Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
samedi 23 décembre 2017
BD - Les Forêts d’Opale reverdissent
Nouvelle époque, nouveaux personnages et nouveau cycle pour « Les Forêts d’Opale », série écrite par Arleston et dessinée par Pellet. De longues années après le sacrifice du titan de Darko, un équilibre précaire règne dans ce monde imaginaire désormais mis en images par Cédric Fernandez. Un maître archéologue recrute un petit prestidigitateur un peu escroc sur les bords, Luksand, et va tenter d’extorquer un bijou magique à une redoutable femme de pouvoir. On apprécie les animaux imaginaires, les rebondissements et la beauté de l’autre héroïne, Altä.
« Les Forêts d’Opale » (tome 10), Soleil, 14,50 €
vendredi 22 décembre 2017
BD - Le cauchemar Bumidom
Durant les années 60, l’Etat français a organisé un véritable exode forcé pour quantité de jeunes Antillais et Réunionnais. Un exil pour atténuer la pression démographique de ces petites îles et tenter de repeupler une métropole vieillissante. Ce passé coupable, tout le monde veut l’oublier, tant les organisateurs que les « victimes ». Jessica Oublié, fille d’Antillais, née en France justement, a enquêté et signe un album (dessiné par Marie-Ange Rousseau) de témoignages très forts. Entre réveil de conscience et regrets éternels, le Bumidom pour « Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer » aura amplifié le sentiment de déracinement de ces « Iliens ».
➤ « Peyi an nou », Steinkis, 20 €
jeudi 21 décembre 2017
De choses et d'autres - Des pulls et des couleurs
Vu à la machine à café avant-hier, un petit mot anonyme demandant aux employés du journal de venir travailler ce jeudi habillé d’un pull moche de Noël. Désolé, pas pour moi. Non seulement je refuse de suivre les modes idiotes lancées outre-atlantique (sauf quand il y a des sabres-lasers), mais en plus je suis toujours sapé avec la dernière élégance. (Ah zut, 90 % des personnes me connaissant se sont littéralement étouffées en lisant ces lignes.)
En réalité, dire que j’apporte peu d’importance à mon look est mille fois en des- sous de la réalité. Je suis de ceux qui s’en contrebalancent totalement. Une chemise repassée me donne de l’urticaire, c’est dire.
À la limite, le pull moche de Noël me ferait presque envie. Au détail près que je ne supporte pas les pulls. La laine me gratte, le synthétique bourré d’électricité statique me donne l’impression de me transformer en torche humaine. De plus ma femme a toutes les qualités, dont celle de ne pas savoir tricoter (et de détester ça).
Ensuite, le pull moche est forcément sujet à controverse. Pourquoi un renne du père Noël souriant de toutes ses dents dans des couleurs criardes est plus vilain qu’un pull Desigual, version art contemporain du vêtement bariolé ?
Si la journée mondiale du pull moche de Noël est de- venue une institution planétaire, navré de doucher les espoirs de celui ou celle qui a collé le post-it à la machine à café, mais cette journée tombe chaque année le 3e vendredi de décembre.
La semaine dernière donc. Être ridicule, passe encore, mais avec sept jours de retard, c’est au-dessus de mes forces.
Des idées cadeaux de films, séries et coffrets...
Pour ceux qui ont raté le phénomène « Game of Thrones » ces dernières années, voilà l’occasion parfaite de tout découvrir d’un coup. Les sept saisons dans un gros coffret, pour des heures et des heures de plongée dans cet univers violent et inquiétant. Avec en plus quantité de bonus. Et si vous êtes attentif, vous pourrez reconnaître certains lieux de tournage, notamment Gérone en Catalogne.
➤ Coffret Game of Thrones, Warner home vidéo, environ 100 €
Parisiennes
Elles sont cinq. Cinq femmes dans Paris. Valeria Bruni-Tedeschi, Anaïs Demoustier, Naidra Ayadi, Lou Roy-Lecollinet, Zabou Breitman interprètent ces Parisiennes modernes qui vivent, aiment, jouissent et se posent des questions. Ludique et passionnant.
➤ "Paris, etc », Studiocanal
Frenchy-space
Tiré de la BD de Christin et Mézières, l’adaptation de Valérian par Luc Besson est une superbe réussite. Effets, spéciaux, humour, 3D, monstres... Le film n’a rien à envier aux superproductions américaines. A déguster dans son canapé à la vitesse de la lumière.
➤ « Valérian », EuropaCorp
Bébél éternel
Jean-Paul Belmondo (qui pourrait de nouveau tourner prochainement), a longtemps assuré ses cascades lui-même. Ce coffret reprend six de ses films les plus mouvementés dont « L’alpagueur » tourné en grande partie à Perpignan. Du cinéma efficace et spectaculaire.
➤ « Belmondo cascadeur », Studiocanal
Un an après avoir réalisé Le Bossu, André Hunebelle signe Le Capitan en 1960, adapté du roman éponyme de Michel Zévaco, avec la même équipe à succès. Le réalisateur retrouve en effet Jean Marais et Bourvil dans des rôles similaires avec, en prime, Guy Delorme, éternel méchant des films de cape et d’épée, aussi bien chez Hunebelle que chez Bernard Borderie. Une fois encore, le casting est épatant. Jean Marais apporte une touche d’émotion et de justesse à son rôle. Coloré, historiquement fidèle et majestueusement décoré, Le Capitan est une pépite du genre. Vif, rocambolesque et rythmé, le film joue sur les scènes d’action et d’aventure qui se succèdent avec panache.
Dans le coffret vous retrouverez un livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.
➤ Coffret Hunebelle, Pathé.
➤ Coffret Preston Sturges, Wild Side Vidéo
mercredi 20 décembre 2017
De choses et d'autres - Ecrits perdus
Aujourd’hui sort au cinéma (voir dans la page dédiée au 7e art dans notre édition de ce mercredi), l’adaptation de «La promesse de l’aube », roman de Romain Gary. Gary, poussé par sa mère, a raconté comment, dès son enfance, il était persuadé de s’imposer dans son rayon, la littérature. Effectivement, il a remporté le Goncourt en 1956 pour « Les racines du ciel ». Et pour entrer définitivement dans le panthéon des lettres françaises, il a décidé d’obtenir un second Goncourt.
Normalement, c’est impossible car un lauréat ne peut être sélectionné de nouveau. Qu’importe pour celui qui a transformé sa vie en roman, il lance dans le bain un certain Emile Ajar. Et sans coup férir, il remporte le prix en 1975 pour « La vie devant soi ». Une supercherie qu’il dévoilera peu de temps plus tard.
Par contre pas de Nobel pour ce génie de la littérature. À l’époque les spécialistes suédois ont préféré Claude Simon, chantre du Nouveau roman. Avec un peu de recul, ont-ils fait le bon choix ? Car une nouvelle affaire d’imposture littéraire vient de faire grand bruit. Des admirateurs de Claude Simon ont sélectionné un extrait d’un de ses romans paru en 1962. Ils l’ont envoyé à 19 éditeurs nationaux. Résultat 12 réponses négatives et 7 qui n’ont même pas daigné donner des nouvelles…
Au mieux, on se dit que les goûts littéraires d’aujourd’hui ont changé. Au pire que les comités de lecture sont dramatiquement nuls et incultes. Car expliquer son refus par « les phrases sont sans fin, faisant perdre totalement le fil au lecteur » paraît un poil prétentieux quand il s’agit de lignes écrites par un prix Nobel. Dans ces conditions, si Romain Gary était toujours de ce monde (il s’est suicidé en 1980), il aurait eu le Nobel, mais pas sûr qu’il soit toujours publié sous un faux nom.
DVD et blu-ray - Cette blonde, c’est de la bombe
Charlize Theron en «Atomic Blonde » c’est de l’action toutes les 30 secondes, du charme toutes les minutes et des rebondissements tous les quarts d’heure. Un film survitaminé, sorte d’ovni à base d’espionnage, se déroulant entre Berlin Ouest et Est, les trois jours au cours desquels l’Histoire a basculé et le Mur abattu. Reste que sur place, les différents services secrets sont toujours actifs et en plein chambardement. Une liste, recensant tous les agents en poste à Berlin, des deux côtés, est mise à prix. Tous la veulent, des Britanniques aux Russes en passant par les Français et bien évidemment les Américains.
Le meilleur agent anglais abattu, le MI décide d’y envoyer Lorraine Broughton (Charlize Theron) pour récupérer la liste et surtout démasquer un agent double. Le film de David Leitch en plus de nous plonger dans le Berlin de la fin des années 80 (avec la bande originale top de chez top, de David Bowie à The Clash en passant par Nena et son 99 luftballons), film Charlize Theron sous toutes les coutures, habillée, peu vêtue, entièrement nue. Belle ou amochée. Car l’espionne prend beaucoup de coups au cours du film et plus on approche du dénouement, plus ses jolis yeux sont cernés, ses lèvres explosées et ses jambes couvertes de bleus.
De l’action et un beau retournement de situation dans les dernières minutes. Du grand art.
➤ « Atomic Blonde », Universal vidéo, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray
mardi 19 décembre 2017
De choses et d'autres - On dirait le Sud
Certains ne s’encombrent pas de consultation populaire pour déterminer le nouveau nom de leur région. Là où Carole Delga a lancé une vaste enquête ouverte à tous les habitants des Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon défuntes, d’autres ont décidé unilatéralement. Après le Nord Pas-de-Calais Picardie devenu du jour au lendemain Hauts-de-France, c’est la région PACA pour Provence, Alpes-Côte-d’Azur qui vient d’être rebaptisée.
Un choix de Renaud Muselier, le nouveau président. Qui ne s’est pas trop pris le chou pour trouver son idéal. Xavier Bertrand a abandonné le Nord ? Qu’à cela ne tienne, Muselier préempte le Sud. Il s’en explique dans un tweet : « Notre territoire c’est le soleil, la mer, la montagne, le bien-vivre. Il était indispensable de donner à notre région un nom valorisant tous nos atouts : le Sud. ». Au moins, il n’aura pas de difficulté pour trouver un hymne, la chanson de Nino Ferrer étant encore dans toutes les mémoires.
Si c’était aussi simple... J’imagine déjà les millions de Provençaux qui vont manifester, lancer des pétitions, saisir le Conseil d’Etat pour avoir perdu leur identité dans leur nouvelle appellation. Sans compter que le Sud de la France, a priori (tous les professeurs de géographie vous le confirmeront), ne se limite pas à ce territoire. Aude et Pyrénées-Orientales, par exemple, se situent plus au sud que Marseille ou Nice. Et franchement, nous sommes certainement plus nombreux à nous sentir « sudistes » dans notre région que dans l’ancienne PACA.
De toute manière, Renaud Muselier a pris quelques précautions. Ce n’est pas seulement région Sud mais «Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Alors rien que pour l’énerver, au lieu de dire Sud, je propose qu’on dise SudPACA, ou mieux encore SPACA.
Quelques idées de cadeaux BD pour les fêtes de fin d'année
Voici le côté Noir de la ligne Clerc avec les récits de « Manoir », de « L’irrésistible ascension », des « Mémoires de l’espion » et de nombreux inédits. Ce volume constitue une exploration chronologique et exhaustive des recoins sombres de la fiction avec Serge Clerc pour guide exclusif, assorti d’un dossier signé Frédéric Prilleux : plus de 350 dessins et pages de BD au total !
➤ « Noir », Dupuis, 48 €
Blutch le caméléon
Il est sans doute l’un des plus doués de sa génération. Blutch n’en oublie cependant pas ses maîtres. Dans cet album très grand formant, il revisite une planche de classiques de la BD. En noir et blanc, on peut redécouvrir Astérix, Gaston ou Blueberry, mais avec cette ironie et décontraction spécifiques à cet auteur. On apprécie aussi sa vision de Blake et Mortimer et de séries plus sulfureuses comme Valentina de Crépax.
➤ « Variations », Dargaud, 29,90 €
L’œuvre de Will
Durant des décennies, il a consciencieusement illustré les aventures de Tif et Tondu. Mais au fond de lui, Will ne désirait qu’une chose : « dessiner des femmes, belles de préférence ». Cette énorme anthologie, courant sur toute sa carrière, monte quantité de croquis de ces « belles ». Mais aussi nombre de reproductions des planches, avec tous les détails, ratures, collages et autres « rustines ». Une plongée dans son art. 400 pages commentées, sobrement, par Vincent Odin.
➤ « Mirages », Daniel Maghen, 59 €
Net et masques
Que se passerait-il si toutes les données stockées dans le cloud et les archives du net (mail, textos...) étaient consultables par tout le monde du jour au lendemain ? Cette idée saugrenue a été développée par Brian K. Vaughan, scénariste, dans un long roman graphique présenté à l’italienne. Cette quasi 3e guerre mondiale a laissé des traces. Tout le monde a désormais cessé d’utiliser internet et se déguise pour ne pas être reconnu. Et si on veut une identité secrète, il suffit de la tester en live. Dessinée par Marcos Martin, cette histoire de détective, de paparazzi et de star passionnera les amateurs de comics.
➤ « Private Eyes », Urban Comics, 28 €
Mondrian et ses modèles
Ses toiles sont reconnaissables au premier regard. Mondrian a toujours recherché la simplicité et les couleurs simples. Ce peintre néerlandais vivait comme un ascète dans son atelier. JeanPhilippe Peyraud et Antonio Lapone se sont inspirés d’une simple photo de cet «antre» pour imaginer une relation entre le créateur et une femme, vendeuse dans un grand magasin parisien dans ces années 20, amoureuse comme lui de la musique jazz. Les très grandes planches mettent en valeur la mise en page sophistiquée de cet album idéal à offrir à un amateur d’art contemporain.
➤ « La Fleur dans l’atelier de Mondrian », Glénat, 19,50 €
Cinéma de légendes
Ed Brubaker et Sean Phillips revisitent la période noire du maccarthysme à Hollywood dans ce roman graphique de 400 pages. Charlie, scénariste, n’arrive plus à écrire. Alors il passe un accord avec son collègue et meilleur ami Gil. Ce dernier, dénoncé comme communiste, ne pourra plus écrire officiellement mais en coulisse c’est lui qui finalisera les scripts de Charlie. Un marché du diable qui va mal tourner. Car Charlie tombe amoureux d’une starlette et Hollywood, à cette époque, était peu fréquentable.
➤ « Fondu au noir », Delcourt, 34,95 €
lundi 18 décembre 2017
De choses et d'autres - Sapins, guirlandes et débrouille
Dernière semaine avant la Noël. Ultimes jours pour trouver les cadeaux, acheter et décorer votre sapin. Rien de plus gai, fin décembre, qu’un vrai sapin. L’odeur du résineux transforme le salon en havre festif. Une fois les décorations placées, les plus jeunes se mettent à rêver à des « jouets par milliers ».
À moins que comme beaucoup d’autres, vous ayez décidé d’adapter la tradition. Car en ces temps où on proteste pour tout et n’importe quoi, il va bien y avoir des militants de la cause forestière pour plaindre ces arbrisseaux, tronçonnés, tués, voués à une lente sécheresse si cruelle. On peut se rabattre sur le synthétique. Mais là, ce sont les tenants du « Made in France » qui vont bondir. Car les sapins en plastique viennent sans doute tous de Chine. Et sont peut-être fabriqués par des enfants qui eux n’auront pas des « jouets par milliers ». Juste un salaire de misère...
Alors le plus simple, reste la débrouille. Vous avez une plante verte ? Transformezla en reine du salon. Sortez-la de son coin où plus personne ne la remarque, lustrez ses feuilles, placez quelques guirlandes multicolores autour de son tronc, une étoile lumineuse à son faîte et le tour est joué. Attention si vous déposez les cadeaux à l’avance à son pied, en l’arrosant n’inondez pas la PS4 commandée par le plus grand, ça coûte un bras ces machines. Sur internet j’ai également vu des compositions très originales.
Un sapin en bouchons, un autre réalisé avec des livres installés en pyramide ou avec des canettes de bière vide. La palme de l’originalité à celui d’un marchand de fruits aux Antilles. Il a posé des rangées de bananes vertes les unes sur les autres. L’illusion et parfaite. Et au moins, il utilise les ressources locales pour donner un air de fête à son étal.
BD - Un groom qui a de l'avenir
D’où viens-tu Spirou ? Sente, le scénariste et Verron le dessinateur tenaient à donner une réponse à cette question. Ainsi est donc née l’histoire de Ptirou. Ce gamin, à la tignasse rousse, acrobate dans un cirque, devient groom sur un transatlantique. Le même qui a à son bord un certain Robert, jeune Français qui aime tant dessiner. Ptirou a pour lui un indécrottable optimisme et une audace à toute épreuve.
➤ « Il s’appelait Ptirou », Dupuis, 16,50 €
















