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samedi 17 août 2024

Cinéma - “Comme le feu”, seuls dans la forêt canadienne

Grande bouffée d’air pur et de chlorophylle grâce à ce film canadien de Philippe Lesage. La nature comme révélateur des émotions de l’adolescence. 


Le cinéma permet de voyager tout en restant près de chez soi, dans le confort des salles obscures. Une évidence si vous achetez une place pour voir le film canadien de Philippe Lesage, Comme le feu. 2 heures et 30 minutes d’évasion. Dans les forêts encore sauvages du nord du Québec, ou dans les psychés des protagonistes, réunis pour quelques jours, loin de tout. Un périple dans l’inconscient d’hommes et de femmes aux parcours diversifiés, en fonction de leur âge, une expédition dans la nature primitive, quand on doit retrouver ses réflexes de chasseurs pour survivre.

Blake (Arieh Worthalter), réalisateur, invite dans un chalet accessible uniquement en hydravion, son vieux complice scénariste Albert (Paul Ahmarani). Ce dernier arrive en compagnie de sa fille Aliocha (Aurélia Arandi-Longpré) et d’un ami de son fils, Jeff (Noah Parker). C’est l’été, les vacances, l’insouciance. Mais on sent très vite une tension entre Jeff et Aliocha. Le jeune homme, timide et réservé, n’est pas insensible à la fougue et l’intelligence de la jeune fille. Qui elle n’a d’yeux que pour Blake. Pourtant ce dernier doit subir les remontrances de son vieil ami, Albert. Un combat de coq entre adultes, suivi d’une autre confrontation entre le réalisateur et le jeune amoureux.

Le film est très écrit, tout en maîtrise. C’était pourtant une gageure car les repas dans le chalet, à trois reprises, sont de longs plans-séquences où les comédiens, alternant texte écrit et improvisation, insufflent une vie à des scènes qu’il faudrait montrer dans toutes les écoles de cinéma.


Pour faire le pendant à ces huis clos d’une tension absolue, le réalisateur choisit la nature, les grands espaces. Mais là aussi les petites vies de ces minuscules personnages semblent dérisoires face à des paysages grandioses, présents depuis des décennies, des siècles, immuables, inébranlables. On prend une énorme bouffée de chlorophylle et d’air pur en plongeant dans la forêt touffue, en grimpant sur ces rochers surplombant les vallées, en dévalant les rapides à bord de frêles canoës ballottés par les eaux en perpétuel mouvement. On peut y mourir à tout moment. On y meurt au cours du film.

La fin, ouverte, voire anecdotique, ne frustre pas le spectateur. Elle lui donne juste l’envie, s’il n’a pas peur de se retrouver face à ses propres démons, d’affronter lui aussi la nature, de quitter le confort moderne et retourner, à l’image des personnages de Comme le feu, le temps de quelques jours (et nuits), à la virginité naturelle du creuset de l’Humanité.

Film de Philippe Lesage avec Noah Parker, Aurélia Arandi-Longpré, Arieh Worthalter, Paul Ahmarani

 

lundi 6 septembre 2021

Cinéma - Absence mortifère au cœur de “Serre moi fort”


Clarisse (Vicky Krieps) quitte le domicile conjugal. Au petit matin, elle part, seule. Un dernier regard vers son mari Marc (Arieh Worthalter) qui dort encore. Elle lui prend juste son briquet. Dans la chambre des enfants, elle remet le garçon dans le bon sens du lit. L’aînée, Lucie, semble la regarder. Clarisse sort par la porte de la cuisine, monte dans une vieille voiture (celle de la jeunesse de Marc) et part vers la mer. Elle a envie de voir la mer…

Les premières minutes du film signé Mathieu Amalric sont très déstabilisantes. On devine dans l’attitude de la mère une grande tristesse. De la lassitude aussi. Presque du renoncement. Mais pourquoi partir ? Ensuite, c’est un tsunami d’interrogations. Les enfants se lèvent. Constatent l’absence de leur maman. Le père fait comme si de rien n’était. La vie continue. Clarisse est-elle un fantôme comme le suggère Lucie ? À moins que la famille n’existe plus que dans le souvenir de Clarisse ? 

Tiré d’une pièce de théâtre de Claudine Galéa, Serre moi fort, comme les musiques classiques qui rythment le film, va crescendo dans l’émotion. Quand on comprend où se trouve la réalité, on entre en empathie avec cette famille brisée. Et comme Clarisse, on redoute l’arrivée de ce printemps, même s’il conserve son caractère de renaissance. 

Film de Mathieu Amalric avec Vicky Krieps, Arieh Worthalter