Un homme, deux femmes. Nelly Alard s'attaque au classique triangle amoureux. Son plus : des personnages trop intelligents pour être victimes de leurs pulsions. A moins que...
Nelly Alard, également comédienne et journaliste, dresse le portrait de toute une génération dorée, trop longtemps persuadée d'être à l'abri de la passion. Car Juliette, après un premier moment de rejet, décide de se battre pour conserver l'amour du père de ses enfants.
La lutte de deux « femelles »
Lui, journaliste politique, séduit en pleine interview par cette jeune élue plein d'avenir, regrette son infidélité. Mais il est trop tard et surtout Victoire, sous des airs de femme politique sûre d'elle, aux idées progressistes et modernes, est une véritable folle, menaçant de se suicider en public si Olivier ne quitte pas Juliette. Alors, dans ce milieu érigeant la non-violence, le commerce équitable, la tolérance et le bio en autant de chapelles, Juliette va se transformer en femelle prête à tout pour conserver son mâle. « C'est la lutte de deux femelles, une curée, un carnage (…) des femelles avant tout et quand elles ont des petits c'est pire, quand elles ont des petits, c'est là qu'elles deviennent dangereuses, c'est là qu'elles ont la rage, c'est là qu'elles peuvent tuer. » Victoire n'abdiquera pas. Au contraire, elle va harceler Olivier, puis Juliette, comme pour prendre une revanche sur cet amour renaissant.
L'amour, il en est beaucoup question dans ce roman à l'écriture nerveuse et hachée, comme scandée aux moments dramatiques. A l'image de cette belle réflexion de Juliette sur la date de péremption d'un « Je t'aime ». « On ne peut pas dire je t'aime puis cinq minutes après je ne t'aime pas, mais quinze ans plus tard oui, quelle est la durée de vie implicite du mot je t'aime ? » S'il est parfois un peu trop « Parisien » (voire carrément bobo critiqueront les plus acerbes), ce roman aborde malgré tout un thème immortel. Quels que soient le milieu ou l'époque, la passion fusionnelle dans un couple ne dure qu'un temps. C'est cet après qui est le plus compliqué à admettre et à gérer. Juliette en est l'exemple parfait.
Michel LITOUT
« Moment d'un couple », Nelly Alard, Gallimard, 20 €
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