jeudi 1 février 2018

De choses et d'autres - Courrez, vous êtes suivis

Grosse panique récemment à l’état-major de l’armée américaine. La sécurité de nombreuses bases militaires à l’étranger, notamment en Irak, était menacée par les données transmises par une application de fitness. L’histoire est aussi édifiante qu’hallucinante. Et rétroactivement, on se dit que si le pot aux roses avait été découvert par les terroristes avant la presse, les pertes auraient pu être considérables. L’application en question, très répandue chez les militaires US, permet de visualiser, sans le moindre filtre, la vision globale des parcours de ses utilisateurs partout dans le monde. Aux USA, des milliers de tracés se chevauchent, un magma assez abscons. Par contre, dans certains pays, les empreintes sont peu nombreuses et concentrées autour des bases américaines. Certaines sont connues, d’autres secrètes. Mais vu les parcours tout autour de ces localités, le doute est vite levé.

Les soldats, en faisant leur jogging, permettaient à qui était connecté de les pister sans peine. Une occasion en or pour des ennemis qui chercheraient à leur tendre une embuscade. Car un sportif aime parcourir le même trajet pour savoir s’il améliore ses performances. On pouvait même repérer des circuits plus longs, sur des routes. Pas de joggeurs, mais plutôt de convois se déplaçant à l’intérieur du pays. Logique, si l’on ne coupe pas son téléphone, ni l’application en accusation, c’est comme si on se baladait avec un gyrophare sur la tête pour mieux se faire repérer.

Pourtant il suffit de passer en mode «privé » pour empêcher la publication de ses données. Mais par défaut, le GSM reste en mode public. Pratique pour les publicitaires si prompts à proposer les bonnes adresses des annonceurs en fonction de votre position. Même si au fin fond du Cachemire, pas évident que foisonnent les magasins Nike. Quoique. 

mercredi 31 janvier 2018

De choses et d'autres - L’acrostiche sournois

Il y a un an, souvenez-vous, la campagne de la présidentielle s’emballe avec les révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi fictif de Pénélope Fillon au service de son mari lorsqu’il était député. Après avoir tout nié en bloc, il reconnaît une partie des faits, puis affirme haut et fort qu’il se retirerait de la campagne s’il était mis en examen. Il se parjure, conduisant la droite à la catastrophe. François Fillon, depuis, disparaît des écrans radars. Quelques-uns cependant, regrettent encore le candidat sarthois. D’autres par contre, continuent inlassablement à lui transmettre, par messages directs ou subliminaux, « rends l’argent ».

Ces deux mondes se sont croisés la semaine dernière grâce à la poésie. Sur Twitter, un certain Oscar publie un poème à la gloire du héraut de la droite sur le groupe « Les amis de François Fillon ». Hymne salué par nombre de supporters toujours inconsolables. Le texte débute ainsi : « Reviens-nous preux et noble chevalier ; Eclairé par une foi dès lors éclipsée Nous ne croirons pas aux sornettes du canard Dont les mensonges honteux trompent les ignares. » Neuf vers plus tard il s’achève ainsi : « Nous souffrirons mais nous t’attendrons allégés, Tout en s’imaginant bientôt triomphaux »

Les réactions sont touchantes : « Très joli poème », un autre souligne «Chaque jour depuis 6 mois je le regrette ». Le problème est que ce poème, s’il est pris au premier degré, une ode au perdant, se transforme en violente diatribe contre le candidat Fillon quand on le lit en acrostiche. En prenant les premières lettres de chaque vers, on découvre le message codé : « RENDSLARGENT ». Un poème à deux bandes, comme au billard. 

mardi 30 janvier 2018

De choses et d'autres - A deux c'est le buzz assuré

Un simple couple médiatique... Ceux qui étaient soulagés que Loana, l’ancienne star de la téléréalité française, avait retrouvé santé et équilibre depuis qu’elle filait le parfait amour avec un certain Phil Storm doivent déchanter. Car tout était bidon.

Mais l’histoire est plus compliquée et se règle depuis quelques jours à coup de messages sur les réseaux sociaux entre les deux protagonistes. Une scène de ménage d’un nouveau genre, en public et sur des arguments totalement délirants. Phil Storm est le premier à avoir dégainé. Il accuse Loana d’avoir menti à son public et d’avoir voulu faire du buzz sur cette prétendue relation.

Sur Instagram il balance : « Tu sais que je suis gay depuis le début. Et que tout est inventé. » Et de prétendre avoir été « manipulé » par la jolie blonde. Réplique de cette dernière, toujours directement sur Instagram : « Il m’a dit qu’il était gay et en couple depuis des années mais seulement après notre premier baiser. » Et de regretter cette « bêtise » d’avoir voulu devenir le « couple du XXIe siècle ».

L’histoire est exemplaire de l’évolution de notre monde. Depuis son coup d’éclat dans la piscine, Loana n’a rien fait. Phil Storm, mannequin, n’est pas une gloire. Mais il n’a pas craché sur cette exposition médiatique même si elle ne reposait sur rien de véridique. Du vent, le vide abyssal. Il n’y a pas de morale à ce magma de mensonges. Juste la constatation que la drogue dure de la notoriété médiatique fait des ravages chez certains. Pour quelques invitations à des soirées, photos dans les magazines, participations à des émissions télé et contrats publicitaires déguisés, certains sont prêts à passer leur vie à mentir. Pire, à transformer leur vie en un immense et triste mensonge sans fin. 

lundi 29 janvier 2018

De choses et d'autres - Boum ! Boum ! au bout de la nuit

Samedi, 17 heures, on sonne à la porte. J’ouvre. Un jeune me salue et m’explique : « Je fête mes 30 ans, j’ai loué la salle en face de chez vous. On risque de faire un peu de bruit, je voulais vous prévenir. » Sympa la démarche. Si ce n’est que ça, je le rassure. « Pas de souci, on a changé les fenêtres pour passer au double vitrage et avec les volets fermés, cela m’étonnerait qu’on entende quoi que ce soit. Vous pouvez vous amuser, ça ne nous dérangera pas. »

Une petite heure plus tard, je ferme les volets justement. J’ai une vue plongeante sur la fameuse salle, d’ordinaire utilisée par des associations locales comme le club de majorettes ou la peinture sur soie. Les premières notes de musiques traversent la rue. De la techno, avec basses bien lourdes, de celles qui vous vrillent le ventre. Malgré l’assurance que l’isolation phonique du double vitrage est au top, force est de constater que face à ces fréquences, les fenêtres déclarent forfait. Boum ! Boum ! Pour la diversité, on repassera. La soirée se déroule. Le son de la télé couvre les bruits parasites. Mais une fois coupée, le Boum ! Boum ! reprend le dessus.

Mon épouse se couche et met ses boules Quiès (les spéciales antironflements...). Moi, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je sombre vaguement et me réveille à 4 heures. Le Boum ! Boum ! est toujours aussi fort. Je ne comprends pas comment ils peuvent supporter ça. Et tout à coup silence. Juste 20 secondes avant que ne retentisse le classique « Joyeux anniversaire » a cappela. Une minute de pause puis le Boum ! Boum ! reprend. Jusqu’au petit matin.

A 11 heures, quand je me lève, plus un bruit. Les fenêtres de la salle sont grandes ouvertes, comme pour permettre aux derniers Boum ! Boum ! de s’échapper loin de mes oreilles. Résultat une nuit agitée, mais je ne vais pas me plaindre, j’étais prévenu. 

jeudi 11 janvier 2018

De choses et d'autres - Sur les trottoirs de la communication

Comment marchez-vous dans la rue, nez en l’air tel un insouciant ou tête baissée comme un timide chronique ? Quelle que soit votre réponse, si vous habitez Lyon, vous ne pourrez plus désormais éviter la publicité. En plus des abribus, des panneaux 4 par 4 et des affiches dans les vitrines, les annonceurs ont l’autorisation d’imprimer des publicités sur les trottoirs alors qu’elles étaient jusque-là interdites par les codes de la route et de l’environnement. Après les hommes-sandwichs, les trottoirs de la pub.

Cette expérimentation, d’une durée de 18 mois, devait initialement être ouverte à trois grandes villes. Mais si Lyon n’a pas rechigné à cet envahissement du domaine public, Bordeaux et Nantes ont refusé l’expérience. Un refus sec et net, avec des arguments très culturels en Gironde (pas question de souiller la zone de la ville classée site de l’Unesco) et plus prosaïque (refus de tout marquage au sol) en Loire-Atlantique. 

A Lyon, d’où est venue l’idée d’une start-up, pas de remise en question. Étrange initiative quand de plus ne plus de monde dénonce la prolifération de panneaux publicitaires en périphérie des villes. Donc, pas de jaloux. Les centres-villes aussi auront leur overdose. Et comme il n’y a plus de place en hauteur, elles seront placées au sol.

Pourtant ces nouvelles publicités étaient vendues comme « éphémères » avec un marquage « biodégradable ». Comme quoi, la pub écolo reste de la pub... De toute manière, tout ce débat est particulièrement vain : les gens ne regardent plus autour d’eux (vers en haut ou en bas) mais seulement leur smartphone... au risque de percuter le poteau d’une publicité. 

De choses et d'autres - Fatales erreurs de jeunesse

Pas facile de renouveler le personnel politique français. Dernier exemple en date ces derniers jours avec la nomination de nouveaux porte-parole du parti de La République en marche. Autour de Christophe Castaner, trois jeunes pousses prometteuses, Gabriel Attal, Laetitia Avia et Rayan Nezzar. Mais, car il y a toujours des mais en politique, le casting n’est pas si réussi qu’il n’y paraît. 

Malgré une belle diversité d’origines, le trio compte un mouton noir. Vite repéré par de nombreux sites internet alertés par les activités de jeunesse de Rayan Nezzar. Soit il y a à peine cinq ans. Étudiant, il ne mâche pas ses mots sur Twitter. En plus de ne pas cacher une aversion pour l’État juif, il se permet quelques jugements expéditifs sur certaines personnalités politiques françaises. Petit florilège - que les oreilles chastes évitent ce passage : « Valls : zéro couille » « Valls est une fiotte », Valérie Pécresse : « quelle pouffiasse celle-là » et pour finir: « Copé petite pute ».

Cet énarque, issu de Montreuil, a travaillé à Bercy et est un des penseurs du programme social d’Emmanuel Macron. Si quelques Marcheurs ont vaguement tenté de défendre des « erreurs de jeunesse », rapidement l’ampleur du scandale (et surtout de la teneur des tweets) a poussé le tout nouveau porte-parole à démissionner moins d’une semaine après sa nomination. Explications dans un communiqué : « J’ai tenu des propos irréfléchis quand j’étais étudiant, je les regrette bien évidemment et présente toutes mes excuses pour ces mots qui ont pu choquer. » Rayan Nezzar reste simple député. Il a encore un peu plus de quatre ans pour prouver qu’il a véritablement changé. Mais tout le monde l’attend au tournant. 

Essai - Les Pyrénées, acteurs de cinéma

Le cinéma amateur regorge de trésors trop souvent ignorés. Perdus même. Saluons donc dans ce livre-DVD édité conjointement par la Cinémathèque de Toulouse, l’Institut Jean Vigo et les éditions Trabucaire, la possibilité de voir et revoir la chaîne des Pyrénées filmée sous toutes les coutures et en toutes saisons. Le livre, d’un peu plus d’une centaine de pages, est indépendant du DVD. Et mieux vaut commencer par déguster les images avant de plonger dans des explications et analyses de la représentation de la montagne.

■ Moisson et foins

Tout commence par la voix docte et un peu trop haut perchée du commentateur du film «En montagne au long des saisons » de Louis Labourgogne. Réalisé en 1950, il a été utilisé comme outil pédagogique dans les écoles. Tourné dans les environs de Luchon, les premières images servent d’introduction à la sélection de films amateurs. Une phrase sur le plaisir de l’alpinisme et dans la foulée d’autres documents, plus anciens ou plus récents, illustrent ces escapades sur le Canigou ou sur les pentes espagnoles du massif, avec bivouac, grillade de truites au feu de bois et montée en cordée, dans la neige ou les pierres.

Un important volet est consacré à l’agriculture et les images récupérées par l’Institut Jean Vigo sont exceptionnelles. De la moisson aux foins (tirés par des bœufs) en passant par les longues estives des moutons et même la culture des pommes de terre, il y en a pour tous les goûts. On appréciera une cargolade dans la forêt, tout en regrettant de ne pas entendre les chants catalans car le film est muet.

Enfin, on se délectera des images de sports d’hiver. Beaucoup de chutes à ski à Font-Romeu. Mais aussi des descentes aux flambeaux dont les effets de lumière, sur les pellicules d’époque, transforment les séquences en composition chromatique du plus bel effet. Il y a même quelques images du train jaune. Mais là, on constate que rien n’a changé, si ce n’est les poules qui déambulent sur les quais de la gare...

Le livre rédigé sous la direction de Michel Cadé, président de l’Institut Jean Vigo de Perpignan, analyse en profondeur ces images sauvées de l’oubli. Il recontextualise aussi certains films et revient sur toutes les incursions du cinéma, le professionnel, dans les Pyré- nées. C’est d’ailleurs un long entretien avec les frères Larrieu qui ferme l’ouvrage. Les réalisateurs donnent leur vision du pyrénéisme et racontent quelques anecdotes sur les tournages de deux films emblématiques de leur carrière, tournés dans le massif, parfois de façon sportive, « La brèche de Roland » et « Le voyage aux Pyrénées ».

 ➤ « Filmer les Pyrénées », 20 €

mercredi 10 janvier 2018

Cinéma - Devenir petit pour voir plus grand dans "Downsizing"


Le nouveau film d’Alexander Payne est la première belle découverte cinématographique de cette année 2018. Refusant de s’intégrer dans une catégorie trop précise, il surfe entre science-fiction, brûlot écologiste, comédie et belle histoire d’amour. Au final, il reste une œuvre qui fait beaucoup réfléchir et l’histoire d’un homme trop souvent perdu dans ses choix et la répétition de ses erreurs.


Matt Damon est parfait en Américain moyen plein de doutes, le reste du casting donnant du corps et de l’intelligence à cette réussite indéniable. Tout débute en Norvège. Des chercheurs, pour trouver des solutions à l’épuisement des ressources naturelles de la Terre, se lancent sur plusieurs pistes. L’une d’elles prend le problème à l’envers. La population mondiale augmente trop. Il est hors de question de limiter les naissances. Alors, pourquoi ne pas la réduire non pas en nombre mais en taille ?

Tout petit et très seul

Le downsizing, un procédé est mis au point pour diminuer un être vivant. Dans les faits, un homme de 1 m 80 et 80 kg est transformé en un homoncule de 12 cm et de 12 grammes. Certes, il faut lui aménager un habitat spécial, mais une fois la réduction effectuée, il ne produit quasiment plus de déchets et mange très peu. Pour beaucoup, c’est effectivement la solution à la surpopulation. Mais cela a un coût. Et seuls les plus aisés peuvent se payer un « downsizing ». Même si tout devient relatif, puisqu’un cadre moyen, devient millionnaire dans son futur miniature. Une fois le principe énoncé, on entre dans le vif du sujet. Paul (Matt Dillon) arrive à persuader sa femme (Kristen Wiig) de faire le grand saut. Ils vendent tous leurs biens, disent au revoir à leurs amis du monde des grands et se rendent dans un centre médical se faire réduire.

Paul se réveille cinq heures plus tard. Seul. Au dernier moment, sa femme a changé d’avis. Un mauvais cinéaste aurait pu se contenter de rallonger ce passage. La culpabilité de la femme, la colère puis le désespoir du mari, devenu minuscule, à la merci de sa femme gigantesque. Mais Alexander Payne voit plus loin, et de fa- çon plus intelligente. Il plonge Paul dans ce monde de maisons de poupées où le luxe est omniprésent. L’ennui aussi. Comme si on vivait sous une cloche, sans la moindre liberté. Paul va mettre longtemps à reprendre goût à la vie. Surtout à admettre que cette opération irréversible, est la pire erreur de sa vie, lui qui en a déjà fait pas mal.

Américain moyen à l’esprit étriqué, Paul va s’ouvrir quand il rencontre Dusan (Christoph Waltz), Serbe magouilleur à la philosophie de vie très libérale et libertine. Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’il ne faut pas voir grand...

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Hong Chau crève l’écran

Absente de la première partie du film, Hong Chau crève l’écran dès qu’elle entre dans l’histoire et la vie de Paul. Dissidente vietnamienne, à la tête d’un mouvement populaire contre l’expropriation de villages entiers, Ngoc Lan Tran a été emprisonnée durant deux ans dans les geôles asiatiques. Et le gouvernement, pour la faire définitivement taire, la réduit sous la contrainte. Dans l’affaire elle perd une jambe. Comment continuer la lutte politique quand on ne mesure plus que 12 cm ? Une solution expéditive qui prouve au monde que le downsizing, présenté comme une solution pour sauver la planète, peut aussi se révéler une redoutable arme politique pour les dictatures.

Recueillie par des familles d’accueil de « petits » dans les mini villes américaines, Ngoc Lan Tran sera finalement oubliée. Rejetée, elle termine dans un quartier populaire, obligée de faire des ménages pour survivre. C’est la prothèse, mal réglée qui va interpeller Paul. Ce petit bout de femme, autoritaire et en permanence en action, en plus de son travail quotidien, se transforme à la fin de ses journées en bienfaitrice des plus pauvres des «petits». Son travail dans les maisons de riches lui permet de récupérer nourriture et médicaments pour les plus nécessiteux. Humanitaire un jour, humanitaire toujours. Cette touche de tendresse, de don de soi, dans ce monde aseptisé transforme le film en véritable bombe émotive. Hong Chau, fille de boat people, est née dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Arrivée aux USA elle a fait des études de cinéma et a été remarquée dans quelques séries télé. Mais c’est avec Downsizing qu’elle obtient son premier grand rôle.

 ➤ Comédie d’Alexander Payne (USA, 2 h 16) avec Matt Damon, Hong Chau, Kristen Wiig, Christoph Waltz.

lundi 8 janvier 2018

De choses et d'autres - Un génie, tout simplement

Le mot de ce début d’année ? Génie ! Comme le brillantissime président des États-Unis, Donald Trump. Auparavant, dans les cours royales, il existait des conteurs officiels chargés de tresser des couronnes de fleurs aux monarques. Forcément bons, bienveillants, intelligents. En un mot comme en cent: géniaux. Aujourd’hui ils sont remplacés par les services de communication officiels priés de prêcher la bonne parole. On explique les projets de loi, on justifie les décisions. Et on tente au passage, discrètement, de flatter un peu le patron.

Aux USA, depuis un an, les fameux services de cybernétique de la Maison Blanche ont du pain sur la planche. Pas pour faire l’apologie du boss, mais pour tenter de limiter sa communication triomphante. Car le monde entier doit le savoir: Donald Trump est un génie. Ce ne sont pas ses supporters ou des journalistes à sa botte qui le disent. C’est lui, en personne, à la première personne, dans des tweets qui vont encore beaucoup faire jaser. Le livre d’un ancien collaborateur ose l’attaquer. Réplique immédiate de Trump : c’est un gros loser alors que moi je suis un génie. La preuve ? Il a réussi dans les affaires, était une star de la télé et est devenu président des USA au premier essai.

Plusieurs élus démocrates se permettent de mettre en cause l’équilibre psychologique de Trump. La réponse réside sans doute dans l’analyse d’un psy justement. Pour lui, Trump agit comme un enfant. Il ne supporte pas la controverse, est persuadé d’avoir toujours raison et d’être le meilleur en toutes circonstances. Même avec le leader nord-coréen, qui présente lui aussi des airs poupins, il met son orgueil en avant en affirmant que son bouton rouge est le plus gros. Je ne vois qu’une solution pour que la marche du monde s’améliore : faire appel à Super Nanny. 

Roman - "Le vol du gerfaut" ou les affres d’un romancier sur la pente descendante

Les écrivains sont-ils d’éternels insatisfaits ? On peut se poser la question en découvrant le thème et la trame du dernier roman de Jean Contrucci. Cet ancien journaliste provençal, a connu la reconnaissance littéraire en signant des romans historiques palpitants repris sous le titre générique « Les nouveaux mystères de Marseille ». Mais... Jean Contrucci, qui baigne ans le milieu de l’édition depuis des décennies (critique puis auteur), avait visiblement quelques comptes à régler avec des figures imaginaires mais dans lesquelles beaucoup pourraient se reconnaître.

■ Le retour du gerfaut

Lauréat d’un prix Goncourt, Jean-Gabriel Lesparres a depuis surfé sur ce coup d’éclat de début de carrière. Auréolé par cette récompense prestigieuse, ses autres romans se sont bien vendus. Mais sur une pente descendante. Inéluctable. A 70 ans passés, il bute sur la fin de son petit dernier. Il n’a plus la flamme et en relisant son manuscrit, il prend conscience que ce texte, non seulement est prétentieux (il y raconte ses conquêtes féminines du temps de sa splendeur), mais aussi médiocre. «Je n’avais rien de nouveau à dire. Je n’étais plus capable de progrès. Pire, j’étais conscient de ma régression» constate le vieil auteur. Pourtant «à l’âge où on baisse les bras, je sentais monter en moi des envies de révolte. La seule à ma portée était le refus de publier le livre de trop». Mais c’est sans compter avec les exigences de son éditeur qui a payé de confortables avances à valoir sur le futur roman de la «star» de la maison d’édition.

Alors Jean-Gabriel, sans rien dire à sa jeune femme ni à personne de son entourage, va organiser le vol de son manuscrit. Avec pour consigne au voleur de détruire ce manuscrit qui ne sera jamais achevé. Tout se passe à merveille jusqu’au jour où le roman, achevé et même amélioré, refait surface sous la signature d’une totale inconnue qui aurait posté le texte de New York.

Cette critique acerbe du milieu littéraire, avec ses coups de poker, ses fausses amitiés ou ses petites magouilles reste en toile de fond de ce «Vol du gerfaut». Car en excellent conteur, Jean Contrucci se concentre surtout sur l’intrigue, l’enquête du romancier et l’incroyable machination à double voire triple détente. 

➤ « Le vol du gerfaut » de Jean Contrucci, HC Éditions, 19 € (en vente le 11 janvier)