Elle court sans cesse. Car elle est pressée. Et toujours en retard. Anaïs (Anaïs Demoustier) est une jeune femme hyperactive. Mais totalement immature et improductive. Le premier film de Charline Bourgeois-Tacquet est avant tout le portrait d’une femme dans son époque. Libre, indécise, ouverte à tout. Surtout à l’amour. Mais cette thésarde qui n’arrive pas à terminer ses études, dans le tourbillon de sa folle vie, se pose beaucoup de questions. Elle n’arrive pas à payer son loyer. Normal, l’appartement est trop grand. Elle devait y vivre avec son amoureux, mais le couple, elle ne s’y fait pas. Depuis elle papillonne. Lors d’une soirée chez une amie qui vient d’annoncer son mariage, elle rencontre Daniel (Denis Podalydès), éditeur qui a presque l’âge du père d’Anaïs. Elle couche avec lui alors que ce dernier affirme que c’est la première fois qu’il trompe sa femme Émilie (Valeria Bruni Tedeschi). Quand Anaïs découvre la photo de cette dernière, elle va trouver Daniel bien fade et fera tout pour rencontrer cette romancière.
Les amours d’Anaïs est clairement composé de deux parties. La première montre une jeune femme indécise, virevoltante au risque de se brûler les ailes face à la rigueur de la vie et aux exigences des hommes. Mais, dès qu’Émilie entre en scène, Anaïs se transforme en bulldozer de l’amour. Elle fait tout pour entrer dans le cercle de la romancière, la séduire, tenter de la conquérir. Une gamine de 25 ans qui fait la cour à une quadra ayant déjà beaucoup vécu, tel est le thème de cette seconde partie du film, la plus belle et lumineuse. Comme s’il fallait gommer les hommes du récit pour qu’enfin Anaïs et Émilie découvrent la véritable passion. C’est beau, tourné avec délicatesse et très universel.
Film de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès
Stop au pessimisme. Arrêtons de ne voir que le côté négatif. Parfois, la pire nouvelle peut cacher une opportunité insoupçonnée. Prenez ce gamin en Gironde, privé de repas à midi et ramené manu militari chez lui car sa mère ne paye plus la cantine.
Si ça se trouve, la cuisine est meilleure à la maison. Combien d’entre vous ont, à un moment donné de leur enfance, détesté les épinards servis avec les steaks hachés desséchés ?
Sur les contreforts des Pyrénées, de gigantesques plantations de cannabis inondent le marché européen qui a voté la légalisation complète et sans restriction en 2097.
Au large, au niveau des éoliennes flottantes, des hôtels touristiques se sont construits. Bungalow sur l’eau avec possibilité de nourrir les requins blancs qui pullulent désormais dans cette mer chaude.
De toute manière plus personne ne peut bronzer sur les plages. L’érosion les a presque fait disparaître et surtout elles sont colonisées par des crabes bleus de plus en plus gros, de plus en plus agressifs.
Quant au Covid, il est totalement éradiqué de la région trois ans après qu’un petit génie a créé des moustiques modifiés génétiquement. En piquant les humains, ils injectent ce qu’il faut de vaccin. Les antivax ont beau jouer de la tapette, l’insecte tant redouté a toujours le dernier mot et deviendra ainsi le sauveur de l’Humanité. Lui que tout le monde voudrait exterminer aujourd’hui.
Dans La belle Impéria, un jeune moine craque face à la beauté d’une jeune intrigante. Beaucoup de sexe également dans Le péché Véniel où une sénéchale va se faire engrosser par son page. C’est leste, sans être vulgaire, joyeux et effectivement souvent drolatique.
Encore un drôle de samedi sur les chaînes d’information en continu. En plus des manifestations contre le pass sanitaire (de plus en plus violentes au vu des images de Toulouse), on a eu droit, quasiment en direct live, à la sortie de prison de Damien Tarel.
Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, Damien Tarel, 28 ans, a pour seul fait d’armes d’avoir giflé le président Macron en juin dernier dans la Drôme. Condamné à de la prison ferme, quand Damien Tarel sort, les micros se tendent devant lui, permettant ainsi de cautionner un acte de violence. Car une gifle, même mal donnée, reste une agression physique. Bien sûr, le fraîchement libéré ne regrette rien.
Preuve que la prison, malheureusement, ne sert pas à grand-chose dans ces cas précis.
Royaliste assumé, il ose déclarer en direct « le peuple est muselé ». Double paradoxe. Le peuple ou le roi, faut choisir. Et puis le peuple est peut-être muselé, mais lui au moins peut s’exprimer sans le moindre filtre en direct à la télé nationale.
Enfin le pire dans cette interview, réalisée juste avant qu’il ne rejoigne la manif contre le pass sanitaire, c’est le béret qu’il arborait sur la tête. Pas le béret traditionnel, celui qui n’a jamais quitté la tête de mon père par exemple, mais un large couvre-chef, savamment incliné, comme mis à la verticale. Certains y ont vu un hommage aux chasseurs alpins. Mais d’autres, à bien y regarder, y ont plutôt vu un signe de ralliement à la Milice de sinistre mémoire que le gifleur-star a exhibé en toute sérénité.
Décidément, un drôle de samedi qui s’est terminé par Zemmour chez Ruquier. Je sens qu’elle va être longue et pénible cette période électorale.
Comment transformer la retraite de notaire de province en aventure à travers le monde ? Mark Eacersall et Sylvain Vallée ont la solution : lui donner un voisin qui a passé sa vie à bourlinguer à travers le monde. Le premier écoute les histoires du second.
Mais quand ce dernier meurt, le petit notaire déprime puis découvre que son ami avait peut-être un fils caché. Il va donc se lancer à la recherche de l’héritier en débutant par Tananarive, la ville de naissance du voisin baroudeur. Mais rapidement, l’Etat-civil va parler et le notaire découvrir que la grande aventure, parfois, se déplace jusque chez vous.
Pour faire rire, le plus simple est de rapprocher des opposés. La confrontation est souvent détonante et source de gags innombrables. Marc Dubuisson au scénario et Régis Donsimoni au dessin ont mélangé de la philosophie avec des dinosaures.
Cela donne un recueil intituléLes Philosaurespublié dans la collection Pataquès. Ces dinosaures se posant de grandes questions existentielles ont tendance à oublier dans quel milieu ils vivent. Notamment les grands carnivores, beaucoup moins portés sur l’« être ou ne pas être » que sur le « j’ai faim, je te mange ».
Les auteurs jouent régulièrement avec l’appétit de ces bestioles jamais rassasiées. Exemple de dialogue entre deux carnivores : « Tu t’es demandé si la beauté était un concept relatif ou mesurable ? » « Tu sais, moi tout ce m’importe c’est la beauté intérieure. » « Comme la fraîcheur des tripes par exemple ? » « Foie, boyaux, intestins… je ne suis pas difficile ».
Toute la force de ces gags c’est qu’ils peuvent parfaitement fonctionner si l’on remplace les grosses bestioles disparues par deux humains. Comme si la BD était un miroir qui nous transformait en monstres des temps anciens. Mais ne sommes nous pas déjà les monstres des temps nouveaux ? Qui comme les dinosaures sont appelés à disparaître un jour ou l’autre.
L’album « Les Philosaures » de Marc Dubuisson et Régis Donsimoni est édité chez Delcourt et coûte 9,95 €
Le concept est assez étonnant. Alors que les superhéros envahissent tous les champs de notre imaginaire. Dans ce monde créé par Kid Toussaint, tout le monde est doté d’un pouvoir. Les rares qui sont normaux sont placés aux bans de la société. Cosmo est Absolument normal et pour lui les ennuis débutent.
Enfermé, il s’avale mais dans sa fuite il va croiser la route d’Oger, un géant qui l’aide mais retient sa fille prisonnière. Le 2e épisode de la série dessinée par Martusciello et Pizzetti creuse encore plus cette thématique de la perception de la normalité.
Le restaurant Chez Françoise à Corsavy dans le Vallespir est devenu une institution dans le département des Pyrénées-Orientales. Il propose depuis 1940 quasiment le même menu, copieux, traditionnel et savoureux. Une formule gagnante imaginée par Françoise, reprise par sa nièce puis, au milieu des années 70, par Véronique Quinta et Henriette Marull qui y travaillaient comme serveuse et cuisinière. Quand la tradition frise l’excellence.
L’amateur de science-fiction doit absolument faire un tour du côté de Corsavy dans le restaurant Chez Françoise. En franchissant la porte de l’épicerie, passage obligé pour accéder à la salle, il aura l’impression de plonger dans un vortex d’espace-temps le précipitant instantanément dans un passé incertain, mélange des années 60 et 70 et de France profonde.
Pourtant il comprend tout de suite qu’il est bien resté en 2021 quand on lui demande à l’entrée son pass sanitaire. Véronique Quinta, une des patronnes du lieu avec Henriette Marull, a bien conscience que son restaurant n’est pas comme les autres. Et elle demande un peu inquiète si « on ne fait pas trop vieillot ? » Mais comme cette cliente découvrant à côté de la caisse l’évier carré en faïence blanche et robinet courbé, on aurait tendance à lui répondre « Surtout, ne changez rien ! »
Dans ce lieu, l’obsolescence programmée n’a pas encore été inventée. On devine que les tables, chaises, couverts et mêmes frigos ont plus de décennies au compteur que l’âge moyen du client. Ceux qui trouvent l’endroit « vieillot » feraient bien de se mettre à la page. Car le vintage a le vent en poupe. À la différence que ce n’est pas Chez Françoise qui s’est mise à la mode mais la mode qui fait comme Chez Françoise.
Une fois passée l’épicerie vous aurez le choix, pour manger, entre la grande salle décorée de photos d’époque et deux terrasses. Une petite, plus intimiste, « plus romantique » aux dires de Véronique et une grande, à l’ombre d’un immense tilleul où une vigne grimpante s’est développée produisant quantité de raisins totalement inaccessibles.
Vient le moment de la commande. Vous avez le choix entre la formule… et les plats de la formule. Le menu traditionnel, lancé en 1940 par les premiers propriétaires, est resté quasi identique. Seules modifications, « nous avons supprimé les bouchées à la reine et les truffes de l’omelette ont laissé la place à des cèpes. » Une formule à 33,50 € tout compris, dont le vin (de Trouillas).
Tout commence par une assiette de charcuterie « maison, tient à préciser Véronique. En décembre on tue le cochon et on fabrique notre pâté truffé ou les jambons ».
Suite des festivités avec une truite et sa sauce spéciale. « Une création de Françoise, la première patronne. Attention quand même, il y a beaucoup d’ail ».
Arrive ensuite ce qui souvent est la partie la plus goûteuse du repas : l’omelette aux cèpes bien baveuse. Vos papilles vous diront merci !
Là où un être normalement constitué commence à sentir quelques tensions dans la peau du ventre, Véronique apporte une « petite pintade avec ses carottes et la salade verte ». «Petite», une vue de l’esprit puisqu’il s’agit quant même du plat de résistance. Une volaille fermière rôtie, à la peau craquante.
Les plus audacieux, en plus du dessert (flan maison ou glaces) se laisseront également tenter par les fromages du pays : un chèvre de Serralongue et un brebis de Corsavy. Ce dernier est particulièrement succulent, et on ne le dit pas car il est fabriqué par le maire du village…
Une formule un peu gargantuesque donc, que l’on se doit de conclure par un café. Mais pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de la marque catalane La Tour qui tient son nom de la tour de Batère à quelques kilomètres de Corsavy.
En sortant de Chez Françoise, le client est tout sourire. Il ne sait pas forcément pourquoi, mais le cadre, simple, l’accueil, chaleureux et la cuisine, excellente, y sont sans doute pour beaucoup. Et paradoxalement, cette adresse, perdue dans cette montagne si particulière, qui « apporte de la sérénité » selon Véronique, attire toujours autant de monde. Des curistes, des touristes mais aussi beaucoup de villageois qui considèrent un peu le restaurant comme leur cantine.
Et ce depuis près d’un siècle. Avec le même menu. Et si vous voulez vivre l’expérience décalage temporel jusqu’au bout, réservez un dimanche midi, jour de grosse affluence. Vous aurez l’occasion de constater combien la vie de ces petits villages reste foisonnante et que la tradition a du bon, surtout quand elle est couplée à l’excellence.
Confinement : resto fermé mais épicerie ouverte
Durant les confinements, le restaurant a fermé. Mais l’épicerie est restée ouverte. « J’ai fait de la livraison à domicile, » se souvient Véronique. Cette épicerie est essentielle pour la vie du village. C’est presque le dernier lieu de vie, de passage. Le dévouement des patronnes de Chez Françoise n’est pas passé inaperçu du côté de la mairie qui a tenté de les distinguer en leur remettant une médaille. « Pas question » ont répondu en chœur Véronique et Henriette. « Peut-être quand on sera à la retraite », avance Henriette. Mais vu leur enthousiasme, intact, ce n’est pas demain la veille…
Les autres adresses : le Cortal et le camping
Longtemps réticentes à se mettre en avant, les patronnes de Chez Françoise ont accepté de passer dans l’Indépendant à une condition : parler des autres restaurants du village. Car à Corsavy, en plus de « l’Institution » Chez Françoise, il existe deux autres endroits ou l’on peut manger. L’été, à la pizzeria du camping et midi et soir, la crêperie du Cortal offre un large choix de crêpes, galettes mais aussi de plats traditionnels.
Embauchée à 15 ans
« Je n’aimais pas trop l’école. Alors j’ai été embauchée Chez Françoise à 15 ans ». Henriette, la cuisinière, travaille donc dans ce restaurant depuis plus de 55 ans. Un sacré bail, mais pas le moindre regret et encore moins l’envie d’arrêter. « J’ai débuté comme serveuse car n’importe qui ne pouvait pas cuisiner à l’époque. » Une fois derrière les fourneaux, elle se souvient des nombreux mariages. « Une fois il y avait des cailles farcies au menu. Il fallait les désosser avant de les cuire. C’était du travail, beaucoup de travail. Et quand je voyais tout ce que laissaient les invités, j’étais un peu dégoûtée. »
Reprise dans l’urgence
Le nom du restaurant vient de la première propriétaire, Françoise, dans les années 40. Ensuite, sa nièce a repris l’affaire avec son mari. C’est à cette époque qu’Henriette, puis Véronique, y ont trouvé du travail. Cette dernière y venait régulièrement donner des coups de main encore adolescente.
Mais quand au milieu des années 70, le propriétaire meurt brusquement (« on avait un mariage », se souvient Henriette), aucune repreneur en vue. Les deux employées décident donc de continuer. « On ne s’est pas posé de question, explique Véronique, on ne savait faire que ça et ça nous plaisait. » Résultat, le restaurant a continué sur sa lancée, recueillant le même succès, avec le même nom, même si désormais c’est chez Véronique et Henriette.
En complément de l’exposition au Centre Pompidou (jusqu’au 13 décembre), cette biographie dessinée permet de redécouvrir le parcours de Georgia O’Keeffe, artiste peintre américaine qui a marqué le XXe siècle. Luca de Santis et Sara Colaone, deux Italiens, racontent comment cette étudiante en arts plastiques a su dévier de sa voie naturelle (devenir enseignante ou dessiner des dentelles) pour s’imposer parmi les plus grands créateurs des USA.
Elle a beaucoup peint de fleurs, mais aussi des villes et des paysages à couper le souffle, comme ces levers de soleil qu’elle a admiré depuis son Ghost Ranch au Nouveau-Mexique.
Vous avez l’habitude de lire ici quelques saillies contre des hommes et femmes célèbres qui ont dérapé ou fauté. Ils sont nombreux, mais parfois c’est un peu tirer sur une ambulance. Ils ont perdu de leur aura, font flop sur flop et n’existent médiatiquement qu’en raison de leur nouveau statut de tête à claques.
J’ai hésité et puis finalement je ne vois pas pourquoi je me priverais, moi aussi, de souligner combien la vie est ingrate pour certains.
Jean-Marie Bigard a longtemps été un des plus représentatifs de l’humour à la française. Pourtant, il a vécu l’humiliation suprême. Vedette d’une soirée à Trélissac en Dordogne, l’organisateur à purement et simplement annulé sa venue. Normal, au lieu des 450 spectateurs espérés, il n’avait vendu que 29 tickets d’entrée.
À la place, il a organisé un loto. 200 inscrits. Idée pour Bigard, se reconvertir en tireur de boules : « Le vingt, comme ma boisson préférée ! »
Autre vedette qui a raté sa dernière sortie : Arnaud Montebourg. Homme politique reconverti dans le business vert (miel et amandes), il a finalement décidé de revenir devant les électeurs. Et pas pour n’importe quelle occasion : la présidentielle. Il a justifié cette décision par ce constat qui en dit long sur son ego : « Aujourd’hui, je ne sais pas pour qui voter. C’est pour cela que je me présente. » Si les millions d’abstentionnistes insatisfaits du choix proposé adoptent le même raisonnement, il va rapidement y avoir un embouteillage sur la ligne de départ.