lundi 15 décembre 2008

Art - Les influences japonaises d'Emmanuel Guibert


Faut-il être loin de ses bases, de son monde, pour libérer son imagination, renouveler son inspiration ? Emmanuel Guibert, dessinateur de BD, a passé plusieurs mois au Japon en 2007. Il en a profité pour noircir des dizaines de carnets de croquis, allant de l'encre de Chine aux compositions en couleurs ou les collages. Cette somme de créativité, influencée par le pays, la civilisation, mais sans verser dans le copiage, est repris dans ce gros et bel album, à l'Italienne. L'effet le plus saisissant est certainement les dessins réalisés dans un vieux cahier d'arithmétique trouvé aux puces. Ces dessins modernes sur des chiffres et caractères japonais forment un ensemble déroutant mais du plus bel effet.

« Emmanuel Guibert japonais », Emmanuel Guibert, Futuropolis, 46 € 

dimanche 14 décembre 2008

Thriller - Tueur d'Etat

Jeune et brillant soldat américain, Carl Rice devient tueur, pour son pays. Des années plus tard, son chef de l'époque est candidat à la présidence...


Thriller américain par excellence, ce roman de Phillip Margolin plonge le lecteur dans une histoire fictive des USA qui pourrait tout à fait être crédible. Un roman s'étalant sur plusieurs dizaines d'années, de la fin des années 60 à notre époque actuelle. Le premier chapitre se déroule en 1985, dans une superbe villa édifiée sur les rives du Lost Lake en Californie. Un policier découvre une jeune femme, affolée, témoin du meurtre d'un membre du congrès, Eric Glass. « Le congressiste était assis dans un fauteuil de cuir noir, ligoté aux bras et aux chevilles par du ruban adhésif. Son torse nu était couvert de plaies et le sang avait trempé le pantalon de pyjama qu'il portait pour tout vêtement. Il avait la tête baissée, le menton sur la poitrine, le visage aux traits tuméfiés et ensanglantés. » Vanessa, fille du général Wingate, affirme « c'est Carl qui l'a tué, Carl Rice. »

Bagarre au stade

Suite du roman de nos jours. A Portland, en Oregon, Ami Vergano, avocate, rencontre au cours d'une foire aux arts un ébéniste, Dan Morelli, qui deviendra son locataire : « L'homme avait les épaules larges et, sous l'épaisse moustache et la courte barbe qui lui ornaient le visage, les traits burinés de quelqu'un qui vit au grand air. Il devait approcher des cinquante ans. Il portait un jean, une chemise écossaise à manches longues et des mocassins. Il faisait penser aux hippies de la génération peace and love des années soixante. »


L'homme est discret, Comme s'il cherchait à se faire oublier. Ne faisant jamais de vagues. Sauf le jour où il assiste à un match de base-ball du fils d'Ami. Il est entraîneur assistant, sur le bord de la touche, notant, avec un stylo, les points sur une petite tablette. Un parent de joueur, Lutz, cherchant des noises à l'entraîneur, Dan intervient. Avec une étonnante efficacité. « Morelli abattit la tablette sur le poignet de Lutz. Blême de douleur, Lutz voulu donner un coup de tête à Morelli, découvrant sa nuque. Morelli planta son stylo dans le cou de la brute. Les yeux exorbités, Lutz s'écroula comme une masse en portant les mains à son cou. » Arrêté, Morelli refuse de coopérer avec la police. Ami acceptera de devenir son avocate et l'homme, comme s'il était au bout, raconte sa vie.

Les magouilles du candidat

Il s'appelle Carl Rice et faisait partie de l'Unité, une officine secrète chargée d'exécuter les ennemis des USA, à l'étranger comme à l'intérieur des frontières. Des informations confirmées par Vanessa Wingate, devenue journaliste, prête à tout pour aider Carl Rice, son premier amour, et surtout faire tomber son père, patron de l'Unité, favori de la prochaine élection présidentielle...

Entre jungle au Vietnam, université bourgeoise, rédaction d'un journal populaire et vie quotidienne dans une petite ville de province, c'est toute l'Amérique, dans son incroyable complexité qui est décrite par Phillip Margolin. Avec en toile de fond la fameuse théorie du complot, menée par un petit groupe d'hommes prêts à tout pour avoir le pouvoir. Et surtout cacher leurs méfaits. En face, trois êtres humains vont tenter de faire tomber l'édifice. Trois minuscules vies face à une machine implacable. C'est de la fiction, mais on ne peut s'empêcher de penser que ces faits sont particulièrement réalistes, voire plausibles.

« Le cadavre du lac », Phillip Margolin, Albin Michel, 20 € (également disponible au Livre de Poche)

samedi 13 décembre 2008

BD - Quand Lulu craque

Etienne Davodeau, auteur complet qui s'était fait remarquer ces dernières années par ses reportages dessinés (sur les paysans ou les syndicalistes chrétiens), revient à la fiction. Mais il ancre son récit dans le réel, faisant de Lulu, le personnage principal, une héroïne miroir dans laquelle bien des lectrices ou lecteurs pourraient se reconnaître. 

Lulu, la quarantaine, mariée, trois enfants, tente de retrouver du travail. Mais toutes les portes se ferment. Trop longtemps inactive, trop vieille, trop mère de famille. En sortant d'un entretien une nouvelle fois négatif, elle décide de ne pas rentrer chez elle. Une nuit pour faire le point, dit-elle à son mari. 

Une nuit et quelques jours, à errer, loin de son quotidien, comme pour se donner une respiration, une chance de changer sa vie. Lulu qui rencontrera un autre homme. Mais n'oubliera pas ses enfants ni ses amis qui se remémorent son aventure de quelques jours, au cours d'une veillée funèbre...

« Lulu, femme nue » (tome 1), Futuropolis, 16 € 

vendredi 12 décembre 2008

BD - Le Guinéa Lord chasse la fée


Branle-bas de combat dans le monde des Moriganes. L'une de ces créatures maléfiques vient d'être touchée par la grâce. Elle est en train de se transformer en fée. Tout en gardant la connaissance des secrets de sa première race. Pour abattre celle qui va devenir la fée Sanctus, les Moriganes font appel au Guinea Lord. Ce chevalier à l'armure noire et aux cornes de feu vient directement des enfers. 

Il se lance à la recherche de Sanctus qui a pris l'apparence d'une paysanne adolescente. Une souillon semblant juste bonne à donner à manger aux cochons. Une sorcière, Luchorpain, devine le potentiel de la fillette et l'achète. C'est donc dans la petite cabane, perdue au milieu de la lande, que l'affrontement aura lieu. Guinea Lord sera face à Sill Valt, chargé de protéger la fée. 

Une histoire limpide de Dufaux, magnifiée par les dessins de Delaby. Son académisme fait merveille dans cette histoire d'héroic fantasy débutée graphiquement par Rosinski dans un premier cycle.

« Complainte des landes perdues » (tome 2), Dargaud, 13 € 

jeudi 11 décembre 2008

BD - Fille courage dans le second tome des "Dérivantes


Dans « Les dérivantes », monde imaginé par Laurand, la société s'est morcelée en une multitude d'îles dérivant dans un immense océan. L'héroïne en est Papille, une fillette ayant grandi dans une taverne de la dérivante de Bourne. Sa mère, Ama, se trouve en fâcheuse posture à l'entame de ce second tome. 

Retenue prisonnière par Dolphène, roi de Bourne, il décide qu'elle devra passer la sentence du dragon. Jetée dans une grotte, elle devra affronter les flammes de cet animal mythique. La jeune femme recevra l'aide de sa fille qui préfère la mort à la séparation. Papille qui a une arme secrète pour affronter l'animal. Débordant d'originalité, le monde dessiné par Laurand est situé entre science-fiction et fantasy. 

La magie des parfums y joue un grand rôle. Chance pour Ama qui est une « grandartiste », parfumeuse blanche. Une série pleine de surprises et de possibilités, malheureusement arrêtée par l'éditeur.

« Les dérivantes » (tome 2), Les Humanoïdes Associés, 10,40 € 

mercredi 10 décembre 2008

BD - Lumière antique


Alix et Enak sont pensionnaires de la bibliothèque d'Alexandrie. Sous le couvert de faire des études, ils sont en mission pour César. Cléopâtre doit leur remettre un document prouvant la trahison de son frère, le pharaon Ptolémée. La lutte de pouvoir au sommet de la royauté égyptienne est en toile de fond de ce 27e album (écrit par Patrick Weber et dessiné par Christophe Simon) qui fait la part belle au phare d'Alexandrie trônant à l'entrée du port, sur l'île de Pharos. Le dénouement aura lieu durant la grande fête en l'honneur de Poséidon. Instructif et passionnant, cette aventure est totalement dans l'esprit du créateur, Jacques Martin.

« Alix » (tome 27), Casterman, 10 € 

mardi 9 décembre 2008

BD - Jolan, le fils prodige


Jolan, fils de Thorgal, a pris la relève de son père. Si Rosinski est toujours au dessin, Jean Van Hamme a cédé les rênes du scénario à Yves Sente. « Le bouclier de Thor » est la suite directe du précédent album. Jolan, en compagnie de quatre autres jeunes héros intrépides, a rejoint l'Entremonde. Il va tenter de dérober le bouclier de Thor pour Manthor, fils d'une déesse et d'un humain. Au même moment, dans un paisible village de vikings, Thorgal, revenu à la vie rurale, devra rendosser les habits de guerrier pour retrouver son dernier fils, Aniel, enlevé par les magiciens rouges.

« Thorgal » (tome 31), Le Lombard, 9,20 € 

lundi 8 décembre 2008

BD - Spirou de retour dans le temps Z


Morvan et Munuera, repreneurs de Spirou, auront donc réalisé cinq albums des aventures du groom rouge. Pour ce 50e tome intitulé 'Aux sources du Z », ils ont reçu l'aide de Yann qui a notamment mis son grain de sel dans les dialogues. 

Un album hommage, le héros devant faire des sauts dans le passé pour sauver Miss Banner, la dame de cœur de Zorglub et du comte de Champignac. Spirou (puis Fantasio qui le suit comme son ombre) revisite ainsi « La corne de rhinocéros », « La mauvaise tête » ou « Le gorille a mauvaise mine ». 

L'intrigue donne l'occasion de découvrir les premières recherches de Champignac, quand il était jeune et ami de Zorglub.

« Spirou et Fantasio » (tome 50), Dupuis, 9,20 € 

dimanche 7 décembre 2008

Polar - Secrets bien enfouis

La meurtrière de la jeune Abigail vient de se suicider en prison Mais elle serait finalement innocente. Un imbroglio pour la perspicace Vera Stanhope.

Dix ans de prison pour rien. Jeanie Long vient de faire dix ans de prison après sa condamnation pour le meurtre d'une jeune fille, Abigail Mantel. Elle n'a cessé de clamer son innocence. Alors qu'un témoin réapparaît et que l'enquête va être rouverte, Jeanie, à bout, se suicide dans sa cellule. Une raison supplémentaire pour Vera Stanhope, inspectrice de police pugnace, de démasquer le véritable meurtrier.

Ce polar noir d'Ann Cleeves fait un peu penser, par moment, à un bon Simenon. La policière est bourrue (comme le commissaire Maigret) et les différents protagonistes de l'affaire, sous des airs lisses et polis, ont de nombreux secrets à cacher. La petite bourgeoisie anglaise n'a rien à envier à celle de la province hexagonale. Avant que Vera n'intervienne, c'est par l'intermédiaire d'Emma que le lecteur découvre les événements, anciens et actuels. Emma, jeune mère au foyer, légèrement dépressive. Elle attend son mari James, marin, en fantasmant sur son voisin.

Une coupable trop idéale

Mais ce soir-là est différent. James lui apprend que le dossier du meurtre d'Abigail Mantel vient d'être rouvert. Jeanie Long, déclarée coupable, ne serait finalement pas la meurtrière. Une révélation qui fait remonter un flot de souvenirs dans la mémoire d'Emma. A l'époque, adolescente rebelle, elle était la meilleur amie d'Abigail. Abigail la fille de Mantel, riche promoteur immobilier. Emma de son côté rejetait sa famille : son père, pasteur rigoureux, sa mère, bibliothécaire effacée, docile, toujours dans l'ombre. Un dimanche soir, après une nouvelle dispute, elle sort dans la lande pluvieuse et balayée par le vent. C'est là quelle a découvert le corps d'Abigail, dans un fossé, étranglée. Les policiers ont rapidement trouvé une coupable idéale : la concubine du père d'Abigail. Jeanie affirme avoir passé la journée à Londres. Un alibi sans preuve.

Une preuve de sa présence à Londres qui réapparaît 10 ans plus tard. Mais trop tard... Vera Stanhope est chargée de l'enquête. La policière fait sa première apparition dans la petite paroisse d'Elvet au cours de la messe. Emma découvre une « femme corpulente et formidablement laide ». Elle était « vêtue d'une robe de crêpe informe constellée de petites fleurs violettes, et d'un gilet mauve pelucheux. Malgré le froid, ses pieds étaient chaussés de sandales de cuir plates ». Ann Cleeves force un peu le trait, mais il faut avouer que le personnage de Vera, teigneuse, buveuse, coléreuse, s'impose dans ce roman. Face aux atermoiements des différents protagonistes de l'affaire, elle élève la voix, les bouscule, pour faire enfin jaillir la vérité. Son face-à-face avec Emma fait des étincelles : « Pour la première fois, Emma se rendit compte que Vera était en colère, une colère volcanique, terrifiante. » La policière qui secouera tellement la fourmilière qu'un second meurtre sera commis, nouvelle preuve irréfutable de l'innocence de Jeanie.

Ce roman policier, parfois oppressant tant certains personnages sont tristes et résignés, fouille dans les tréfonds de l'âme humaine. Vera, heureusement, est là pour remettre tout en place. Quelles qu'en soient les conséquences...

« Morts sur la lande », Ann Cleeves, Belfond, 20 €

samedi 6 décembre 2008

BD - Les débuts de Sherlock Holmes


Sherlock Holmes inspire les scénaristes de BD. Cette fois, ce sont Didier Convard et Eric Adam qui se sont associés pour imaginer les débuts du célèbre détective. Une série confiée graphiquement à Jean-Louis Le Hir, dévoilant un nouveau pan de ses talents de graphiste. Après les très classiques (et rigides) Cholms et Stetson, les dessins d’humour à la Reiser sur l’entreprise (C’est qui le boss ?), il propose des planches très sombres, aux dessins stylisés utilisant des traits épais jouant à merveille avec les ombres. De loin ce qu’il a fait de mieux. 

Sherlock se lance donc dans le métier. Sa première enquête manque de prestige, mais il n’y a pas de petite affaire. Sur la piste d’un chat disparu, il découvre une fumerie d’opium. Devenu l’ami du patron, il se met à son service pour découvrir le meurtrier d’un client. Une quête qui conduira le jeune Holmes jusqu’aux confins du Penjab.

« Sherlock » (tome 2), Glénat, 12,50 €