lundi 19 mars 2018

De choses et d'autres - Courir proprement

Question propreté, les Nordiques ont beaucoup à nous apprendre. En Suède, des joggeurs, constatant l’augmentation de détritus le long des chemins, ont lancé une nouvelle pratique sportive : le plugging. Un barbarisme qui en mêlant les mots « jogging » et « plocka upp » signifie « ramasser ». 

Au long de leur parcours, quand les sportifs remarquent un déchet nuisible à l’environnement, ils se penchent et le ramassent. Pris individuellement, le geste représente peu de chose, mais si tous les coureurs agissent de même, leur action creusera rapidement la différence. 

Un Français, Nicolas Lemonnier avait déjà eu l’idée dès 2016 en lançant une application sur smartphone. Sur le site runecoteam.fr chacun peut rentrer la distance parcourue et surtout les ordures ramassées. Elles se chiffrent en milliers de kilos de déchets collectés et déposés dans des poubelles. Plus de 18 000 membres adhèrent à ce team très écolo. 

Avouons que dans notre beau pays, il y a du boulot. Pour me promener parfois dans la campagne environnante j’ai constaté, affligé, le nombre hallucinant de crasses dans les fossés ou chemins de vignes. Il y a quelques années, dans un autre village, je marchais le long d’un canal d’irrigation. L’eau claire ne cachait rien de ce qui reposait au fond. Quasiment un inventaire à la Prévert : canettes, CD, poches en plastiques, bouteilles en PVC ou en verre, jouets, habits, même des livres. Et quelques gros poissons comme des vélos, des ordinateurs et des pneus. 

Des «prises » un peu encombrantes pour les pauvres joggeurs même si certains comme en témoigne la page Facebook du «Team », n’hésitent pas parfois à durcir leur course en revenant lourdement chargés. Les « ploggeurs » suédois l’ont positivé : on fait travailler les jambes mais aussi d’autres muscles. Sans compter la fonction « avenir de la planète » qui survit dans le cerveau de ces quelques dévoués.

BD : Laurent Bonneau se met à nu


30 ans. Pour beaucoup c’est encore la jeunesse et toute une vie devant soi. Mais pour les générations actuelles, cela semble la première bascule vers une existence plus sérieuse, impliquée, triste... Laurent Bonneau, auteur de BD installé à Narbonne, a voulu garder une trace de ce passage. Il raconte dans ce gros album de près de 120 pages les retrouvailles de cinq amis d’enfance. Ils ont fait les 400 coups au lycée. Ils ont 30 ans aujourd’hui et vont passer un week-end entre eux dans une maison au bord de l’océan.

L’album raconte ces deux jours mais aussi l’avant, comment Laurent Bonneau explique à ses potes que cela deviendra un album de BD. L’échange de points de vue de jeunes adultes sur leur vie. Question d’un des intervenants : « Est-ce qu’à la fin de ton histoire il y a quelqu’un qui meurt ? » Loin d’être incongrue, cette interrogation est légitime car on devine la fragilité de certains. Couples qui battent de l’aile, non reconnaissance de son travail ou accumulation de désillusions, il est parfois bien compliqué d’assumer trois décennies sans avoir le désir de définitivement tirer le rideau. Mais que l’on rassure les sensibles, personne ne meurt. C’est la vraie vie qui se retrouve dans cet album au graphisme particulier (dessins à la mine de plomb combinés à des aplats numériques).




Et Laurent Bonneau de s’interroger « S’agit-il d’une autobiographie ou d’une autofiction ? En rendant le réel plus souple, on peut se demander s’il ne devient pas fiction de toute façon, même s’il garde l’authenticité du vécu et de l’intime. » 

➤ « On sème la folie » de Laurent Bonneau, Bamboo Grand Angle, 21,90 €

dimanche 18 mars 2018

De choses et d'autres : Dormir en pleine journée


Dans la catégorie des journées internationales qui sont sujettes aux quolibets, celle d’hier a décroché le pompon. Il est vrai que décréter une journée consacrée au sommeil est paradoxal car, jusqu’à preuve du contraire, le fameux sommeil bénéficie déjà de toutes nos nuits. Alors pourquoi en plus rajouter une journée ? Personnellement je dors mes huit heures d’affilée, d’un sommeil de bébé comme la plupart du temps. A 6 heures, le réveil sonne (exactement la plus vieille de nos chattes se met à miauler comme une dé- mente de sa voix éraillée par 14 années de tabagisme passif pour réclamer (au choix et selon un roulement aussi compliqué qu’une grève à la SNCF) des croquettes, des câlins, qu’on lui ouvre la porte) et j’ouvre un œil. Mais, comme c’est la journée internationale du Sommeil, pour être dans le coup, je le referme et retourne dans mes rêves. Problème, la chatte n’est pas au point dans le calendrier des journées mondiales. Elle insiste et fatalement je me lève. Mais rien ne m’empêche de me recoucher.

Excepté mon contrat de travail m’imposant une présence ce vendredi selon le tableau de service imposé par... moi-même. Mince, j’ai oublié que je gère ça désormais. C’est d’ailleurs un des motifs récurrents de mes rares cauchemars (avec aussi le manque d’idée pour cette chronique quotidienne (mais cette fois c’est bon, je tourne en rond, mais j’ai l’idée)). Reste la solution du petit somme au bureau. Pratique dont certains ne se privaient pas il y a quelques années, avant la généralisation de l’open space, invention du diable.

Pourtant dormir au travail, est la preuve d’un gros investissement du salarié. Il faut beaucoup se dépenser pour être tellement fatigué qu’on s’endort au bureau. Ou avoir une chatte encore plus exigeante qui vous réveille toutes les heures en pleine nuit.

(Chronique parue le 17 mars 2018 en dernière page de l'Indépendant)

DVD - A trois, c’est toujours mieux


Sans prétention, « Escale à trois », film de William H. Macy, est un savoureux mélange de blagues potaches, de situations extrêmes et de scènes sexy. Meg et Kate sont les deux meilleures copines. Elles vivent ensemble et sont radicalement opposées. 

La première blonde et dévergondée (Kate Upton) entraîne souvent la seconde, brune et sage (Alexandra Daddario) dans des galères sans fin. Comme cette idée de week-end en Floride. L’avion est détourné pour cause de météo et au cours de l’escale elles se disputent les faveurs d’un beau blond. 

Directement sortie en VOD et DVD, cette comédie endiablée permet aux deux actrices d’en faire des tonnes. Alors n’hésitez pas et tombez sous le charme de ce duo de copines complètement folles.

➤ « Escale à trois », Universal, 9,99 €

samedi 17 mars 2018

DVD et blu-ray : "Prendre le large" pour conserver son travail

Gaël Morel signe un film social sur les délocalisations avec Sandrine Bonnaire en vedette.




En quelques décennies, la France a perdu la majeure partie de son industrie textile. Les dernières usines ont fermé, délocalisées vers des pays à la main-d’œuvre moins coûteuse. « Prendre le large », film social de Gaël Morel, aborde cette problématique selon le point de vue d’Edith (Sandrine Bonnaire), ouvrière sur le point d’être licenciée.

Virée à moins qu’elle n’accepte la proposition, obligatoire, de reclassement dans la nouvelle unité basée au Maroc. Une aberration selon les ressources humaines, mais Edith, seule dans sa petite ville de province, éloignée de son fils qui vit en couple avec son compagnon à Paris, un peu déprimée et pas du tout prête à accepter de se retrouver au chômage pour de longues années, hésite. Pourquoi ne pas « prendre le large » ?

De cette décision improbable, le réalisateur, grâce aussi à la grâce et sérénité de Sandrine Bonnaire, tire un film sensible et intelligent. Edith arrive à Tanger avec un simple bagage cabine. Elle emménage dans une pension tenue par Mina (Mouna Fettou) et son fils Ali (Kamal El Amri). Au début personne ne comprend cette Française qui vient travailler dans l’usine. D’ordinaire, les jolies blondes de son genre viennent en vacances.

Edith est la seule occidentale dans l’atelier où des femmes travaillent à la dure pour un salaire de misère. Sans la moindre défense syndicale. Et il y a le problème religieux, la Française doit se voiler dans certains quartiers. Un calvaire qui se termine très mal. Sauf que durant cette période abominable, Edith va recommencer à s’ouvrir aux autres et notamment à Mina et Ali. Certes travailler c’est important, mais avoir des amis l’est beaucoup plus.

Outre un entretien du réalisateur en bonus, vous pourrez découvrir son premier court-métrage, « Une vie à rebours ».

➤ « Prendre le large », Blaq Out, 14,99 €

vendredi 16 mars 2018

De choses et d'autres - Juste pour survivre

Ce week-end à Paris s’est déroulé le premier salon du survivalisme. Mode américaine, souvent caricaturée, elle semble malheureusement de plus en plus d’actualité. Le survivaliste n’a qu’un but : se préparer à rester en vie dans un monde où la «normalité » protectrice n’a plus cours. Les Américains craignent l’arrivée de hordes de zombies.

Chez nous, il n’y en a pas plus que chez eux. La différence c’est qu’on ne vit pas avec la certitude qu’un jour des milliers de cadavres se relèveront pour tenter de nous manger la cervelle. A nous Français, qui n’envisageons pas un repas dominical de moins de quatre heures ou une défaite de Martin Fourcade. Ce dernier serait drôlement bon en survivalisme. Il pourrait courir sur de longues distances et avec sa carabine, il saurait toucher tout ce qui est menaçant ou en tout cas, ramener le repas du soir. Par contre, en sportif de haut niveau, il n’a pas de feu sur lui (seul avantage d’être fumeur dans ce futur apocalyptique) à moins qu’il ne se trouve en compagnie de Julie, la Catalane de Koh Lanta. Elle sait l’importance du feu. Au fond, cette mode n’est-elle pas tout simplement un reste de nos gamineries ? Quand on s’enfonçait dans la forêt à la recherche de la clairière idéale pour accueillir la cabane de nos rêves, à l’abri de tout.

En ces temps bénis, on ne redoutait pas grand chose. Juste les remontrances des parents si l’on déchirait son pantalon, voire les hurlements hystériques de la mère si l’on se coupait un doigt* avec la hache dérobée avant de partir en expédition.

Non décidément, le retour des morts-vivants n’est pas encore d’actualité. Ce qui l’est par contre, c’est l’action démente d’un homme bien vivant qui a semé la mort un vendredi ordinaire dans un supermarché près de chez nous.

➤ * Anecdote authentique arrivée à un ami de mon fils quand ils avaient 12 ans

Tempête planétaire sur votre écran avec "Geostorm"

Un film catastrophe sur le climat signé Dean Devlin. 



Il y a du Roland Emmerich derrière ce film catastrophe. Dean Devlin, le réalisateur, a collaboré aux scénarios de toutes les grandes productions du réalisateur d’Independance Day. Donc pour son premier film, pas de grosse introspection psychologique au programme. Non, il fait dans ce qu’il maîtrise le mieux : de l’action et des effets spéciaux à couper le souffle.

Dans un futur proche, face au dérèglement climatique, plusieurs nations se sont unies pour mettre en orbite un ré- seau de satellites capables de canaliser tous les événements météorologiques catastrophiques. Vagues de froid, tempê- tes ou canicules font partie du passé. Mais à quelques semaines de la passation du commandement de la station de commandement en orbite à la communauté internationale, des satellites se dérèglent. Tempête de glace en Afghanistan, raz-de-marée à Dubaï, pluies diluviennes sur Paris : rien ne va plus. On envoie dans l’espace le créateur de la station, Jake (Gerard Butler) pour tenter de trouver la cause du dysfonctionnement. Sur place, il constate que c’est un virus qui a déréglé la station. Au point de la transformer en arme de destruction massive capable de déclencher une tempête planétaire. Le compte à rebours est lancé.

Beaucoup d’action, dans l’espace et sur terre dans ce film manquant un peu d’humain mais qui au final a le mérite de nous ouvrir les yeux sur la catastrophe climatique à venir si on ne réagit pas rapidement. 

➤ « Geostorm », Warner Bros, 19,99 €

jeudi 15 mars 2018

De choses et d'autres - L'excuse ultime, "Je suis Français !"

Voilà une histoire qui n’arrangera pas l’image de marque des Français en Amérique du Nord. Le serveur d’un restaurant de Vancouver vient d’être licencié. Le motif : la direction lui reproche d’avoir été « malpoli, agressif et irrespectueux » envers ses collègues. Principale défense de l’intéressé : « Je suis Français ! » Voilà l’excuse ultime que l’on pourra ressortir pour expliquer une attitude discourtoise. Du moins si les juges acceptent ses arguments, que personnellement je qualifierais de spécieux. Passé par l’école hôtelière, il est persuadé que son licenciement est motivé par son attitude « directe, honnête et professionnelle » et de ses « standards élevés » appris dans l’industrie hôtelière française.

Sous entendu, nous les Français sommes comme ça, pas aimables avec nos collègues, à peine polis envers les clients (une spécialité dont l’hôtellerie ne détient pas le monopole par ailleurs). Inutile d’aller au Canada pour tomber sur des spécimens de serveurs biberonnés durant leur formation aux « standards élevés » de l’industrie hôtelière française.

Trop souvent, quand vous arrivez dans la salle, l’accueil est au mieux indifférent, au pire glacial. Un sourire ? Vous rêvez ! Ensuite, mieux vaut être patient. Non parce que les serveurs sont lents. Simplement car leurs priorités ne semblent pas du tout passer par la prise de votre commande. Le mieux reste d’être un habitué. Et de ne pas en changer, ni d’habitudes ni de resto.

Si par la suite le serveur français remportait son procès, on se retrouverait devant une jurisprudence Vancouver lourde de conséquences. Qui permettrait désormais aux mal lunés de se montrer « malpolis, agressifs et irrespectueux » envers leurs collègues en toute impunité. 

BD : Thérapie de couple... à trois


Tout commence par une rencontre dans une patinoire. Un télescopage exactement entre la belle et virtuose Eloïse et Antoine, veuf. Un moyen comme un autre pour engager la conversation. Et la jolie blonde de constater qu’Antoine correspond en tout point à son homme parfait. A croire qu’il connait son mari, Marc. Tiré d’un scénario de film non tourné de Bernard Jeanjean, cette love story à trois est dessinée par Louis qui quitte pour l’occasion la SF et sa célèbre héroïne Tessa.
➤ « Mon homme (presque) parfait », Bamboo Grand Angle, 16,90 €

mercredi 14 mars 2018

Roman - Trajectoires d’errances et de déracinements

Trois époques, trois personnages, un même déracinement. Anne-Catherine Blanc dans ce roman multiple se fait la porte-parole des hommes et femmes qui subissent les aléas géopolitiques de la planète. Elle-même connaît parfaitement ce sentiment de déracinement, ou du moins de détachement de ses origines. Née au Sénégal, elle y vit et étudie jusqu’à l’âge de 18 ans. Française, elle deviendra enseignante de cette langue merveilleuse dans divers pays, exotiques selon la terminologie réductrice de rigueur. Mauritanie, Maroc, Polynésie... Errance professionnelle pour une nomade volontaire qui avoue avoir, depuis quelque temps, jeté l’ancre dans le département des Pyrénées-Orientales. Elle y a trouvé la matière à ce roman « D’exil et de chair ».

Issa, l’espoir

Le point commun entre les trois personnages est le camp de Rivesaltes. Un lieu où deux d’entre eux se sont croisés, s’entraidant dans la misère. Le premier c’est Mamadou, tirailleur sénégalais affecté à la surveillance du camp en 1939. La seconde Soledad, une Catalane réfugiée durant cette même année en France après la victoire des troupes franquistes. Soledad, une fois la frontière franchie, se retrouve sur la plage d’Argelès.

C’est là qu’elle raconte l’accouchement puis la mort d’un bébé. Confinement oblige, il a fallu trouver une solution : « On l’a enseveli dans le sable, emballé dans le veston. Les hommes ont creusé très profond, avec des bâtons, avec leurs mais, pour que les chiens ne puissent pas sentir le corps et le déterrer. »

De nos jours, le troisième « héros » du roman est Issa, le petit-fils de Mamadou. Il veut quitter l’Afrique, vivre en Europe. Il va entamer cette longue et dramatique traversée de la Méditerranée avec un passage par les Pyrénées-Orientales et ce camp, devenu Mémorial, ou Mamadou a servi la France. Cette partie du roman, la plus longue, la plus documentée, véritablement ancrée dans l’actualité, donne un réalisme très fort au roman. Issa que l’on a peut-être croisé du côté de la Dalle Arago ou vers la gare routière, ombre furtive dans une ville de Perpignan balayée par le Tramontane. Issa, superbe message d’espoir sur l’avenir de l’Humanité. 

➤ « D’exil et de chair », Anne-Catherine Blanc, Les éditions Mutine, 18 €