Nouveau projet pour les trois membres de la Brigade des souvenirs, série imaginée par Carbone et Cee Cee Mia, confiée aux pinceaux de Marko. Si la première est de Perpignan, la seconde réside à Carcassonne. La préfecture audoise se retrouve au centre de cette enquête.
Plus exactement le musée des Beaux-Arts. C’est là que Cee Cee Mia a découvert le tableau Enfant et Triton de Nicolas Maes. Cette toile fait partie des œuvres d’art spoliées par les nazis et dont on n’a pas encore retrouvé les héritiers. Une mission pour Tania, Alban et Théo, trois ados de la Brigade. Pour les besoins de l’histoire, la toile est cachée depuis des années dans une pièce secrète dans le grenier de la nouvelle maison des parents de Tania et Alban.
C’est en voyant une croix gammée à l’arrière du tableau que les trois amis se doutent que l’histoire de cet Enfant et Triton est complexe. Aidés par la conservatrice du musée, ils vont tenter d’exhumer son histoire. Et remonter jusqu’en Allemagne, dans le salon de Mme Göring.
Une enquête édifiante, menée de main de maître et complétée par un dossier très complet sur ces milliers d’œuvres d’art, conservées dans des musées en France car leurs propriétaires n’ont pas encore été formellement identifiés.
« La brigade des souvenirs » (tome 5), Dupuis, 64 pages, 13,50 €
Ce fils d’ouvrier agricole audois a conquis les intellectuels parisiens dans le sillage de Sartre. Puis il les a vomis avec une rare méchanceté. Tel était « Jean Cau, l’indocile », sorti de l’oubli dans une nouvelle biographie.
Né à Bram, enterré à Carcassonne, Jean Cau est le seul Audois à avoir remporté le prix Goncourt. C’était en 1961 avec La Pitié de Dieu paru chez Gallimard. Cet écrivain, surtout connu par ses articles polémiques quand il était journaliste à Paris Match, est un pur produit de l’école de la République.
C’est ce que rappelle dès les premières pages cette nouvelle biographie signée par Ludovic Marino et Louis Michaud. Issu d’un milieu excessivement modeste, son père a été ouvrier agricole dans le Lauragais puis homme à tout faire dans un hôtel de Carcassonne, sa mère simple femme de ménage, le jeune Cau a été repéré par son instituteur. Lycée, bac puis direction khâgne à Paris.
Mais il ne deviendra pas professeur. Trop attaché à la liberté. Il a aussi le désir de vivre de sa plume. Devenir écrivain pour multiplier les vies, les expériences. « Je me résignai définitivement, lorsque je compris que la littérature se suffisait à elle-même et que c’était elle, l’aventure, et pour un écrivain la vraie et profonde. » Une sacrée revanche pour le petit Audois moqué pour son accent rocailleux.
Un accent qu’il conservera, fier de ses origines. Les auteurs y voient les raisons de son intransigeance : « Cet orgueil, d’une terre si dense et d’une origine si marquée, Jean Cau s’y référa toute sa vie. Il lui attribue la source de sa pensée, et de son caractère. La longue lignée audoise et paysanne de sa famille, motive sa fierté et fonde sa morale. » Loin de sa famille, le jeune homme découvre l’indépendance dans ce Paris qui se réveille après les années d’occupation. Il doit absolument trouver un travail pour accomplir son but. Il se propose comme secrétaire à tous les écrivains de la place, de Montherlant à Mauriac en passant par Sartre. Et c’est ce dernier qui lui répond et l’engage.
Jean Cau, de 1946 à 1957, va être au plus près de l’intellectuel qui va révolutionner la pensée de gauche. Cau sera de toutes les soirées, de tous les débats, aura un bureau chez Gallimard dans les locaux réservés à la revue Les Temps modernes et va rapidement faire le nécessaire pour être publié. Il n’a que 23 ans quand sort Le fort intérieur, un recueil de poésies.
Quelques mois plus tard sort son premier roman, Maria-Nègre. Le premier d’une longue série dont le fameux prix Goncourt en 1961. Catalogué comme intellectuel de gauche durant plusieurs décennies, Jean Cau ne se reconnaît plus dans cette gauche d’intellectuels, toujours issue de milieux sociaux favorisés. Des bourgeois honteux qui veulent défendre ouvriers ou colonisés comme pour se déculpabiliser.
Lentement mais sûrement, Jean Cau change de camp, devient ouvertement gaulliste, fustige le gauchisme, rompt avec ses anciens amis et se rapproche de plus en plus de la droite nationaliste. Dans les années 70, il met sa plume au service de Paris Match, multipliant les reportages coup de poing. Il signe aussi des livres analysant cette décadence de l’Occident qu’il regrette mais estime inéluctable. C’est la dernière image qu’il laissera, celle d’un réactionnaire pur et dur.
Si Jean Cau était toujours de ce monde, il aurait certainement antenne ouverte sur CNews et une chronique dans le Journal du Dimanche, version Bolloré.
« Jean Cau, l’indocile » de Ludovic Marino et Louis Michaud, Gallimard, 21,50 €
Quartier de l’Étoile de nos jours. Après les cours au lycée Varsovie, Eli, Marwa, Sami, Kub, Finley et Synapse, le dernier arrivé, se retrouvent pour répéter les mouvements de hip-hop que leur enseigne Kam, le prof.
Cette nouvelle BD, intitulée «Au-delà des étoiles», est le premier scénario de Cee Cee Mia, autrice jeunesse qui se lance dans le 9e art. Elle réside à Carcassonne depuis des années et s’est directement inspirée de sa ville pour planter le décor. Le quartier de l’Étoile, elle y a vécu des années. Varsovie est devenu un lycée, mais sa façade est identique au collège si connu de la préfecture audoise. Pour les personnages, elle a puisé aussi dans sa vie de tous les jours et ses souvenirs.
Eli, qui affirme que «la danse, c’est toute ma vie», est le portrait arrangé de sa fille. «La naissance d’un crew» est le titre de la première partie de cette série dessinée par deux jeunes illustratrices canadiennes (lesdeuxpareilles) et publiée par les éditions belges Dupuis.
Les thèmes développés vont des premières amours à la petite délinquance en passant par la mixité sociale ou la difficile vie des réfugiés de guerre. Une histoire universelle pour une scénariste qui explique que «l’écriture a longtemps été une passion silencieuse. J’écrivais pour moi, dans des journaux intimes.» Puis une amie illustratrice lui a demandé de lui écrire une histoire. Quelques années dans la littérature jeunesse et enfin le lancement dans le grand bain avec cette première série. Mais d’autres sont déjà signées dont «La brigade des souvenirs», coécrite avec Carbone, la copine catalane et dessiné par Marko.
En 2021 devrait également sortir Génération Z «un Frankenstein moderne avec des zombies sur une île paradisiaque» et «New Hope» qui se déroule aux USA, pays qui est cher à Cee Cee Mia qui y a été jeune fille au pair durant une année.
Les chats sont-ils plus dévergondés et vindicatifs dans l’Aude ? On pourrait se poser la question en découvrant ce recueil de dessins d’humour signé Notto, auteur vivant dans l’Aude et qui a transformé quelques particularités (parfois irritantes) des chats en gags qui pourraient se transformer en millions de vues sur le net (normal, il y a des chats…).
Selon l’auteur, qui distille ses jeux de mots dans l’almanach Vermot, tout est la faute à une tablette graphique. Il a testé l’engin d’un ami, s’en est achetée une et pour s’entraîner à dessiner des chats. Après plus de 100 gags, il a converti le tout en album. Attention, les chats de Notto sont gros, parfois méchants, affamés et rarement aimables.
On penserait qu’il s’agit de caricatures, mais c’est presque un reportage hyper réaliste sur la vie et les mœurs de ces animaux qui, contrairement aux chiens qui ont accepté d’être domestiqués par les Humains, ont fait le choix inverse en transformant les Humains en dociles pourvoyeurs de croquettes et de câlins.
« Chacun chat place » de Notto, Editions Tapage, 10 € (en vente à la librairie à Montolieu ou sur editions-tapage.fr
Même très loin de la capitale, nos deux départements offrent suffisamment d'intérêt pour que des cinéastes reconnus plantent leurs caméras sur nos terres. Des dizaines de films, des plus anciens aux plus récents, témoignages immortels de nos paysages et de ses habitants, souvent sollicités pour faire de la figuration. L'Indépendant a souvent fait des reportages sur ces tournages, événements d'ampleur pour les villes et villages concernés. Dans les archives nous avons retrouvé des témoignages et des clichés prises par les photographes du journal. Alors place à six plongées dans l'univers cinématographique, du « Miracle des Loups » d'André Hunebelle en 1961 à la Cité de Carcassonne aux « Municipaux » des Chevaliers du Fiel à Port-Vendres dont la sortie est prévue en avril, en passant par Collioure, Les Cabanes de Fleury, Cerbère, Perpignan, Castans et Gruissan. Des lieux mais aussi des vedettes, de Bourvil à De Funès en passant par Belmondo, Jean Marais ou Béatrice Dalle.
Une esquive, deux pas en avant, trois en arrière, Jean Marais est en mauvaise posture. Une grosse épée en main, il tente de se défaire de quelques malandrins qui lui en veulent. Un combat déséquilibré mais acharné. Nous sommes le 6 avril 1961 sur le pont mérovingien de Rieux-en-Val. Le comédien français interprète le chevalier Robert de Neuville, héros du film d'André Hunebelle, « Le Miracle des loups ». Jean Marais vient de tomber dans une embuscade, se défend bec et ongle mais doit s'incliner face à des adversaires en surnombre. Blessé, les malfrats se saisissent de son corps et le jettent par dessus la balustrade en pierre. Devant des centaines de spectateurs venus assister au tournage, Jean Marais plonge dans la rivière et s'extrait péniblement du courant. Cette scène n'est pas la plus spectaculaire du film mais elle a marqué le petit village du Val de Dagne. Le pont, toujours dans son jus après de multiples restaurations, est le témoin de cette grande production française de cape et d'épée du début des années 60.
Si l'équipe d'André Hunebelle a choisi l'Aude, ce n'est pas pour la beauté bucolique et champêtre des vignes et collines de la région mais pour son emblématique Cité de Carcassonne. Les remparts et tours sont censés être ceux de Péronne où se déroule l'intrigue. Le réalisateur a les pierres, il lui faut désormais des centaines de figurants pour les scènes grandioses d'arrivée de Louis XI. Le 2 avril dans la presse locale, un appel à la figuration est lancé. Plus de 300 volontaire sont recrutés, essentiellement des jeunes qui immédiatement essaient les habits en fonction de leurs affectations. L'Indépendant du 7 avril raconte que les figurants sont classés « par rang de taille. Des uns on fit des seigneurs, des ecclésiastiques, des bourgeois, des autres des hommes de guerre et des gens du peuple. »
La suite du tournage se déroule à Carcassonne dans les petites rues montant à la Cité. Au niveau de la Porte d'Aude, problème pour l'équipe. L'enthousiasme des habitants, voulant voir absolument, perturbe les prises. Une solution est trouvée selon l'Indépendant du 8 avril : « On avait mis à l'une des portes où les curieux étaient particulièrement nombreux un homme d'armes de Charles le Téméraire. Quelle que soit l'époque, le prestige de l'uniforme demeure le même. A voir ce personnage casqué, botté et armé, chacun était impressionné et chacun obéit lorsque d'une voix grave, ce soldat d'un autre temps dit aux curieux en s'effaçant : « Et maintenant, passez braves gens ».
Le 10 avril, grand jour. La plus grandiose des scènes est au menu de l'après-midi. Malgré une météo capricieuse, les centaines de figurants et la vingtaine d'hommes en armes et à cheval rendent pour quelques minutes toute leur grandeur aux lieux. Un roi entre en ville. Les gens l'acclament. Et certains, figurants mais patriotes dans l'âme, ne peuvent s'empêcher de crier « Vive de Gaulle ».
Ce tournage a marqué les mémoires car Jean Marais, présent durant deux semaines, était une star incontournable du cinéma français de l'époque. Gentil, abordable, il se prêtait aisément aux séances d'autographe ou de photographie avec ses fans. Après le succès du Bossu ou du Capitaine Fracasse, il affectionnait ces films en costumes d'époque où il pouvait tant jouer de sa séduction que de sa force et de son habileté. Il a été mis à rude épreuve dans cette histoire. Il a beaucoup manié le fléau d'armes. En répétition et durant la scène finale dite du « Jugement de Dieu ». Là encore, la Cité est utilisée comme image de fond. Sur une colline, des centaines de Carcassonnais interprètent la foule avide de violence dans ce combat à mort. Comme à son habitude, Jean Marais ne se fait pas doubler, contrairement au « méchant » joué par Guy Delorme. Il chute, prend des coups, se relève, est blessé… Le duel dure quelques minutes à l'écran. André Hunebelle prendra plusieurs heures pour le mettre en boîte. Il voulait, selon un dossier réalisé par Isabelle Debien pour Languedoc-Roussillon Cinéma (consultable sur internet à l'adresse http://www.languedoc-roussillon-cinema.net) que « cette séquence soit mouvementée et farouche comme il doit en être entre rivaux qui se veulent « male mort » ».
Le soir, l'équipe se retrouve autour du réalisateur au cinéma l'Odeum pour visionner les scènes tournées les jours précédents. L'Indépendant a eu le privilège d'assister à ce débriefing. « André Hunebelle, les acteurs, les techniciens étaient là, faisant des mots d'esprits, riant parfois et critiquant beaucoup. Cependant M. Hunebelle, à quelques détails près, ne cachait pas sa satisfaction partagée par les membres de son équipe, heureux eux-mêmes d'avoir accompli du bon travail. » Le fin mot de l'histoire, on le trouve toujours dans l'Indépendant du 14 avril. Une tirade qui concerne les scènes du duel à cheval mais qui donnent le ton général de ce tournage : « Cela était beau à voir. Toutes choses, jusque dans le moindre détail, avaient été parfaitement reconstituées : aménagement des lieux, costumes, armures. Au fond, les murailles de la Cité contribuaient superbement à porter l'illusion à son comble. »
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Un making-of d'époque
En plus des reportages dans les journaux locaux, notamment dans l'Indépendant, un document exceptionnel permet de comprendre le grandiose de l'événement. Georges Savi, cinéaste amateur, a obtenu l'autorisation de filmer les coulisses du film. Un document en 8mm, making-of avant l'heure, intitulé « L'envers du décor » est visible sur YouTube. On apprécie la longue séquence sur le pont de Rieux-en-Val et les différentes mises en place de l'entrée triomphale de Louis XI. Georges Savi a expliqué en 2011 à l'Indépendant qu'il « filmait pendant les répétitions car la caméra faisait trop de bruit ». Il a aussi mis en vedette les deux doublures locales des rôles titres lors des essais d'éclairage au bord du lac de Saint-Ferréol. Car en plus de la Cité et du Val de Dagne, l'équipe technique a planté ses caméras dans la Montagne Noire durant une journée.
Le scénario
Tiré d'un roman d'Henry Dupuy-Mazuel, « Le miracle des loups » a pour toile de fond la rivalité entre le Duc de Bourgogne Charles le Téméraire et son cousin le roi de France Louis XI, mais le premier n’a en réalité d’autre intention que de lui ravir son trône. Courtisant Jeanne de Beauvais, filleule du roi, il est fort marri qu’elle rejette ses avances. Il la fait enlever et fait accuser le chevalier Robert de Neuville de ce forfait. Neuville se retrouve en prison mais il s’échappe, retrouve la trace de la belle Jeanne et se dresse sur la route de Charles le Téméraire.
Un précédent en 1924
La Cité de Carcassonne avait déjà servi d'écrin pour le tournage d'un film sur le roman de Dupuy-Mazuel. « Le Miracle des loups » de 1924 est une super production menée par Raymond Bernard, rival d'Abel Gance à l'époque. Ce ne sont pas des centaines de figurants qu'il utilisa pour filmer une scène d'attaque mais des milliers. Des milliers d'Audois qui déferlent sur les remparts de la cité dans la fumée des tirs de canons. Impossible de faire plus spectaculaire. Mais le film est muet et a mal vieilli.
Durant une semaine, les meilleurs films de 2015 selon Télérama sont reprogrammés dans vos cinémas.
Il existe la télé de rattrapage, le cinéma aussi permet aux retardataires de profiter du meilleur de l'année passée. L'initiative est à mettre à l'actif du magazine culturel Télérama. La rédaction a sélectionné une quinzaine de films et avec l'association française des cinémas d'art et d'essai, les reprogramment sur une semaine, à un tarif préférentiel pour ceux qui ont le passe offert avec le numéro de cette semaine.
Cela donne l'occasion de voir quantité de chef d'oeuvre au prix imbattable de 3,50 euros la place. La sélection est subtilement équilibrée entre films français et étrangers. Côté francophone, trois poids lourds font partie des « élus », « Dheepan » de Jacques Audiard, « Marguerite » de Xavier Giannoli et « La loi du marché » de Stéphane Brizé. Ces productions qui ont très bien marché et qui se laisseront regarder une nouvelles fois par les amateurs. Le festival
Philosophe originaire de l’Aude, Jean-Baptiste Botul, est devenu mondialement célèbre depuis que Bernard-Henri Lévy l’a cité dans un de ses livres. Or, Botul n’existe pas, simple délire collectif de quelques farfelus qui conjuguent philosophie et humour. BHL, berné et mortifié, a immédiatement cessé toute intervention médiatique. Durant une petite demi-journée, faut pas exagérer non plus... Et Botul dans cette affaire, que devient-il ? Il est toujours étudié par quelques Botuliens dont Frédéric Pagès, auteur de ce roman-récit sur le bref passage du grand homme dans l’Éducation nationale. Botul, embauché comme professeur de philosophie dans un lycée de la préfecture audoise en 1928, a décidé de conduire sa classe de terminale au “Mon Caprice” situé 1, rue de la Digue. Une maison à terrasses abritant un bordel tenu par Madame Berthe. Comme un puzzle en forme d’enquête policière, Frédéric Pagès retrace ce fameux “Banquet” au cours d'une conférence savante. Botul organise cette sortie pédagogique peu banale dans une maison de tolérance. Il estime que « si l'école ne va pas au bordel, ce sera le bordel à l'école ». Les élèves vont discourir, alanguis, en buvant et admirant des femmes dénudées. Un programme théorique bousculé en pratique car les « professionnelles », pour une fois, ne vendront pas leur corps mais diront leur façon de penser. Reine de Saba et canal du Midi La faute à l'une des pensionnaires, Divine la Sublime, tombée un peu amoureuse de Botul, bourreau des cœurs qui a épinglé à son tableau de chasse Marthe Richard, la princesse Marie Bonaparte et même Simone de Beauvoir. Divine, « Quelle allure ! La finesse de sa taille, l'arrondi prestigieux de ses seins ne devaient pas troubler que les hommes. Cette peau d'ébène, ces grands anneaux argentés aux oreilles, ces bracelets d'or aux chevilles... Elle vient de la lointaine Afrique, c'est sûr. C'est la reine de Saba descendue du Nil vers le canal du Midi. » Divine meneuse d'hommes et de femmes, profitera du banquet pour sonner l'insurrection au sein de son régiment de filles faciles. Un sacré scandale qui coûtera sa place à Botul. Mais l'homme a de la ressource. Toute la force de l’auteur est de rendre cette histoire crédible, en convoquant pour la défense de Botul quelques grands noms, de Simone Weil à Mgr Danielou en passant par un joueur de rugby narbonnais. Et finalement on se dit que l'idée iconoclaste du faux philosophe n'est pas si farfelue que cela.
« Botul au bordel », Frédéric Pagès, Buchet-Chastel, 10 €
Peut-on écrire un roman comme on court un marathon ? Nicolas Ancion, écrivain belge installé près de Carcassonne a tenté l'expérience. Durant 24 heures, il est devenu un romancier de fond. Comme coureur de fond. Mais s'enfermer dans une pièce et écrire un polar en 24 heures chrono est trop simple pour ce manieur de mots, très branché nouvelles technologies. Aidé par la région Languedoc-Roussillon et les éditions Didier, il relève le challenge, mais à New York, loin de ses bases liégeoises ou audoises. Et décide d'en faire profiter tout le monde en publiant, en temps réel, son manuscrit dans un Google doc ouvert. Pour couronner le tout, il commente son travail sur Twitter et Facebook.
« Courir jusqu’à New York », le roman, est bouclé. Du moins un « premier jet commencé le 29 mai à 16h et achevé le 30 mai à 15h29. » Pas moins de 81506 signes pondus en 24 heures dans divers lieux de « Big Apple » comme l'Institut français de New York. Dans ce texte, il est question de New York mais aussi de Carcassonne, lieu de résidence du héros, Miguel, un fils de réfugié espagnol vivotant aux pieds des remparts. Une lettre en provenance de Barcelone lui apprend l'existence d'une cousine à New York. Sur un coup de tête, il la rejoint. Le début des ennuis... Le texte, limpide et palpitant, se lit facilement. Il est toujours disponible (durant 15 jours) sur le site des éditions Didier et le blog de Nicolas Ancion. En septembre, il sortira en librairie sous une forme plus classique. Et sans doute un peu remanié. Mais pas beaucoup : Nicolas Ancion est un excellent romancier tout court.
Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce samedi en dernière page del'Indépendant.
L'argent coule à flot sur internet. Les porteurs de projet l'ont compris et le crowdfunding, système de financement par dons sur internet, est mis à toutes les sauces. Il permet de lancer des artistes de variété, de publier des livres et même de payer ses études. Il suffit d'être persuasif et convaincant comme l'a été Olga Turcan. Cette Moldave, doctorante à Strasbourg, n'en peut plus de concilier petits boulots et préparation de sa thèse. Elle estime donc à 4 000 euros la somme nécessaire pour les huit mois qui la séparent du point d'orgue de ses études. Un appel aux dons est lancé le 31 mars. Trente jours plus tard, elle se retrouve avec un pactole de 5200 euros pour financer ses recherches sur « le français et la francophonie en Moldavie ».
Cette belle histoire va certainement donner des idées à quelques farfelus ou profiteurs : « Si des anonymes sont prêts à donner entre 5 et 100 euros à une Moldave inconnue, pourquoi pas moi ? » Mais attention, entre le tout et le n'importe quoi il faut frapper très fort. Par exemple, le concept de clown-pin-up pour adulte a déjà récolté 1035 euros net. Quant au bonsaï solaire pour recharger votre iPhone, il est carrément en production. Côté art contemporain vous pouvez aussi aider au projet carcassonnais du collectif Wouaf-Wouaf. « Pitié pour la Pythie » est un « FD en 5D » (fait divers en cinq dimensions) présenté cet été durant le festival à l'espace Zand'art. Il leur manque un petit millier d'euros. A vot' bon cœur M'sieurs dames !
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue samedi en dernière page de l'Indépendant.