dimanche 10 décembre 2006

Roman noir - Un prime time explosif

Satire sociale et critique féroce de la téléréalité : Pascale Fonteneau signe un cocktail détonnant et hilarant.


La vie n’est pas tous les jours rose pour Monique et Sylvie. Deux copines, depuis de très nombreuses années. Elles ne se sont pas rencontrées sur les bancs de l’école mais sur celui de la chaîne où elles travaillaient jusqu’à il y a encore un an. Mais l’hydre de la délocalisation est passée par là. La famille propriétaire depuis des décennies a vendu l’entreprise de textile à une multinationale qui s’est empressée de démonter les machines pour les installer en Roumanie. Le plan social en France était radical : tout le monde au chômage. Les anciens salariés ont monté une association avec l’aide des délégués syndicaux pour tenter d’obtenir la réouverture de l’usine. Une année de batailles médiatiques et judiciaires sans résultat.

Monique, la pasionaria

Sylvie, la narratrice de ce roman policier fortement teinté de social, raconte les espoirs du début, puis les lassitudes et maintenant la démobilisation. De la centaine de membres au moment de la création de l’association, il n’en reste plus qu’une dizaine. Monique est la secrétaire et c’est à ce titre qu’elle participe à un colloque à Paris. Elle en revient transfigurée. De veuve éplorée (son mari, lui aussi ouvrier à l’usine, lui aussi licencié, s’est suicidé de désespoir), elle revient en pasionaria politique, prête à franchir les limites de la légalité pour faire avancer sa cause. Un revirement de comportement qui est directement imputable à Richard, un soi-disant  révolutionnaire clandestin, que Sylvie doit héberger chez elle car il serait trop voyant chez Monique vivant toujours avec sa fille Magali et sa belle-mère. Richard aux discours enflammés qui ne sont pas sans effet sur Sylvie. Elle tombe dans les bras du nouvel amant de son amie de 20 ans. Mais la première action d’éclat du trio tourne mal et se solde par deux morts : un notaire et le mystérieux Richard.

Magali, la star jetable

En parallèle de cette action romantico-syndicale, Pascale Fonteneau développe la seconde intrigue de son roman : l’accession de la jeune Magali au statut de star. Car pendant que sa mère complote la nuit avec Sylvie et Richard, Magali passe un casting pour l’émission "Une étoile est née", programme de téléréalité à mi-chemin entre la Star Academy et la Nouvelle Star. Magali ayant été retenue, la vie de Monique se retrouve une seconde fois en moins d’une semaine totalement bouleversée. Reconnaissons que les meilleurs passages de ce roman se trouvent dans cette critique acerbe du fonctionnement de ce type de programme télé. En mettant en exergue les notes de la production, le lecteur comprend comment on "fabrique" ces stars éphémères, comment on les jette ensuite comme des mouchoirs en papier usagés et enfin pourquoi le public raffole des histoires tristes se terminant bien. Le suicide du père et le chômage de la mère de Magali sont du pain béni pour les rapaces de l’audiovisuel. Une bonne occasion de faire pleurer dans les chaumières, de faire croire que la célébrité de Magali est une revanche sur le destin. Mais les dés sont pipés. Reste que parfois, une individualité peut être plus forte qu’une machine industrielle. Monique va le prouver tout au long de la seconde partie de ce roman dont on souhaiterait presque qu’il ne soit pas une simple fiction, notamment dans la scène finale.

« Jour de gloire », Pascale Fonteneau, Editions du Masque, 16 €

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