dimanche 19 novembre 2017

Cinéma - Les deux carrières de Chavela Vargas, la Piaf mexicaine


Comme Édith Piaf, Chavela Vargas a été une chanteuse immensément connue dans son pays, le Mexique. Comme Piaf, sa vie a été une succession d’embûches. Comme Piaf, elle est morte en pleine gloire, mais après avoir connu une très longue période d’oubli. Ce documentaire de Catherine Grund et Daresha Ky, réalisé après la mort en 2012 de la fière et solitaire Chavela Vargas, s’appuie sur un enregistrement réalisé alors qu’elle avait 70 ans. Interrogée par des jeunes femmes, elle raconte comment elle con- çoit la vie. Avec un leitmotiv : ne pas se soucier du passé ou de l’avenir, juste le présent compte. Une philosophie qui lui a donné l’occasion de briller. De connaître l’enfer aussi.

■ Homosexuelle et alcoolique

Née au Costa Rica, rejetée par ses parents car trop « garçon manqué », Chavela rejoint le Mexique pour faire ce qu’elle aime le plus : chanter. Elle tente de faire carrière en rentrant dans le moule : longue chevelure, robes à volants, sourire enjôleur. Mais elle ne perce pas. Alors, contre tous les avis, elle accorde son apparence avec sa voix, grave et sensuelle, et s’habille en homme. A cette époque c’est une révolution, mais le succès est énorme. Elle vit son homosexualité à fond. Mais cachée. 

Elle raconte comment elle séduit les femmes de ministres, les stars américaines en villégiature à Acapulco ou Frida Kahlo. Un obstacle se dresse cependant devant elle : son alcoolisme. Une maladie qui la détruit, l’empêchant de se produire. Elle tombe dans l’oubli, beaucoup croient même qu’elle est morte. 

Mais après une révélation auprès d’un chaman, elle redevient la Chavela Vargas, remonte sur scène et débute une seconde carrière encore plus prestigieuse que la précédente, remplissant même l’Olympia. Un documentaire exemplaire de justesse sur une femme entière, talentueuse et amoureuse de la vie.

➤ « Chavela Vargas », documentaire de Catherine Gund et Daresha Ky (USA, 1 h 30) avec Chavela Vargas

De choses et d'autres - Alerte à la casquette

La filiale brésilienne de Ford vient de mettre au point une innovation étonnante mais qui pourrait sauver de nombreuses vies. Une casquette connectée vous prévient si vous êtes en train de vous endormir en conduisant. En collaboration avec des experts du sommeil, les ingénieurs de la marque automobile ont développé des capteurs, placés dans une casquette toute simple. Ils analysent notamment les muscles de la nuque. Ces derniers se relâchent quand on entre en période de pré-endormissement. Immédiatement le couvre-chef prévient le conducteur. Soit en vibrant légèrement, soit en émettant un son ou encore la petite lumière placée dans la visière se met à clignoter. Des signaux suffisants pour que l’on comprenne qu’une pause est préférable au prochain pilier de pont ou à la rencontre abrupte avec un semi-remorque. Cette petite invention, toute bête mais géniale, devrait être étendue à d’autres situations. Pourquoi ne pas imposer le port à certaines personnes de ces casquettes « intelligentes », cette jugeote qui leur manque justement au quotidien. Vous jetez votre mégot dans la rue ? Paf, quelques vibrations. Vous grillez le priorité dans un rondpoint ? Un bip. Vous proférez un gros mot en présence d’enfants ? Une lumière s’allume.

Et puis pourquoi ne pas « corser » les avertissements en fonction des actions ? Monsieur, vous êtes un peu trop insistant avec cette jolie demoiselle qui ne vous a rien demandé ? Une main robotique sort de la casquette pour vous flanquer la gifle que vous méritez. Une réflexion raciste ? Pif, une petite décharge électrique dans le crâne histoire de vous remettre les idées en place. Certes le port de la casquette en toutes circonstances ferait hurler les stylistes mais au moins, offrirait un peu plus de civisme et de politesse dans les rapports humains. 

De choses et d'autres - Plaignons cet ancien ministre "humilié"

Grosse colère de Louis Mexandeau. Cet ancien ministre des PTT de François Mitterrand (ça date) s’est fendu d’une déclaration fracassante sur FranceInfo après ce qu’il considère comme une « certaine humiliation ». Rendez-vous compte : il a dû payer son billet de train entre Paris et Caen. Et même aligner 50 euros de plus d’amende forfaitaire pour absence de titre de transport. Il faut dire que depuis sa nomination au premier gouvernement de Pierre Mauroy en mai 81, il n’a plus déboursé un centime pour ses déplacements ferroviaires. 

Un privilège des ministres en exercice, qu’ils conservent ensuite. Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la bande d’« En marche ». Ces nouveaux élus, à la recherche de la moindre économie pour soulager le budget de la France (de son assemblée nationale en l’occurrence), ont voté la fin de la gratuité du train pour les députés honoraires et les anciens ministres. Une mesure qui a pris effet le 1er octobre. Résultat le 8, dans le train Paris - Caen, le contrôleur n’a rien voulu savoir et a fait payer Louis Mexandeau.

Il est vrai que lorsqu’on obtient un privilège, il est difficile de tirer un trait dessus. Mais on ne peut pas d’un côté s’indigner des privilèges octroyés à certains et oublier de balayer devant sa porte. 

Comme si une décision des représentants du peuple ne semble bonne que si l’on n’est pas directement impacté. La surtaxe des entreprises ? Pas de souci, je ne détiens pas d’actions. La baisse des APL ? M’en fiche, je suis propriétaire. Mais toucher à MA gratuité des trains, là, c’est un « scandale » comme aimait le clamer Georges Marchais, homme politique contemporain de Louis Mexandeau qui, au passage, aurait mieux fait de se taire pour ne pas provoquer une baisse supplémentaire du cours du socialisme à la française

Livres de poche - Des collectors « Made in Pocket »

Les éditions Pocket proposent en cette fin d’année plusieurs de leurs meilleurs titres dans des éditions collectors. Idéal pour les cadeaux ou les bibliophiles. On admirera la couverture perforée avec rabats de « Le temps assassin », polar de Michel Bussi. Mais bien vite on oubliera l’enveloppe pour se passionner de cette histoire de vengeance corse et de disparition à cheval sur deux générations.

Parmi les autres titres, toujours au rayon polar français, « Le cercle » de Bernard Minier mérite le détour.

Enfin ne laissez pas l’occasion de plonger dans l’angoisse avec deux maîtres du genre repris dans des volumes doubles. Des pavés de 1 000 pages signés Maxime Chattam pour « Les Acanes du chaos » et « Prédateurs » ou Franck Thilliez pour « Angor » et « Pandemia »

BD - Le 3e envol des Passagers du Vent

La belle Isa, héroïne des Passagers du vent de François Bourgeon est définitivement rangée aux oubliettes de l’Histoire ? Heureusement sa descendance fait encore parler d’elle. Pour le 8e titre de la série, premier du troisième cycle, c’est Zabo, petite-fille d’Isa, qui est de nouveau en vedette. Mais elle s’appelle désormais Clara et vit à Paris. Elle va recueillir et aider une jeune Bretonne perdue dans la fureur de la révolution, le jour des obsèques de Jules Vallès

Avant de pouvoir admirer l’intégralité de l’histoire en couleur en novembre 2018, place au dessin en noir et blanc et grand format de Bourgeon dans le numéro 1 de cette revue papier vendue dans les librairies spécialisées. L’occasion de profiter pleinement de la richesse des détails des planches du plus grand dessinateur historique francophone.

➤ « Les passagers du vent, le sang des cerises » (numéro 1/4), Delcourt, 3 €

BD - Céline, génie littéraire ou simple vieux fou ?


Il est doublement risqué de s’attaquer à une biographie de Céline. D’abord parce que c’est un monstre sacré de la littérature. Et puis aussi car il n’a pas toujours été exemplaire dans ses opinions à l’emporte-pièce. Jean Dufaux tente de saisir le génie doublé de la folie de cet homme, foncièrement solitaire, même s’il a toujours vécu avec une muse dans les parages. 

Il a confié le dessin de ce biopic romancé à Jacques Terpant, maniant pour l’occasion le gris mâtiné de sépia à un récit se déroulant entre la première guerre mondiale et les dernières années de l’ermite de Meudon

Les auteurs ne tentent pas de vous persuader que Céline n’était pas le monstre antisémite honni, mais ils apportent témoignages et anecdotes pour mieux comprendre la complexité du personnage et d’où vient cette haine, cette rancune se transformant en phobie, délire paranoïaque et parfois, chef-d’œuvre de la littérature.

➤ « Le chien de Dieu », Futuropolis, 17 €

De choses et d'autres - Ligne droite solidaire

Alors que le Téléthon se prépare activement dans toutes les communes de France, d’autres opérations caritatives sont régulièrement organisées. Moins visibles et médiatiques, mais parfois beaucoup plus originales. Le week-end dernier par exemple, le Désert Bus de l’Espoir a roulé durant 60 heures avec la participation de plusieurs personnalités qui se sont relayées au volant. Un périple qui a permis à l’association « Petits Princes » de récolter 47 000 euros de dons destinés à rendre la vie plus douce pour les enfants hospitalisés.

A ceux qui croient qu’un bus rempli de stars a sillonné la France, vous avez tout faux. Ce bus, une version scolaire américaine jaune criard et grosse calandre, est virtuel. Les 60 heures de conduite se réalisent grâce à une manette de jeu vidéo. Toute la difficulté est de ne pas s’ennuyer. Dé- sertBus, par excellence est le jeu qui laisse le plus de temps de cerveau disponible. Vous conduisez un bus sur une ligne droite en plein désert. Il suffit donc de rester bien sur la route pour continuer la partie. Voilà comment la partie pour les Petits Princes a pu durer 60 heures.

Diffusée en streaming sur une plateforme partenaire, il y avait en permanence une dizaine de personnes pour se relayer, avec toutes les demi-heures une boîte surprise à gagner (si l’on faisait un don de 5 euros minimum) rempli de jolis cadeaux. Pour cette troisième édition, 47 000 euros ont été collectés. Preuve que les geeks, en plus d’une patience à toute épreuve, ont du cœur.

vendredi 17 novembre 2017

De choses et d'autres - Ardisson sans cédille


Les jeunes, c’est bien connu, sont illettrés et idiots. La preuve, Thierry Ardisson, grand manitou de la télévision depuis trop longtemps le répète à chaque fois qu’il reçoit un invité de moins de 25 ans qui n’exerce pas un « métier noble » (selon son prisme) tel qu’écrivain, politique ou comédien.
Alors quand il a la chance de se payer un youtubeur, il se défoule particulière- ment. L’interview qui en résulte peut servir d’exemple à montrer dans les écoles de journalisme, catégorie : à ne pas imiter si vous ne voulez pas paraître condescendant. Donc notre Ardisson national se retrouve face à Squeezie, expert en jeux vidéo. Jeune aux yeux bleus, Squeezie se filme en train de jouer, donne des astuces, se moque (du jeu ou de lui), blague à tout bout de champ. Résultat, beaucoup d’abonnés le suivent. Ils se comptent en millions, beau- coup plus que les téléspectateurs d’Ardisson. Piqué au vif, celui-ci entreprend une entrevue à charge. Vous avez tué la télévision, pourquoi avoir écrit un livre puisque vos fans ne savent pas lire ; au final il critique carrément le concept : « vous vous filmez en train de jouer, et comme y’a de la pub vous gagnez beau- coup d’argent. » Ardisson qui reproche à quelqu’un de gagner de l’argent avec du vent ! On croit rêver.
Il pousse même le bouchon un peu plus loin en demandant à Squee- zie s’il a l’intention de s’immortaliser alors qu’il mange simplement une pizza. Et là, je me dis que le père Ardisson doit avoir un début d’Alzheimer car, il y a quelques an- nées, sans doute en mal d’idée pour une nouvelle émission, il a tout simplement filmé des repas dans sa salle à manger. On mange, on boit, on discute, on s’insulte... Rien de bien révolutionnaire. Pas mieux que Squeezie. En moins marrant.
Ah, ces jeunes, tellement ignares... Au point d’écrire le nom de Thierry sans cédille.

mardi 14 novembre 2017

De choses et d'autres - Effacement cinématographique

Après le BalanceTonPorc, voici venu le temps du EffaceTonPorc. Dénoncer un harceleur ne semble plus suffire dans notre société intransigeante, il faut carrément l’effacer des mémoires collectives. Les nombreux scandales remontant à la surface, avant même d’être jugés, marquent la fin de carrière d’artistes portés au pinacle il y a peu.

Prenez Kevin Spacey. L’acteur, en plus de nombreux films devenus des classiques (il a remporté deux Oscars), a crevé l’écran dans son interprétation de Frank Underwood dans la série « House of cards » pour la plate-forme Netflix. Son personnage n’est pas spécialement sympathique. Un politique prêt à tout pour obtenir le pouvoir absolu. Dans la vraie vie, Kevin Spacey ne semble guère plus sympathique. Plusieurs personnes l’ont accusé de harcèlement sexuel. Des employés de Netflix, mais aussi de jeunes acteurs. Face aux rumeurs, il décide de reconnaître les faits et, au passage, fait son coming out. Résultat, il est exclu de la série, même si on se demande comment les scénaristes vont se tirer de ce mauvais pas.

Plus grave, il sera carrément « gommé » du prochain film de Ridley Scott (Alien). Exactement, toutes ses scènes seront rejouées par un autre acteur, Christopher Plummer. Comme le film doit sortir dans un mois, il faudra ensuite multiplier les effets spéciaux pour effacer Kevin Spacey et réintroduire Christophe Plummer à sa place.

Comme au grand temps du stalinisme, on va bidouiller des images, cacher un homme devenu persona non grata dans le cinéma hollywoodien. D’ici quelques années, Kevin Spacey n’existera plus. On pourrait même imaginer que tous ses films soient trafiqués. En supprimant ses personnages quand ils ne sont pas importants, en y intégrant les images d’un autre acteur pour les rôles principaux. 


lundi 13 novembre 2017

Bande dessinée - Itinéraires artistiques parallèles

Remarquable travail graphique et éditorial réalisé par Samir Dahmani et Yunbo. Deux albums, deux romans, sur un même sujet, mais vu par des yeux différents et surtout dans une temporalité décalée.


Même si l’ordre de lecture importe peu, les deux récits étant totalement indépendants, mieux vaut débuter par « Je ne suis pas d’ici ». Une jeune dessinatrice sud-coréenne raconte son arrivée en France pour y suivre des études. Directement inspiré de sa propre histoire, ce récit montre une jeune femme déboussolée, perdue dans des pratiques sociétales radicalement différentes de son pays d’origine. Elle raconte sans détour ses mésaventures. Avec les Français, mais aussi ses compatriotes, eux aussi exilés. Un dessin très sensuel donne un tour intimiste à cette BD. Yunbo, après ses études à Angoulême, est retournée au pays. Même si elle a rencontré chez nous et aimé un étudiant au parcours un peu identique.


Samir Dahmani, en plus de ses doubles racines (né en France de parents maghrébins), a décidé d’apprendre le coréen pour rejoindre sa bien-aimée en Asie. Mais dans « Je suis encore là-bas », il ne raconte pas sa plongée dans cette civilisation différente. Il se base en fait sur le ressenti de son amie pour raconter la suite du voyage. Isnook est de retour en Corée après dix ans passés en France. Elle travaille pour une grosse société. Chargée d’accueillir et de servir d’interprète à un client français, elle va se replonger avec délice dans cette langue. Mais surtout elle va se rendre compte que c’est à cet étranger, qui ne la juge pas qu’elle va raconter tout son mal-être.
 ➤ « Je ne suis pas d’ici », Warum, 16 €
➤ « Je suis encore là-bas », Steinkis, 15 €