s'inquiète d'une récente demande d'un ministre d'Azerbaïdjan : faire transiter par son compte bancaire la coquette somme de 49 millions d'euros. 

Un pactole accumulé par le ministre depuis quelques années en détournant une partie de la vente du pétrole du jeune pays issu de l'ancienne union soviétique. Va débuter un jeu du chat et de la souris, chacun se méfiant de l'autre, la victime pouvant se révéler aussi vicieuse que son bourreau. La démonstration technique des malversations est d'autant plus simple que c'est la très belle Zoé qui s'en charge.

« CH Confidentiel » (tome 3), Le Lombard, 10,40 euros