Certains films semblent un peu maudits. Pourtant à la base, tout était réuni pour que Chaos Walking fasse un carton dans les salles. Un roman à succès, deux acteurs dans le vent (Tom Holland alias « Spiderman » et Daisy Ridley alias Rey dans Star Wars) et Robert Zemeckis derrière la caméra. Mais finalement la très grosse production a été réalisée par Doug Liman, le tournage s’est étalé dans le temps et au final, la production qui a coûté la bagatelle de 125 millions de dollars sort directement sur Amazon Prime. Raté ce film ? Pas totalement, mais il ne reste pas dans les mémoires.
L’idée que ces pionniers sur une autre planète soient victimes d’une maladie qui les rend tous télépathes, devinant ainsi ce que pensent les autres, incapables de masquer leurs propres pensées, est difficile à rendre à l’écran. Quant à la disparition totale des femmes, elle n’est pas crédible une minute. Les deux acteurs principaux sont sous-exploités et même Mads Mikkelsen, excellent en méchant, manque de crédibilité. Si les romans forment une trilogie, le film risque de se retrouver très isolé.
Zemmour candidat à la présidentielle ? Il maintient le suspense et dans ses (très nombreuses) interventions en tant que grand timonier de la pensée de droite, il distille ses propositions.
Tel Pétain, il a la famille chevillée au corps. Voilà pourquoi il veut que désormais, en France, ne soient donnés aux nouveau-nés, que des prénoms en provenance des calendriers français. Rien de nouveau puisqu’il s’appuie sur une loi votée le 1er avril 1803 (non, ce n’est pas un poisson d’avril) mais abrogée en 1993. Cette idée saugrenue a suscité nombre d’interrogations chez nos concitoyens.
Mais alors mon prénom, est-il autorisé ou pas ? Pour en avoir le cœur net des petits malins ont donc mis au point un logiciel en accès libre sur le net. Sur le principe de vitemadose qui renseigne sur les lieux et dates de vaccinations disponibles près de chez soi, le site vitemonprenom.com a connu un succès fulgurant.
Les inventeurs sont partis du postulat que Zemmour, élu en mai prochain, a remis en place cette loi. Il suffit donc d’inscrire son prénom et on sait si on doit en changer. Le site dit même quel sera votre nouveau patronyme s’il n’est pas valable. Personnellement, Michel entre dans les clous. Dommage, je n’ai jamais véritablement aimé ce prénom très commun et vieillot.
J’ai ensuite testé des prénoms au hasard et force est de constater que le petit logiciel ne manque pas de malice. Mohamed, donné en exemple par Zemmour, doit se transformer en Maxime. Plus étonnant, Marine n’est plus permis et doit se faire appeler Marie. Les milliers de Dylan devront devenir des Odilon. La honte…
Par contre les Kevin, aussi bizarre que cela paraisse, sont autorisés.
Enfin j’ai testé ce qui se fait de plus Français et désormais vous ne devrez plus dire Général de Gaulle mais Gontran de Gaulle. Je suis sûr que Charles, de là où il est, doit bien se marrer.
Le plus étonnant c’est que comme pour vitemedose, si vous n’avez pas un bon prénom, vous pouvez cliquer pour prendre un rendez-vous afin de vous mettre en conformité avant le 31 décembre 2022. Cela vous conduit directement sur la page de servicepublics.fr permettant réellement de changer de prénom.
Du grand et du bon cinéma français débarque sur Prime Vidéo d’Amazon. Réalisé par Mélanie Laurent, « Le bal des folles » est adapté du roman de Victoria Mas. À la fin du XIXe siècle à Paris, les femmes considérées comme folles étaient internées à la Salpêtrière. Eugénie (Lou de Laâge) prétend voir et entendre les morts. Cela suffit à son ambitieux père pour l’enfermer dans ce sinistre endroit.
Les « malades » sont traitées au laudanum ou à l’hydrothérapie technique consistant à être plongée dans de l’eau glaciale. Un film de femmes sur les femmes et surtout les brimades d’hommes qui étaient tout-puissants à cette époque.
Décors somptueux, interprétation léchée, intrigue captivante : ce film est l’excellente surprise de cette rentrée sur les plates-formes de streaming par abonnement.
Durant de longues années, l’extrême droite n’a plus eu droit de cité en Allemagne. Il est des crimes difficiles à oublier ou à assumer. Finalement, comme partout en Europe, les thèses nationalistes les plus nauséabondes ont refait surface.
Et certains partis se réclament ouvertement du nazisme comme « La Troisième voie » qui vient de lancer une campagne d’affichage dans l’Est du pays. Il y est simplement écrit : « Pendez les Verts ». Un appel au meurtre, clair et précis.
De quoi se poser des questions dans un pays qui a exterminé, le siècle dernier, des millions de personnes quand il était dirigé par des nazis. En France, j’en connais certains qui aimeraient aussi qu’on pende les Verts, mais ils n’oseraient jamais le dire aussi directement. La justice le leur interdit.
En Allemagne aussi, les juges ont été saisis à propos de ces messages d’une rare violence. La campagne a été retoquée, dans une première ville, par un tribunal, mais autorisée à Zwickau, grosse bourgade de 90 000 habitants. Les juges estiment qu’interdire cette campagne serait une atteinte à la liberté d’expression. Le tribunal a cependant assorti la décision d’une condition, que les affiches appelant à la pendaison des militants écologistes soient placardées à plus de 100 mètres des affiches des Verts, car l’Allemagne est en pleine campagne électorale pour la succession d’Angela Merkel.
Face à ce jugement, plusieurs partis politiques de la région ont décidé de réagir sur le terrain. Ils devaient, la nuit dernière, placarder des affiches des Verts à peu près partout dans Zwickau, obligeant, de ce fait, la police à décrocher toutes les affiches « Pendez les Verts » devenues illégales, car situées à moins de 100 mètres.
Une grande maison isolée entre forêts et lac. Toute l’angoisse de La proie d'une ombre, film de David Bruckner, est contenue dans cette bâtisse d’architecte en bois. Elle aurait pu être lumineuse, bruyante des cris et chahuts des enfants du couple formé par Beth (Rebecca Hall) et son mari Owen (Evan Jonigkeit). C’est au contraire une sorte de tombe où tous les cauchemars prennent forme. Beth, professeur, rentre chez elle tout habillée de noir. Elle vient d’enterrer son mari. Il s’est suicidé. Au milieu du lac. Sans raison.
Elle tente de comprendre pourquoi ce geste. Se repasse les vidéos du mariage ou de la construction de la maison. Le temps du bonheur. Abusant de l’alcool, clairement dépressive, Beth croit entendre du bruit dehors. Sur l’embarcadère. Puis c’est une radio qui s’allume en pleine nuit. Son téléphone reçoit des messages. Cartésienne et pragmatique, elle commence pourtant à se demander si les fantômes n’existent pas. Et c’est en cherchant des signes dans le quotidien d’Owen qu’elle découvre sa double vie, ses pires déviances. Le cauchemar actuel a débuté il y a très longtemps sans qu’elle s’en aperçoive.
Le film repose à 99 % sur les épaules de Rebecca Hall, parfaite dans la peau de cette femme navigant entre désespoir, rébellion et envie de se venger.
"La proie d'une ombre", film américain de David Bruckner avec Rebecca Hall, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit
Peut-on mélanger irrévérence et commerce ? Visiblement non. Du moins pas en France. La marque de smoothies allemande True Fruits (vrais fruits) s’est spécialisée dans l’emballage iconoclaste. En fonction de l’actualité ou du pays, les bouteilles sont gravées, comme pour des éditions spéciales.
Pour cette rentrée 2021, à destination des élèves, True Fruits a transformé la bouteille en mur recouvert de graffitis. Pas des gentils smileys mais de ces messages que l’on peut lire parfois sur les murs ou toilettes publiques. Pas distingués du tout, même carrément très vulgaires comme « Céleste à poil », « Fuck le système » sans oublier les dessins simplistes d’étrons ou de sexe en érection.
En vente dans plusieurs magasins français, c’est Monoprix le premier qui a retiré ces produits après qu’un syndicat de police a découvert, bien en évidence sur la bouteille, un « ACAB», acronyme définitif pour ceux qui détestent la police. Le produit ne se contentait pourtant pas des policiers puisqu’on peut lire aussi cette pensée lumineuse « Celui qui lit ceci est un bâtard ».
Cette mauvaise publicité (les appels au boycott se multiplient depuis le début de la semaine) ne doit pas cacher les autres trouvailles de True Fruits. Notamment un bouchon « moulin à épices » qui est « parfait pour toutes les herbes. TOUTES. » Sur la photo, pas de doute, on se trouve devant des herbes très odorantes mais aussi très interdites en France.
Enfin dans le genre sous-entendu graveleux, ne manquez pas le petit film sur le compte de la société montrant une banane être enfoncée dans une bouteille pleine de smoothie à la banane. Le tout filmé au ralenti avec cette remarque « C’est satisfaisant quand tout rentre d’un coup hein ? » Mais quel tact, quelle délicatesse…
Elle court sans cesse. Car elle est pressée. Et toujours en retard. Anaïs (Anaïs Demoustier) est une jeune femme hyperactive. Mais totalement immature et improductive. Le premier film de Charline Bourgeois-Tacquet est avant tout le portrait d’une femme dans son époque. Libre, indécise, ouverte à tout. Surtout à l’amour. Mais cette thésarde qui n’arrive pas à terminer ses études, dans le tourbillon de sa folle vie, se pose beaucoup de questions. Elle n’arrive pas à payer son loyer. Normal, l’appartement est trop grand. Elle devait y vivre avec son amoureux, mais le couple, elle ne s’y fait pas. Depuis elle papillonne. Lors d’une soirée chez une amie qui vient d’annoncer son mariage, elle rencontre Daniel (Denis Podalydès), éditeur qui a presque l’âge du père d’Anaïs. Elle couche avec lui alors que ce dernier affirme que c’est la première fois qu’il trompe sa femme Émilie (Valeria Bruni Tedeschi). Quand Anaïs découvre la photo de cette dernière, elle va trouver Daniel bien fade et fera tout pour rencontrer cette romancière.
Les amours d’Anaïs est clairement composé de deux parties. La première montre une jeune femme indécise, virevoltante au risque de se brûler les ailes face à la rigueur de la vie et aux exigences des hommes. Mais, dès qu’Émilie entre en scène, Anaïs se transforme en bulldozer de l’amour. Elle fait tout pour entrer dans le cercle de la romancière, la séduire, tenter de la conquérir. Une gamine de 25 ans qui fait la cour à une quadra ayant déjà beaucoup vécu, tel est le thème de cette seconde partie du film, la plus belle et lumineuse. Comme s’il fallait gommer les hommes du récit pour qu’enfin Anaïs et Émilie découvrent la véritable passion. C’est beau, tourné avec délicatesse et très universel.
Film de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès
Stop au pessimisme. Arrêtons de ne voir que le côté négatif. Parfois, la pire nouvelle peut cacher une opportunité insoupçonnée. Prenez ce gamin en Gironde, privé de repas à midi et ramené manu militari chez lui car sa mère ne paye plus la cantine.
Si ça se trouve, la cuisine est meilleure à la maison. Combien d’entre vous ont, à un moment donné de leur enfance, détesté les épinards servis avec les steaks hachés desséchés ?
Sur les contreforts des Pyrénées, de gigantesques plantations de cannabis inondent le marché européen qui a voté la légalisation complète et sans restriction en 2097.
Au large, au niveau des éoliennes flottantes, des hôtels touristiques se sont construits. Bungalow sur l’eau avec possibilité de nourrir les requins blancs qui pullulent désormais dans cette mer chaude.
De toute manière plus personne ne peut bronzer sur les plages. L’érosion les a presque fait disparaître et surtout elles sont colonisées par des crabes bleus de plus en plus gros, de plus en plus agressifs.
Quant au Covid, il est totalement éradiqué de la région trois ans après qu’un petit génie a créé des moustiques modifiés génétiquement. En piquant les humains, ils injectent ce qu’il faut de vaccin. Les antivax ont beau jouer de la tapette, l’insecte tant redouté a toujours le dernier mot et deviendra ainsi le sauveur de l’Humanité. Lui que tout le monde voudrait exterminer aujourd’hui.
Dans La belle Impéria, un jeune moine craque face à la beauté d’une jeune intrigante. Beaucoup de sexe également dans Le péché Véniel où une sénéchale va se faire engrosser par son page. C’est leste, sans être vulgaire, joyeux et effectivement souvent drolatique.
Encore un drôle de samedi sur les chaînes d’information en continu. En plus des manifestations contre le pass sanitaire (de plus en plus violentes au vu des images de Toulouse), on a eu droit, quasiment en direct live, à la sortie de prison de Damien Tarel.
Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, Damien Tarel, 28 ans, a pour seul fait d’armes d’avoir giflé le président Macron en juin dernier dans la Drôme. Condamné à de la prison ferme, quand Damien Tarel sort, les micros se tendent devant lui, permettant ainsi de cautionner un acte de violence. Car une gifle, même mal donnée, reste une agression physique. Bien sûr, le fraîchement libéré ne regrette rien.
Preuve que la prison, malheureusement, ne sert pas à grand-chose dans ces cas précis.
Royaliste assumé, il ose déclarer en direct « le peuple est muselé ». Double paradoxe. Le peuple ou le roi, faut choisir. Et puis le peuple est peut-être muselé, mais lui au moins peut s’exprimer sans le moindre filtre en direct à la télé nationale.
Enfin le pire dans cette interview, réalisée juste avant qu’il ne rejoigne la manif contre le pass sanitaire, c’est le béret qu’il arborait sur la tête. Pas le béret traditionnel, celui qui n’a jamais quitté la tête de mon père par exemple, mais un large couvre-chef, savamment incliné, comme mis à la verticale. Certains y ont vu un hommage aux chasseurs alpins. Mais d’autres, à bien y regarder, y ont plutôt vu un signe de ralliement à la Milice de sinistre mémoire que le gifleur-star a exhibé en toute sérénité.
Décidément, un drôle de samedi qui s’est terminé par Zemmour chez Ruquier. Je sens qu’elle va être longue et pénible cette période électorale.