dimanche 19 novembre 2017

BD - Le 3e envol des Passagers du Vent

La belle Isa, héroïne des Passagers du vent de François Bourgeon est définitivement rangée aux oubliettes de l’Histoire ? Heureusement sa descendance fait encore parler d’elle. Pour le 8e titre de la série, premier du troisième cycle, c’est Zabo, petite-fille d’Isa, qui est de nouveau en vedette. Mais elle s’appelle désormais Clara et vit à Paris. Elle va recueillir et aider une jeune Bretonne perdue dans la fureur de la révolution, le jour des obsèques de Jules Vallès

Avant de pouvoir admirer l’intégralité de l’histoire en couleur en novembre 2018, place au dessin en noir et blanc et grand format de Bourgeon dans le numéro 1 de cette revue papier vendue dans les librairies spécialisées. L’occasion de profiter pleinement de la richesse des détails des planches du plus grand dessinateur historique francophone.

➤ « Les passagers du vent, le sang des cerises » (numéro 1/4), Delcourt, 3 €

BD - Céline, génie littéraire ou simple vieux fou ?


Il est doublement risqué de s’attaquer à une biographie de Céline. D’abord parce que c’est un monstre sacré de la littérature. Et puis aussi car il n’a pas toujours été exemplaire dans ses opinions à l’emporte-pièce. Jean Dufaux tente de saisir le génie doublé de la folie de cet homme, foncièrement solitaire, même s’il a toujours vécu avec une muse dans les parages. 

Il a confié le dessin de ce biopic romancé à Jacques Terpant, maniant pour l’occasion le gris mâtiné de sépia à un récit se déroulant entre la première guerre mondiale et les dernières années de l’ermite de Meudon

Les auteurs ne tentent pas de vous persuader que Céline n’était pas le monstre antisémite honni, mais ils apportent témoignages et anecdotes pour mieux comprendre la complexité du personnage et d’où vient cette haine, cette rancune se transformant en phobie, délire paranoïaque et parfois, chef-d’œuvre de la littérature.

➤ « Le chien de Dieu », Futuropolis, 17 €

De choses et d'autres - Ligne droite solidaire

Alors que le Téléthon se prépare activement dans toutes les communes de France, d’autres opérations caritatives sont régulièrement organisées. Moins visibles et médiatiques, mais parfois beaucoup plus originales. Le week-end dernier par exemple, le Désert Bus de l’Espoir a roulé durant 60 heures avec la participation de plusieurs personnalités qui se sont relayées au volant. Un périple qui a permis à l’association « Petits Princes » de récolter 47 000 euros de dons destinés à rendre la vie plus douce pour les enfants hospitalisés.

A ceux qui croient qu’un bus rempli de stars a sillonné la France, vous avez tout faux. Ce bus, une version scolaire américaine jaune criard et grosse calandre, est virtuel. Les 60 heures de conduite se réalisent grâce à une manette de jeu vidéo. Toute la difficulté est de ne pas s’ennuyer. Dé- sertBus, par excellence est le jeu qui laisse le plus de temps de cerveau disponible. Vous conduisez un bus sur une ligne droite en plein désert. Il suffit donc de rester bien sur la route pour continuer la partie. Voilà comment la partie pour les Petits Princes a pu durer 60 heures.

Diffusée en streaming sur une plateforme partenaire, il y avait en permanence une dizaine de personnes pour se relayer, avec toutes les demi-heures une boîte surprise à gagner (si l’on faisait un don de 5 euros minimum) rempli de jolis cadeaux. Pour cette troisième édition, 47 000 euros ont été collectés. Preuve que les geeks, en plus d’une patience à toute épreuve, ont du cœur.

vendredi 17 novembre 2017

De choses et d'autres - Ardisson sans cédille


Les jeunes, c’est bien connu, sont illettrés et idiots. La preuve, Thierry Ardisson, grand manitou de la télévision depuis trop longtemps le répète à chaque fois qu’il reçoit un invité de moins de 25 ans qui n’exerce pas un « métier noble » (selon son prisme) tel qu’écrivain, politique ou comédien.
Alors quand il a la chance de se payer un youtubeur, il se défoule particulière- ment. L’interview qui en résulte peut servir d’exemple à montrer dans les écoles de journalisme, catégorie : à ne pas imiter si vous ne voulez pas paraître condescendant. Donc notre Ardisson national se retrouve face à Squeezie, expert en jeux vidéo. Jeune aux yeux bleus, Squeezie se filme en train de jouer, donne des astuces, se moque (du jeu ou de lui), blague à tout bout de champ. Résultat, beaucoup d’abonnés le suivent. Ils se comptent en millions, beau- coup plus que les téléspectateurs d’Ardisson. Piqué au vif, celui-ci entreprend une entrevue à charge. Vous avez tué la télévision, pourquoi avoir écrit un livre puisque vos fans ne savent pas lire ; au final il critique carrément le concept : « vous vous filmez en train de jouer, et comme y’a de la pub vous gagnez beau- coup d’argent. » Ardisson qui reproche à quelqu’un de gagner de l’argent avec du vent ! On croit rêver.
Il pousse même le bouchon un peu plus loin en demandant à Squee- zie s’il a l’intention de s’immortaliser alors qu’il mange simplement une pizza. Et là, je me dis que le père Ardisson doit avoir un début d’Alzheimer car, il y a quelques an- nées, sans doute en mal d’idée pour une nouvelle émission, il a tout simplement filmé des repas dans sa salle à manger. On mange, on boit, on discute, on s’insulte... Rien de bien révolutionnaire. Pas mieux que Squeezie. En moins marrant.
Ah, ces jeunes, tellement ignares... Au point d’écrire le nom de Thierry sans cédille.

mardi 14 novembre 2017

De choses et d'autres - Effacement cinématographique

Après le BalanceTonPorc, voici venu le temps du EffaceTonPorc. Dénoncer un harceleur ne semble plus suffire dans notre société intransigeante, il faut carrément l’effacer des mémoires collectives. Les nombreux scandales remontant à la surface, avant même d’être jugés, marquent la fin de carrière d’artistes portés au pinacle il y a peu.

Prenez Kevin Spacey. L’acteur, en plus de nombreux films devenus des classiques (il a remporté deux Oscars), a crevé l’écran dans son interprétation de Frank Underwood dans la série « House of cards » pour la plate-forme Netflix. Son personnage n’est pas spécialement sympathique. Un politique prêt à tout pour obtenir le pouvoir absolu. Dans la vraie vie, Kevin Spacey ne semble guère plus sympathique. Plusieurs personnes l’ont accusé de harcèlement sexuel. Des employés de Netflix, mais aussi de jeunes acteurs. Face aux rumeurs, il décide de reconnaître les faits et, au passage, fait son coming out. Résultat, il est exclu de la série, même si on se demande comment les scénaristes vont se tirer de ce mauvais pas.

Plus grave, il sera carrément « gommé » du prochain film de Ridley Scott (Alien). Exactement, toutes ses scènes seront rejouées par un autre acteur, Christopher Plummer. Comme le film doit sortir dans un mois, il faudra ensuite multiplier les effets spéciaux pour effacer Kevin Spacey et réintroduire Christophe Plummer à sa place.

Comme au grand temps du stalinisme, on va bidouiller des images, cacher un homme devenu persona non grata dans le cinéma hollywoodien. D’ici quelques années, Kevin Spacey n’existera plus. On pourrait même imaginer que tous ses films soient trafiqués. En supprimant ses personnages quand ils ne sont pas importants, en y intégrant les images d’un autre acteur pour les rôles principaux. 


lundi 13 novembre 2017

Bande dessinée - Itinéraires artistiques parallèles

Remarquable travail graphique et éditorial réalisé par Samir Dahmani et Yunbo. Deux albums, deux romans, sur un même sujet, mais vu par des yeux différents et surtout dans une temporalité décalée.


Même si l’ordre de lecture importe peu, les deux récits étant totalement indépendants, mieux vaut débuter par « Je ne suis pas d’ici ». Une jeune dessinatrice sud-coréenne raconte son arrivée en France pour y suivre des études. Directement inspiré de sa propre histoire, ce récit montre une jeune femme déboussolée, perdue dans des pratiques sociétales radicalement différentes de son pays d’origine. Elle raconte sans détour ses mésaventures. Avec les Français, mais aussi ses compatriotes, eux aussi exilés. Un dessin très sensuel donne un tour intimiste à cette BD. Yunbo, après ses études à Angoulême, est retournée au pays. Même si elle a rencontré chez nous et aimé un étudiant au parcours un peu identique.


Samir Dahmani, en plus de ses doubles racines (né en France de parents maghrébins), a décidé d’apprendre le coréen pour rejoindre sa bien-aimée en Asie. Mais dans « Je suis encore là-bas », il ne raconte pas sa plongée dans cette civilisation différente. Il se base en fait sur le ressenti de son amie pour raconter la suite du voyage. Isnook est de retour en Corée après dix ans passés en France. Elle travaille pour une grosse société. Chargée d’accueillir et de servir d’interprète à un client français, elle va se replonger avec délice dans cette langue. Mais surtout elle va se rendre compte que c’est à cet étranger, qui ne la juge pas qu’elle va raconter tout son mal-être.
 ➤ « Je ne suis pas d’ici », Warum, 16 €
➤ « Je suis encore là-bas », Steinkis, 15 €


Livres de poche - Redécouvrir deux classiques de la science-fiction

Lagash est une planète dont les habitants ne connaissent pas la nuit puisque leur système solaire est composé de six soleils. Or, voici venir un événement terrifiant : le crépuscule tombe sur Lagash. « Quand les ténèbres viendront » est souvent considéré comme le meilleur recueil d’Isaac Asimov. Une somme qui permet de découvrir ou redécouvrir l’extraordinaire talent de ce géant de la science-fiction.

➤ « Quand les ténèbres viendront », Folio SF, 9,80 €.

Toronto, ville tentaculaire. Au cœur de cette métropole se niche une petite librairie plutôt étrange : Finders. Vous y trouverez sans aucun doute les livres que vous cherchiez depuis toujours et aussi, qui sait ?, certains que vous n’imaginiez même pas. Avec ce recueil de neuf nouvelles, Robert Charles Wilson nous offre une œuvre très personnelle, véritable déclaration d’amour à la science-fiction.

➤ « Les Perséides », Folio SF, 8,20 €

De choses et d'autres - Nutella originel

Il y a des monuments auxquels il est risqué de s’attaquer. Je ne parle pas du général De Gaulle mais de la recette du Nutella, célèbre pâte à tartiner au chocolat. Il est de bon ton de la critiquer ouvertement, notamment en raison de la forte teneur en huile de palme dans la recette. Mais en secret, tout le monde aime en tartiner un morceau de pain frais, voire plonger le doigt dans le pot et le lécher avec gourmandise. Bref, comme tout ce qui est bon sur le moment mais aux conséquences désastreuses sur le long terme, le Nutella déclenche des passions souvent injustifiées et encore moins compréhensibles.

Dernier épisode en date, des consommateurs allemands au palais particulièrement fin, ont trouvé que le goût du produit avait quelque peu changé. Une saveur un rien moins chocolatée selon ces experts. Alors ils ont regardé sur l’étiquette et ont déchiffré la liste des ingrédients et ont constaté en comparant avec un vieux pot, que le pourcentage de lait écrémé en poudre est en nette hausse. De 7,5 % elle passe à 8,7 %. En conséquence, la teneur en sucre est plus importante alors que la matière grasse est en légère baisse.

Toute recette doit évoluer, mais cela semble un peu trop pour les accros au Nutella. Ils ont commencé à ruer dans les brancards, regrettant que la pâte soit moins foncée, que le cacao ait forcément diminué. Bref, que c’était mieux avant... Reste à connaître l’élément déclencheur de cette modification de la recette. Pour des spécialistes, la gastronomie n’y est pour rien. Il s’agit simplement de réduire les coûts de fabrication en augmentant la part du produit pas cher (le lait) au détriment de celui qui augmente (le chocolat). D’ordinaire, le consommateur ne remarque même pas ces variations. Sauf certaines papilles allemandes exigeantes en matière d’authenticité. 

Roman - Les dérives des utopistes dans "Islanova"


La littérature aborde souvent des sujets politiques. Mais pas frontalement. les auteurs préfèrent s’inspirer de la réalité pour mieux dérouler leur intrigue étonnante, forcément étonnante. « Islanova » est de cette veine. Ce pavé conséquent de près de 800 pages est un thriller sans le moindre temps mort, mais nourri de l’actualité. On retrouve un peu de Sivens avec un soupçon de Notre Dame des Anges dans la formation d’une utopie au prix de nombreux sacrifices.

Sans doute car ils aiment travailler ensemble, car ils sont en couple, Jérôme Camut et Nathalie Hug placent toujours la cellule familiale au cœur de leur histoire. Une famille recomposée dans le cas de Julian et Vanda. Un ancien policier devenu garde à l’ONF. Une femme active, responsable de la sécurité au parlement européen de Strasbourg. Julian a une fille, Charlie. Vanda un garçon, Leny. Ils vivent tous les quatre ensemble depuis 10 ans. Les deux gamins, devenus adolescents se considèrent comme frère et sœur. Pourtant, un matin, Julian les dé- couvre au lit. L’amour est plus fort que les remariages.

Un début un peu déstabilisant mais essentiel pour comprendre pourquoi Charlie et Leny fuient et partent se cacher sur l’île l’Oléron, au cœur d’une ZAD (zone à défendre) contre un gigantesque complexe touristique chinois. Si Leny est sceptique sur l’utopie des membres de l’armée du 12 octobre, Charlie s’enflamme pour eux. Et quand les CRS chargent, tout dégénère ; la jeune fille fait le choix de la résistance armée.

Dictateurs cachés

Multitude de personnages, scènes chocs, un peu de science-fiction (avec une intelligence artificielle qui pourrait tout à fait déjà exister), des trahisons et de la folie collective : « Islanova » est de la veine des grands thrillers. Sa longueur et sa richesse de situations contrastées en fait la base d’une série possible.

Reste en filigrane le message passé part les auteurs. Compréhensifs pour les zadistes idéalistes, ils sont sans pitié pour ceux qui en fait n’y voient qu’une autre façon de s’approprier le pouvoir. Certains leaders charismatiques sont des dictateurs cachant leur jeu. Au contraire, la police peut parfois se révéler très humaine. Rien n’est blanc ou noir. Le mal comme le bien prospère dans toutes les couches de la société.

➤ « Islanova » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, Fleuve Noir, 22,90

samedi 11 novembre 2017

De choses et d'autres - Shocking or not shocking ?

Première en Angleterre : une femme va pouvoir franchir le seuil du très select Savile Club et participer aux réunions. Les féministes déchantent cependant, ce n’est pas une décision de mixité qui va permettre à cette femme d’une trentaine d’années de participer aux réunions et soirées de ce très réputé club de gentlemen londoniens. La règle est simple : entre hommes depuis toujours, entre hommes pour toujours.

En réalité la femme qui aura l’insigne honneur de rejoindre le gratin british, était déjà adhérente depuis quelques années. Adhérent exactement. Car à l’époque, elle était il. Le nouveau membre en jupe, il y a quelques temps, était un homme. Il vient de changer de sexe. Face à ce dilemme, le comité de direction a décidé que ce père de deux enfants, avait le droit de rester au sein du club à l’issue de son processus de transformation. Une première mais qui ne changera pas les us et coutumes du Savile Club. Il est toujours totalement interdit à une femme de rejoindre ce cercle créé par des artistes londoniens de l’époque dont quelques écrivains mondialement célèbres comme Kipling ou Wells. La parité, donc, on attendra. Et sans doute très longtemps.

Par contre il n’est pas sûr et certain que la nouvelle membre soit la première à se rendre au club en jupe. Particularité britannique, les hommes restent entre eux mais n’ont pas peur de dé- laisser les pantalons pour des tenues plus aérées. Un Écossais, tout en restant très viril, peut se balader en jupe. En kilt plus exactement. Reste la dernière interrogation en plein dans l’actualité. La seule femme du club risque-t-elle d’être harcelée par ses collègues hommes, même s’ils savent à quoi elle ressemblait auparavant ?