lundi 13 novembre 2017

Livres de poche - Redécouvrir deux classiques de la science-fiction

Lagash est une planète dont les habitants ne connaissent pas la nuit puisque leur système solaire est composé de six soleils. Or, voici venir un événement terrifiant : le crépuscule tombe sur Lagash. « Quand les ténèbres viendront » est souvent considéré comme le meilleur recueil d’Isaac Asimov. Une somme qui permet de découvrir ou redécouvrir l’extraordinaire talent de ce géant de la science-fiction.

➤ « Quand les ténèbres viendront », Folio SF, 9,80 €.

Toronto, ville tentaculaire. Au cœur de cette métropole se niche une petite librairie plutôt étrange : Finders. Vous y trouverez sans aucun doute les livres que vous cherchiez depuis toujours et aussi, qui sait ?, certains que vous n’imaginiez même pas. Avec ce recueil de neuf nouvelles, Robert Charles Wilson nous offre une œuvre très personnelle, véritable déclaration d’amour à la science-fiction.

➤ « Les Perséides », Folio SF, 8,20 €

De choses et d'autres - Nutella originel

Il y a des monuments auxquels il est risqué de s’attaquer. Je ne parle pas du général De Gaulle mais de la recette du Nutella, célèbre pâte à tartiner au chocolat. Il est de bon ton de la critiquer ouvertement, notamment en raison de la forte teneur en huile de palme dans la recette. Mais en secret, tout le monde aime en tartiner un morceau de pain frais, voire plonger le doigt dans le pot et le lécher avec gourmandise. Bref, comme tout ce qui est bon sur le moment mais aux conséquences désastreuses sur le long terme, le Nutella déclenche des passions souvent injustifiées et encore moins compréhensibles.

Dernier épisode en date, des consommateurs allemands au palais particulièrement fin, ont trouvé que le goût du produit avait quelque peu changé. Une saveur un rien moins chocolatée selon ces experts. Alors ils ont regardé sur l’étiquette et ont déchiffré la liste des ingrédients et ont constaté en comparant avec un vieux pot, que le pourcentage de lait écrémé en poudre est en nette hausse. De 7,5 % elle passe à 8,7 %. En conséquence, la teneur en sucre est plus importante alors que la matière grasse est en légère baisse.

Toute recette doit évoluer, mais cela semble un peu trop pour les accros au Nutella. Ils ont commencé à ruer dans les brancards, regrettant que la pâte soit moins foncée, que le cacao ait forcément diminué. Bref, que c’était mieux avant... Reste à connaître l’élément déclencheur de cette modification de la recette. Pour des spécialistes, la gastronomie n’y est pour rien. Il s’agit simplement de réduire les coûts de fabrication en augmentant la part du produit pas cher (le lait) au détriment de celui qui augmente (le chocolat). D’ordinaire, le consommateur ne remarque même pas ces variations. Sauf certaines papilles allemandes exigeantes en matière d’authenticité. 

Roman - Les dérives des utopistes dans "Islanova"


La littérature aborde souvent des sujets politiques. Mais pas frontalement. les auteurs préfèrent s’inspirer de la réalité pour mieux dérouler leur intrigue étonnante, forcément étonnante. « Islanova » est de cette veine. Ce pavé conséquent de près de 800 pages est un thriller sans le moindre temps mort, mais nourri de l’actualité. On retrouve un peu de Sivens avec un soupçon de Notre Dame des Anges dans la formation d’une utopie au prix de nombreux sacrifices.

Sans doute car ils aiment travailler ensemble, car ils sont en couple, Jérôme Camut et Nathalie Hug placent toujours la cellule familiale au cœur de leur histoire. Une famille recomposée dans le cas de Julian et Vanda. Un ancien policier devenu garde à l’ONF. Une femme active, responsable de la sécurité au parlement européen de Strasbourg. Julian a une fille, Charlie. Vanda un garçon, Leny. Ils vivent tous les quatre ensemble depuis 10 ans. Les deux gamins, devenus adolescents se considèrent comme frère et sœur. Pourtant, un matin, Julian les dé- couvre au lit. L’amour est plus fort que les remariages.

Un début un peu déstabilisant mais essentiel pour comprendre pourquoi Charlie et Leny fuient et partent se cacher sur l’île l’Oléron, au cœur d’une ZAD (zone à défendre) contre un gigantesque complexe touristique chinois. Si Leny est sceptique sur l’utopie des membres de l’armée du 12 octobre, Charlie s’enflamme pour eux. Et quand les CRS chargent, tout dégénère ; la jeune fille fait le choix de la résistance armée.

Dictateurs cachés

Multitude de personnages, scènes chocs, un peu de science-fiction (avec une intelligence artificielle qui pourrait tout à fait déjà exister), des trahisons et de la folie collective : « Islanova » est de la veine des grands thrillers. Sa longueur et sa richesse de situations contrastées en fait la base d’une série possible.

Reste en filigrane le message passé part les auteurs. Compréhensifs pour les zadistes idéalistes, ils sont sans pitié pour ceux qui en fait n’y voient qu’une autre façon de s’approprier le pouvoir. Certains leaders charismatiques sont des dictateurs cachant leur jeu. Au contraire, la police peut parfois se révéler très humaine. Rien n’est blanc ou noir. Le mal comme le bien prospère dans toutes les couches de la société.

➤ « Islanova » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, Fleuve Noir, 22,90

samedi 11 novembre 2017

De choses et d'autres - Shocking or not shocking ?

Première en Angleterre : une femme va pouvoir franchir le seuil du très select Savile Club et participer aux réunions. Les féministes déchantent cependant, ce n’est pas une décision de mixité qui va permettre à cette femme d’une trentaine d’années de participer aux réunions et soirées de ce très réputé club de gentlemen londoniens. La règle est simple : entre hommes depuis toujours, entre hommes pour toujours.

En réalité la femme qui aura l’insigne honneur de rejoindre le gratin british, était déjà adhérente depuis quelques années. Adhérent exactement. Car à l’époque, elle était il. Le nouveau membre en jupe, il y a quelques temps, était un homme. Il vient de changer de sexe. Face à ce dilemme, le comité de direction a décidé que ce père de deux enfants, avait le droit de rester au sein du club à l’issue de son processus de transformation. Une première mais qui ne changera pas les us et coutumes du Savile Club. Il est toujours totalement interdit à une femme de rejoindre ce cercle créé par des artistes londoniens de l’époque dont quelques écrivains mondialement célèbres comme Kipling ou Wells. La parité, donc, on attendra. Et sans doute très longtemps.

Par contre il n’est pas sûr et certain que la nouvelle membre soit la première à se rendre au club en jupe. Particularité britannique, les hommes restent entre eux mais n’ont pas peur de dé- laisser les pantalons pour des tenues plus aérées. Un Écossais, tout en restant très viril, peut se balader en jupe. En kilt plus exactement. Reste la dernière interrogation en plein dans l’actualité. La seule femme du club risque-t-elle d’être harcelée par ses collègues hommes, même s’ils savent à quoi elle ressemblait auparavant ?

mercredi 8 novembre 2017

DVD - Le meilleur du bouquet télé Groland

Depuis un peu plus d’un an, le Groland se décline tous les samedis soirs sur Canal +, en clair, sous forme d’un zapping. Le Zappoï, nom de la pastille hebdomadaire concoctée par Jules-Edouard Mostic et ses camarades déjantés (Benoît Delépine, Gustave de Kervern…). Pour ces fêtes de fin d’année, offrez-vous ce petit bonheur de passer 90 minutes devant les sketches et parodies d’émissions. Que du très bon puisque c’est le meilleur qui a été repris.

■ Un Grométrage en bonus

Le pire aussi, dans le bon sens du terme car les hommes du Groland n’ont pas froid aux yeux. Non seulement ils se moquent de leur patron Vincent Bolloré (Grolloré dans le Zapoï), mais aussi de la politique française. On apprécie ces pastilles sur la campagne des présidentielles. Un peu de Hollande, une bonne louche de Fillon et ce sketch d’anthologie de « Jupépé chez les nudistes » qui résume à lui tout seul tout le drame de la désignation du candidat de droite.

En bonus dans le premier DVD, la maquette de la première émission du Groland. Un conseil des ministres où on retrouve le président Salengro mais aussi Moustic et Delépine. Avec en plus quelques visages connus comme le professeur Rollin en Premier ministre obséquieux, Alexandre Pesle, ministre de la Culture lèche-bottes et Jean-Marie Gourio à l’Intérieur, qui l’eut cru ?

Enfin, cerise sur le gâteau (ou plutôt, étron sur le rôti de porc si l’on veut rester dans l’esprit Groland), découvrez le « Grométrage », sorte de comédie foutraque avec deux allumés en vedette (Gérard Touillon et François Neycken), chômeurs professionnels testant tous les métiers possibles et imaginables, de lobbyistes à journalistes localiers en passant par empailleurs.

Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est dans l’esprit : gros et gras. Succulent quoi.

➤ « Le Zapoï », Studiocanal, 19,99 € le coffret. 

De choses et d'autres - Le zoo de nos campagnes

Nos campagnes vont-elles devenir des zoos ? Avec en attraction les derniers paysans exhibés comme les indigènes des colonies françaises lors de l’Expo universelle de Paris au début du XXe siècle. Ou, plus proche de nous, tels les peuples reculés de pays encore plus perdus, confrontés à la visite d’une « célébrité » française durant une semaine, avec une armée de cameramen chargés de mettre en boîte l’émission «En territoire inconnu». Frédéric Lopez, sans doute lassé de prendre l’avion (ça lui fait gonfler les chevilles. Au moins autant que la tête), a décidé de décliner son émission… en France.

Le journal « Le Parisien » a présenté hier en exclusivité un reportage sur le tournage du premier numéro de « Nos terres inconnues » diffusé, en principe, au printemps prochain sur France 2. Le concept est le même, mais au lieu de propulser le « people » chez les Pygmées, les Inuits ou sous les huttes d’une tribu perdue du fin fond de l’Amazonie, il est immergé dans une région française en voie de désertification. Pour la première, un comique issu de la banlieue, Malik Bentalha, se trouve mis en présence d’une famille de paysans lozériens.

En fils d’ouvrier agricole qui a longtemps conduit les vaches au pré le matin en partant à l’école, je me sens tout à coup du mauvais côté de la barrière. Si l’émission avait été tournée il y a 40 ans, j’aurais été ce curieux spécimen. Capable de traire une vache, de conduire un tracteur pour rentrer les foins, de dépecer un lapin, de trouver des champignons, de me contenter de châtaignes grillées pour tout repas à l’automne et, comble de l’exotisme, de me satisfaire de toilettes en bois au fond du jardin. Je ne regarderai certainement pas cette émission. La nostalgie, ça n’a jamais été mon truc. Le voyeurisme encore moins. 

Récit - Anny Duperey, artiste complète grâce à sa mère

Préparez les mouchoirs. Le nouveau livre d’Anny Duperey est très personnel. Très émouvant aussi. La comédienne, également peintre à ses heures et depuis quelques années écrivain à succès, dévoile un pan secret de son enfance. Un drame. A l’âge de 9 ans, elle découvre ses parents morts asphyxiés dans la salle de bain. Un traumatisme qui la torture longtemps. Mais lui donne aussi la force pour se lancer dans des défis artistiques. Essentiellement pour suivre la voie de sa mère. Cette femme, belle et artiste dans l’âme, avait quantité de projets. Forcément inaboutis.

C’est pour elle donc qu’Anny Duperey a dansé, chanté, joué la comédie et même imaginé des romans. Comme pour conjurer cette mort tragique et précoce, marcher sur les traces du succès hypothétique de cette maman qui n’a pas eu sa chance. Un texte sensible et poignant, richement illustré de photos de la longue carrière d’Anny Duperey.

➤ « Le rêve de ma mère », Anny Duperey, Seuil, 24,90

lundi 6 novembre 2017

De choses et d'autres - Le Nobel de la Paix virtuel

L’information, futile, a pourtant fait le tour du monde la semaine dernière. Un employé de Twitter, pour son dernier jour de travail, a trouvé original de désactiver le compte de Donald Trump. Pas celui du président des États-Unis, popularisé par Barack Obama (au point qu’il ait récolté le surnom de Potus, abréviation de President of the United-States), mais le privé, celui du citoyen Trump. Un compte où le milliardaire attaque ses opposants et la presse quasiment tous les matins. Mais comme il est suivi par plus de 42 millions de personnes, la disparition dudit compte, même si elle n’a duré que 11 minutes, n’est pas passée inaperçue.

Un premier communiqué du réseau social a parlé d’un dysfonctionnement. Un peu plus tard Twitter a dévoilé le pot aux roses : un employé a volontairement fermé la boîte à messages de Donald Trump. C’était son ultime jour de présence et quitte à partir, autant le faire avec panache... Trump, qui ne s’est certainement pas aperçu de ces fameuses 11 minutes de « stand-by », a cependant réagi, dans un tweet - quoi d’autre ? - où il s’insurge des pratiques de cet « employé voyou ».

Le plus beau de l’histoire est à venir. Le. a citoyen.ne lambda ne connaît pas l’identité de cet « employé voyou», mais un mouvement sur internet est en train de grandir pour qu’il soit proposé au Nobel de la Paix. Ni plus ni moins. Car pour des milliers d’internautes, désactiver le compte de Trump c’est l’empêcher de lancer ses provocations et donc œuvrer pour la paix dans le monde. Le salarié viré est peut-être un voyou pour le président Trump, mais un héros aux yeux de milliers d’Américains qui veulent également qu’il soit réembauché chez Twitter. Et avec une promotion !

dimanche 5 novembre 2017

BD - Guerres des Amériques


La découverte de l’Amérique s’est rapidement transformée en guerre puis en génocide. Cortés, malgré sa petite armée, a fait chuter l’empire Aztèque. La séquence d’ouverture de cette nouvelle série écrite par François Armanet et dessinée par Xavier Coyère, montre la victoire finale. Il sauve de la mort la fille de l’empereur et l’adopte. 

Quinze ans plus tard, devenue une femme convoitée, elle est promise à un grand d’Espagne. Mais cette dernière, farouche et indépendante, refuse cette union forcée. Elle trouvera le salut dans la fuite en compagnie de Marcos, un jeune prêtre dominicain et d’un soldat maure. Grande aventure, humanité, paysages grandioses du Mexique désertique : tout est à garder dans cette BD.

➤ « Le nouveau monde » (tome 1), Dargaud, 13,99 € 

BD - Giacomo C., le séducteur est de retour


Le plus grand séducteur de la bande dessinée est de retour. Dix ans que Giacomo C., personnage énigmatique imaginé par Jean Dufaux et dessiné par Griffo avait déserté les librairies. Il est de retour à Venise après quelques années passées à Corfoue et ailleurs. 

Les auteurs restent évasifs sur son absence. Comme pour se garder des ouvertures pour un prolongement possible de sa série. Dans ce nouvel album, Giacomo a disparu durant cinq ans. Mais sa tête est toujours mise à prix et l’annonce de son arrivée provoque une effervescence dans la cité des Doges. Entre les cocus qui veulent l’occire, la police qui tente de l’arrêter et ses dizaines de maîtresses avides de retourner dans la chaleur de ses bras, il est très sollicité. Mais finalement c’est en espion qu’il débarque avec pour mission de démasquer un traître dans le conseil des dix

Cette nouvelle saison, grand format, rend encore plus honneur au dessin précis de Griffo qui n’a rien perdu de son brio.

➤ « Gacomo C. » (tome 1), Glénat, 14,50 €