samedi 27 décembre 2008

La cité des Jarres, polar islandais

La pluie incessante tombant sur l'Islande est le décor de cette enquête policière, véritable plongée dans un passé trouble signée Arnaldur Indridason.


L'Islande, petit pays perdu dans l'Atlantique Nord, à l'écart des modes et de la frénésie mondiale. Mais cela n'empêche pas ses habitants de se comporter comme le reste des humains sur la Terre. Erlendur, dans les premières pages de ce polar écrit par Arnaldur Indridason, ancien journaliste de 43 ans, se rend sur les lieux d'un crime. Un vieil homme vient d'être découvert dans son appartement en sous-sol, le crâne défoncé par un lourd cendrier. Le meurtrier est parti en catastrophe, en laissant la porte ouverte et un énigmatique message griffonné sur un bout de papier "Je suis LUI".

Avec ses deux adjoints, Erlendur va débuter son traditionnel travail d'investigation. Découvrir l'identité de la victime, ses habitudes, sa famille, ses possibles ennemis et en savoir un peu plus sur son passé. C'est dans cette dernière recherche qu'il va aller de surprise en surprise.

Le dénommé Holberg, chauffeur poids lourd, a déjà eu maille à partir avec la police. Mais c'était il y a très longtemps. Au début des années 60. Une jeune femme avait porté plainte contre lui pour viol. L'affaire avait été classée sans suite. Depuis il vivait tranquillement, sans faire de vagues. Erlendur, écoutant son instinct va pourtant creuser dans cette direction. Cette histoire tragique a pour cadre une Islande noyée sous la pluie. Arnaldur Indridason n'a pas cherché à embellir son pays, au contraire.

Ce polar atypique, par ses personnages et son cadre, finit cependant sur une note d'espoir, preuve que même les pires cauchemars ont une fin.

"La cité des jarres", Arnaldur Indridason, Points, 7 euros

vendredi 26 décembre 2008

Roman - Christopher Priest explore un amour invisible

Le corps meurtri après un attentat, un journaliste tente de se remémorer son dernier amour. Pas évident de se souvenir d'une femme invisible.


Christopher Priest fait partie de ces écrivains de science-fiction qui n'ont pas besoin d'engins spatiaux pour vous faire voyager dans des mondes inconnus. Dans « Le glamour », il développe son intrigue autour de l'invisibilité et de l'oubli. Richard Grey est un journaliste anglais. Cameraman réputé, il a filmé des guerres sans jamais être blessé. La mort, il l'a frôlée dans une rue de Londres. Une voiture piégée. Un simple attentat. Il était au mauvais endroit au mauvais moment. « Quelque chose m'a frappé aux reins, me projetant en avant. Il n'y a eu aucun bruit, mais j'ai violemment heurté l'encadrement en briques d'une vitrine ; le verre épais s'est brisé, les éclats m'ont arrosé. »

Le début du roman se déroule dans une maison de repos. Grey, grièvement blessé, se remet lentement. Bassin fracturé, brûlures, coupures : son corps est meurtri. Son esprit encore plus. Il a totalement oublié ce qu'il a fait les derniers mois. Une amnésie partielle très perturbante.

Vacances enchantées

Quand il reçoit la visite d'une certaine Sue Kewley, il est incrédule. Cette belle jeune femme, graphiste, affirme qu'elle était sa petite amie. Grey a beau se torturer les méninges, il ne se souvient de rien. Sue va alors lui raconter leur rencontre et les quelques semaines vécues ensemble. C'est la troisième partie de ce livre qui parfois prend des airs de romance de vacances.

Sue et Grey se rencontrent dans un train, en France. Il part en vacances, elle rejoint son petit ami, Niall, sur la côte d'Azur. Coup de foudre mutuel, ils font de multiples escales (Nancy, Dijon), s'aimant dans des hôtels impersonnels, profitant de cet anonymat. Mais plus ils se rapprochent de la Méditerranée, plus Sue est anxieuse. Elle ne veut pas que Grey rencontre Niall. Elle veut rompre seule. Grey accepte tout en se demandant à quoi peut ressembler cet homme présenté comme un écrivain fantasque et possessif.

Invisible et libre

Une belle histoire d'amour qui tourne au cauchemar quand Grey pense que Sue est folle. Elle parle seule dans la rue. Elle explique alors au cameraman incrédule que Niall est un « glam ». Le glamour qui permet à un être de se rendre invisible du commun des mortels, les « viandeux ». Elle même a été invisible dans sa jeunesse. Niall l'a séduite, notamment par sa philosophie de la vie : « Il considérait l'invisibilité comme la liberté, un avantage sur les normaux, un moyen de les espionner, de les spolier, de les dominer. » Sue va donc plonger dans le glamour avec lui, « le glamour était devenu un sanctuaire qui me protégeait du monde dur et où je me suis réfugiée. »

Sa rencontre avec Grey va tout changer. Mais elle devra faire deux fois le chemin, le persuader et se persuader qu'une vie normale est possible.

Roman fantastique allant crescendo, « Le glamour » tout en nous faisant rêver, nous ouvre des horizons nouveaux. Il est si tentant d'y croire pour expliquer ces mille petites incohérences de la vie. Trouvez les « glams » et vous expliquerez l'inexpliquable...

« Le glamour », Christopher Priest, Denoël, 21 €

jeudi 25 décembre 2008

BD - Deux doubles vies

Le second tome de cet « Atlantide Experiment » fonctionne comme le premier. Deux personnages, à des milliers de kilomètres de distance, vont vivre une expérience fantastique identique et se retrouvent dans la dernière planche, en Grèce. Aux Antilles, Betty Boren, riche, jeune et belle, va tenter d'aider un ami ayant la mafia russe aux trousses. Au même moment, en Australie, Jayden Paroz, malgré sa timidité maladive, tente de séduire la serveuse du Blue Note Café. S'il avait gagné au Loto ce serait plus simple. Or, un billet gagnant, il sait où il y en a un. Ces deux récits, rythmés et bourrés de péripéties, s'entremêlent au gré des pages, les deux personnages principaux glissant dans le temps pour se retrouver en Grèce. Mosdi, le scénariste, mélange les genres, donnant à Colak, le dessinateur, nombre de possibilité de s'exprimer graphiquement.

« Atlantide Experiment » (tome 2), Soleil, 12,90 € 

mercredi 24 décembre 2008

BD - Un père imparfait selon Bouzard


Cet album de Bouzard débute de la pire des façons : l'auteur vient d'apprendre que sa maman, victime d'une attaque, n'en a plus pour longtemps. A l'hôpital, il découvre une vieille dame affaiblie, obsédée par un secret qu'elle ne peut plus garder pour elle. « Ton père était un troll ! » Telle est la révélation qui va bousculer la vie de Bouzard. Il est très sceptique au début. L'affirmation venant d'une femme n'ayant plus toute sa tête. 

Mais après les obsèques, il remarque une couronne mortuaire confectionnée avec des branchages et du lierre. Avec des poils bruns au centre. Il fait analyser l'ADN de ces poils et découvre qu'il a la même anomalie génétique en lui. 

Sur une intrigue sérieuse et presque triste, Bouzard développe ce qui va devenir un road movie déjanté, vers la Bretagne, à la recherche d'un père poilu et fantastique.

« The autobiography of a mitroll » (tome 1), Dargaud, 10,40 € 

mardi 23 décembre 2008

BD - Parfaitement Parfait


Superbement mis en images par Alessandro Calore, dessinateur réaliste minutieux, le second tome de la série « Je suis Cathare », écrite par Makyo, plonge le lecteur dans cette période agitées du sud de la France. Les « Parfaits » cathares vont de village en village pour expliquer au peuple les préceptes de cette nouvelle religion. 

Les inquisiteurs ne sont jamais loin. Ils contrent violemment cette nouvelle évangélisation. A grand renfort de bûchers... Guilhem Roché, le guérisseur miraculeux, a retrouvé son frère, Arnaut et la belle Nita d'Olac. Retrouvailles agitées entre les deux frères car la jeune femme hésite encore dans son choix. 

Une histoire d'amour alors que le combat fait rage entre les « Parfaits » et les sbires du pape. Une série lumineuse et spirituelle, bel hommage au combat singulier des Cathares.

« Je suis Cathare » (tome 2), Delcourt, 12,90 € 

lundi 22 décembre 2008

BD - Le gang Chicou Chicou


La collection Shampooing, coordonnée par Lewis Trondheim, est devenue la spécialiste de la reprise de blogs dessinés sur papier. Après Boulet, Tarrin ou Mandel, voici les Chicou Chicou. Un groupe de jeunes créateurs (ils sont cinq), originaires de Château-Gonthier travaillant sur de l'autofiction (ils sont leurs propres héros) en cadavre exquis. 

Cela donne des récits, parfois nostalgiques et graves, souvent délirant où chacun surenchérit dans la démesure, tout en gardant une étonnante cohérence graphique malgré la différence des styles. Dans la catégorie délires ne manquez pas Super héros et Zombie. Retrouvailles ou Matin difficile sont plus tendres et réalistes. 

Au final cela fait un gros bébé de 450 pages confectionné à cinq mains. Et certains récits, non repris dans l'album, sont toujours visibles sur le site chicou-chicou.com.

« Chicou Chicou », Delcourt, 34,90 euros 

dimanche 21 décembre 2008

BD - Les débuts de Hugo Pratt


Hugo Pratt a débuté sa carrière de dessinateur de BD en Argentine. Entre 1953 et 1959 il a dessiné des milliers de planches des aventures du sergent Kirk, soldat américain ayant préféré déserter plutôt que de cautionner les massacres des Indiens en pleine conquête de l'Ouest. Quelques-unes de ces aventures sont parues en albums, mais cette fois c'est l'intégrale des histoires écrites par Oesterheld qui seront reprises en cinq volumes. 

Le premier reprend les six premiers récits parus en 1953 en Argentine. Mais la version présentée est celle de 1968. Pratt avait redécoupé et parfois redessiné des planches complètes. On trouve déjà dans la personnalité de ce héros tout ce qui fera la complexité et le charme de Corto Maltese.

« Sergent Kirk » (première époque), Futuropolis, 25 euros

samedi 20 décembre 2008

BD - Madila, prison dorée


A la fin des années 80, dans les pages de l'hebdomadaire Tintin, entre des gags de Cubitus et des histoires de Bob Morane, est apparue une étrange série signée Chantal de Spiegeleer. Dans la ville imaginaire de Madila, sorte de luxueuse station balnéaire dans l'Amérique des années 50, la belle Bacardi se transforme lentement en une réincarnation de Louise Brooks. 

Inclassable, cette BD a été suivie de quatre autres albums se déroulant toujours à Madila. Près de 20 ans plus tard, voici l'intégrale de ces histoires, élégantes et stylisées, avant-gardistes. Chantal de Spiegeleer, après s'être éloigné de la bande dessinée, serait en train de finaliser un nouveau projet. Elle l'explique dans l'interview préface ouvrant cette très belle intégrale.

« Madila » (intégrale), Le Lombard, 47 euros

vendredi 19 décembre 2008

BD - Le pavé Tintin


Malgré la disparition de Hergé et la non reprise des aventures de Tintin, le héros à la houppe reste un des habitués des fêtes de fin d'années. Après les fac-similés, les albums en noir et blanc puis ceux de petits formats, voici la dernière trouvaille des éditions Casterman : « Tout Tintin » en un seul volume. Un pavé de plus de 1000 pages, lourd comme deux annuaires, reprenant dans l'ordre chronologique les histoires parues en albums.

 Pas forcément pratique à manier, cette brique reste un bel objet, somme d'une existence de création et de passion. Un objet rare également car aucune réédition n'est prévue. Le tirage étant limité, il ne serait pas étonnant que dans quelques années ce « Tout Tintin » ait pris de la valeur.

« Tout Tintin », Hergé, Casterman, 77 euros 

jeudi 18 décembre 2008

Jeunesse - Les P'tites poules en album collector

Pour les plus jeunes, laissez vous charmer par l'espièglerie et la poésie des P'tites poules imaginées par Christian Jolibois et dessinées par Christian Heinrich. Dans cet album collector, retrouvés quatre aventures de ces volailles attachantes. 

Elles y rencontrent un jeune chat noir qui se révélera d'un grand secours, un chevalier aux prises avec une bête, Jean de la Fontaine et d'autres animaux de la forêt (Goupil) ou de la mythologie (le Minotaure). Un univers moderne et actuel permettant de revisiter et de découvrir des contes célèbres et immortels. Le tout enluminé de dessins expressifs aux couleurs vives. 

Des heures de lecture (seul ou accompagné) assurées pour les heureux propriétaires de cet album.

« Les P'tites Poules », Jolibois et Heinrich, Pocket Jeunesse, 14,90 €