dimanche 6 juin 2021

BD - Le bébé mystère de « Un avion sans elle »


Immense succès lors de sa sortie, le roman Un avion sans elle a consacré le talent de Michel Bussi. Le roman est désormais adapté en BD avec Fred Duval au scénario et Nicolaï Pinheiro au dessin. Un très gros album de 176 pages pour une intrigue addictive. Un détective privé a enquêté durant 18 ans sur un bébé, unique rescapé du crash d’un avion.


La fillette était revendiquée par deux familles : l’une très riche et parisienne et l’autre simple et de province. Le jour de la majorité de Lylie, le détective a enfin découvert la vérité. L’histoire sera passionnante pour ceux qui n’ont pas lu le roman original.

Les autres pourront replonger dans cette quête d’identité avec multiples coups de théâtre et sublimée par le dessin très abouti de Pïnheiro qui a mis près de deux ans pour réaliser cet album.  

 « Un avion sans elle », Glénat, 25 €

DVD - Un grand blanc dans la grande bleue

Tourné en Australie dans des décors à couper le souffle, le film « Great White » (en DVD et blu-ray chez Wild Side) affiche clairement ses intentions. Un énorme requin va boulotter quelques naufragés. Le réalisateur Martin Wilson n’a pas investi son budget dans le scénario. Il est basique. 

Deux touristes japonais décident de se rendre sur une île déserte. Ils sollicitent une petite société d’aviation qui loue son hydravion. Le patron est aussi le pilote par ailleurs petit ami de l’infirmière accompagnante. 

Arrivés sur place, ça ressemble au paradis. Mais une découverte va les pousser à se poser en pleine mer et voir leur avion être coulé après l’attaque du méchant « Great White ». La suite se déroule sur un radeau de fortune puis dans l’océan. Avec du sang pour colorer les eaux turquoise. Beaucoup de sang…

samedi 5 juin 2021

Thriller - Le policier, l’ami et les soupçons

Certains policiers prennent leurs enquêtes tellement à cœur qu’ils ne peuvent s’empêcher d’y penser sans cesse. Et quand elle n’est pas résolue, cela devient un long cauchemar qui vous accompagne mois après mois, années après années. William Wisting, inspecteur dans le sud de la Norvège, était jeune flic quand il a été mobilisé sur la disparition de Katharina Haugen. Une jeune femme qui a quitté le domicile, laissant derrière elle une valise pleine de linge propre et un papier rempli de chiffres. 24 ans plus tard, Wisting tente une nouvelle fois de déchiffrer ce code qui, il en est persuadé, lui donnera le fin mot de l’histoire. Fugue, enlèvement, meurtre ? Personne n’a la réponse. Mais il est pourtant sûr et certain que Katharina est morte et c’est lui qui s’était chargé, cinq années après le début des recherches, d’expliquer au mari, Martin, que l’administration la considérait désormais comme décédée. Et chaque année, au jour anniversaire de la disparition de Katharina, le policier rendait visite au mari. Ils étaient devenus amis. Discutaient de tout et n’importe quoi. Partaient pêcher dans un lac près d’un chalet que possédait Martin. 

Enquête peu orthodoxe

Quand Adrian Stiller, un jeune inspecteur d’Oslo chargé des affaires non résolues débarque dans le commissariat de Wisting pour relancer une autre enquête restée sans réponse, l’affaire Katharina refait surface. Il y a 24 ans, une autre disparition inexpliquée avait fait les gros titres des journaux. Une adolescente, fille d’un riche industriel, avait été enlevée contre une rançon. L’argent a été réuni, mais personne n’est allé le chercher et la jeune kidnappée n’a jamais réapparu. Or, sur la lettre demandant la rançon, les services de Stiller en reprenant l’affaire ont retrouvé les empreintes digitales de Martin Haugen. L’idée de Stiller est simple : demander à Wisting de profiter de son statut d’ami du suspect pour le pousser à se confesser. Car Stiller soupçonne Martin Haugen d’avoir également assassiné son épouse, malgré un alibi à l’époque en béton. 

Cette nouvelle enquête écrite par Jorn Lier Horst met en opposition deux écoles dans la police. Si Wisting est persuadé que le travail et le respect du droit permettent toujours d’arrêter les coupables, Stiller préfère flirter avec l’illégalité, profiter de toutes les techniques d’écoutes et d’infiltration pour piéger et faire avouer les coupables. Cela ne plaît pas à Wisting qui se retrouve bombardé comme taupe. Qui plus es auprès de celui qu’il considère comme un ami. Pour corser le tout, la fille de Wisting, journaliste, va elle aussi être manipulée par Stiller pour augmenter les chances de confession.

Ce roman, aussi sombre que le ciel de cette Norvège glaciale et humide, donne aussi l’occasion au lecteur de réfléchir sur la culpabilité, les secrets du passé et la façon de vivre avec.     

« Le code de Katharina » de Jorn Lier Horst, Série Noire Gallimard, 20 €


BD - "Le spectateur", une vie de côté


Mais qui est Samuel, le spectateur de cet album ? Théo Grosjean ne donne pas la réponse car Samuel est toujours sans réaction face aux événements. Muet, il s’exprime par le dessin. On le suit de sa naissance à l’apogée de sa gloire médiatique, quand ses œuvres s’arrachent à prix d’or. Entre ce sont des années de brimades, de rejet et d’incompréhension.


Un album totalement atypique, parfois dérangeant, au graphisme un peu déroutant mais une fois qu’on est dans cet univers, on se passionne pour un homme qui a fait le choix de n’exister qu’après avoir fait un pas de côté. 

« Le spectateur », Noctambule Soleil, 18,95 € 

vendredi 4 juin 2021

Cinéma - « Chacun chez soi » et la famille au milieu


Après de longs mois d’attente pour cause de crise sanitaire, Chacun pour soi, second long-métrage réalisé par Michèle Laroque, arrive enfin sur grand écran. La comédienne était venue dans la région il y a pile un an pour présenter en avant-première cette comédie familiale. Finalement, les fermetures successives ont poussé le distributeur à caler la sortie du film ce 2 juin, soit près de deux ans après son bouclage. 

Les fans de la comique ne seront pas dépaysés. Elle interprète une grande bourgeoise vivant dans une belle villa avec son mari (Stéphane De Groodt), un patron mis sur la touche et qui tente de passer le temps en s’occupant de bonsaïs. Quand leur fille revient temporairement à la maison avec son petit ami, les relations vont se tendre. Entre la mère qui veut conserver son confort et la fille qui  tente de rebondir après une passe difficile, cela fait des étincelles et de nombreux gags. 

Rien de bien novateur, mais le tout est fait avec application et filmé de la façon la plus jolie possible. Clinquant et frais, mais manquant dramatiquement de provocation et de critique sociale. 

"Chacun chez soi", film français de Michèle Laroque avec Michèle Laroque, Stéphane De Groodt, Alice de Lencquesaing et Olivier Rosemberg


De choses et d’autres - Carnaval belge

En France, quand les policiers décident de manifester, ils vont devant l’Assemblée nationale avec des banderoles et reçoivent le soutien de quasiment toute la classe politique. Même leur ministre de tutelle a participé au rassemblement.


En Belgique, autre ambiance. Le mercredi 2 juin au matin, les syndicats policiers ont rendez-vous au ministère de l’Intérieur à Bruxelles. Une vingtaine de délégués sont conviés. Pas de banderole en vue, mais une tenue très symbolique qu’on ne peut que remarquer et qui offre des images télés inoubliables. Ils sont tous arrivés déguisés en Saint-Nicolas, l’équivalent du Père Noël.

Grande barbe, mitre d’évêque, aube blanche, long manteau rouge et crosse, cette procession a défilé sous les caméras des journalistes avant le rendez-vous. L’entrevue s’est aussi déroulée costumée, dans une cour, en plein air, Covid-19 oblige.

Cette «mascarade» (tous étaient en plus masqués) car les négociations portent sur les revalorisations salariales. Les syndicats refusent les augmentations proposées, car ils ne veulent pas de «cacahuètes en guise de cadeau». Un autre participant a fait remarquer qu’ils ne s’étaient pas déguisés pour  «dire que la ministre a été vilaine, mais...» La tradition veut que Saint-Nicolas ne donne pas de cadeaux aux enfants qui n’ont pas été sages.

Heureusement qu’ils n’ont pas débarqué en pères Fouettards

jeudi 3 juin 2021

Cinéma - “Des hommes” perdus dans une guerre oubliée

La guerre d’Algérie a laissé des traces indélébiles et des traumatismes cachés dans toute une génération de Français.

Les jeunes appelés français Feu de Bois et Février (Yoann Zimmer, Félix Kysyl) chargés de ramener au camp le corps d’un médecin torturé à mort par les fellaghas. Artemis Productions / David Koskas


Si les films sur la guerre d’Algérie se multiplient, ils ont rarement cette force et cette rage présentes, de bout en bout, dans Des hommes, réalisation de Lucas Belvaux. Le cinéaste belge place une nouvelle pierre à son édifice filmique très politique. Après la dénonciation de la normalisation de l’extrême droite dans Chez Nous, il revient sur le passé douloureux de la France coloniale et son pire cauchemar : la guerre d’Algérie. 

Loin de signer un film manichéen, il propose aux spectateurs de prendre en considération toutes les conséquences de ce que les autorités françaises ont longtemps considéré comme de simples « événements », parvenant même à en persuader les principaux intéressés, les appelés français. 

Le film se déroule sur deux époques distinctes. De nos jours, dans un petit village du centre de la France et en 1960, en Algérie, Feu de Bois (Gérard Depardieu) se rend à l’anniversaire de sa sœur. Il y retrouve quelques anciens amis dont Rabut (Jean-Pierre Darroussin). Feu de Bois, alcoolique et violent, provoque un esclandre avec un Maghrébin installé depuis des décennies dans ce petit bout de France profonde. Rabut, terrorisé, n’ose pas intervenir. Pour comprendre comment ces deux hommes sont devenus, pour l’un, intolérant ; pour l’autre, lâche. Des hommes raconte leur séjour en Algérie. 

Représailles sanglantes

Depuis leur campement, dans l’arrière-pays, ils harcèlent les fellaghas du FLN. Une guerre qui passe aussi par la terreur imposée aux populations civiles. Et quand un médecin français est victime d’une embuscade, les jeunes soldats français se déchaînent dans des représailles qui font dire à l’un d’entre eux qu’ils agissent comme les Allemands à Oradour. Pourtant, aucune guerre ne ressemble à une autre. La guerre d’Algérie n’a rien à voir avec la Libération de la France de l’emprise nazie. Pas plus qu’elle ne ressemble à la boucherie de Verdun. Pourtant, on y retrouve ce dénominateur commun, au centre du film : les hommes, quels qu’ils soient, d’un camp comme de l’autre, ressortent d’une guerre, au mieux plein de remords, au pire, comme Feu de Bois, complètement détruits psychologiquement. 

"Des hommes", film de Lucas Belvaux d’après le roman de Laurent Mauvignier avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl



De choses et d’autres - Le numéro de trop ? 

Il y a toujours eu dans les gouvernements des ministres plus médiatiques que les autres. Par contre c’est la première fois depuis longtemps que des personnalités ne sont connues que pour leur sorties médiatiques et jamais pour leur travail gouvernemental. La championne toute catégorie reste Marlène Schiappa.

 

Plus forte que Nicolas Sarkozy, celui qui a élevé au rang d’art l’omniprésence médiatique quand il était au ministère de l’Intérieur ou Gérald Darmanin, élève du premier et un peu supérieur hiérarchique de la Ministre délégué, chargée de la Citoyenneté.

Une starification qui lui donne l’occasion, en tant que candidate aux régionales en Île de France, de lancer un service tout simplement baptisé « Allô Marlène ». Un numéro de téléphone où on tombe, en théorie, directement sur la ministre et candidate.

Mais contrairement au célèbre « Allô Macha » qui ne fonctionnait que la nuit à la radio, c’est 24 h sur 24 que l’on peut joindre Marlène.

Évidemment elle ne vous répondra pas. C’est surtout un répondeur qui permettra aux équipes d’En Marche de prendre connaissance du climat électoral. Car je crains qu’il n’y ait plus de critiques sur ce numéro que d’encouragements ou de véritables questions.

Marlène Schiappa qui est une seconde fois au centre d’une nouvelle affaire médiatique. BFM a révélé qu’on lui a dérobé le disque dur d’un de ses ordinateurs au ministère de l’Intérieur. Un cambriolage chez le premier flic de France, cela fait toujours mauvais genre.

Et qui a osé faire ça ? D’autant que c’est pour rien selon Marlène qui a précisé qu’il n’y a « absolument aucune donnée importante » dans la mémoire dérobée. Mais alors qu’y a-t-il dans ce disque dur ?

Sur les réseaux sociaux beaucoup se sont amusés à imaginer les fichiers piratés : Les messages enregistrés pour le répondeur d’Allô Marlène ? Sa recette pour avoir de beaux cheveux bien lissés ? Le manuscrit de son prochain livre intitulé « Marlène 2027 » ? Le plus méchant reste cet abonné de Twitter qui prétend qu’il n’y a rien en dehors des enregistrement des milliers de parties de démineur.

mercredi 2 juin 2021

BD - Plaisir obligatoire dans un futur libidineux


Dans un futur proche, la société est divisée en deux castes : les Ugs (moches comme uggly) quasiment les esclaves des Swiits qui, à l’opposé, sont beaux et ont tous les droits. Pour ces derniers, la jouissance est devenue un droit.

Dans une ville de Montpellier devenue capitale du plaisir, un institut soigne ceux qui ont des difficultés à jouir naturellement. Un programme virtuel nommé Even est destiné à apporter le plaisir à tous. 

Mais il y a des réticents, comme ce veuf qui ne se remet pas de la mort de sa femme.  Zidrou signe une histoire étonnante du début à la fin, avec intrigue policière, romance impossible et surtout déshumanisation de cet amour devenu si rare

Au dessin, Alexeï parvient à illustrer sans vulgarité ces scènes très sexuelles. 

« Even », Delcourt, 18,95 €

De choses et d’autres - Adieu à un pionnier du net

Si l’Humanité est un nouveau-né qui n’a pas encore poussé son premier cri en comparaison à l’apparition de la vie sur la planète Terre, qu’en est-il d’internet ? Cet incroyable « machin » a pris une place prépondérante dans notre vie alors qu’il y a à peine 40 ans il n’existait pas pour 98 % de la population.

Une jeunesse qui n’empêche pas les premières morts de vieillesse.

Microsoft, la société tentaculaire qui a imaginé Windows, vient d’annoncer officiellement que son navigateur Internet Explorer ne serait plus développé et cesserait définitivement de fonctionner en juin 2022.

Pourtant, en 2000, Internet Explorer occupait 96 % du marché. Il avait terrassé son concurrent Netscape et régnait en maître absolu dans les foyers de plus en plus accros au net. Une position dominante et un manque d’adaptation aux nouvelles découvertes lui ont été fatals.

Firefox, le premier, a titillé le monstre. Même si à l’époque le débit était très lent, on constatait immédiatement une rapidité accrue quand on passait sous le pavillon du renard de feu. Et quand Chrome est apparu, la messe était dite. Car, en plus d’être vieillot, Internet Explorer plantait régulièrement.

J’ai basculé, comme d’autres, quand, travaillant au service internet du journal, j’ai dû répéter des dizaines de fois à des lecteurs mécontents que « si, lindependant.fr fonctionne parfaitement. Mais pas sous Internet Explorer. Passez sous Chrome, Firefox ou Safari et vous retrouverez tous les articles et commentaires du jour. »

Ainsi je recommande une dernière fois aux hommes de Cro-Magnon qui surfent toujours sous Internet Explorer de changer de crémerie. Vous verrez votre horizon virtuel se dégager comme par miracle.