jeudi 16 septembre 2021

De choses et d’autres - Quand la politique devient violence

Durant de longues années, l’extrême droite n’a plus eu droit de cité en Allemagne. Il est des crimes difficiles à oublier ou à assumer. Finalement, comme partout en Europe, les thèses nationalistes les plus nauséabondes ont refait surface.

Et certains partis se réclament ouvertement du nazisme comme « La Troisième voie » qui vient de lancer une campagne d’affichage dans l’Est du pays. Il y est simplement écrit : « Pendez les Verts ». Un appel au meurtre, clair et précis.

De quoi se poser des questions dans un pays qui a exterminé, le siècle dernier, des millions de personnes quand il était dirigé par des nazis. En France, j’en connais certains qui aimeraient aussi qu’on pende les Verts, mais ils n’oseraient jamais le dire aussi directement. La justice le leur interdit.

En Allemagne aussi, les juges ont été saisis à propos de ces messages d’une rare violence. La campagne a été retoquée, dans une première ville, par un tribunal, mais autorisée à Zwickau, grosse bourgade de 90 000 habitants. Les juges estiment qu’interdire cette campagne serait une atteinte à la liberté d’expression. Le tribunal a cependant assorti la décision d’une condition, que les affiches appelant à la pendaison des militants écologistes soient placardées à plus de 100 mètres des affiches des Verts, car l’Allemagne est en pleine campagne électorale pour la succession d’Angela Merkel.

Face à ce jugement, plusieurs partis politiques de la région ont décidé de réagir sur le terrain. Ils devaient, la nuit dernière, placarder des affiches des Verts à peu près partout dans Zwickau, obligeant, de ce fait, la police à décrocher toutes les affiches « Pendez les Verts » devenues illégales, car situées à moins de 100 mètres. 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le jeudi 16 septembre 2021

mercredi 15 septembre 2021

Cinéma - Cauchemar de veuve


Une grande maison isolée entre forêts et lac. Toute l’angoisse de La proie d'une ombre, film de David Bruckner, est contenue dans cette bâtisse d’architecte en bois. Elle aurait pu être lumineuse, bruyante des cris et chahuts des enfants du couple formé par Beth (Rebecca Hall) et son mari Owen (Evan Jonigkeit). C’est au contraire une sorte de tombe où tous les cauchemars prennent forme. Beth, professeur, rentre chez elle tout habillée de noir. Elle vient d’enterrer son mari. Il s’est suicidé. Au milieu du lac. Sans raison. 

Double vie

Elle tente de comprendre pourquoi ce geste. Se repasse les vidéos du mariage ou de la construction de la maison. Le temps du bonheur. Abusant de l’alcool, clairement dépressive, Beth croit entendre du bruit dehors. Sur l’embarcadère. Puis c’est une radio qui s’allume en pleine nuit. Son téléphone reçoit des messages. Cartésienne et pragmatique, elle commence pourtant à se demander si les fantômes n’existent pas. Et c’est en cherchant des signes dans le quotidien d’Owen qu’elle découvre sa double vie, ses pires déviances. Le cauchemar actuel a débuté il y a très longtemps sans qu’elle s’en aperçoive. 

Le film repose à 99 % sur les épaules de Rebecca Hall, parfaite dans la peau de cette femme navigant entre désespoir, rébellion et envie de se venger.

"La proie d'une ombre", film américain de David Bruckner avec Rebecca Hall, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit

De choses et d’autres - Les smoothies de la discorde

Peut-on mélanger irrévérence et commerce ? Visiblement non. Du moins pas en France. La marque de smoothies allemande True Fruits (vrais fruits) s’est spécialisée dans l’emballage iconoclaste. En fonction de l’actualité ou du pays, les bouteilles sont gravées, comme pour des éditions spéciales.

Pour cette rentrée 2021, à destination des élèves, True Fruits a transformé la bouteille en mur recouvert de graffitis. Pas des gentils smileys mais de ces messages que l’on peut lire parfois sur les murs ou toilettes publiques. Pas distingués du tout, même carrément très vulgaires comme « Céleste à poil », « Fuck le système » sans oublier les dessins simplistes d’étrons ou de sexe en érection.

En vente dans plusieurs magasins français, c’est Monoprix le premier qui a retiré ces produits après qu’un syndicat de police a découvert, bien en évidence sur la bouteille, un « ACAB », acronyme définitif pour ceux qui détestent la police. Le produit ne se contentait pourtant pas des policiers puisqu’on peut lire aussi cette pensée lumineuse « Celui qui lit ceci est un bâtard ».

Cette mauvaise publicité (les appels au boycott se multiplient depuis le début de la semaine) ne doit pas cacher les autres trouvailles de True Fruits. Notamment un bouchon « moulin à épices » qui est « parfait pour toutes les herbes. TOUTES. » Sur la photo, pas de doute, on se trouve devant des herbes très odorantes mais aussi très interdites en France.

Enfin dans le genre sous-entendu graveleux, ne manquez pas le petit film sur le compte de la société montrant une banane être enfoncée dans une bouteille pleine de smoothie à la banane. Le tout filmé au ralenti avec cette remarque « C’est satisfaisant quand tout rentre d’un coup hein ? » Mais quel tact, quelle délicatesse… 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 15 septembre

mardi 14 septembre 2021

Cinéma - Anaïs, bulldozer d’amour

Après son mari, Émilie (Valeria Bruni Tedeschi) tombe sous le charme d’Anaïs (Anaïs Demoustier). Haut et court

Elle court sans cesse. Car elle est pressée. Et toujours en retard. Anaïs (Anaïs Demoustier) est une jeune femme hyperactive. Mais totalement immature et improductive. Le premier film de Charline Bourgeois-Tacquet est avant tout le portrait d’une femme dans son époque. Libre, indécise, ouverte à tout. Surtout à l’amour. Mais cette thésarde qui n’arrive pas à terminer ses études, dans le tourbillon de sa folle vie, se pose beaucoup de questions. Elle n’arrive pas à payer son loyer. Normal, l’appartement est trop grand. Elle devait y vivre avec son amoureux, mais le couple, elle ne s’y fait pas. Depuis elle papillonne. Lors d’une soirée chez une amie qui vient d’annoncer son mariage, elle rencontre Daniel (Denis Podalydès), éditeur qui a presque l’âge du père d’Anaïs. Elle couche avec lui alors que ce dernier affirme que c’est la première fois qu’il trompe sa femme Émilie (Valeria Bruni Tedeschi). Quand Anaïs découvre la photo de cette dernière, elle va trouver Daniel bien fade et fera tout pour rencontrer cette romancière. 

Les amours d’Anaïs est clairement composé de deux parties. La première montre une jeune femme indécise, virevoltante au risque de se brûler les ailes face à la rigueur de la vie et aux exigences des hommes. Mais, dès qu’Émilie entre en scène, Anaïs se transforme en bulldozer de l’amour. Elle fait tout pour entrer dans le cercle de la romancière, la séduire, tenter de la conquérir. Une gamine de 25 ans qui fait la cour à une quadra ayant déjà beaucoup vécu, tel est le thème de cette seconde partie du film, la plus belle et lumineuse. Comme s’il fallait gommer les hommes du récit pour qu’enfin Anaïs et Émilie découvrent la véritable passion. C’est beau, tourné avec délicatesse et très universel.

Film de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès



De choses et d’autres - Voir le bon côté des choses

Stop au pessimisme. Arrêtons de ne voir que le côté négatif. Parfois, la pire nouvelle peut cacher une opportunité insoupçonnée. Prenez ce gamin en Gironde, privé de repas à midi et ramené manu militari chez lui car sa mère ne paye plus la cantine.

Si ça se trouve, la cuisine est meilleure à la maison. Combien d’entre vous ont, à un moment donné de leur enfance, détesté les épinards servis avec les steaks hachés desséchés ?  

Le réchauffement climatique ? Pourquoi ne pas en profiter pour adapter les cultures. En 2150, plus de vignes dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales (le vin de Norvège est définitivement meilleur), par contre le roseau sauvage a laissé la place à la canne à sucre, le melon audois « première fleur » aux ananas.

Sur les contreforts des Pyrénées, de gigantesques plantations de cannabis inondent le marché européen qui a voté la légalisation complète et sans restriction en 2097.

Au large, au niveau des éoliennes flottantes, des hôtels touristiques se sont construits. Bungalow sur l’eau avec possibilité de nourrir les requins blancs qui pullulent désormais dans cette mer chaude.

De toute manière plus personne ne peut bronzer sur les plages. L’érosion les a presque fait disparaître et surtout elles sont colonisées par des crabes bleus de plus en plus gros, de plus en plus agressifs.

Quant au Covid, il est totalement éradiqué de la région trois ans après qu’un petit génie a créé des moustiques modifiés génétiquement. En piquant les humains, ils injectent ce qu’il faut de vaccin. Les antivax ont beau jouer de la tapette, l’insecte tant redouté a toujours le dernier mot et deviendra ainsi le sauveur de l’Humanité. Lui que tout le monde voudrait exterminer aujourd’hui.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 14 septembre 2021

lundi 13 septembre 2021

BD - Rire avec Honoré de Balzac


Moins connus que sa Comédie humaine, quatre Contes drolatiques d’Honoré de Balzac viennent d’être adaptés par Paul et Gaëtan Brizzi. Des histoires osées, en hommage à Rabelais. En noir et blanc, au crayon, ces planches très fouillées nous plongent dans la vie de religieux et autres nobles du XVe siècle en Touraine

Dans La belle Impéria, un jeune moine craque face à la beauté d’une jeune intrigante. Beaucoup de sexe également dans Le péché Véniel où une sénéchale va se faire engrosser par son page. C’est leste, sans être vulgaire, joyeux et effectivement souvent drolatique.   

« Les contes drolatiques », Futuropolis, 21 €

De choses et d’autres - De l’inclinaison du béret

Encore un drôle de samedi sur les chaînes d’information en continu. En plus des manifestations contre le pass sanitaire (de plus en plus violentes au vu des images de Toulouse), on a eu droit, quasiment en direct live, à la sortie de prison de Damien Tarel.

Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, Damien Tarel, 28 ans, a pour seul fait d’armes d’avoir giflé le président Macron en juin dernier dans la Drôme. Condamné à de la prison ferme, quand Damien Tarel sort, les micros se tendent devant lui, permettant ainsi de cautionner un acte de violence. Car une gifle, même mal donnée, reste une agression physique. Bien sûr, le fraîchement libéré ne regrette rien.

Preuve que la prison, malheureusement, ne sert pas à grand-chose dans ces cas précis.

Royaliste assumé, il ose déclarer en direct « le peuple est muselé ». Double paradoxe. Le peuple ou le roi, faut choisir. Et puis le peuple est peut-être muselé, mais lui au moins peut s’exprimer sans le moindre filtre en direct à la télé nationale.

Enfin le pire dans cette interview, réalisée juste avant qu’il ne rejoigne la manif contre le pass sanitaire, c’est le béret qu’il arborait sur la tête. Pas le béret traditionnel, celui qui n’a jamais quitté la tête de mon père par exemple, mais un large couvre-chef, savamment incliné, comme mis à la verticale. Certains y ont vu un hommage aux chasseurs alpins. Mais d’autres, à bien y regarder, y ont plutôt vu un signe de ralliement à la Milice de sinistre mémoire que le gifleur-star a exhibé en toute sérénité.

Décidément, un drôle de samedi qui s’est terminé par Zemmour chez Ruquier. Je sens qu’elle va être longue et pénible cette période électorale. 

dimanche 12 septembre 2021

BD - Notaire blues


Comment transformer la retraite de notaire de province en aventure à travers le monde ? Mark Eacersall et Sylvain Vallée ont la solution : lui donner un voisin qui a passé sa vie à bourlinguer à travers le monde. Le premier écoute les histoires du second. 


Mais quand ce dernier meurt, le petit notaire déprime puis découvre que son ami avait peut-être un fils caché. Il va donc se lancer à la recherche de l’héritier en débutant par Tananarive, la ville de naissance du voisin baroudeur. Mais rapidement, l’Etat-civil va parler et le notaire découvrir que la grande aventure, parfois, se déplace jusque chez vous.   

« Tananarive », Glénat, 19,50 €

De choses et d’autres - Pensées d’un très lointain passé

Pour faire rire, le plus simple est de rapprocher des opposés. La confrontation est souvent détonante et source de gags innombrables. Marc Dubuisson au scénario et Régis Donsimoni au dessin ont mélangé de la philosophie avec des dinosaures.


Cela donne un recueil intitulé Les Philosaures publié dans la collection Pataquès. Ces dinosaures se posant de grandes questions existentielles ont tendance à oublier dans quel milieu ils vivent. Notamment les grands carnivores, beaucoup moins portés sur l’« être ou ne pas être » que sur le « j’ai faim, je te mange ».

Les auteurs jouent régulièrement avec l’appétit de ces bestioles jamais rassasiées. Exemple de dialogue entre deux carnivores : « Tu t’es demandé si la beauté était un concept relatif ou mesurable ? » « Tu sais, moi tout ce m’importe c’est la beauté intérieure. » « Comme la fraîcheur des tripes par exemple ? » « Foie, boyaux, intestins… je ne suis pas difficile ».

Toute la force de ces gags c’est qu’ils peuvent parfaitement fonctionner si l’on remplace les grosses bestioles disparues par deux humains. Comme si la BD était un miroir qui nous transformait en monstres des temps anciens. Mais ne sommes nous pas déjà les monstres des temps nouveaux ? Qui comme les dinosaures sont appelés à disparaître un jour ou l’autre.  

L’album « Les Philosaures » de Marc Dubuisson et Régis Donsimoni est édité chez Delcourt et coûte 9,95 €

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le samedi 11 septembre 2021

 

samedi 11 septembre 2021

BD - Chez l’ogre et « Absolument normal »


Le concept est assez étonnant. Alors que les superhéros envahissent tous les champs de notre imaginaire. Dans ce monde créé par Kid Toussaint, tout le monde est doté d’un pouvoir. Les rares qui sont normaux sont placés aux bans de la société. Cosmo est Absolument normal et pour lui les ennuis débutent. 

Enfermé, il s’avale mais dans sa fuite il va croiser la route d’Oger, un géant qui l’aide mais retient sa fille prisonnière. Le 2e épisode de la série dessinée par Martusciello et Pizzetti creuse encore plus cette thématique de la perception de la normalité.

« Absolument normal » (tome 2), Dupuis, 9,90 €