jeudi 3 juin 2021

Cinéma - “Des hommes” perdus dans une guerre oubliée

La guerre d’Algérie a laissé des traces indélébiles et des traumatismes cachés dans toute une génération de Français.

Les jeunes appelés français Feu de Bois et Février (Yoann Zimmer, Félix Kysyl) chargés de ramener au camp le corps d’un médecin torturé à mort par les fellaghas. Artemis Productions / David Koskas


Si les films sur la guerre d’Algérie se multiplient, ils ont rarement cette force et cette rage présentes, de bout en bout, dans Des hommes, réalisation de Lucas Belvaux. Le cinéaste belge place une nouvelle pierre à son édifice filmique très politique. Après la dénonciation de la normalisation de l’extrême droite dans Chez Nous, il revient sur le passé douloureux de la France coloniale et son pire cauchemar : la guerre d’Algérie. 

Loin de signer un film manichéen, il propose aux spectateurs de prendre en considération toutes les conséquences de ce que les autorités françaises ont longtemps considéré comme de simples « événements », parvenant même à en persuader les principaux intéressés, les appelés français. 

Le film se déroule sur deux époques distinctes. De nos jours, dans un petit village du centre de la France et en 1960, en Algérie, Feu de Bois (Gérard Depardieu) se rend à l’anniversaire de sa sœur. Il y retrouve quelques anciens amis dont Rabut (Jean-Pierre Darroussin). Feu de Bois, alcoolique et violent, provoque un esclandre avec un Maghrébin installé depuis des décennies dans ce petit bout de France profonde. Rabut, terrorisé, n’ose pas intervenir. Pour comprendre comment ces deux hommes sont devenus, pour l’un, intolérant ; pour l’autre, lâche. Des hommes raconte leur séjour en Algérie. 

Représailles sanglantes

Depuis leur campement, dans l’arrière-pays, ils harcèlent les fellaghas du FLN. Une guerre qui passe aussi par la terreur imposée aux populations civiles. Et quand un médecin français est victime d’une embuscade, les jeunes soldats français se déchaînent dans des représailles qui font dire à l’un d’entre eux qu’ils agissent comme les Allemands à Oradour. Pourtant, aucune guerre ne ressemble à une autre. La guerre d’Algérie n’a rien à voir avec la Libération de la France de l’emprise nazie. Pas plus qu’elle ne ressemble à la boucherie de Verdun. Pourtant, on y retrouve ce dénominateur commun, au centre du film : les hommes, quels qu’ils soient, d’un camp comme de l’autre, ressortent d’une guerre, au mieux plein de remords, au pire, comme Feu de Bois, complètement détruits psychologiquement. 

"Des hommes", film de Lucas Belvaux d’après le roman de Laurent Mauvignier avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl



De choses et d’autres - Le numéro de trop ? 

Il y a toujours eu dans les gouvernements des ministres plus médiatiques que les autres. Par contre c’est la première fois depuis longtemps que des personnalités ne sont connues que pour leur sorties médiatiques et jamais pour leur travail gouvernemental. La championne toute catégorie reste Marlène Schiappa.

 

Plus forte que Nicolas Sarkozy, celui qui a élevé au rang d’art l’omniprésence médiatique quand il était au ministère de l’Intérieur ou Gérald Darmanin, élève du premier et un peu supérieur hiérarchique de la Ministre délégué, chargée de la Citoyenneté.

Une starification qui lui donne l’occasion, en tant que candidate aux régionales en Île de France, de lancer un service tout simplement baptisé « Allô Marlène ». Un numéro de téléphone où on tombe, en théorie, directement sur la ministre et candidate.

Mais contrairement au célèbre « Allô Macha » qui ne fonctionnait que la nuit à la radio, c’est 24 h sur 24 que l’on peut joindre Marlène.

Évidemment elle ne vous répondra pas. C’est surtout un répondeur qui permettra aux équipes d’En Marche de prendre connaissance du climat électoral. Car je crains qu’il n’y ait plus de critiques sur ce numéro que d’encouragements ou de véritables questions.

Marlène Schiappa qui est une seconde fois au centre d’une nouvelle affaire médiatique. BFM a révélé qu’on lui a dérobé le disque dur d’un de ses ordinateurs au ministère de l’Intérieur. Un cambriolage chez le premier flic de France, cela fait toujours mauvais genre.

Et qui a osé faire ça ? D’autant que c’est pour rien selon Marlène qui a précisé qu’il n’y a « absolument aucune donnée importante » dans la mémoire dérobée. Mais alors qu’y a-t-il dans ce disque dur ?

Sur les réseaux sociaux beaucoup se sont amusés à imaginer les fichiers piratés : Les messages enregistrés pour le répondeur d’Allô Marlène ? Sa recette pour avoir de beaux cheveux bien lissés ? Le manuscrit de son prochain livre intitulé « Marlène 2027 » ? Le plus méchant reste cet abonné de Twitter qui prétend qu’il n’y a rien en dehors des enregistrement des milliers de parties de démineur.

mercredi 2 juin 2021

BD - Plaisir obligatoire dans un futur libidineux


Dans un futur proche, la société est divisée en deux castes : les Ugs (moches comme uggly) quasiment les esclaves des Swiits qui, à l’opposé, sont beaux et ont tous les droits. Pour ces derniers, la jouissance est devenue un droit.

Dans une ville de Montpellier devenue capitale du plaisir, un institut soigne ceux qui ont des difficultés à jouir naturellement. Un programme virtuel nommé Even est destiné à apporter le plaisir à tous. 

Mais il y a des réticents, comme ce veuf qui ne se remet pas de la mort de sa femme.  Zidrou signe une histoire étonnante du début à la fin, avec intrigue policière, romance impossible et surtout déshumanisation de cet amour devenu si rare

Au dessin, Alexeï parvient à illustrer sans vulgarité ces scènes très sexuelles. 

« Even », Delcourt, 18,95 €

De choses et d’autres - Adieu à un pionnier du net

Si l’Humanité est un nouveau-né qui n’a pas encore poussé son premier cri en comparaison à l’apparition de la vie sur la planète Terre, qu’en est-il d’internet ? Cet incroyable « machin » a pris une place prépondérante dans notre vie alors qu’il y a à peine 40 ans il n’existait pas pour 98 % de la population.

Une jeunesse qui n’empêche pas les premières morts de vieillesse.

Microsoft, la société tentaculaire qui a imaginé Windows, vient d’annoncer officiellement que son navigateur Internet Explorer ne serait plus développé et cesserait définitivement de fonctionner en juin 2022.

Pourtant, en 2000, Internet Explorer occupait 96 % du marché. Il avait terrassé son concurrent Netscape et régnait en maître absolu dans les foyers de plus en plus accros au net. Une position dominante et un manque d’adaptation aux nouvelles découvertes lui ont été fatals.

Firefox, le premier, a titillé le monstre. Même si à l’époque le débit était très lent, on constatait immédiatement une rapidité accrue quand on passait sous le pavillon du renard de feu. Et quand Chrome est apparu, la messe était dite. Car, en plus d’être vieillot, Internet Explorer plantait régulièrement.

J’ai basculé, comme d’autres, quand, travaillant au service internet du journal, j’ai dû répéter des dizaines de fois à des lecteurs mécontents que « si, lindependant.fr fonctionne parfaitement. Mais pas sous Internet Explorer. Passez sous Chrome, Firefox ou Safari et vous retrouverez tous les articles et commentaires du jour. »

Ainsi je recommande une dernière fois aux hommes de Cro-Magnon qui surfent toujours sous Internet Explorer de changer de crémerie. Vous verrez votre horizon virtuel se dégager comme par miracle. 

mardi 1 juin 2021

BD - La grande aventure estivale de Titeuf


Le nouvel album de Titeuf, le génial gamin imaginé par Zep qui en a vendu des millions d’exemplaires, est une histoire complète. Nous sommes au début des vacances, Titeuf doit aller à la colonie de vacances du bois des ours. Un crève-cœur lui qui espérait tant intégrer le camp jeu vidéo… 

Dans une forêt, il va devoir camper avec des inconnus, filles et garçons et affronter les dangers de la nuit noire et de la baignade en rivière. Sans compter l’odeur des pieds de Jimmy et les boules puantes distillées par Ronaldo. Pas gai tous les jours. 

Par chance, Titeuf découvre dans l’encadrement celle qui sera la femme de sa vie, Louane, si belle, si gentille… si âgée. Zep retrouve la verve des premiers titres, avec situations embarrassantes pour Titeuf, hilarantes pour le lecteur.

« Titeuf » (tome 17), Glénat, 10,95 €

De choses et d’autres - Les ministres aussi ont des chagrins d’amour

Samedi soir, au concert d’Indochine à Paris, en plus de 5 000 cobayes composant le public, on dénombrait quelques personnalités dans l’assistance. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot (qui avait obtenu un passe-droit, puisque le spectacle était normalement interdit aux plus de 45 ans), et son collègue Olivier Véran, chargé de la Santé.

Ce dernier a publié une petite vidéo sur son compte Twitter, tournée durant le spectacle, où on le voit de dos rejoindre les premiers rangs de spectateurs et parler quelques secondes avec une fan (tatouée à l’épaule gauche). Un aparté masqué, mais très éloigné de la distanciation sociale préconisée par ses services.

Un œil averti remarquait même qu’il s’approchait très très près de la jeune femme.

Pas si étonnant, cependant, si l’on est un habitué des chroniques potins des journaux people. Car, vendredi, on apprenait que le ministre, à peine âgé de 41 ans (lui, avait parfaitement le droit de se trouver au concert), venait de rompre avec Coralie Dubost, députée de l’Hérault. La belle histoire d’amour, avec coup de foudre réciproque, a donc pris fin en plein déconfinement. Ils avaient divorcé, tous les deux, pour pouvoir s’afficher en public.

La romance au pays des marcheurs aura finalement duré trois ans. Comme l’affirme la maxime populaire.

En réalité, samedi, au concert d’Indochine, le ministre, tout content de laisser les chiffres de la pandémie au vestiaire, le temps d’une soirée, vivait sa première sortie en célibataire depuis des années. Tout le monde l'a bien remarqué.

vendredi 21 mai 2021

Cinéma - Les dérapages de « Slalom »


Dans le ski de haut niveau, il ne faut surtout pas sortir de la piste ou rater une porte en slalom au risque d’être disqualifié. Ce n’est pas Lyz (Noée Abita) qui dans ce film fait un écart malheureux, mais Fred (Jérémie Renier) son entraîneur. Ce premier film de Charlène Favier puise beaucoup dans ses souvenirs de sportive.
Sans être une pure autobiographie, le scénario utilise certains événements vécus par la réalisatrice quand elle était adolescente. 

Dans Slalom, on découvre le quotidien de Lyz, jeune skieuse prometteuse. Elle intègre un lycée sport-études ou la compétition entre jeunes est féroce, poussée par un entraîneur dur et exigeant. Entre Lyz et Fred, rapidement la tension est forte. Il menace de la virer si elle n’obtient pas de bons résultats.

Elle va alors tout faire pour le satisfaire et poursuivre ses propres rêves de podium. Fred, constatant qu’elle progresse, va s’occuper d’elle de plus en plus, la coachant personnellement. La proximité totale et permanente de Fred et de Lyz va faire basculer la situation. Comme le souligne Charlène Favier, « Peu à peu, Lyz perd la propriété de son corps, d’abord outil de performance puis objet de désir. »
Cette histoire d’emprise puis d’abus sexuel dans le milieu du sport de haut niveau vient à point nommé. Comme en écho aux nombreuses affaires actuelles. Le film, sans être trop grave, permet aux deux comédiens de briller dans des rôles compliqués, de filmer les compétitions de ski avec brio et de montrer aussi toute l’immensité et beauté de la montagne en hiver

Film français de Charlène Favier avec Noée Abita et Jérémie Renier

 

mercredi 19 mai 2021

De choses et d’autres - Travailler (trop) tue

Va-t-il bientôt falloir, comme sur les paquets de cigarettes, marquer en gros dans des cadres noirs sur les bulletins de salaire : « Travailler tue ». Le message de santé publique serait plus exactement « Travailler trop tue ».

Selon une étude publiée lundi 16 mai par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT), si vous travaillez plus de 55 heures par semaine vous augmentez de façon exponentielle vos risques de faire un AVC (accident vasculaire cérébral) ou une crise cardiaque. Des chiffres qui feraient peur s’ils étaient un tant soit peu réalistes. Car franchement, qui, en France travaille plus de 55 heures par semaine ?

Étonnamment, ils sont sans doute beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit. Car 55 heures hebdomadaires cela ne représente que 11 heures quotidiennes sur 5 jours ouvrables. Contrairement aux idées reçues qui prétendent que les Français et leurs fameuses 35 heures ne se tuent pas à la tache, les exemples sont légion des professions qui dépassent allègrement la limite dangereuse.

Les agriculteurs, par exemple, travaillent en trois jours autant qu’un fonctionnaire en une semaine (en un mois disent les plus médisants). Actuellement, tout métier dans le secteur de la santé explose sa durée de travail. Les policiers aussi sont sur la brèche, sans oublier les politiciens, surtout en période d’élection. Dans cette catégorie, plaignons ceux qui incapables de se positionner avec clarté, soutiennent deux listes et doivent faire le double de travail de persuasion.

Dans le bâtiment, la foire aux heures sup va être de mise pour rattraper les retards et même dans l’enseignement tout le monde va devoir travailler plus, toujours pour rattraper le retard dans les programmes causés par les confinements successifs.

En fait, il ne reste plus qu’une catégorie de métier qui n’a aucune chance de faire un AVC pour cause de surmenage : les patrons et employés de boîtes de nuit. Eux, cela fait plus de 18 mois qu’ils ne font plus rien. Mais pas sûr que cela leur procure la moindre satisfaction. 


mardi 18 mai 2021

De choses et d'autres - Étrange pénurie de boissons sucrées

Parfois, je m’imagine être dans la tête d’un complotiste, conspirationniste ou autre énergumène qui doute de tout et reste persuadé « qu’on nous ment ». Hier matin, en faisant mes courses dominicales, je constate, comme tous les autres jours de la semaine passée, que le rayon du Coca Zéro est désespérément vide. Même le cola sans sucre de la marque du supermarché est désert.

C’est là que je me transforme en paranoïaque de première. Quel est l’ingrédient qui manque à ce point pour provoquer la paralysie des chaînes de production ? Je pense, évidemment, à l’édulcorant.

Et dans ma tête de complotiste temporaire, par cette mécanique étrange et complexe, mêlant bêtise et ignorance, je me dis que cela a forcément un rapport avec la pandémie. Première hypothèse, celle du gravement atteint : l’édulcorant permet de soigner le Covid-19. Et comme on est persuadé, dans notre délire de persécution, que cette maladie a été inventée par les puissants qui dirigent le monde en secret, logique qu’ils retirent du marché ce médicament si bon marché.

Dans ce cas, vu les litres qu’on a ingurgité, mon épouse et moi, depuis l’apparition du virus, on est immunisé pour deux siècles.

Les cerveaux moins dérangés se demandent si l’édulcorant n’est pas un des ingrédients nécessaire à la fabrication des vaccins. D’où la rupture de stock de Coca, moins « essentiel » que le vaccin.

À moins que, plus prosaïquement, mais les complotistes détestent cet adverbe, l’absence de Coca Zéro dans mon supermarché découle d’un vieux conflit commercial, en cours de règlement, par chance, entre le fabricant et le distributeur. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant)


lundi 17 mai 2021

BD - Tatouages magiques


La magie a besoin d’un support. Dans Marqués, série de comics de David Hine et Brian Haberlin, ce sont les tatouages. Les jeunes qui ont un potentiel, sont marqués d’un glyphe leur donnant un pouvoir particulier.

On découvre cette école particulière grâce à Saskia. Elle vient d’être marquée, mais a fait confiance à Liza, une Marquée dissidente. Liza qui doit fuir et offrir ses services au gouvernement qui voit dans les glyphes des armes redoutables. 

«Marqués» (tome 1), Delcourt, 15,95 €