jeudi 5 août 2021

BD - Toute la vérité sur les Dalton


Popularisés et moqués par Goscinny et Morris, les frères Dalton ont véritablement existé. Une légende de l’Ouest américain qui pourrait de nos jours rentrer sans problème dans les fake news. Car les frères, présentés comme des gangsters sans pitié, étaient en réalité une famille unie qui n’a simplement pas eu de chance.

Antoine Ozanam, scénariste, s’est emparé du sujet et veut raconter cette « Mauvaise réputation » sous-titrée « La véritable histoire d’Emmett Dalton ». Le premier tome, dessiné par Emmanuel Bazin, raconte comment Emmett, dernier survivant, va participer à l’écriture d’un film sur ses aventures.

On apprend que les Dalton ont débuté comme shérifs. Mais la paye ne venant pas, ils ont décidé de passer de l’autre côté. Dès lors, ils sont devenus des hommes à abattre et c’est surtout pour se défendre qu’ils tirent à tout va.

Un western réaliste impeccable, qui raconte l’Ouest, le vrai, sans gloriole mais avec poussière, crasse et coups tordus.

« Mauvaise réputation » (tome 1), 15,50 €

mercredi 4 août 2021

Rentrée littéraire - Abus du père

Le nouveau roman de Christine Angot ne passera pas inaperçu en cette rentrée littéraire. Logique quand on découvre le sujet de ce roman. Comme dans Un amour impossible, Le Voyage dans l’Est revient sur l’adolescence de la romancière, quand elle s’est retrouvée prisonnière des griffes de son père violeur. Elle va se livrer comme rarement dans ce texte puisqu’elle raconte à la première personne comment ce père, retrouvé alors qu’elle n’avait que 13 ans, va abuser d’elle à chaque occasion.

Christine Angot, avec ce style direct si particulier, raconte le premier baiser sur la bouche, puis les attouchements pour terminer par la description, presque insoutenable, des nombreux viols dans les chambres d’hôtel quand ils étaient seuls en vacances.

Mais le plus intéressant du roman reste la suite, comment ces exactions, qui ont pris fin à sa majorité, ont durablement perturbé cette jeune femme qui oscillera longtemps entre honte, révolte et amour de celui qui reste son père malgré tout.

« Le Voyage dans l’Est », Christine Angot, Flammarion, 19,50 €

Polar - Intrigue chez les écrivains

Pasakukoo, polar de Roy Braverman, paru directement en poche chez Hugo, se déroule aux USA. Sur la côte est, là où les écrivains célèbres trouvent l’inspiration, dans de somptueuses demeures en bord de lac.

Deux d’entre eux vivent à proximité. Mais, c’est une troisième plume, prometteuse, qui est retrouvée morte. Une jeune femme qui aurait rédigé un véritable chef-d’œuvre avant d’être assassinée.

Roy Braveman, connaît bien le milieu de l’édition. Et question écrivains, c’est un spécialiste. A lui tout seul. Car, derrière ce pseudonyme se cache un ancien journaliste français, Patrick Manoukian, qui a déjà connu le succès avec une trilogie se déroulant en Islande sous le nom de Ian Manook. Grand voyageur, il a sillonné toute la planète et décrit parfaitement les lieux où il plante ses intrigues.

Ce roman nous fait découvrir une région, le Rhode Island, mais surtout, un milieu peu reluisant malgré l’aura de la gloire et du succès.

« Pasakukoo », Hugo Poche, 7,60 €

mardi 3 août 2021

BD - Monsieur Vadim dans la nasse


Une fois à la retraite, difficile de faire un trait sur son métier, sa spécialité. M. Vadim, alors qu’il espérait terminer ses jours pépère dans une maison de retraite, découvre qu’il a été escroqué. Plus d’économies, il se retrouve à la rue. En découvrant l’identité du malotru, il décide de mettre à profit son expérience professionnelle de… sniper dans la Légion étrangère.


Le premier tome signé Gihef et Morgann Tanco racontait aussi comment le tireur d’élite, pour obtenir un droit de visite de son petit-fils, avait accepté un contrat pour un malfrat belge. Le final de ce polar mouvementé se déroulant sur la côte d’Azur montre un héros dans la nasse. Il a à ses trousses tous les barons du trafic de drogue, les services sociaux et même la police. Il lui faudra beaucoup d’adresse, de précision et un peu de chance pour se tirer d’affaire.

On apprécie la multitude de rebondissements et les nombreuses scènes d’action dignes d’un bon film américain.

« Monsieur Vadim » (tome 2), Bamboo, 14,90 €

BD - Combat spatial et philosophique


Si certaines séries de science-fiction se contentent de faire rêver le lecteur, face à des mondes différents et des combats spatiaux spectaculaires, d’autres cherchent à titiller son imagination, quitte à lui donner le vertige en déballant des concepts philosophiques ardus.

Crusaders, de Christophe Bec et Leno Carvalho, est clairement dans la seconde catégorie. Le 3e tome montre plusieurs races d’extraterrestres s’unir pour combattre les Largans qui ne sèment que ruine et désolation à travers les galaxies.


Mais, les très ambitieux Émanants, à la technologie très avancée, pourraient se révéler tout aussi dangereux. Les quelques humains de l’album tentent de trouver leur place grâce à des références à Descartes, inventeur du solipsisme ou à la « gelée de veau », concept autour de l’espace-temps popularisé par Einstein. Du très haut niveau scientifique. Presque trop…

« Crusaders » (tome 3), Soleil, 14,50 € 

lundi 2 août 2021

Beau livre - Laissez-vous conter les Pyrénées par les plus grands écrivains

 Jean-Paul Azam vient de publier un beau livre intitulé "Les Pyrénées par monts et par mots" sur les grands écrivains et leur vision des Pyrénées. Richement illustré de photographies de l'auteur, on retrouve des textes de Zola, Hugo, Colette et bien d'autres auteurs.

Photographe et passionné de randonnée, Jean-Pierre Azam vient de publier un beau livre sur les Pyrénées. Il a collecté de très nombreux textes célébrant cette montagne singulière. « J’avais publié un livre sur les stations thermales, quand c’était la grande mode et people, artistes et nouveaux riches passaient une semaine de villégiature, explique-t-il. Sur les Pyrénées, il y avait quantité de matière et j’ai du faire des choix. Il y a 60 % de textes du XIXe siècle et 40 % du XXe. »

Parmi ces textes signés Hugo, Flaubert, Blondin, Zola ou Colette, certains sont plus inattendus comme cette lettre de Bismarck racontant son escapade en 1862. Lettre destinée à sa femme, décrivant beauté des cascades alors qu’en réalité ce séjour n’avait qu’un seul but, passer du bon temps avec sa maîtresse, par ailleurs femme de l’ambassadeur de Prusse en France…

Histoire d’amour, triste cette fois, pour Saint-Exupéry. Ayant laissé sa fiancée à Paris, il s’ennuie à Perpignan en cette année 1926. « Perpignan est ce soir absolument lugubre. je me suis baladé dans des petites rues qui montent. Elles étaient peuplées de merceries. Je ne connais rien de plus triste que les merceries. »

Par contre Rudyard Kipling a écrit de très belles choses sur le Canigou : « Je découvris en lui la montagne enchanteresse entre toutes, et je me soumis à son pouvoir. »

Un livre savant, parfait pour les érudits, richement illustré et qui comblera les amoureux de littérature et de montagne.

« Les Pyrénées par monts et par mots », Latitude Sud, 28 €.
 

Jeunesse - Paris livré aux enfants

Michel Bussi vend beaucoup de thrillers. Mais, il aime aussi quitter son monde assez sombre pour raconter des histoires aux plus jeunes. Après des albums pour les petits, il s’est lancé dans une grande saga pour les adolescents.

Le tome 1 de N.É.O., paru chez PKJ, a rapidement été suivi d’une suite intitulée Les deux châteaux. Dans un futur proche, un nuage a tué tous les adultes. Ne restent que les enfants dans un Paris redevenu sauvage. Deux tribus se sont formées et s’opposent dans le premier volume. Pour cette suite, le clan du Château et celui du Tipi ont fait la paix.

Mais, des irréductibles ont préféré faire sécession. Ce sont les Moineaux, sous la férule de Mordélia, « mystérieuse et inquiétante guérisseuse ». Une saga palpitante à découvrir à partir de 12 ans.

Un tome 3 est déjà annoncé en 2022 et ce monde futuriste, déjà adapté en bande dessinée (éditions Jungle, le tome 2 est prévu pour octobre), ferait une série Netflix assurée d’un beau succès.

« N.É.O. Les deux châteaux » (tome 2) PKJ, 19,90 € 

dimanche 1 août 2021

BD - Vengeance de flic


Avant d’inventer le superhéros Imbattable pour le journal Spirou, Pascal Jousselin, avec juste l’étiquette de scénariste, a sévi dans Fluide Glacial. Un humour plus caustique pour une série hommage aux flics US.

Colt Bingers est policier à New York. Un des meilleurs. Mais un soir, après avoir mis sous les verrous de nombreuses racailles, il découvre sa femme morte. L’assassin est toujours sur les lieux du crime. Colt, avant d’être assommé en traître, constate que le meurtrier est borgne et a une jambe de bois. Colt quitte alors la police et se lance dans une vengeance sans pitié. Les histoires courtes dessinées par Lionel Chouin et publiées entre 2009 et 2011, sont reprises dans une intégrale de plus de 110 pages.

Colt, caricature du flic expéditif, devient sans s’en rendre compte, un serial killer très recherché. Ses victimes : des borgnes à jambe de bois…

Un second degré assez fin qui passe d’autant mieux que le dessin est très franco-belge, humoristique avec juste ce qu’il faut de caricature.

« Colt Bingers, l’insoumis », Fluide Glacial, 19,90 €

BD - Tous et toutes après Lucky Luke


Le cow-boy le plus célèbre de la bande dessinée (du moins celui qui a vendu le plus d’albums dans le monde), a des difficultés à rester seul tout en chevauchant Jolly Jumper à travers les grandes étendues de l’Ouest sauvage.

Dans la seconde aventure de ce Lucky Luke plus adulte animé par Matthieu Bonhomme, il est pris pour cible par plusieurs malfrats. C’est l’appât du gain qui les pousse à pourchasser le héros. Car dans la sacoche d’un des tueurs cherchant à le capturer, Luke découvre une affiche où sa tête est mise à prix 50 000 dollars. Lucky Luke traqué mais qui continue à aider la veuve et l’orphelin.


Plus précisément trois sœurs, toutes plus charmantes les unes que les autres et qui tombent immédiatement amoureuses de l’homme qui tire plus vite que son ombre.

Une armée de méchants à ses trousses, trois jolies filles à ses basques… tout le monde veut mettre le grappin sur Lucky Luke dans cet album moins profond que le premier mais très divertissant et osant quelques piques sur le statut de héros viril.

« Wanted Lucky Luke », Lucky Comics, 15 €

mercredi 21 octobre 2020

Cinéma - “Adieu les cons” : la cavale ultime

Toujours aussi acerbe, Albert Dupontel brocarde de nouveau notre société devenue folle.

Le suicidaire (Albert Dupontel), la condamnée (Virgine Efira) et l’aveugle (Nicolas Marié), le trio improbable de la cavale du film Adieu les cons.  Jérôme Prébois - ADCB Films


Depuis toujours, Albert Dupontel a un faible pour les ratés, les oubliés de la vie, les imparfaits et autres inadaptés à notre société du toujours plus beau, toujours plus brillant. Il puise dans ces personnages des idées de scénario où toute sa loufoquerie couplée à un anarchisme radical permet de transformer le banal en extraordinaire. Adieu les cons n’échappe pas à cette règle, avec cependant de plus en plus de tendresse pour ces handicapés de la vie sociale.

Tout débute dans le cabinet d’un médecin. Suze Trappet (Virginie Efira) découvre les radios de ses poumons. Elle trouve ça très joli. Le toubib, lui, s’égare en circonvolutions pour ne pas avouer de but en blanc qu’elle est condamnée. JB (Albert Dupontel), informaticien austère, est mis au placard pour laisser la place à un jeune diplômé plus dynamique. Désespéré, il décide de se suicider. Cela tourne mal et le voilà en fuite avec Suze, qui va lui demander de retrouver le fils qu’elle a abandonné quand elle était adolescente. Pour cela ils vont avoir besoin de l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste rendu aveugle après une bavure policière. Ces Pieds Nickelés vont déjouer tous les pièges des forces de l’ordre et localiser le médecin qui a accouché Suze. Le docteur Lint (Jackie Berroyer), souffre de démence sénile, mais cette histoire lui permet de retrouver un peu de lucidité et finalement, après bien des péripéties improbables (qui font tout le sel du film), le trio va enfin mettre la main sur ce fils disparu et l’aider à mieux gérer sa vie sentimentale de geek coincé et introverti.

Trio équilibré

Cela semble touffu résumé de cette façon, et pourtant le film est d’une fluidité absolue. Les désespoirs de Suze, l’honnêteté de JB, les bravades de M. Blin permettent à chacun de tirer le meilleur de l’autre. Une réelle complicité, tendresse aussi, se noue entre les trois. A noter que dans le rôle de la petite amie du fils de Suze, Marilou Aussiloux, comédienne originaire de Narbonne, prouve qu’elle est aussi à l’aise en tailleur chic qu’en robe d’époque qu’elle porte dans La révolution série diffusée sur Netflix. Autre petit rôle remarqué (et remarquable), Terry Gilliam des Monty Python interprète d’un vendeur d’armes à feu qui pourrait faire de l’ombre à Trump. 

Et la morale de l’histoire me direz-vous ? Elle se résume par le titre du film : Adieu les cons !

Film français d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié