mardi 6 juillet 2021

Roman - Final en apothéose

Quand, la quarantaine entamée, on déprime grave, incapable de se relever après un  chagrin d’amour, quelle peut être la solution face à ce mal-être ? Nicolas Rey, dans son nouveau roman La marge d’erreur a trouvé une solution assez radicale. Le personnage principal, Gabriel Salin, sorte de doppelgänger de l’écrivain, tousse un peu trop.

Après quelques examens poussés le diagnostic tombe : cancer des poumons. Il lui reste trois mois à vivre. Avec une marge d’erreur de quelques semaines. Quand on est dépressif, c’est cette marge d’erreur qui est intéressante.

Alors, il va se souvenir de ses amours, retrouver quelques-unes de ses compagnes, tenter de reconquérir la dernière femme de sa vie et croiser la route d’une nouvelle voisine qui, tout en étant professeur des écoles, est dotée d’une belle franchise très philosophique et va lui offrir un final en apothéose.

On pourrait détester ce mâle blanc qui a trop profité de sa vie de privilégié, mais il fait plutôt pitié et Nicolas Rey nous donne surtout l’occasion de rire de lui.     

« La marge d’erreur », Nicolas Rey, Au Diable Vauvert, 18 € 

lundi 5 juillet 2021

SF - La crème du space opéra

Brandon Sanderson, auteur US originaire du Nebraska, a déjà publié quantité de romans. Il est devenu une des plumes les plus lues de la fantasy. Mais visiblement il avait fait le tour des mondes imaginaires des Fils-des-Brumes ou de Cœur-d’Acier (tous publiés au Livre de Poche) puisqu’il s’est essayé à un autre genre : le space-opéra. Ainsi est né l’univers d’Astrevise dont le second tome vient de sortir.

On retrouve la suite des aventures de Spensa, jeune humaine qui a un don pour piloter les vaisseaux spatiaux. Dans ce futur très lointain, les derniers hommes, quelques milliers, ont été exilés sur la planète Détritus. Là, privés de technologie, ils sont en train de s’éteindre sous la coupe des aliens de la Supériorité.

Au cours de 630 pages palpitantes, bourrées de combats dans l’espace décrits avec minutie, Spensa va découvrir pourquoi on inflige tel traitement à son peuple. Et se dressera pour prendre la tête de la Résistance

« Astrevise, Skyward » (tome 2), Le Livre de Poche, 20,90 € 

dimanche 4 juillet 2021

BD - Chroniques hospitalières


Voilà un album qui a failli ne jamais voir le jour. Nicolas Keramidas l’avait dans un coin de sa tête. Dessinateur de BD (notamment de Luuna ou d’Alice au pays des singes), il désirait raconter comment, encore bébé, il avait été opéré du cœur. Un témoignage qui a grossi, naturellement, quand ses médecins lui annoncent qu’il va devoir retourner sur la table d’opération.

Très justement intitulé À cœur ouvert, ce roman graphique de 200 pages, au format comics, est d’une étonnante force. Une fois les détails médicaux de la maladie d’origine expliqués, le lecteur plonge dans l’esprit d’un homme qui sait que l’intervention est très risquée. Un journal hospitalier, tenu avec rigueur et détachement, comme pour laisser une trace, au cas où.

Finalement, malgré de nombreuses complications, le dessinateur a pu rejoindre sa maison, sa famille et terminer cet album unique en son genre. Comme un hommage, avant l’heure (la pandémie n’existait pas encore), au travail des personnels soignants

« À cœur ouvert », Dupuis, 17,50 € 

samedi 3 juillet 2021

Polar - La 40e enquête de l’inspecteur Higgins

Rares sont les séries policières affichant une telle longévité. En très peu de temps qui plus est. Christian Jacq a délaissé l’Égypte de ses premiers succès pour imaginer les enquêtes de l’Inspecteur Higgins.

Ce vieux garçon anglais semble tout droit sorti de l’univers d’Agatha Christie. Encore plus dans cette 40e aventure intitulée Le crime d’une nuit d’été. Belle et riche, Audrey Wani invite six prétendants pour les tester lors d’un week-end. Pragmatique, elle veut choisir sa moitié, comme elle recrute un cadre supérieur.

Mais si le jour venu les maris potentiels sont là, pas Audrey qui a disparu. Comme c’est une voisine de l’inspecteur Higgins, il va prendre l’affaire en main sur les conseils de sa gouvernante, l’autre personnage qui fait le succès de cette suite de polars. Mais, comment démasquer un meurtrier quand il n’y a pas de cadavre ? 

« Le crime d’une nuit d’été », Christian Jacq, XO Éditions, 13,90 € 

vendredi 2 juillet 2021

Thriller - Mari beaucoup trop violent

Nora Linde, tout en étant procureure en Suède, n’est pas toujours consciente de la réalité de la société dans laquelle elle vit. En lançant une enquête sur Andreis Kovac, elle veut simplement faire tomber le mafieux d’origine bosniaque pour fraude fiscale. Mais l’homme cache aussi un mari très violent.

Quand l’héroïne découvre qu’il vient de frapper Mina, la jeune mère de son fils, Nora rajoute aux charges l’accusation de violences conjugales. Mina est mise à l’abri, sous protection, provoquant la rage de Kovac. Il tient Nora pour responsable et va en faire une affaire personnelle. Ce nouveau roman de Viveca Sten décrit un pays de plus en plus en proie à la violence. Nora va vite se rendre compte qu’elle vient de s’attaquer à forte partie. Heureusement Thomas Andreasson, son collègue, veille.

Un thriller nerveux et imprévisible, comme le caractère de Kovac dont on espère ne jamais croiser la route dans la vraie vie.

« Sous protection », Viveca Sten, Albin Michel, 21,90 € 

jeudi 1 juillet 2021

Polar - San-A aurait cent ans

Il a poussé son premier cri, le 26 juin 1921. Il y a 100 ans, Frédéric Dard venait au monde. Quelques années plus tard, San-Antonio prenait la relève et marquait de son délire et de son inventivité la littérature française.

Pour ce centenaire, Pocket sort de nombreux titres, en plus des deux rééditions mensuelles (N°78 et N°151) des 200 romans du commissaire de police, toujours accompagné de Bérurier, l’infâme affamé qu’on aime, tant il personnifie une certaine idée de la France.

Pour découvrir qui était cet écrivain, plongez dans Frédéric Dard se raconte, sans fard, son succès après ses années de galère, sa vie amoureuse, compliquée, forcément compliquée. Le meilleur reste cette. Du grand n’importe quoi, mais sur des faits véridiques. San-Antonio, dans toute sa splendeur, entre ironie, outrance et message politique subliminal.  

mercredi 30 juin 2021

BD - Androïdes et espoir artificiel


Collection concept, Androïdes de chez Soleil donne l’occasion aux meilleurs auteurs de BD de s’aventurer sur les chemins de la science-fiction. Le thème imposé est très simple : une histoire d’androïde. 

Dans ce 10e titre (ils sont tous indépendants), Alain Brion y couple une variation sur la fin du monde. 

Sur la Lune, une petite communauté de scientifiques découvre un immense astéroïde quelques heures avant l’impact avec la Terre annihilant toute civilisation. Quelques mois plus tard, la base lunaire étant à court de ressources, il est décidé d’envoyer Darwin, un androïde, sur la planète bleue pour évaluer la situation. 

La BD raconte en parallèle la découverte d’un monde en ruines par Darwin, l’émancipation de ces derniers et les errances des habitants de la Lune. C’est très pessimiste mais assez réaliste sur les défauts de la nature humaine

« Androïdes » (tome 10), Soleil, 15,50 € 

mardi 29 juin 2021

De choses et d’autres - Elections et participation du futur

Dans un article sur l’abstention paru dans Le Monde, on apprend que certains bulletins déclarés nuls sont très originaux. Des électeurs ont fait un stock de bulletins François Mitterrand et à chaque scrutin votent pour l’ancien président de gauche. Sans doute la meilleure façon de dire à tout le monde que finalement « c’était mieux avant ».

Ces électeurs nostalgiques vont-il léguer leurs ultimes bulletins Mitterrand à leur descendance pour qu’elle fasse perdurer cette étrange tradition dans les prochaines décennies ?

Vous me direz, avec les progrès de la science et du clonage, si cela se trouve, vers 2181, c’est une véritable réplique du chef socialiste qui se présentera à la présidentielle en France. Il aura en face de lui le nouveau général de Gaulle qui devra cependant faire avec les clones dissidents de Pompidou et de Chirac.

Personne n’aura eu l’idée de lancer de faux Sarkozy ou Hollande : ils sont tombés dans les oubliettes de l’Histoire.

Pour Macron c’est différent : le président est toujours vivant. La technologie révolutionnaire de l’ARN messager lui a permis de survivre jusqu’à ses 204 ans le transformant en doyen tricolore. Mais comme son programme n’a pas bougé d’un iota depuis son fameux « c’est notre projet », il semble dépassé et totalement has-been.

Chez les Le Pen, c’est la foire d’empoigne à cause de cette autorisation donnée aux clones de se présenter. Qui du dernier représentant de la famille (moins blond mais tout aussi d’extrême droite), du père, de la fille, de la petite-fille et nièce ou de la cousine germaine par alliance (candidate de 2090 à 2120) arrivera en tête à l’issue du premier tour ?

Les instituts de sondage ne savent plus comment pondérer les scores des uns et des autres.

Seule certitude du côté des enquêtes d’opinion, depuis que les intelligences artificielles ont obtenu le droit de vote, la participation a fait un bond notable. Pas bêtes les IA, elles savent que depuis toujours, le seul pouvoir légitime est issu du décompte des voix déposées dans les urnes. 
 


lundi 28 juin 2021

De choses et d'autres - Le bar de vivre à la française

L’avantage, avec la réouverture des bars, c’est qu’on peut de nouveau entendre quelques saillies hilarantes des piliers des comptoirs. Cela ne vole pas souvent haut, c’est méchant et gratuit, mais c’est aussi ça l’art de vivre à la française, le bar de vivre exactement. Car, il faut savoir, parfois, se moquer sans la moindre complaisance.

Par exemple, en apprenant que Nicolas Sarkozy a enregistré ses mémoires pour un livre audio durant 13 heures, un client a expliqué : « A sa place, j’aurai attendu un peu. Une fois en prison, il risque de s’ennuyer. »

Un peu plus tard, sur les résultats des régionales, un petit génie à la solution pour ramener l’abstention à quantité négligeable « Faut faire comme à la télé et leurs jeux où tu gagnes une voiture : t’envoie un SMS avec le numéro de ta liste préférée. Non seulement tu peux repartir avec une bagnole, mais, en plus, tu renfloues les caisses de l’État, parce que ces SMS, mine de rien, ça rapporte une blinde aux organisateurs. »

 Une dernière, entendue, avant le match de ce soir, de l’équipe de France contre le Portugal. « S’ils sont déjà qualifiés quel que soit le résultat, pourquoi ils vont jouer ? Franchement, ils feraient mieux de faire l’impasse. S’ils gagnent, ils se croiront trop beaux et s’ils perdent, terminé le peu de confiance qui leur reste. De toute manière on l’a bien vu, ce dimanche, ceux qui gagnent en ce moment, ce sont les abstentionnistes. » 


dimanche 27 juin 2021

De choses et d’autres - Mince, le monde d’avant est de retour

Maintenant que je suis doublement vacciné (depuis samedi dernier, le même jour que le Premier ministre, Jean Castex) je sens bien qu’on est complètement revenu dans le monde d’avant. Car, il se confirme, jour après jour, que cette grave crise sanitaire n’aura en rien changé nos habitudes et défauts.

Par exemple, hier, c’était la fête de la musique. Certes, les amateurs n’avaient pas le droit de pousser la chansonnette (nous casser les oreilles exactement), à l’improviste, dans la rue, mais les petits concerts ont fleuri dans les cafés qui n’en demandaient pas tant pour augmenter encore plus leur chiffre d’affaires.

Des excès éthyliques qui devraient également animer les nuits estivales aux abords des discothèques. Après un été sans le moindre problème, je sens poindre quantité d’embrouilles entre 3 et 4 heures du matin, quand la vodka et autres alcools forts sont au summum de leurs conséquences néfastes.

Et, pour couronner le tout, hier matin, je suis retourné à la salle de sport (personne n’est parfait). Et là, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que deux distributeurs sur trois d’essuie-tout étaient vides. Vous me direz, que représentent 40 pas de plus dans la salle alors que vous venez de manger du tapis de course durant 40 minutes ? Par chance, les produits de nettoyage et le gel étaient bien achalandés.

Mais, les deux jeunes, la vingtaine, qui sont arrivés et ont utilisé des vélos d’entraînement, sans passer par la case désinfection, ni avant ni après, s’en moquent éperdument qu’il n’y ait plus d’essuie-tout.

Quand je vous dis qu’on est en train de revenir au pas de course dans le monde d’avant.