Ceux qui ont des difficultés avec l’écriture inclusive ne comprendront sans doute jamais le verbiage en vigueur dans le camp écologiste. Ce dimanche, les cinq candidats à l’investiture écolo pour la prochaine présidentielle ont cherché à se faire comprendre du commun des mortels (ces cochons de votants…) en limitant volontairement ces formules alambiquées.
Exemple : le Vert ne fait pas pousser des plantes vertes dans son salon, il « crée une micro-forêt pour lutter contre le dérèglement climatique ». Face au problème de l’insécurité, Eric Piolle, maire de Grenoble, préfère expliquer qu’il est urgent « de réinvestir avec de la présence humaine notre citoyenneté collective ». Une autre militante verte affirme que «L’antibiorésistance sera le fléau de l’avenir ! ». Mais c’est quoi exactement « L’antibiorésistance » ?
Des Verts qui ont des problèmes de compréhension même chez les jeunes. Le maire de Lyon, Grégory Doucet, fier d’inaugurer la nouvelle cour de récréation d’une école a dû subir les remontrances d’un élève de CM1 regrettant qu’il n’y ait pas de place pour jouer au foot à cause de… l’immense bac à copeaux.
Des copeaux, mais c’est un sacrilège. J’attends la réaction outrée de l’autre maire écolo d’une grande ville, le Bordelais Pierre Hurmic, contre l’exploitation totalement odieuse des restes « d’arbres morts ».
Si ça se trouve des sapins de Noël qui, en plus, ont terminé leurs jours sur la place d’une ville qui pense qu’on peut encore « faire rêver les enfants ».
Chronique parue le mardi 7 septembre 2021 en dernière page de l’Indépendant.
Clarisse (Vicky Krieps) quitte le domicile conjugal. Au petit matin, elle part, seule. Un dernier regard vers son mari Marc (Arieh Worthalter) qui dort encore. Elle lui prend juste son briquet. Dans la chambre des enfants, elle remet le garçon dans le bon sens du lit. L’aînée, Lucie, semble la regarder. Clarisse sort par la porte de la cuisine, monte dans une vieille voiture (celle de la jeunesse de Marc) et part vers la mer. Elle a envie de voir la mer…
Les premières minutes du film signé Mathieu Amalric sont très déstabilisantes. On devine dans l’attitude de la mère une grande tristesse. De la lassitude aussi. Presque du renoncement. Mais pourquoi partir ? Ensuite, c’est un tsunami d’interrogations. Les enfants se lèvent. Constatent l’absence de leur maman. Le père fait comme si de rien n’était. La vie continue. Clarisse est-elle un fantôme comme le suggère Lucie ? À moins que la famille n’existe plus que dans le souvenir de Clarisse ?
Tiré d’une pièce de théâtre de Claudine Galéa, Serre moi fort, comme les musiques classiques qui rythment le film, va crescendo dans l’émotion. Quand on comprend où se trouve la réalité, on entre en empathie avec cette famille brisée. Et comme Clarisse, on redoute l’arrivée de ce printemps, même s’il conserve son caractère de renaissance.
Film de Mathieu Amalric avec Vicky Krieps, Arieh Worthalter
Durant le mois d’octobre 1975, Jean-Paul Belmondo tourne plusieurs scènes de L’Alpagueur, polar écrit et réalisé par Philippe Labro. L’acteur a décidé de créer sa propre société de production pour donner des rôles en or à Bébel.
Jamais il ne se sera fait doubler. Jean-Paul Belmondo aimait assumer de bout en bout les défis physiques imposés par les rôles qu’il choisit. Comme Jean Marais quelques années auparavant, il n’hésite jamais à payer de sa personne pour rendre les prises de vue plus spectaculaires. Même si parfois c’est douloureux.
Dans « L’Alpagueur », polar réalisé par Philippe Labro en 1975 à Perpignan et ses environs durant une dizaine de jours (le reste du film a également été tourné à Rotterdam et en région parisienne), il doit courir derrière un camion-citerne de vin et monter sur la remorque en marche. Quatre prises sont nécessaires.
Dans un froid glacial, on est fin octobre. Belmondo ne rechigne pas. Pourtant il a passé une nuit affreuse. Il souffre d’une crise de sciatique aiguë due à une hernie discale. Même le réalisateur ne saura pas lors des prises de vue le degré de souffrance enduré par sa vedette. Son médecin personnel a fait le déplacement et en secret de tous, il lui fait des piqûres pour supporter la douleur. Le film aurait pu être interrompu le temps des soins et du repos nécessaires. Mais Belmondo est un dur au mal. D’autant plus que sur ce long-métrage au budget conséquent, il est la vedette mais aussi le producteur. Un double rôle qui le pousse à prendre sur lui pour ne pas faire exploser le budget entièrement financé avec ses deniers personnels.
Au milieu des années 70, Jean-Paul Belmondo est au sommet de sa célébrité. L’acteur français, après des débuts tonitruants dans les films de la Nouvelle Vague, s’est orienté vers un cinéma plus commercial, entre comédie et action. Pas toujours satisfait des scénarios qu’on lui propose ni des cachets qu’il tire des succès astronomiques de réalisations qui lui doivent tout, il crée sa propre société de production, Cerito, et devient une star doublée d’un patron. Pour le premier film entièrement monté par sa maison de production, Bébel fait appel à Philippe Labro. Le journaliste et écrivain a toujours été attiré par le cinéma. Il tente de transposer à la France l’ambiance et les thèmes typiques des réalisations US. Lui-même sera souvent déçu du résultat et a décidé au bout de six tentatives de se recentrer sur l’écriture et son métier d’origine.
Dix jours de tournage en octobre 1975 à Perpignan et dans les environs
Mais en 1975, à Perpignan, il croit dur comme fer que « L’alpagueur » va passionner les foules et révolutionner le genre. Notamment pour le personnage atypique interprété par Belmondo. Un tueur à gages qui travaille pour l’État, en dehors de toute légalité. Il est engagé pour éliminer un certain « Épervier ».
Dans son étude exhaustive et très imagée publiée par Mare Nostrum, « 100 ans de cinéma en Pyrénées-Orientales », Jean-Noël Grando revient sur la couverture quotidienne du tournage dans l’Indépendant. Des articles parus entre le 13 et 22 octobre 1975. Malgré son statut de star française absolue, Jean-Paul Belmondo reste particulièrement disponible, tant pour les journalistes que ses fans. Arrivé par avion, accueilli dès sa descente par Philippe Labro, il prend immédiatement la direction de Salses. Déguisé (moustache et lunettes aux montures en fer), il s’attable à l’Euromotel de Salses. Ça tourne ! Il y lit un exemplaire de l’Indépendant imprimé spécialement pour le film. A la Une, on distingue nettement un titre sur l’Épervier mais également une manchette à propos de l’arrestation d’officiers à Barcelone preuve que l’actualité catalane a toujours été bien traitée dans le quotidien des Pyrénées-Orientales (et de l’Aude).
Ambiance nocturne au centre-ville et balnéaire sur le pont du Lydia
Philippe Labro, originaire de Midi-Pyrénées, connaît la région et ses atouts. Il profite du centre ville de Perpignan pour réaliser des scènes nocturnes à l’ambiance trouble. Enfin il plante également ses caméras sur le pont du Lydia, le paquebot ensablé à Port-Leucate.
Le film, comme beaucoup de réalisations des années 70, a pris un sérieux coup de vieux. Mais pour les scènes de rue dans Perpignan ou sur le paquebot ensablé, il reste un témoignage de la région à un moment clé de sa modernisation, de sa transformation définitive et irrémédiable. Heureusement, les films restent les témoins de ces mondes perdus.
Quant à Belmondo, il restera à jamais cet Alpagueur capable de changer d’apparence comme il veut. Un immense acteur aux mille facettes qui brilleront longtemps au firmament du cinéma français.
Matthieu (Pierre Niney) a des doutes sur la version officielle du crash.WY PRODUCTIONS 24 25 FILMS
Un vol long-courrier comme un autre. Entre Dubaï et Paris. L’avion est neuf, de la dernière génération. Mais, au-dessus de la Savoie, il se crashe contre la paroi d’une montagne. Pas un seul survivant. Boîte noire, film de Yann Gozlan s’ouvre par un long travelling dans tout l’avion, du cockpit aux derniers passagers de la queue de l’appareil. De la première inquiétude à la dernière seconde de vie de 300 personnes. Immédiatement, dans les locaux du Bureau Enquête Accidents chargés de déterminer les causes des accidents d’avion, c’est le branle-bas de combat. Victor Pollock (Olivier Rabourdin) est l’enquêteur en chef. Mais, pour la première fois, il part sans Matthieu Vasseur (Pierre Niney), son meilleur élément. Matthieu, pointilleux, bénéficiant d’une ouïe exceptionnelle, est pourtant celui qui devine dans les enregistrements de vol, le petit détail qui permet de découvrir l’origine d’une panne.
Étranges parasites
Le dossier est hypersensible car l’appareil en cause est le fleuron du constructeur européen. Quand Pollock disparaît au bout de deux jours, Matthieu est réintégré et détecte, derrière les parasites, un cri dans le cockpit, avant le crash. Un des passagers, fiché S, criant son allégeance à Allah. Ce serait un attentat. Malgré cette avancée importante, Matthieu continue à chercher et constate dans des photos publiées sur les réseaux sociaux, juste avant l’accident, que le suspect ne peut pas matériellement avoir rejoint le cockpit. Qu’a-t-il entendu ?
D’autres enregistrements, des appels téléphoniques de passagers en panique, laissent entendre eux aussi des parasites. Alors que tous ses supérieurs le félicitent de son travail, Matthieu a de plus en plus l’impression qu’il a été manipulé. Qu’on l’a guidé vers une piste trop grossière. Mais, entre les doutes, la paranoïa et le complotisme, la frontière est mince.
Ce thriller technologique plonge le spectateur dans la tête de ce surdoué en aéronautique. Limite autiste parfois. Pourtant, il a tout pour être heureux : une femme brillante qui, elle aussi, travaille dans l’aéronautique, des amis fidèles, un chef (André Dussollier) à l’écoute. Comment va-t-il devenir le vilain petit canard qu’on veut faire taire ? Et pourquoi ? La tension va croître exponentiellement, transformant le film en thriller d’une efficacité implacable. Une réussite absolue pour comprendre que, parfois, la vérité est ailleurs. Et que certains sont capables de tous les sacrifices pour la révéler.
Film de Yann Gozlan avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier
Cette crise sanitaire, depuis plus d’un an et demi, aura au moins eu l’avantage de nous sortir de nos habitudes. Rappelez-vous tous les interdits qui nous sont tombés dessus en très peu de temps. Les attestations de sortie à remplir sur papier puis dans les smartphones, l’interdiction de dépasser le kilomètre autour de son domicile, puis le couvre-feu avec la course, le soir, avant le gong fatidique de 18 h.
On croyait être sorti d’affaire au printemps dernier avec la vaccination mais le pass sanitaire est arrivé pour de nouveau nous compliquer un peu la vie. Pour ceux qui ont été doublement vaccinés en temps et en heure (plus de la moitié de la population française quand même), la difficulté consistait surtout à retrouver ce fichu QR code dans son téléphone.
Cela a donné quelques scènes croquignolesques à l’entrée des cinémas, restaurants et surtout grands centres commerciaux des Pyrénées-Orientales. La première fois où j’ai dû l’utiliser, j’ai passé plus de temps à le chercher dans le labyrinthe du smartphone et l’appli Tousanticovid qu’à faire mes trois courses non essentielles.
Les fois suivantes, le spectacle était souvent dans la file d’attente. Telle cliente persuadée qu’elle a pris son téléphone mais qui ne le retrouve pas dans le fouillis de son sac, cette autre qui tente d’amadouer le « flasheur »… en vain.
Vous remarquerez aussi de nombreux consommateurs qui cherchent fébrilement ce QR code, sésame obligatoire pour dépenser l’argent du ménage. Un monsieur m’a fait pitié. Il passait de page en page tout en jetant régulièrement des regards désespérés derrière lui. Sa femme, partie chercher un chariot, semblait être plus habile pour dégotter le laissez-passer dans les méandres de la mémoire électronique. Tant qu’elle ne serait pas là, il ne pourrait pas rentrer dans le centre commercial. Un aveu de faiblesse et de dépendance, en public, qui a dû lui faire prendre conscience qu’on n’est pas grand-chose sans sa moitié.
C’est peut-être cette nullité en informatique qui a poussé certains olibrius en mal de publicité à se faire tatouer le QR code à même le bras ou le dessus de la main.
Et comme pour les attestations, c’est quand le pass sanitaire ne sera plus obligatoire qu’on aura enfin compris où (et rapidement) le trouver.
Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 6 septembre
Quelques semaines avant la sortie en librairie du premier tome des nouvelles aventures de Bob Morane en bande dessinée, Henri Vernes, l’écrivain belge qui a donné naissance à cet aventurier en 1953, est mort. À 102 ans. Il a quand même eu le temps de signer la préface de cette reprise très fidèle aux romans d’origine.
Christophe Bec et Corbeyran ont travaillé en équipe pour relancer Morane aux trousses de l’Ombre jaune. Pour le dessin, c’est l’Italien Paolo Grella qui retrouve le style précis et spectaculaire de William Vance. Dans Les 100 démons de l’Ombre Jaune, nos héros sont en Indochine dans les années 50. Les Viets sont aidés dans leurs attaques contre l’armée française par des guerrières redoutables. Toutes identiques. Comme clonées…
À bas… ! comme le cri des manifestants professionnels du samedi ? Non, Abba ! comme le groupe de musique pop suédois.
Abba qui vient d’annoncer sa reformation, un album en novembre et une série de concerts à Londres. 40 ans qu’ils n’avaient plus rien proposé de nouveau à leurs millions de fans. Le plus étonnant dans ce come-back près d’un demi-siècle après, c’est que le quatuor (deux musiciens et deux chanteuses) va se produire sur scène comme si le temps s’était arrêté à la fin des années 70, au faîte de sa gloire.
Pourtant, une rapide recherche confirme qu’ils ont tous largement plus de 70 ans. Pas un âge pour se déhancher sur des rythmes disco.
Sauf si on a les moyens de se créer des avatars numériques (des abbatars en l’occurrence selon le terme inventé par le fans) qui danseront à votre place sur la scène aménagée spécialement à Londres. Avatars créés numériquement en fonction des millions de films et d’images des quatre stars, quand elles étaient jeunes et jolies.
Un making-of vient d’être dévoilé, les quelques secondes diffusées des avatars sur scène sont incroyables de réalisme. La technologie numérique va de plus en plus être utilisée pour ces fausses images plus vraies que nature.
Mais au moins dans le cas d’Abba, ce sont les acteurs, toujours vivants, qui décident de modifier leur apparence afin de rester jeunes pour l’éternité.
Par contre, dans la nouvelle émission sur France 3 de Thierry Ardisson, ce dernier va interviewer des célébrités… mortes. Là aussi les images montrées en avant-première sont bluffantes. Mais au niveau éthique, cela me semble beaucoup moins défendable.
Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le samedi 4 septembre 2021
Série de BD imaginée par Gabriel Bay et Gabriel Ba, Umbrella Academy est devenu un feuilleton télé à succès. Côté BD, des histoires indépendantes ont été proposées aux fans. Voici donc le 1er Conte de la Umbrella Academy avec pour vedette Klaus, l’enfant numéro 4, celui qui peut communiquer avec les morts.
Le scénario est de Gerard Way et de Shaun Simon alors que le dessin est confié à Culbard, Gabriel Ba se contentant de la couverture. Klaus, adolescent turbulent et drogué, est renvoyé du pensionnat Hargreeves. Il échoue à Hollywood au service d’une vieille star qui tente de retrouver la gloire d’antan. Le tout sur fond de mafia et de vampires. Original et fidèle à la série d’origine.
Emmanuel Macron à Marseille est revenu sur la polémique provoquée par son ministre de l’Éducation. Jean-Michel Blanquer a sous-entendu que la prime de rentrée sert, parfois, aux parents à acheter des écrans plats.
Loin de condamner ces propos, le président en a remis une couche : « Nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des allocations servent à acheter des fournitures scolaires. » Étrange sortie populiste d’un président qui, le jour même, en même temps qu’il rendait hommage à l’enseignant Samuel Paty, égorgé dans la rue, a exhibé la photo de deux youtubeurs champions du placement produit.
« Nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des interventions présidentielles servent à valoriser la grandeur de notre pays » pourrions-nous dire pour paraphraser le président.
De la même façon, si l’on commence à se pencher sur les multiples condamnations d’élus, de tous bords, pour des malversations financières et détournements d’argent public, on ne peut que constater que « nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des impôts servent à améliorer le quotidien des contribuables ».
De toute manière le débat ne devrait pas avoir lieu car depuis les confinements, l’enseignement à distance et les programmes éducatifs diffusés toute la journée sur France 4, un grand écran, même plat et fabriqué en Corée, peut tout à fait être considéré comme une fourniture scolaire de base.
Le western en BD est marqué par quelques grandes signatures. Jijé dans un premier temps puis Jean Giraud qui, avec Blueberry, a placé la barre très haut. Pourtant, Ralph Meyer fait au moins jeu égal avec le maître depuis qu’il anime les aventures de Jonas Crow, le croque-mort itinérant de l’ouest sauvage.
Dans Salvaje, 6e titre de la série, il est en mauvaise posture. Capturé par un ami d’enfance qui veut devenir le maître de Tucson en Arizona, il va devoir protéger la jeune Apache Salvaje et son fils Chato.
Il y a dans cette histoire de nombreuses références à plusieurs titres de Blueberry. Dont une scène dans une locomotive à vapeur faisant furieusement penser au final d’anthologie d’Angel Face.