jeudi 8 mars 2018

De choses et d'autres - La coupe de la coupe mulet

Le problème des cheveux, quand on en a encore, c’est qu’ils n’arrêtent jamais de pousser. Et si on veut ne pas passer pour un homme des cavernes, il faut passer chez le coiffeur. Et répondre à la question subsidiaire qui dans mon cas me plonge toujours dans un abîme d’angoisse : « alors mon petit monsieur, comment vous les voulez ? Court devant, long derrière, oreilles dégagées, la raie à gauche ? » Comment expliquer à ce maître es ciseaux que je n’en ai pas la moindre idée. Juste qu’il me redonne un peu aspect humain...

C’est comme si chez le médecin ce dernier me demandait : « alors, cette maladie, vous la voulez bénigne, mortelle ou orpheline ? » Dans les deux cas, ce sont à eux les spécialistes de faire le choix. Même si chez le médecin je ne me souhaite pas une maladie mortelle. Idem, chez le coiffeur, jamais je ne demanderai une coupe mulet.

Sur ma coiffure, je n’ai pas d’avis sauf quand le ridicule met son grain de sel. Or la coupe mulet, qui a connu son heure de gloire dans les années 80, est assez rédhibitoire. Même si certains n’ont pas réussi à l’abandonner malgré la déprogrammation de MacGyver et la fin de carrière d’Andre Agassi

Pour preuve la semaine dernière s’est déroulée à Kurri Kurri (localité d’où serait originaire cette coiffure) en Australie le premier « Mulet Fest ». Un festival où tout le monde arbore cette coupe si spécifique : court devant, long sur la nuque. Il y avait même une compétition, avec prix à la clé. Un certain Shane Hanrahan a remporté le trophée toutes catégories, ses cheveux recouvrant presque ses fesses.

Par contre on ne connaît pas le résultat de la plus étrange des catégories (il y en avait cinq au total), celle dite « crasseuse ».  

Livres de poche : la sélection du week-end

Les lois du ciel


Les enfants d’une classe de CP, partent pour deux jours d’excursion en forêt. Aucun n’en reviendra. Parents d’élèves et instituteurs sont à leurs côtés. Mais pour les enfants, le froid, la faim, l’obscurité, un simple grincement deviennent le terreau de l’imagination. Bientôt la terreur s’insinue au cœur de l’équipée. Les barrières entre le monde des contes et la réalité s’effritent, jusqu’à ce que l’impensable se produise. Un polar à la limite du fantastique signé Grégoire Courtois.
➤ «Les lois du ciel», Folio Policier, 6,60 €

Vostok

Vingt ans après la fermeture d’une base en Antarctique, un groupe d’hommes et de femmes y atterrit et vont réchauffer le corps gelé de Vostok, réveiller ses fantômes.
Situé dans le même futur qu’Anamnèse de Lady Star, Vostok de Laurent Kloetzer narre l’incroyable aventure d’une très jeune femme, Leonora, condamnée à laisser les derniers vestiges de son enfance dans le grand désert blanc.
➤ «Vostok", Folio SF, 8,30 €

mercredi 7 mars 2018

Cinéma - Eva", fantasme de roman

Benoît Jacquot met en vedette Isabelle Huppert dans le film "Eva"


À la base il y a la faute originelle. Bertrand, assistant de vie (ou gigolo, cela n’est pas clair volontairement), se rend chez un de ses clients, un vieil écrivain anglais tombé dans l’oubli. Il est hasbeen chez lui et trop dark en France. Presque grabataire, malade, il se morfond, attendant la visite du beau Bertrand. Contre une forte somme d’argent, il lui demande de le rejoindre dans son bain. Bertrand est sur le point de le faire quand l’homme a une crise cardiaque. Bertrand le regarde mourir, sans intervenir. L’argent en poche, Bertrand prend la fuite en volant la dernière œuvre encore inédite du mort, une pièce de théâtre. Quelques années plus tard, Bertrand savoure le succès de la pièce à l’affiche depuis plusieurs mois. Il a simplement posé sa signature au bas du manuscrit. Un triomphe aussi simple que cela.

Mais le succès aidant, le propriétaire du théâtre réclame une seconde pièce. Tournant en rond, Bertrand décide d’aller s’isoler dans le chalet de ses futurs beaux-parents en Savoie. Il arrive de nuit, en pleine tempête de neige et découvre dans la chambre un couple. Eva et son client se sont installés. Le client sirote un whisky, Eva se prélasse dans la baignoire. Bertrand vire l’importun et propose à la belle prostituée de luxe de remplacer son client évanoui. Fin de non-recevoir d’Eva qui brise un cendrier sur le crâne du jeune prétentieux.

■ Rayonnante Isabelle Huppert
Le film de Benoît Jacquot, remake d’un long-métrage de Losey avec Jeanne Moreau, toujours adapté d’un polar de James Hadley Chase paru dans la Série Noire, donne à Isabelle Huppert l’opportunité de camper une femme belle et vénéneuse, vénale et touchante. L’actrice française, très présente ces dernières années, multiplie ces rôles de femmes mûres et mystérieuses. Elle excelle dans le genre, passant de la femme sûre d’elle, vendant son corps avec aisance, à l’épouse aimante prête à tout pour son mari en situation difficile. Dans ce jeu, l’intrusion de Bertrand ne va pas la perturber. Simplement elle avoue une certaine sympathie pour ce jeune homme plein de ressource, prétentieux et trop malléable.


Gaspard Ulliel, pour son premier film sous la direction de Benoît Jacquot, signe une performance très intéressante. Entre la faute originelle (le vol de la pièce) et la fin du film, il doit montrer toute l’ambiguïté du personnage et passer de l’effacé au triomphant puis à l’homme acculé. Un thriller tourné en Savoie, en hiver, renforçant le sentiment d’enfermement, de piège inéluctable. La tension est permanente et paradoxalement, on se croit parfois dans un roman de… Philippe Djian.

➤ « Eva », drame de Benoît Jacquot (France, 1 h 40) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Julia Roy.

De choses et d'autres - Dormir comme Cloclo

40 ans que Claude François est mort. 40 ans que le télé- phone pleure et que les lundis ne sont plus au soleil... Il existe encore de nombreux nostalgique du roi de la variété française. Dans son immense demeure dite du Moulin à Dannemois dans l’Essonne, transformée en musée, une partie des bâtiments a été ré- aménagée pour devenir un hôtel. Vous pourrez ainsi dormir dans des chambres qui ont à l’époque accueilli la star bondissante. Il y a même des suites, avec vue sur le jardin. Un beau projet qui cependant me paraît bien incongru quand on sait que les chambres sont, évidemment, avec salle de bains. 

Et là, j’imagine tous les fans, contents de vivre quelques heures dans les murs d’origine, mais qui devraient hésiter avant de prendre un bain. Comme une inquiétude sur la qualité de l’installation électrique... Et mon esprit compliqué et légèrement dépressif ces derniers jours d’imaginer des fans éplorés, incapables de se remettre de la disparition du chanteur des magnolias et autres Alexandrie, Alexandra, tentés de finir comme lui. Un sèche-cheveux, un bain chaud, plouf et on n’en parle plus...

Les suicides comme les idoles sont une réalité. Le plus fort à ce jeu macabre (à l’insu de son plein gré) aura été Kurt Cobain. Le chanteur de Nirvana s’est tiré une balle dans la tête. Même méthodologie pour deux jeunes filles du Nord, mortes ensemble en se tirant une balle de 22 long rifle. D’autres fans se sont suicidés un peu partout dans le monde par imitation. Autre disparition trop dure pour les fans, celle de Michael Jackson. Le chiffre (contesté) de sept fans ayant mis volontairement fin à leurs jours après la mort par overdose du chanteur de Thriller a circulé.

Pour Johnny, à l’instant, les seules morts de fans constatées après le décès du rocker relèvent uniquement de la vieillesse.

mardi 6 mars 2018

De choses et d'autres - Du sexisme des hymnes nationaux

Nous n’avons pas, en France, le monopole des polémiques sur les clichés sexistes. L’Allemagne vient de nous donner une leçon dans ce sport international. Des associations féministes se sont élevées contre les paroles de l’hymne allemand. Les paroles datent de 1841 et c’est la secrétaire d’Etat à la condition féminine qui voudrait « dé-genrer » deux passages. Dans un premier temps, elle propose de changer l’expression « père patrie » (vaterland) par « chez-soi » (heimatland). Un peu plus loin, elle s’offusque du « fraternellement » ne faisant référence qu’à des frères préférant le mot « courageusement ». Comme prévu, la droite a protesté contre ces propositions. Angela Merkel en tête.

Pourtant ce n’est pas si original puisque le Canada a modifié l’an dernier un passage de son hymne. La version originale (exactement celle datant d’après la première guerre mondiale) dit «un véritable amour de la patrie anime tous tes fils ». Phrase devenue après vote au Parlement « un véritable amour de la patrie nous anime tous ».

Alors, après le Canada et bientôt l’Allemagne, à qui le tour ? En France, les paroles de la Marseillaise ont souvent été matière à polémique. Mais pas sur le thème du genre. Plus sur le côté guerrier et agressif. Mais on pourrait s’indigner de ce passage «Ces phalanges mercenaires terrasseraient nos fils guerriers. » Pourquoi juste les fils. Les filles aussi savent manier le fusil. Quant à la fin de la chanson, elle pose encore plus de problèmes : «Liberté, Liberté chérie (...), que la victoire accoure à tes mâles accents. » Va falloir m’expliquer ce que c’est exactement des « mâles accents » ?

À l’inverse, les Anglais devraient réclamer la modification le « God save the Queen » en « God save the King and the Queen ».

lundi 5 mars 2018

BD : Savoir dire les choses


Un dessin, stylisé de surcroit, vaut toujours mieux qu’un long texte. Elijah, illustrateur et journaliste, le sait bien puisque la formule des Top 5 lui ont permis de s’imposer dans un journal espagnol. Mais à trop vivre pour le travail, on se retrouve à faire un transfert sur sa vie privée. Quand il apprend que sa compagne attend un enfant, il imagine immédiatement un Top 5 lourd de conséquence sur «5 choses à ne jamais lui dire» quand il intègre, en 2e position, «Ne pas lui faire un enfant dans le dos». Canizales livre une histoire en noir et blanc d’une grande intelligence, son dessin délavé permettant de passer de la douceur à la violence. Cet auteur colombien, plutôt spécialisé dans l’illustration jeunesses, vit en Espagne depuis 20 ans. Il devrait vite devenir incontournable de ce côté des Pyrénées avec la traduction de ses romans graphiques. 
 ➤ «5 choses à ne jamais lui dire», Warum, 15 €

De choses et d'autres - La dernière mode chez les animaux

Rares sont les marques qui ont pour logo un animal. Lacoste, depuis près d’un siècle, décline sur tous ses polos un crocodile vert. Souvent imité, jamais égalé, la bestiole à la grande gueule remplie de dents ne fait pas partie des espèces menacées. Pour l’image dans le public, entre un crocodile et un gentil lémurien de Madagascar, on pourrait penser qu’il n’y a pas photo. Comme les koalas, ces petits animaux aux grands yeux, vivant dans les arbres, ont une côte de popularité inversement proportionnelle à leur population mondiale. Il ne reste que 50 Lepilemur Septentrional dans le monde. 

Alors pour marquer le coup, et aider financièrement une organisation qui protège les espèces menacées, Lacoste a décidé de mettre en vente 50 de ses polos où le croco qui pullule a été remplacé par le lepilemur rarissime. A 150 euros le vêtement, cela permet de faire rentrer un peu d’argent frais dans les caisses de l’association IUCN. Une opération d’ampleur, Lacoste remplaçant son logo par 10 espèces menacées. Avec à chaque coup un nombre limité d’exemplaires, identique au nombre de survivants. Cela va donc de 30 marsouins du golfe de Californie aux 450 cyclures de l’île Anegada. Un cyclure est un gros iguane herbivore de 6 kilos. Il n’a pas spécialement une belle gueule, mais quand on y réfléchit, cela vaut largement un crocodile.

De toutes les espèces sélectionnées, la plus cool est le tigre de Sumatra, la plus bizarre le perroquet Kakapo, un gros oiseau de quatre kilos, endémique en Nouvelle-Zélande et exterminé par les... chats.

Par contre pas la peine de vous rendre dans les magasins, tous les exemplaires de ces éditions originales ont été vendus en quelques heures sur le site de Lacoste. Mais qui sait, dans 30 ans, les crocodiles aussi seront en voie de disparition... 

dimanche 4 mars 2018

De choses et d'autres - Les Césars n'ont pas le sens de la fête

Vendredi, le cinéma français a remis ses Césars. Une édition 2018 très équilibrée, avec quelques surprises (trois statuettes pour « Petit Paysan » sur la déprime de l’élevage français face aux nouvelles maladies) et un bon équilibre entre les deux favoris. Au palmarès un regret, l’absence de trophée pour « Le sens de la fête », excellent film choral sur cette journée de mariage à laquelle on aurait tous rêvé de participer en sortant de la salle. Le genre de film qui vous rebooste pour un bon moment. L’énergie est positive, les personnages attachants et perfectibles, les situations tendres ou hilarantes. Pas de la grosse prise de tête, juste un divertissement de très bonne qualité. Résultat, « Le sens de la fête » repart bredouille. Mais c’est le jeu.

Pas de regrets du côté de l’équipe. Pourtant ce « fanny » de Tolédano et Nakache semble injuste quand on a vu Dany Boon monter sur la scène et recevoir le César du public pour « Raid Dingue ». L’académie a décidé cette année de remettre un prix au film français dont le nombre d’entrées a crevé le plafond. La qualité ? On s’en fout! La pertinence ? Rien à battre ! La justesse des acteurs, le scénario, la musique ? Aucune importance, seul compte le nombre de billets vendus. Voilà où l’on en arrive quand on veut satisfaire les grands argentiers du cinéma français : des prix bidons sans la moindre justification ni utilité.

Quoi que. J’ai repéré sur internet un persifleur enthousiaste : maintenant que le réalisateur des Ch’tis a enfin obtenu son prix sur mesure destiné rien qu’à lui, on ne l’entendra plus chouiner chaque année sur l’absence des comédies populaires du palmarès. Plus spécialement des siennes. Mais ça, les amoureux du vrai cinéma, celui dont la pertinence s’allie à l’intelligence, ne manqueront jamais de le lui rappeler.

Littérature : Jean Teulé nous entraîne dans une danse endiablée


Drôle de technoparade à laquelle nous convie Jean Teulé dans son nouveau roman. « Entrez dans la danse » est de la veine des précédents romans de l’ancien auteur de BD : court, imagé, intelligent et furieusement drôle par moments. Tout commence en 1519 à Strasbourg. En plein été, la situation de la ville est catastrophique. En plus de la crainte d’une invasion des Turcs, la ville meurt de faim. Les récoltes ont été mauvaises et si certains spéculateurs ont anticipé la crise, rares sont les Strasbourgeois qui ont les moyens de se payer un kilo de farine.

■ Manger le bébé

Les premières pages sont terribles. Dans un quartier d’artisans, une femme, son bébé dans les bras, rejoint un pont sur le Rhin. « Au milieu de cette passerelle, elle s’arrête et jette son enfant à la rivière ». Infanticide froid et délibéré. Paradoxalement, pour éviter le pire. Car au chapitre suivant on voit une autre mère indigne : la faim l’a poussée à cuire son nourrisson. Cela fait deux jours qu’avec le père ils se régalent. Voilà la situation dans Strasbourg la maudite quand les premiers signes de l’épidémie apparaissent. Une femme, suivie d’un couple puis de tout un groupe se met à danser dans la rue. Danser joyeusement, comme si plus rien de grave ne pouvait les toucher. Toute la subtilité du roman est dans cette danse éperdue. Face à une situation dramatique, sans solution, l’idée de faire la fête, de profiter de la vie, semble la pire des solutions. Mais pourquoi dansent-ils?



Une question lancinante et sans réponse pour les édiles (superbe portrait du maire) et responsables religieux (l’évêque en prend pour son grade). Dehors, la sarabande continue. Jean Teulé raconte, avec sa poésie habituelle. Les gargouilles sur la cathédrale n’en croient pas leurs yeux : « Sous les étoiles, dans Strasbourg hébétée d’une folie générale comme si la raison était en morte saison, les êtres hybrides, grotesques, et allégoriques de l’édifice regardent glisser sur le mur d’en face, des ombres semblables à celles de monstres effrayants, possédés et fantasmatiques. » Fantasmatique. Le mot idéal pour définir ce roman trépidant de Jean Teulé.

➤ « Entrez dans la danse » de Jean Teulé, Julliard, 18,50 €.

samedi 3 mars 2018

Images sudistes


300 ans. le bel âge. En 2018, la Nouvelle-Orleans a 300 ans. L’occasion de découvrir cet ville américaine atypique, ayant conservé de nombreux vestiges de son passé francophone. Vous pouvez vous rendre sur place ou plus simplement plonger dans le beau livre « New Orleans et le sud de la Louisiane » de Gabriel Vitaux, photographe installé dans l’Aude. Des centaines de clichés réalisés entre octobre 2015 et avril 2017, sélectionnés et mis en valeur dans ces 250 pages. Une première partie est entièrement consacrée à la ville, notamment ses clubs toujours aussi actifs. Dans la seconde, on entre dans l’Acadiana, le pays cadien, de Houma à Lafayette. 
➤ « New Orleans et le sud de la Louisiane », Gabriel Vitaux, éditions Label Odero, 35 €