Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
lundi 21 août 2017
BD - La guerre froide réécrite
Encore une série d’aviation autour de l’uchronie. Maza, après avoir signés trois albums de la série « USA Uber Alles », déjà avec Pécau, plonge en pleine guerre froide. En 1983, une pilote de chasse de l’armée est-allemande perd son coéquipier lors d’une escarmouche avec des chasseurs américains. Il semble que ces derniers sont les éclaireurs d’une vaste offensive contre le bloc soviétique. Reagan aurait-il décidé de lancer le feu nucléaire sur l’empire russe ? Sur cette hypothèse, les auteurs proposent un récit où espions, militaires, dignitaires et généraux jouent un jeu dangereux. Ce n’est qu’une uchronie, mais on est certainement passé très près de ces événements. Le tome 2 est annoncé en librairie le 18 octobre prochain.
➤ « Luftballons » (tome 1), Delcourt, 14,95 €
De choses et d'autres - A court d'arguments
Un grand classique des vacances, la sortie en boîte de nuit. Mais crise oblige, certaines enseignes sont obligées d’organiser des soirées spéciales pour remplir le bar et les tiroirs-caisses. L’Annexe dans le Var a ainsi été victime de ce que l’on appelle un bad buzz. Les patrons de ce repère d’amateurs de fiesta de la Côte d’Azur ont décidé de moduler le prix des consommations en fonction de la longueur des jupes des clientes. Sous le titre de « Oserez-vous le court ? », ils tentent d’appâter les cagoles de la région : « Vos jupes valent des consos...» Et de préciser le mode d’emploi. Si votre jupe est d’une longueur de 25 cm ou moins, vous ne paierez pas l’entrée. En-dessous de 23 cm vous bénéficiez d’une conso offerte par centimètre, ceci jusqu’à 18 cm. En-dessous, vous avez carrément droit à une bouteille de rosé. Et attention, les organisateurs ont bien l’intention de se rincer l’œil : « Les jupes mises par-dessus leggins, collants opaques, pantalons, etc., seront hors concours. » En somme, grossièrement résumé : montrez vos fesses, vous pourrez boire comme un trou.
Il s’est heureusement trouvé quantité d’hommes et de femmes pour s’insurger contre cette opération. Et de demander de boycotter cette «Annexe » qui semble surtout une réunion de tristes machos. L’indignation est devenue nationale. Associer le prix des consommations à la longueur des vêtements est particulièrement avilissant pour les femmes. La logique aurait voulu que la boîte de nuit, face à un tel raffut, abandonne l’idée et s’excuse platement.
C’est mal connaître les cacous du sud, pendant mâle de la cagole. Non seulement l’idée a été maintenue mais l’Annexe a publié sur son site des remerciements « à ceux qui ont polémiqué, cela nous a permis d’avoir de nouveaux clients. » Pour le coup, c’est moi qui me trouve à court d’arguments.
dimanche 20 août 2017
BD - La guerre aérienne du passé
Alors que les poilus croupissaient dans les tranchées, les pilotes s’affrontaient lors de duels homériques dans le ciel de France. Parmi les as des aviateurs français, Alexandre Marais a la particularité d’avoir été défiguré et de dissimuler ses blessures de guerre sous un masque. Il va devoir apprendre à combattre avec un nouveau venu, Louis Lafitte, jeune, beau et très talentueux. Rapidement, les deux militaires vont vouloir se mesurer dans les airs. C’est à celui qui abattra le plus de « Boches ». Mais ces derniers aussi ont des as dans leur chasse et Marais, tout comme Lafitte, devront s’épauler pour tout simplement survivre.
➤ « Faucheurs de vent » (tome 1), Glénat, 13,90 €
samedi 19 août 2017
BD - La guerre civile du futur
L’apartheid social règne sur la Terre dans ce futur proche imaginé par Marazano et mis en images par Ponzio. Notre monde se divise en deux catégories. Les riches qui vivent dans des enclaves. Les pauvres laissés à l’abandon dans des zones ravagées. Bien sûr, les habitants de ces zones de non-droit ont le désir d’aller dans les enclaves. Intervient alors la troisième catégorie de citoyens, les membres des Sections d’intervention. Une armée destinée à réprimer les révoltes, voire éliminer froidement les récalcitrants. Vivian, le personnage principal de cette série est le chef d’une des sections les plus efficaces. Ils sont méchants, agressifs et obéissants. Pourtant le chef semble cacher quelque chose à ses hommes. Se pourrait-il qu’il soit en réalité un des meneurs de la révolution qui se trame en coulisse ? Une série plus politique que militaire, qui fait réfléchir sur le tout sécuritaire et a forcément un écho particulier en ces temps de Vigipirate et d’attaque des soldats de Sentinelle.
➤ « Mémoires de la guerre civile » (tome 1), Dargaud, 13,99 €
De choses et d'autres - Instantanés de plage sous forme de BD
Si au cours de votre petite séance de bronzette et de baignade sur la plage, vous remarquez une jeune femme en train de dessiner sous son parasol, prenez garde, vous pourriez vous reconnaître dans les prochaines « Conversations de plage » de Camille Pot. Diplômée des Arts déco de Strasbourg, l’illustratrice a quitté la froide Alsace pour les chauds rivages de Méditerranée ou de l’Atlantique. Des vacances studieuses à écouter des conversations de plage ou les imaginer, les transformer en petites BD et au final les proposer dans un album format poche, idéal à glisser entre le seau, la pelle et les serviettes.
On y rencontre des enfants, un couple, des amies, des dragueurs et des mégères. Toute une faune qui allongée sur le sable ou en train de construire des châteaux, se repose ou s’amuse. Avec quelques fulgurances, que l’on saisit parfaitement quand on se réveille d’une sieste réparatrice et qu’on prend conscience que « pendant ce temps-là, il y en a qui font le changement à Châtelet-les-Halles ».
Mais on rit jaune aussi dans ce bouquin quand un homme, pas forcé- ment très âgé, dit à sa compagne : « C’est terriblement beau... N’est-ce pas, Marie Douce ? ça me donne envie de nous réserver une petite concession dans ce joli cimetière en marge de la dune... Nous y aurons une vue imprenable...» De l’humour noir au soleil.
➤ « Conversations de plage » de Camille Pot, Warum, 12 €
vendredi 18 août 2017
Polars - Désert américain contre Canal du Midi, shérif ou policier ?
■ Bout du monde
Le shérif Walt Longmire règne sur un comté peu peuplé mais très étendu. Ses concitoyens : des retraités, quelques Indiens de la nation Cheyenne et des originaux cherchant calme et oubli. C’est le cas d’une secte issue de la religion mormone. Dans « La dent du serpent », Longmire découvre leur lieu de vie en ramenant à bon port un adolescent surpris en train de voler des victuailles chez une vieille dame. Une communauté installée loin dans le dé- sert, « sur un chemin de graviers conduisant à un portail fait de rondins attachés ensemble, au-dessus duquel un portique annonçait ‘East Spring Ranch’. Ce n’était pas tout à fait le bout du monde, mais on en était suffisamment près pour pouvoir y envoyer un télégramme, sans toutefois espérer de réponse ». Une fois le décor planté, les ennuis commencent pour Longmire et ses adjoints. Une rude bataille, avec l’intolérance et des secrets profondément enfouis à la clé. Passionnant et dépaysant.
■ Amours tragiques
Autre ambiance si vous vous plongez dans « Les amants du Canal du Midi » de Manuel Garcia. Cet auteur, ancien policier, une fois à la retraite a voulu revenir sur une des affaires qui ont marqué sa carrière professionnelle. En 1970, à Mirepeisset, hameau audois, au bord du Canal du Midi, José Salvador, un enfant du village, est retrouvé assassiné dans la maison de son père. Les gendarmes arrêtent rapidement le présumé coupable. Mais quelques années plus tard, le juge d’instruction décide de rouvrir l’enquête et de la confier à ce policier rigoureux. L’auteur, tout en retraçant ses découvertes qui ont relancé l’affaire, décrit cette région qu’il aime tant: « Quand il faisait très chaud, il aimait s’asseoir à l’ombre des platanes, fermer les yeux et s’abandonner à d’intimes rêveries ». Un premier roman qui pourrait marquer la naissance d’un héros récurrent.
➤ « La dent du serpent » de Craig Johnson, Gallmeister, 22,80 €
➤ « Les amants du canal du Midi » de Manuel Garcia, TDO éditions, 15 €
De choses et d'autres - Carte postale sanglante
La traditionnelle carte postale envoyée depuis son lieu de villégiature a de moins en moins de succès. Pourtant, le format impose la brièveté du message de plus en plus en vogue dans notre mode de vie moderne, où tout doit aller très vite. L’ancêtre du SMS en quelque sorte. Une fois que l’on a indiqué l’adresse et collé le timbre, il ne reste qu’une petite moitié de carte pour donner de nos nouvelles.
Cela se résume souvent à «Il fait beau, la nourriture est bonne et tout se passe bien. Des vacances inoubliables, un véritable rêve». Pas de place pour de la grande littérature. Il faut aller à l’essentiel, souvent le futile quand on est en vacances. Sans y mettre trop de précisions ou de considérations personnelles, car sans enveloppe, le texte est visible par tout le monde, du receveur des postes au préposé du tri sans oublier le facteur, généralement de confiance, mais on ne sait jamais.
Des cartes postales de ce genre, il y en a certainement des dizaines et des dizaines qui ont été postées hier de Barcelone. Jetées d’une main négligente par ces touristes arpentant les Ramblas ensoleillées. Un petit clin d’œil pour ceux qui sont restés dans la grisaille. Juste pour les rassurer et partager son bonheur. Et puis pour certains, les vacances ont viré au cauchemar. La réalité de notre monde devenu fou a rattrapé ces vacanciers qui cherchaient juste à profiter d’un moment de détente dans la capitale catalane. Barcelone la riante, la baroque. Une ville qui a toujours été à part, chérie des artistes, à l’ambiance si particulière. La folie et la mort ont foncé sur les innocents.
Ces cartes postales arriveront bien à destination dans quelques jours. Mais pour certains, blessés dans l’attaque terroriste d’hier, elles seront le souvenir horrible de vacances sanglantes.
jeudi 17 août 2017
DVD et blu-ray - « Gangsterdam », drogue, guns et bras cassés français
Toute la philosophie du film est résumée dans cette anecdote. « Gangsterdam » est un film de gangster qui se déroule à Amsterdam, mais c’est surtout le rêve d’un réalisateur qui voulait orchestrer et mettre sur pellicule des bagarres, des fusillades au ralenti, de jolies filles dénudées, des crashes de voiture… et des pets. Cherchez l’intrus. Un indice : ça ne sent pas bon.
Les Pays-Bas, depuis très longtemps, ont légalisé la consommation de cannabis pour usage récréatif. Mais pas en dehors des célèbres cafés. Certains truands français profitent du marché pour s’y approvisionner. Toute la difficulté est de trouver des passeurs efficaces. Nora (Manon Azem) finance ses études par ces voyages peu risqués. Mais quand son boss (Manu Payet) décide de passer à la vitesse supérieure, il décide de lui flanquer une assurance tout risque en la personne de Ruben (Kev Adams), gentil étudiant en droit, bien sous tout rapport, totalement insoupçonnable. Ce dernier accepte car il en pince pour la belle. Problème, il fait le trajet avec son meilleur ami Durex (Côme Levin): obsédé sexuel, raciste, grand péteur devant l’éternel et roux. Ce qui fait beaucoup de handicaps. Le trio de bras cassés devra affronter de véritables gangsters et grandir.
On ne s’étendra pas sur l’interprétation des comédiens qui ont tous débuté dans des séries télé et cela se ressent, pour ne conserver que quelques scènes réellement comiques, toujours dans l’excès grâce à Ruben, véritable héros du film car, selon le célèbre adage, on le reconnaît car il ose tout.
➤ « Gangsterdam », Studiocanal, 12,99 € le DVD et 14,99 € le bluray
De choses et d'autres - Tatouage et regrets éternels
L’été, la chaleur, la vie au grand air, les corps dénudés... De bonnes raisons pour avoir envie, petite folie estivale, de s’essayer au tatouage. Discret généralement.
Sauf si la décision est prise après une nuit de beuverie et un pari idiot de fin de soirée. Dans le genre : « Oui monsieur je suis capable de me faire tatouer le visage du président Macron et de Brigitte sur le dos. Et tout de suite même, si tu paies ta tournée ! » Par malchance, un tatoueur guettait le bon client, cette nuit-là sur le bord de mer. Depuis vous n’osez plus vous promener torse nu et portez toujours des manches longues : le pote maléfique vous a en plus persuadé de vous imprimer sur le bras droit « Je suis en marche » et « En même temps » sur le gauche. Contrairement aux décalcomanies Malabar, les tatouages résistent au lavage et à la vieillesse.
Ce genre de mésaventure vient d’arriver à une certaine Jade Voltigeur, 18 ans. Un simple dessin indélébile sur l’omoplate gauche va l’empêcher de briller. Il n’est pas précisé ce qu’il représente ni dans quelles circonstances il a été réalisé. Simplement elle savait qu’il ne représenterait pas un atout puisque le 21 juillet dernier elle avait pris le soin de le dissimuler sous une épaisse couche de fond de teint. Le subterfuge a fonctionné : elle a été élue Miss Martinique et se préparait à représenter l’île des Caraïbes en décembre prochain pour l’élection de Miss France.
Mais patatras, quelqu’un a lâché le morceau. Elle est «marquée », le règlement l’interdit. Triste réalité de 2017 : une jeune femme, pour prétendre au titre de Miss France, doit être célibataire, ne pas avoir posé dénudée et présenter un corps vierge de toute fioriture genre tatouage ou piercing... Pauvre Jade. Remplacée par sa première dauphine pour une petite erreur de jeunesse.
La vie est parfois injuste envers les jolies filles.
mercredi 16 août 2017
Cinéma - « Une femme douce » et tenace
Pas un sourire. Quasiment pas de paroles : la femme douce personnage principal du film de Sergei Loznitsa reste une énigme pour le spectateur. Avec une lenteur que peu de créateurs peuvent se permettre (et surtout rendre intéressante, intrigante), il plante le décor et l’obsession de cette femme de prisonnier. Son mari est enfermé. Pour une histoire de droit commun. Mais dans ce pays, la justice a parfois d’étranges conceptions des crimes.
Elle lui a envoyé un colis avec des aliments en conserve, des habits, des produits de toilette. Le colis revient à destination. Sans la moindre explication. Elle tente de demander des précisions à la poste de la ville où elle réside, mais l’administration russe, si elle n’est plus soviétique, a encore conservé toutes ses incohérences. Alors, elle choisit sa plus belle robe et part en train pour la grande ville. Avec le paquet qu’elle veut donner directement à son mari.
■ Violence
On s’attend à un plaidoyer pour les droits de l’Homme, mais rapidement on constate que la Russie actuelle n’a rien à voir avec un état de droit. A la prison, dans la cohue, après des heures d’attente et le remplissage de multiples formulaires, la fonctionnaire lit le nom du prisonnier, se retourne pour vérifier dans un registre, rend le papier à la femme en lui disant simplement que cette demande n’est pas réglementaire. Point final. Pas de discussion. Guichet fermé. Perdue dans la ville, elle est « secourue » par l’épouse d’un autre prisonnier. Elle offre de l’héberger pour la nuit. Mais cela ressemble plus à un guet-apens. Dans le salon, une dizaine de personnes se saoulent à la vodka. Les femmes se dénudent. Les hommes en profitent. La femme douce observe. De loin. Mais elle est repérée par un proxénète qui lui promet de l’aider à avoir des nouvelles de son mari contre une rétribution en nature…
➤ "Une femme douce" drame de Sergei Loznitsa (Russie, 2 h 23) avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva.
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De la violence dans le cinéma russe
Cette thématique de la violence omniprésente dans la nouvelle société russe inspire les réalisateurs. Comme dans « Faute d’amour », nouveau film d’Andrey Zvyagintsev, en salles le 20 septembre prochain mais qui sera en avant-première au Castillet à Perpignan ce mardi 22 août à 19 h 15. Un couple se déchire, veut divorcer. Leur enfant trinque. Un film dur, bouleversant selon la critique et qui a remporté le prix du jury au dernier festival de Cannes.
Le précédent film de Zvyagintsev, « Leviathan », lui aussi primé à Cannes en 2014, explorait déjà les relations compliquées au sein de la famille d’un garagiste dans une petite ville isolée au nord du pays.










